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Brockwood Park, 1978

Brockwood Park, 1978

Puis-je me dépêtrer de l'engrenage des mots ?

Krishnamurti: Je vois que tous mes vieux amis sont ici!

S'il m'est permis de vous le demander, très poliment et respectueusement ne transformez pas ceci en festivité. Ce n'est pas un festival pop mais nous sommes plutôt un groupe sérieux peu porté à la frivolité mais plutôt, un groupe de personnes sincères, sérieuses qui veut, ou désire étudier l'ensemble des problèmes complexes de la vie. Et s'il nous est permis de le souligner à nouveau il n'y a pas d'orateur ici bien qu'il soit assis sur l'estrade mais en fait l'orateur n'existe pas car alors vous vous contenteriez d'écouter l'orateur sans chercher vraiment par vous-même. Donc, s'il m'est permis de proposer à nouveau très sérieusement il n'y a pas d'orateur, mais nous étudions ensemble explorons, approfondissons quelque chose c'est-à-dire, la vie avec tous ses problèmes complexes et variés. Ainsi, nous partageons ceci tous ensemble. L'orateur n'est pas ici. Et je veux que ce soit parfaitement clair. Ainsi, nous faisons ensemble un voyage en nous-mêmes exigeant le meilleur de nous-mêmes.

Nous ne nous sommes jamais lancé de défi psychologiquement peut-être sommes-nous mis au défi extérieurement nous pouvons extérieurement exiger de meilleurs matériaux de meilleures fabrications, de meilleures écoles une meilleure politique: le défi est pour le meilleur extérieurement, toujours. Mais apparemment, nous sommes très peu nombreux à chercher et à se lancer un défi visant la forme la plus élevée de l'action intellectuelle, éthique, morale, psychologiquement parlant. Et si possible, nous allons ensemble approfondir cette question c'est-à-dire, nous lancer un défi en profondeur exigeant de nous-mêmes la plus haute forme intellectuelle qui soit – j'évite d'employer le mot « émotionnel » qui a une connotation sentimentale – la forme la plus élevée d'affection la forme la plus élevée d'amour. Et pourquoi est-ce que les êtres humains qui existent depuis des millénaires vivent comme nous le faisons actuellement: confus, malheureux, misérables, incertains? Et à l'extérieur, dans le monde, comme on peut l'observer les choses deviennent de pire en pire. Plus nous produisons, plus nous utilisons les choses de la terre; nous détruisons la terre. Et intérieurement, spirituellement si je puis me servir de ce mot nous avons perdu tout sentiment d'excellence religieuse. J'emploie le mot « religieux » dans le sens non de croyance, de dogme, de rituels non de diverses formes d'assertions théologiques hiérarchiques mais dans celui de l'être religieux qui n'a pas du tout d'ego. Voilà ce qui me semble être la forme la plus élevée d'action religieuse dans laquelle le « moi », l'ego, la personne n'existe pas du tout. Et telle est la forme la plus élevée de l'intelligence et de l'excellence dans l'éthique et dans l'action.

Aussi, si vous le voulez bien, nous allons aborder ces problèmes. Vous n'êtes donc pas en train d'écouter un orateur mais êtes plutôt à l'écoute de vous-même et vous mettant au défi de ne rien accepter, sinon la forme la plus élevée de clarté la forme la plus élevée de comportement et donc l'excellence dans l'action. Voilà ce que nous allons approfondir ensemble. Aussi, je vous en prie, vous êtes à l'écoute de vous-même vous écoutez, pas en fonction de vos sympathies ou antipathies personnelles mais en écoutant effectivement ce qui a lieu et vous demandant pourquoi nous menons ce mode de vie actuel épouvantable, effrayant et destructeur. N'est-ce pas?

Je pense que c'est la question la plus sérieuse que nous devons nous poser. Quand au dehors tout se désintègre sans aucun doute le terrorisme, qui est la forme extrême de la guerre il y a les terroristes, les nations divisées tout ce qui se passe dans le monde 400 milliards de dollars par an dépensés en armements dans le monde entier. Nous sommes tous fous. Et au vu de tout ceci, chacun de nous doit trouver pour lui-même quelle est l'action juste au regard de tous ces événements extérieurs que faut-il faire, qui soit juste, précis, vrai. Et cela, nous ne pouvons le trouver par nous-mêmes qu'en mettant en question nos actes notre façon de vivre, c'est-à-dire nos emplois, nos occupations nos rapports mutuels et la totale absence de clarté dans la pensée la dépravation de notre mode de penser. Et vivre d'une façon totalement différente qui ne soit pas seulement fondée sur le plaisir, sur la peur, etc. Donc, ensemble, nous allons découvrir si nous le pouvons toutes les réponses à ces questions, par nous-mêmes. Si c'est clair entre vous et l'orateur et il n'y a pas d'orateur ici si nous sommes tout à fait au clair sur ce qui nous préoccupe nous avons alors établi une certaine forme de relation entre nous. Si nous nous préoccupons tous de la même chose non de nos opinions et jugements personnels de nos théories intellectuelles mais nous préoccupons ensemble, sérieusement – tout au moins aujourd'hui et ces quelques jours que vous passez ici – de découvrir une manière de vivre qui puisse faire naître un monde différent. N'est-ce pas?

Telle est donc notre question. S'il s'agit de chercher ensemble la première mesure est évidemment d'écarter tous nos préjugés personnels nos désirs personnels, nos petits problèmes du moment et ce, afin d'avoir la capacité de chercher librement et profondément. La capacité ne vient pas d'un entraînement continu psychologiquement parlant. Elle vient quand il y a un intérêt direct ainsi que le défi auquel il faut répondre au mieux de vos possibilités. Vous avez alors la capacité de chercher librement. Autrement, vous vous bornerez à jouer avec des mots. Les mots sont importants car ils véhiculent un certain sens. Mais si les mots nous mènent si les mots nous contraignent à certaines conclusions à certaines actions, alors le langage, les mots nous dominent, nous façonnent, nous contraignent. Là encore, c'est très clair, n'est pas?

Ou le langage se sert de nous, ou nous nous servons du langage. Mais, pour la plupart, nous sommes menés par le langage. Le mot communiste vous suggère toutes sortes d'idées effrayantes non que les communistes ne soient pas à craindre. Et si vous dites: « je suis un Anglais » cela suscite immédiatement certaines réactions. Donc les mots, le langage nous mènent, nous façonnent façonnent notre manière de penser, notre conduite, nos actes. En réalisant cela notre servitude au langage – mais si nous savons utiliser le langage le sens exact des mots le contenu et la signification profonde du mot nous employons alors le langage sans aucune émotion ni sentimentalité, sans s'identifier à un mot précis – nous pouvons alors communiquer ensemble directement et très simplement. Si je m'accroche au mot « Hindou » ou « Indien » et si ce mot façonne ma pensée, mes partis pris, toutes ces bêtises alors le mot « Indien » ou « Hindou » m'oblige à agir d'une certaine façon. Tandis que si je suis libéré de ce mot « Hindou » avec toute sa signification nationale, limitée, superstitieuse je suis alors libre de comprendre l'être humain qui est derrière le mot. N'est-ce pas? Nous rencontrons-nous? Du moins je l'espère.

Donc ici, c'est nous qui nous servons du langage et non le langage qui se sert de nous nous nous servons du langage sans émotion un langage souple correct, conforme au dictionnaire de sorte que nous pouvons tous deux communiquer ensemble très simplement et directement en employant le mot sans émotion le mot qui n'a pas derrière lui un redoutable contenu psychologique. Pouvons-nous faire cela? Pour la plupart d'entre nous c'est extraordinairement difficile car nous nous sommes identifiés au mot et le mot, c'est nous – je suis un Anglais, je suis un Hindou. Pouvons-nous nous défaire de ces liens du langage qui nous mènent, nous façonnent et employer sans émotion des mots simples, directs et donc un mot qui n'entraîne pas de réactions psychologiques? D'accord? Pouvons-nous faire cela avant toute chose? Si nous le pouvons, il est alors possible de chercher ensemble car nous sommes libérés du mot qui nous mène et nous servons directement du mot. J'espère que c'est clair. Suis-je clair? Du moins, je l'espère.

Dès lors, sachant le sens des mots, sans aucune émotion sans aucune réaction au mot nous pouvons alors nous pencher sur tout le problème de notre façon de vivre, pourquoi nous vivons ainsi pourquoi chaque jour de notre vie comporte-t-il conflit, violence égoïsme, étroitesse, limitation, anxiété, crainte, incertitude soit la confusion dans laquelle nous vivons? Nous nous mettons donc au défi de découvrir pourquoi nous vivons ainsi pourquoi nous sommes si mécanisés dans notre relation dans nos façons de penser pourquoi nous tolérons quelque forme de violence que ce soit tant en nous-mêmes qu'à l'extérieur pourquoi l'homme a vécu des milliers et des milliers d'années dans la souffrance, privé d'amour effrayé, malheureux, d'une façon totalement inintelligente.

Nous allons donc nous mettre à chercher ensemble en nous servant des mots sans émotion, sans aucune réaction à chercher pourquoi nous sommes devenus intellectuellement éthiquement si mécanisés. N'est-ce pas? Nous ne faisons que décliner des faits, non des conclusions. Dire que nous sommes mécanisés n'est pas une conclusion, nous le sommes nous sommes pris dans une routine, que ce soit au bureau ou une fois rentré à la maison, après le travail c'est exactement le même processus répétitif qui se poursuit sexuellement, éthiquement, moralement, dans nos actes quotidiens. Certains d'entre-nous s'en rendent compte et s'efforcent d'y échapper en devenant des révolutionnaires révolutionnaires physiques ou idéologiques. La révolution physique ne mène à rien. C'est évident, malgré les terroristes. Psychologiquement, intérieurement, au tréfond de nous-mêmes pourquoi sommes-nous devenus mécanisés? Par ce mot « mécanique », j'entends l'action fondée sur le plaisir l'action fondée sur la peur l'action fondée sur l'autorité l'action fondée sur un certain schéma de pensée l'action fondée sur l'évasion éviter, s'enfuir, ne confrontant jamais le fait de ce que nous sommes. Ce ne sont pas là des conclusions, mais des faits quotidiens évidents. Et à nouveau, je vous en prie, vous êtes à l'écoute de vous-même bien que l'orateur s'exprime par des mots l'orateur n'est pas ici présent vous êtes à l'écoute de vous-même et vous mettez au défi de découvrir la raison de cette existence mécanisée. Vous pouvez abandonner un ensemble d'idéologies chrétienne ou communiste et rejoindre un autre ensemble d'idéologies renoncer à être catholique pour devenir protestant ou hindou ou si vous êtes assez avancé, vous adonner au bouddhisme zen ou si vous êtes encore plus avancé vous adonner au truc de Krishnamurti! (Rires)

Tout cela – vous comprenez – sans jamais se demander quelle est l'action juste dépendant toujours de quelqu'un de gourous, de telle ou telle personne. Quelle est alors l'action juste dans un monde qui s'écroule qui devient chaque jour plus effrayant où il existe tant de divisions, de croyances de dogmes, de nationalités, etc., etc religieuses, toute les formes de division? Quelle est, pour chacun de nous, l'action juste dans notre vie quotidienne, avec nos occupations, etc quelle est l'action juste, quelle est la manière correcte de vivre? Si vous vous mettez au défi et j'espère que vous le faites maintenant que faut-il faire?

Nous devons donc chercher: qu'est-ce que l'action? N'est-ce pas? Que signifie ce mot « action »? Que vous soyez marié ou non que vous soyez employé de bureau, ou assez fortuné indépendant, etc., etc., etc quelle est la chose juste que j'ai à faire dans ma vie? Non selon un modèle, quel qu'il soit – là n'est évidemment pas l'action juste – non fondée sur certaines idéologies cela non plus n'est pas l'action juste car ces idéologies sont projetées par la pensée la pensée habile et rusée. Et l'action fondée sur une certaine autorité religieuse, politique ou fondée sur votre propre autorité fondée sur votre propre expérience et savoir cela non plus n'est pas l'action juste. Je vous en prie, comprenez tout ceci car si vous fondez votre action sur votre propre expérience votre expérience est alors très limitée et vous réclamez continuellement une expérience de plus en plus vaste qui n'est qu'une sensation de plus en plus vaste, pas de l'expérience. Le mot « expérience » signifie passer par, en finir avec quelque chose. Et une action fondée sur une conclusion passée si juste, si méritoire soit-elle, relève toujours du passé et par conséquent, elle est encore limitée en termes de temps. Ou si votre action repose sur une conclusion à venir ou sur une idéologie future, un idéal futur là encore, ce n'est pas une action juste parce que vous avez projeté l'idéal de ce que vous devriez être, ou de ce que votre pays devrait être ou de ce que votre groupe devrait être et agissez donc selon ce qui devrait être par conséquent, vous n'agissez pas du tout. L'action, c'est faire quelque chose maintenant indépendamment du passé et du futur.

Il est réellement fascinant et extrêmement intéressant – s'il m'est permis d'utiliser ces mots qui ne sont pas appropriés mais peu importe pour le moment – de découvrir par soi-même s'il existe une action totalement déconnectée du temps. Vous comprenez? Le temps étant le passé, avec tous mes souvenirs, mon savoir mon expérience, emmagasinés dans le cerveau en tant que mémoire et le fait d'agir d'après cette mémoire laquelle est le passé agissant dans le présent ou le passé, qui a eu tant d'expériences tant d'échecs, tant d'angoisses, de peurs, de souffrances projette dans le futur quelque chose d'idéologique – « ce qui devrait être, comme cela serait heureux » – et agit en conséquence, cela aussi est une non-action. N'est-ce pas? Tachons de nous rencontrer, au moins intellectuellement et alors, si c'est compris intellectuellement on peut alors l'approfondir encore davantage ou tout au moins se comprendre à ce niveau qui est très limité.

Alors, existe-t-il une action dans la vie quotidienne dans nos rapports quotidiens, les uns avec les autres intimes ou non, sexuels ou non existe-t-il une action holistique, entière ne dépendant ni du temps, ni de l'environnement, ni des circonstances? Nous nous lançons donc le défi suivant: une telle action existe-t-elle? Ou ne connaissons-nous que l'action fondée sur le passé ou le futur? Nous n'en connaissons aucune autre et nous acceptons une telle action: il est beaucoup plus commode, plus réconfortant plus facile d'accepter une telle action. Nous nous lançons donc mutuellement un défi pour découvrir s'il est possible de mener une vie [fondée sur] l'action juste qui ne dépende ni de l'environnement ni des circonstances, ni du passé ou du futur. Vous comprenez? C'est ce qu'il y a de plus difficile à découvrir. Quand vous voulez découvrir une telle action pour autant qu'elle existe la pensée se met aussitôt à agir. La pensée dit: « cette chose existe-t-elle? Je dois chercher ». La pensée est donc le passé – n'est-ce pas? La pensée est le fruit de la mémoire la pensée résulte de votre expérience de votre savoir accumulé, d'où surgit la mémoire et la mémoire réagit en donnant naissance à la pensée. C'est très simple, si vous voulez bien l'approfondir. Ce n'est pas compliqué. Ainsi, quand un tel défi est lancé comme suit: « existe-t-il une action qui ne dépende ni du passé ni du futur, ni de l'environnement ou des circonstances » la pensée commence alors à opérer. N'est-ce pas? Voilà ce que vous êtes en train de faire. Puis la pensée dit: « il faut que je découvre une telle action ». Comme la pensée ne peut découvrir une telle action, vous dites « c'est impossible ». Suivez-vous tout ceci? Sommes-nous ensemble ici, ou est-ce que je parle tout seul? Je peux faire cela dans ma chambre.

Encore que je ne le fasse pas. Ainsi, l'action fondée sur la pensée est limitée parce qu'en elle-même la pensée est morcelée, c'est un fragment limité, parce qu'elle repose sur le savoir et vous auriez beau accumuler du savoir vous auriez beau accumuler des faits développant toujours plus le savoir le développant continuellement, il n'en reste pas moins limité. Là encore, c'est évident. Peut-être pas pour ceux qui préconisent l'ascension de l'homme par le savoir parce que c'est là leur propre mode de conclusion. Mais quand on voit réellement, dans la vie quotidienne combien le savoir est extraordinairement limité – vous auriez beau avoir des connaissances techniques, et il en faut et on peut toujours accroître ce savoir on peut constamment l'élargir – existe-t-il une accumulation de savoir psychologique à partir de laquelle émane l'action? Vous comprenez? Très bien.

On a accumulé du savoir, psychologiquement. J'ai été blessé il y a de nombreuses années, quand j'étais petit. Et cette blessure est devenue mon savoir il est là, au fond de mon être. Et j'agis en fonction de ce savoir, c'est-à-dire que je résiste je m'isole afin de ne pas être encore plus blessé. D'où cette constante division entre moi et un autre pour m'éviter d'être à nouveau blessé. Ceci encore est un fait banal. J'agis donc en fonction de ce savoir. Je puis en voir le côté irrationnel. Je puis me rendre chez un psychologue. Je puis faire des tas de choses à cet égard mais la blessure est toujours là et cette blessure réagit sans cesse. Donc j'agis d'après un incident passé que cet incident passé soit heureux ou douloureux est hors de propos mais c'est l'événement passé qui constitue mon savoir. J'ai passé un merveilleux après-midi, cela devient mon savoir. Demain, je vais passer une journée merveilleuse et cela recommence, vous suivez? Tout ce mécanisme repose sur le processus cumulatif de l'expérience, du désir et du plaisir.

Alors, existe-t-il une action totalement indépendante de tout cela? Comprenez-vous ma question? Il faut, pour étudier cela, comprendre le fonctionnement de la pensée car vous ne pouvez cesser de penser. En se forçant, comme le font bien des gens par la méditation – qui n'est pas de la méditation – essayant de maîtriser la pensée de modeler la pensée, ils se sont alors scindés en penseur supérieur et pensée inférieure et donc le supérieur essaie de maîtriser l'inférieur. Vous connaîssez tout ceci. Alors, existe-t-il un moyen une action qui soit totalement déconnectée de tout ceci? Nous vous lançons un défi je vous lance un défi et vous me lancez un défi nous sommes ensemble en situation de défi.

Si celui-ci a été lancé avec assez de profondeur et de sérieux de tout votre être vous trouverez alors une réponse. Je pourrais vous la donner mais nous discutons de ceci ensemble nous partageons cela ensemble donc je ne vous la donne pas, et vous ne l'acceptez pas parce qu'alors, tout devient vain vous n'auriez alors plus qu'à consulter un gourou quelconque. Tandis que si vous pouvez découvrir tout ceci par vous-même vous êtes alors libre – vous comprenez? Vous avez compris l'action dans la plénitude de son sens dans sa profondeur, et sa beauté. Nous disons – l'orateur dit qu'il existe une telle action complètement exempte de passé et de futur de l'environnement, des circonstances. Cela consiste en un « insight » [une perception fulgurante et immédiate] au sein du mouvement entier de la pensée telle qu'il s'exprime dans l'environnement dans les circonstances dans le passé et le futur, à savoir un « insight » au sein de l'action. C'est-à-dire, l'insight n'est pas la réaction de la mémoire. N'est-ce pas? Ne vous est-il jamais arrivé de dire soudain « j'ai compris » – sans paroles, sans gestes, sans circonstances sans le passé – soudain vous dites « grands dieux, j'ai saisi ». Et cela, c'est irrévocable, c'est la vérité ultime. Vous ne pouvez dire « je l'ai eu » et le lendemain « je l'ai perdu ».

Nous allons donc découvrir ensemble le sens de ce mot « insight ». Un « insight » au sein de quelque chose n'est pas une affaire personnelle cela ne repose pas sur des conclusions idéologiques des mémoires, des souvenirs. Il faut être libéré de tout cela pour avoir un « insight ». Il faut être libéré du savoir pour avoir une perception immédiate. Ceci n'est pas une extravagance excentrique, ou émotionnelle mais une réalité. Si vous avez déjà eu cette sorte de compréhension immédiate d'où résulte l'action immédiate cette compréhension immédiate exige une action immédiate, hors du temps. N'est-ce jamais arrivé? Cela arrive, évidemment mais alors, la pensée dit: « j'ai eu cet insight j'ai eu cette étrange et profonde perception et il en découle évidemment une action immédiate mais je voudrais que cela continue tout le temps ». Vous comprenez? Je veux que cet « insight », que cette perception immédiate que cette compréhension immédiate continue. Quand vous dites qu'il faut que cela continue vous avez déjà mis en marche tout le mouvement de la pensée. Je me demande si vous le voyez? L'insight – la perception rapide de quelque chose – est instantané et s'arrête là. Vous ne pouvez le prolonger. Tandis que la pensée demande que cela se prolonge empêchant ainsi le prochain « insight ». Je me demande si vous saisissez tout ceci?

Avons-nous compris quelque chose de tout ceci parce que c'est très important car à partir de là nous pouvons approfondir davantage, ce qui demande un « insight » rapide de sorte que vous n'avez jamais à lutter, jamais à être en conflit. Car, lorsque vous agissez sur un « insight », c'est une vérité irrévocable. Ce n'est pas de l'intuition. Ne vous égarez pas. Il faut user de ce mot avec précaution. Les gens ont des intuitions, c'est-à-dire des désirs projetés et – vous savez – toutes ces vilaines choses. Ici, il s'agit d'insight. Perception et action rapide, ce n'est pas personnel c'est donc entier, c'est holistique. Et nos actes ne sont jamais entiers. Nous faisons quelque chose, nous le regrettons « je n'aurais pas dû faire cela » ou nous avons fait quelque chose qui nous a donné du plaisir et nous voulons la continuation de cet acte. Alors que l'insight est une chose très simple mais pour avoir un tel « insight » des choses il faut un esprit alerte, pas un esprit engourdi pas un esprit apeuré ou un esprit dont la pensée dit « si je fais cela, que va-t-il se passer? Je pourrais le regretter, ou cela pourrait échouer cela pourrait causer des souffrances aux autres et à moi-même » et ainsi l'action n'est jamais totale, complète, entière. Tandis que l'action née de l'insight la perception immédiate ne comporte aucun regret, car elle est vraie c'est la seule action qui soit

Alors, gardant cela à l'esprit ne fut-ce qu'intellectuellement avez-vous une perception rapide de toute la nature et la structure de l'autorité? L'autorité des livres, l'autorité des professeurs l'autorité des hommes de science, des prêtres religieux etc., etc ou de votre propre expérience, qui est devenue votre autorité. Il s'agit d'en avoir un « insight » immédiat vous êtes alors totalement libéré de toute autorité. Vous n'avez alors pas à lutter et à vous débattre pour dire: « j'accepte cette autorité-ci, je n'accepte pas celle-là. L'autorité de mon gourou est merveilleuse mais je rejette l'autorité du prêtre ». C'est exactement la même chose.

Alors, en discutant, en vous mettant mutuellement au défi, êtes-vous libéré de l'autorité? Il y a l'autorité de l'agent de police l'autorité de la loi l'autorité du chirurgien – qui ont peut-être leur raison d'être – mais existe-t-il l'autorité psychologique d'une croyance, d'un dogme d'une conclusion, d'une idéologie, communiste, socialiste religieuse ou quoi que ce soit, intérieurement? Si c'est le cas, alors vous ne trouverez jamais ce qu'est l'action juste c'est évident. N'est-ce pas?

Donc, en étudiant ceci, pas à pas, êtes-vous véritablement – je vous le demande respectueusement – êtes-vous libéré de l'autorité y compris celle de cette personne assise sur l'estrade en ce moment-même? Si vous ne l'êtes pas découvrez pourquoi vous acceptez l'autorité intérieurement. Objectivement, l'autorité est nécessaire. N'est-ce pas? Vous ne pouvez conduire à droite en Angleterre vous auriez des accidents. Si vous rejetez l'autorité de la loi d'un Etat vous serez puni, etc., etc. Là, l'autorité a sa juste place. Mais, intérieurement, profondément, il ne faut avoir aucune autorité.

Nous pouvons alors commencer à étudier pourquoi les êtres humains vivent continuellement dans un état de peur. N'est-ce pas? Allons-nous le faire? Pourquoi vous, en tant qu'être humain représentant toute l'humanité n'est-ce pas? – vous rendez-vous compte que l'être humain que vous êtes représente tout l'esprit humain car vous souffrez, vous êtes dans l'incertitude vous êtes pris dans certaines croyances ou vous êtes conditionné, vous êtes Anglais Français, Allemand, ceci ou cela et vous croyez en Jésus, ou en Christ ou quelqu'un d'autre n'y croit pas ou vous êtes Hindou, Musulman, suivez-vous? Alors, êtes-vous conscient que dans votre relation dans vos activités quotidiennes, il existe un sentiment de grande peur? N'est-ce pas? Dans l'affirmative, il s'agit alors de… voyons: si vous avez peur, la réaction naturelle – je ne dirai pas naturelle – la réaction irrationnelle est de cultiver le courage, – quoi que l'on entende par là ou de la fuir ou de la raisonner: « pourquoi n'aurais-je pas peur c'est naturel « , etc., etc. Ou vous vous identifiez à votre peur la peur et vous ne faites qu'un il n'y a pas de vous distinct de la peur de sorte que cette peur, qui est vous, s'identifie a quelque chose de supérieur et dit: « en m'abandonnant à cette chose supérieure, je n'ai plus peur ». Nous nous sommes tous livrés pendant des siècles à cette sorte de jeu. Et, après un million d'années, nous avons toujours peur chaque être humain de par le monde a une certaine peur.

Maintenant, il s'agit d'en avoir un rapide « insight » et, par conséquent, d'en être complètement libéré. Est-ce possible? Car la peur est la chose la plus terrible qui soit vous savez bien ce qu'il en est, ses conséquences névroses en tout genre fuite dans diverses formes de divertissement religieux et autres rationnaliser les peurs, et accepter la peur comme faisant partie de notre existence quotidienne. Nous demandons à présent: est-il possible d'avoir un « insight » dans toute la nature et la structure de la peur et d'en être libéré? Ne voulez-vous pas savoir si vous pouvez en être délivré? Ou bien, l'acceptez-vous, comme nous acceptons tant de choses comme faisant partie de la vie? Si vous ne l'acceptez pas comme faisant partie de la vie quelle est alors la nature de la peur? Quelle est la racine de la peur? Quelle est la substance, la structure, tout le mouvement de la peur? Non seulement la peur de sa femme, de son mari, de son amie – vous savez la peur dans sa totalité, pas un aspect particulier de la peur? Ne voulez-vous pas le découvrir? Autrement dit, ne voulez-vous pas employer votre esprit votre pensée, tout votre être, toute votre énergie, à découvrir s'il est possible d'éradiquer totalement la peur? La peur se présente sous de nombreuses formes l'un des principaux facteurs de la peur étant l'attachement attachement à une personne, attachement à un idéal à une croyance, attachement à un meuble vous savez ce qu'est l'attachement. Et là où il y a attachement il y a inévitablement peur de perdre. Est-il possible d'exister sans pour autant s'isoler, sans attachement? Comprenez-vous ma question? L'être humain qui a vécu dix mille années et davantage avec la peur faisant toujours partie de sa vie depuis l'homme des cavernes jusqu'à nos jours peut-il se déconditionner de la peur? Comme nous l'avons dit, un des facteurs de la peur est l'attachement. Il s'agit de découvrir si l'on est attaché, sans éviter la chose découvrir, voir si vous êtes attaché à quelque chose à votre gourou, à votre savoir, à vos meubles à votre ami, épouse, fille, fils, à quoi que ce soit attaché à votre pays. Là où il y a attachement, il y a jalousie il y a possessivité un sentiment de s'identifier à quelque chose d'autre. Et quand cet attachement, cette identification existent il y a toujours une incertitude. Ce sont là des faits, n'est-ce pas? Non?

Alors, pouvez-vous vous libérer de l'attachement pas demain, ni sur votre lit de mort – là, il est évidemment très simple d'être détaché! (Rires) Vous ne pouvez discuter avec la mort. Mais maintenant, tout en menant votre vie quotidienne être libre de toute forme d'attachement sans pour autant s'isoler, ce qui engendre de nouveau la peur. Je puis me détacher de ceci et de tout le reste, et soudain ressentir la solitude un sentiment de vide et, effrayé par ce vide recommencer à être attaché non à une personne, mais à quelque merveilleux idéal. Tout cela. Toute forme d'attachement, engendre la peur. Un homme ou une femme qui cherche vraiment, demande, se met au défi de savoir s'il est possible de se libérer à jamais de la peur doit alors avoir un rapide « insight » au sein de toute la nature de l'attachement. Pendant que nous parlons, que nous explorons ensemble avez-vous ce sentiment, cet « insight » cette perception immédiate de toute la nature de l'attachement et sa structure, avec toutes les complications qu'il entraîne, le voyez-vous instantanément? Et quand vous le voyez en totalité, c'est fini. Cela ne signifie pas pour autant que vous deveniez insensible. Cela ne signifie pas que vous vous isoliez. Au contraire, vous êtes alors un être humain libre qui n'est plus soumis à la peur. N'est-ce pas? Ce n'est là qu'une des expressions de la peur. Mais peut-être la manifestation la plus profonde de la peur [est] celle de perdre ce que vous avez. En réalité vous n'avez rien, mais ceci n'est pas notre objet.

Quelle est donc la racine de toute cette peur? Voyez-vous, la plupart d'entre nous a tendance à élaguer les branches de la peur. N'est-ce pas? J'ai peur de telle chose, alors aidez-moi à m'en débarrasser ou permettez que je me rende chez quelqu'un qui m'aidera à me débarrasser de la peur de cette manifestation particulière de la peur chez le psychologue, le prêtre, le psychanalyste les derniers gourous et toute cette affaire. Mais l'élagage de l'arbre de la peur ne nous intéresse pas il s'agit plutôt de découvrir la racine de la peur. de sorte que lorsque vous en voyez la racine et avez une profonde compréhension de la racine si vous avez une telle compréhension et c'est là un « insight », alors la peur disparaît complètement vous n'avez plus peur psychologiquement. Physiquement, c'est autre chose. Physiquement il faut être attentif il faut être rationnel, sensé – à moins d'être anormalement névrosé c'est alors une autre affaire. Mais physiquement, il faut prendre garde au danger tout comme vous prendriez garde à un précipice comme vous prendriez garde à un animal dangereux et peut-être les êtres humains deviennent-ils de plus en plus dangereux, plus que n'importe quel animal. Il faut donc se garder des êtres humains des terroristes, des politiciens… y a-t-il des politiciens ici? (Rires) Et faire très attention aux gourous (rires) etc., etc.

Ainsi, on comprend la vigilance, le danger – physique. Mais quelle est la racine de la peur psychologique? S'il vous plaît, lancez le défi, posez-vous la question. N'acceptez pas mon défi. Demandez-vous quelle est la racine de tout cela? Ne dites pas « je ne sais pas » pour laisser les choses en l'état ou pour tirer quelque conclusion. Si vous le faites, cela vous empêchera d'en trouver la racine. Si vous dites « je ne sais vraiment pas quelle est la racine de la peur », vous commencez alors avec humilité. Vous dites alors « je ne sais vraiment pas ce que je vais découvrir ». Mais si l'on commence avec arrogance, disant « je peux résoudre cela je sais, j'ai en main tous les faits concernant la peur » vous débutez alors par une conclusion avec un sentiment d'espoir – ce qui ne signifie pas qu'il faut être dans le désespoir pour le demander – mais si vous êtes vraiment, profondément intéressé par la nature, la structure du tréfond de la peur [vous demandez] quelle est la racine de la peur? Que ceux d'entre vous qui ont déjà lu ou entendu l'orateur ne disent pas « oui, je la connais ». C'est un peu facile. Parce que vous avez entendu quelqu'un vous le dire et peut-être est-ce la vérité, mais ce n'est pas la vôtre c'est la vérité de quelqu'un d'autre. Il n'y a pas votre vérité, ou ma vérité mais si vous admettez l'affirmation d'une personne comme celle-ci et dites « oui, j'ai déjà entendu cela mais cela ne m'a pas délivré de la peur » c'est que vous êtes mené par le langage. Vous comprenez? Le langage vous mène. Le langage se sert de vous. Mais si vous êtes libéré de ce que vous avez entendu auparavant et vous interrogez réellement, assis ici, pour découvrir l'essence, la racine, la base de toute peur alors, comme vous ne savez pas, vous l'abordez à neuf vous l'abordez avec un certain sentiment de curiosité, afin de trouver. Mais si vous l'abordez avec une conclusion quelconque il est impossible que vous en compreniez la racine.

Découvrons donc ensemble, à neuf la racine, toute la nature et la structure de la peur. Pour découvrir quelque chose, si vous avez un motif tel que « je dois m'affranchir de la peur » – c'est bien un motif ce motif donne alors une direction à votre recherche. Ce motif directif vous empêche donc de chercher. C'est simple, n'est-ce pas? Si j'approfondis la peur avec le motif de vouloir m'en débarrasser j'y ai alors déjà donné une direction. N'est-ce pas? Car mon désir est de m'en débarrasser et non de comprendre la nature la structure et la profondeur de la peur. Je veux me débarrasser du mot « peur ». Ainsi, le mot « peur » nous mène. Vous comprenez? Tandis que si vous le regardez si vous êtes libéré du mot et dites: « qu'est-ce que cette peur avec laquelle j'ai vécu si longtemps? » Qu'est-ce? Est-ce le temps? Le temps étant hier, aujourd'hui et demain le coucher, le lever du soleil. Ainsi, la peur est-elle le produit du temps? Il vous est arrivé quelque chose dont vous avez eu peur il y a un an, ou hier et la peur de cet incident persiste et le souvenir de cette chose s'appelle la peur. Vous suivez tout ceci? Le souvenir de cet incident qui a eu lieu il y a un an, ou hier a laissé un certain souvenir et ce souvenir révèle la peur. N'est-ce pas? Ainsi, le souvenir du mot peur nous fait dire: « c'est la peur ». Tandis qu'étant libéré du mot, nous essayons de découvrir l'essence de la chose. Suivez-vous tout ceci? Cela devient-il trop fatigant? Tant pis.

Quelle en est la racine? Etant quelqu'un de très sérieux et ayant plein l'énergie, je me dis: je dois la découvrir, car je ne veux pas vivre dans cette peur. C'est trop absurde, trop illogique, irrationnel. Quelle en est l'essence? Est-ce le temps? C'est en partie cela, le temps. Par ailleurs la pensée crée-t-elle la peur? Vous comprenez?

Voilà donc: le temps, la pensée. J'ai plus ou moins compris la nature du temps le temps extérieur, le temps intérieur, psychologiquement: je serai, je ne suis pas, je serai ou je devrais être, alors que je ne suis pas. Le « devrais être » est le mouvement du temps. N'est-ce pas? Je me demande C'est important, vous suivez tout ceci?

C'est une belle matinée, et j'espère que vous l'appréciez aussi. J'espère que cette recherche vous fait passer un moment agréable comme vous passeriez un moment agréable sur la pelouse à regarder les arbres, les nuages, et le chaud soleil.

Qu'est-ce alors que la pensée? J'ai compris la nature du temps. Je veux maintenant comprendre si la pensée est responsable de la peur. Je ne sais pas, mais je vais le découvrir. Si la pensée en est responsable je dois comprendre la nature de la pensée. Qu'est-ce que penser? Penser est l'écho de la mémoire. N'est-ce pas? C'est évident. Si vous n'aviez aucune mémoire, vous ne penseriez pas. Mais penser est devenu très important pour nous. Nous nous servons de la pensée pour chaque chose que nous faisons. L'amour est-il un souvenir, une pensée? Je ne parle pas de l'amour sexuel, des sensations, de l'amour sensuel. Je n'appellerais même pas cela de l'amour, c'est de la sensation. L'amour est-il sensation? L'amour est-il un souvenir? Et la pensée est-elle amour? Comprenez-vous? Je pose toutes ces questions. Et quelle est la nature de la pensée? Très simplement, elle se fonde sur l'accumulation du savoir récolté à travers l'expérience millénaire vécue tout cela étant emmagasiné dans le cerveau je ne suis pas un spécialiste du cerveau, vous pouvez vous-même observer votre cerveau et voir la mémoire répondre à un défi.

Alors, je me lance un défi: qu'est-ce que penser? Et la réponse est: « la mémoire, bien sûr ». Alors, la mémoire est-elle responsable de la peur? L'année dernière j'ai été blessé physiquement je m'en souviens, et j'ai peur que cela se reproduise la maladie, la douleur, ou quoi que ce soit. Ce qui veut dire: la pensée, basée sur une expérience de la douleur de l'année passée, ou d'hier s'en souvient et a peur que cela se reproduise à nouveau. Tous nos actes, toute notre existence reposent sur la pensée. Je ne sais si vous vous êtes rendu compte de ce fait extraordinaire: tout ce que nous faisons se base sur la pensée. Il n'y a aucune spontanéité être spontané, cela donne une toute autre existence. Pour avoir cette spontanéité il faut comprendre la nature de la pensée qui a conditionné notre cerveau toute notre perspective mentale, notre activité. Quand tout ceci est compris qu'un « insight » immédiat de la chose a eu lieu, il y a spontanéité il y a liberté. Mais ceci est tout autre chose.

Nous demandons donc: le temps, je le vois, est partiellement responsable. La pensée aussi est responsable. Le temps est-il pensée? Ou la pensée est-elle le temps? Vous comprenez? Il n'y a pas de temps et de pensée, séparément. Il n'y a que la pensée qui crée le temps psychologique. N'est-ce pas? Et par conséquent, ayant approfondi cela l'ayant compris, pas intellectuellement, verbalement mais ayant vraiment vu par soi-même la nature de la pensée on se rend alors compte que la pensée est fondamentalement responsable de la peur. On se dit alors: « dans ce cas, comment puis-je cesser de penser? » C'est la question la plus absurde qui soit. Voyez-vous, cela fait partie de l'astuce qu'ont apportée les gourous. C'est-à-dire méditer, essayer de maîtriser, d'arrêter la pensée. Avez-vous jamais essayé d'arrêter de penser? Si vous l'avez fait, vous découvrirez que la personne qui dit « je dois cesser de penser » l'entité qui dit cela fait aussi partie de la pensée. Elle se joue un tour à elle-même.

Donc, vous voyez que temps égale pensée, que temps égale mouvement mouvement d'hier à aujourd'hui, à demain. Et la pensée aussi est un mouvement un mouvement basé sur des souvenirs passés, des expériences passées du savoir passé – le savoir est toujours le passé. Donc, la pensée est fondamentalement responsable de la peur. Vous comprenez? Le mot « peur », la peur, vous comprenez? Le mot « peur », est-il réellement la peur? Ou le mot n'est pas cette chose. Etes-vous déjà trop fatigués? Vous comprenez ma question? Le mot est-il différent de la chose? Ou le mot crée-t-il cette chose, la peur? Alors, le mot vous mène et le mot crée la peur. Ou la peur est-elle indépendante du mot? C'est-à-dire, le mot n'est pas la chose. N'est-ce pas? Vous comprenez? Alors, avez-vous séparé le mot de la chose? Vous comprenez? La tente, la marquise, le mot n'est pas cette chose. N'est-ce pas? Ainsi, quand vous la regardez pouvez-vous séparer le mot de la chose? Comprenez-vous ma question? Alors, avez-vous séparé le mot de la réaction que vous appelez peur? Ce qui veut dire êtes-vous conscient d'être pris dans le réseau des mots? Et par conséquent, les mots vous mènent. Alors, pouvez-vous regarder la chose sans le mot? Ce qui veut dire, regarder la chose sans la nommer sans faire qu'elle devienne le mot. Je me demande si vous comprenez tout ceci! Voyez, ceci demande une grande vivacité une grande lucidité dans votre observation. Il ne s'agit pas seulement d'accepter: « oui, je puis séparer le mot ceci et cela » – en faire un jeu mais de voir effectivement que vous vous êtes fait prendre que votre observation a lieu à travers un mot et que le mot prend donc une importance primordiale. Alors, quand vous réalisez cela vous dites: « très bien je vais séparer le mot, l'écarter et regarder la chose elle-même sans que le mot n'empiète sur elle le mot avec toutes ses connotations, ses contenus. » Regardons la chose. Vous comprenez? Je dépense beaucoup d'énergie et j'espère que vous en faites autant.

Pouvez-vous donc regarder la peur la sensation elle- même, sans le mot? Ou le mot crée-t-il la sensation? Le mot peur la crée. Vous comprenez? Vous pouvez regarder la tente le mot et le fait, la tente, différemment vous pouvez les séparer et dire: « Oui, je peux la regarder sans le mot. Je peux en voir la silhouette, les piquets, sans le mot ». Mais pour faire cela psychologiquement il faut être extraordinairement éveillé. Etre profondément conscient, à la fois du sens, du mot et de la chose. Si vous l'êtes, alors la chose que vous observez sans le mot est-elle la peur? Comprenez-vous ce que j'essaie de dire? La réaction que vous avez nommée « la peur » si vous ne la nommez pas, est-ce la peur, y a-t-il de la peur? Vous ne pouvez arriver à cela qu'après avoir étudié compris le temps et la pensée. La pensée est le temps, car ils sont tous deux le mouvement. Le temps est mouvement. La pensée est mouvement. Ce ne sont donc pas deux choses distinctes. La pensée crée le temps psychologique.

La pensée a donc créé le mot. L'homme originel, le primate ou l'aborigène dit « j'ai peur », et la peur – vous suivez? est venue jusqu'à nous – vous suivez? Et nous proposons maintenant de séparer les deux éléments le mot et la sensation, la réaction, et de regarder celle-ci d'observer la réaction sans le mot. Alors, quand vous observez la réaction l'observateur est-il distinct de la réaction? Vous comprenez? Ou sont-ils identiques: l'observateur est l'observé la réaction est l'observateur? N'est-ce pas?

Je vois que vous ne me comprenez pas. Vous vous êtes mis en colère cette colère est-elle distincte de vous? Quand survient cette colère vous n'en êtes pas conscient… mais l'instant d'après, vous dites « je me suis mis en colère ». Vous vous êtes séparé de cette chose appelée colère et il y a donc une division. De même (rires) la réaction que vous appelez colère est-elle distincte de vous? Il n'en est rien, évidemment. Donc, vous et cette réaction êtes identiques. Quand vous réalisez cela, vous ne la combattez plus, vous êtes cela. N'est-ce pas? Je me demande si vous le voyez. Alors, une action totalement différente a lieu: avant, vous avez eu recours à une action positive vis-à-vis de la peur disant « je ne dois pas avoir peur, je vais nier cela je le contrôlerai, je ferai ceci ou cela à ce sujet comme me rendre chez le psychologue », et tout le reste. Désormais, quand vous réalisez – non quand le fait que vous êtes la réaction est établi il n'y a pas de « vous » distinct de cette réaction. Dès lors, vous ne pouvez rien faire, n'est-ce pas? Je me demande si vous vous en rendez compte, vous ne pouvez rien faire. Par conséquent, d'une négation d'une observation non positive découle la fin de la peur. N'est-ce pas?

Quelle heure est-il?

Questioneur: Une heure.

Krishnamurti: Excusez-moi d'avoir parlé 1h30, je ne m'en suis pas rendu compte. J'espère que vous ne vous êtes pas ennuyés et qu'être restés assis dans la même position ne vous a pas engourdi.

Questioneur: Ne vous inquiétez pas. Nous y avons pris du plaisir. (Rires)

Krishnamurti: Bien. Nous nous rencontrerons à nouveau demain.

Questioneur: Merci. (Applaudissements)

Krishnamurti: N'applaudissez pas s'il vous plaît. Cela n'en vaut pas la peine.

26 Août 1978

Comment connaître l'ordre absolu ?

Krishnamurti: Pouvons-nous poursuivre ce dont nous parlions hier matin? Avant de nous y engager puis-je souligner que l'on devrait avoir un tant soit peu de scepticisme de doute, sans admettre ce que dit l'orateur mais en mettant ce qu'il dit en question, en étudiant ce qu'il dit, ou en examinant si ce que nous pensons comporte quelque vérité ou quelqu'erreur ou si ce qui est dit est pragmatique c'est-à-dire applicable à la vie quotidienne. Si l'on se contente d'accepter les mots, comme le fait la plupart d'entre nous, collectionnant mots et phrases nous passons à côté de beaucoup de choses. Nous parlons donc de la connaissance de soi, disant que se connaître soi-même est ce qu'il y a de plus important pas selon quelque psychologue psychanalyste, ou selon l'orateur mais en se connaissant vraiment tel que l'on est. Il s'agit ni de refuser, ni d'accepter ce qui est mais d'observer en regardant en soi, très, très profondément. Et ce que vous y découvrez doit provenir non de quelqu'un d'autre mais de ce que vous-même voyez et percevez de vos actions et réactions, etc. Il s'agit d'en être conscient afin de se connaître. Se connaître implique, n'est-ce pas de ne pas avoir déjà connu « ce qui est » et le reconnaître. C'est-à-dire, se découvrir soi-même chaque fois à neuf non d'après le souvenir de quelque chose que vous avez déjà vu en vous-même et que vous reconnaissez, et continuez à reconnaître sans cesse. J'espère être clair là-dessus.

Ainsi, je veux me connaître. car si je ne me connais pas il n'y a pour moi aucune possibilité d'action juste, de comportement juste ni aucune base me permettant de voir clair. On peut se tromper si totalement vivre dans un monde d'illusions, un monde de chimères mais se connaître si complètement libère l'esprit de tous ses enchevêtrements de tous ses soucis de ses éternels bavardages et ainsi de suite.

Dans cette recherche, comme nous le disions hier nous sommes menés par le langage. Le langage se sert de nous plus que nous nous servons du langage. Nous avons assez approfondi cela hier. Et nous avons aussi dit que l'orateur n'étant pas ici vous parlez à vous-même et vous écoutez vous-même afin de découvrir ce qui se passe exactement en vous au fond de vous-même, dans votre sphère psychologique. Nous savons très bien ce qui se passe autour de nous à condition d'être bien informé mais très peu d'entre nous savent exactement où nous en sommes ce que sont nos réactions et s'il est possible de les dépasser.

Et nous disions également hier que la racine fonda- mentale de la peur dans laquelle vit la plupart d'entre nous, est le temps. Le temps chronologique tel qu'hier, aujourd'hui, et demain et aussi tout le mouvement de la pensée. Ce sont là les deux facteurs qui engendrent la peur. Et l'autre facteur est le souvenir. Le souvenir d'une peur passée et le fait de s'accrocher à ce souvenir et de projeter une peur future. Nous parlions de cela hier.

Nous aimerions donc continuer à approfondir d'autres éléments de notre personne. La plupart d'entre nous vit psychologiquement dans le désordre. Je ne sais si vous en êtes conscient. Nous sommes menés non seulement par le langage mais aussi par de très nombreuses pressions extérieures: économiques, sociales, politiques, nationales les croyances religieuses, etc. Mais psychologiquement, la pression la plus forte est celle du désir. chez la plupart d'entre nous. Comme nous l'avons dit hier nous sommes en communication les uns avec les autres. Vous ne vous contentez pas d'écouter la personne qui parle laquelle n'a pas la moindre importance. C'est ce qu'elle dit qui importe, pas la personne. C'est comme si vous aviez un téléphone vous n'accordez pas trop d'importance au téléphone vous l'entretenez, mais ce qui est dit au téléphone est de la plus grande importance. De même, la personne qui parle ici n'a aucune importance. Je tiens encore et toujours à insister là-dessus: la personne n'a aucune importance. Mais ce qui est dit est important. Donc votre admiration pour la personne ou l'antipathie que vous éprouvez à son égard toutes ces bêtises n'ont que fort peu d'importance. Si vous avez un bon téléphone, vous ne le cassez pas, vous le nettoyez, vous le respectez. Mais le téléphone lui-même n'a absolument aucune valeur tandis que ce qui est dit au téléphone devient signifiant. De même, ici, la personne n'importe pas. Avez-vous compris cela, clairement et absolument?

Nous disons que nous vivons dans le désordre, psychologiquement. Nous pouvons avoir une chambre ordonnée, faire les exercices qu'il faut faire du soi-disant yoga – je ne vais pas m'étendre sur ce mot sur ce qu'il signifie, sur son origine, etc. Ce n'est pas le moment. Nous maintenons de l'ordre à l'extérieur, en apparence mais il y a un désordre incroyable dans le monde. Ce désordre est peut-être engendré par le désordre psychologique de chacun. Désordre veut dire contradiction en soi-même penser à une chose et en faire une autre. Dire une chose et faire le contraire de ce que l'on a dit ou être hésitant, pas clair, contradictoire, etc. Tout cela indique le désordre. En outre, là où il y a contradiction il y a forcément effort, là où il y a division il y a forcément conflit, et ainsi de suite. Tout cela est un état de désordre dans lequel nous vivons. C'est un fait évident.

Et pour amener de l'ordre psychologiquement que faut-il faire? J'espère que vous vous lancez un défi au lieu d'accepter mon défi. Sachant consciemment, lucidement qu'on est dans le désordre, psychologiquement, que faut-il faire? Comment amener l'ordre? Car sans ordre tant psychologiquement qu'extérieurement on vit inévitablement dans le chaos étant donné que le monde devient de plus en plus chaotique destructeur, violent ce qui indique un grand désordre dans le monde. Et ce désordre est peut-être projeté par chacun de nous car nous vivons dans le désordre.

Nous demandons donc: comment peut-on avoir en soi un ordre complet, total est-ce possible? Là où existe l'ordre, une immense énergie est disponible. Là où existe le désordre, il y a dissipation d'énergie gaspillage d'énergie. Nous allons donc chercher, ensemble je ne cherche pas en moi-même, mais ensemble nous cherchons, explorons ensemble la question suivante: qu'est-ce que l'ordre et peut-il y avoir ordre sans compréhension du désordre? Nous cherchons ensemble, afin de découvrir cet état de fait que nous vivons dans le désordre. Est-ce là un fait concret, et non une description verbale du désordre? Le mot n'est pas la chose. La description du désordre n'est pas le désordre lui-même. La description d'une montagne si magnifiquement peinte soit-elle, la beauté de la vallée la lumière, la neige, les contours sur le ciel toute cette impression de majesté, la beauté de cette montagne peuvent être admirablement décrits mais la description n'est pas le fait réel. Pour la plupart d'entre nous la description suffit. Et nous sommes donc pris par la description non par le fait réel. Donc, quand nous demandons: « qu'est-ce que le désordre? » est-ce là une idée que vous vous faites de l'ordre et la comparaison [du fait] avec l'idée que vous avez de l'ordre donne lieu au désordre, d'où, là encore, désordre total. J'espère que vous suivez tout ceci. Nous allons donc découvrir ce qui est le désordre et par un « insight » [vision fulgurante] une perception rapide de toute la structure du désordre surgit l'ordre. Cet ordre ne se conforme pas à un modèle à un plan dressé par quelque sage quelque philosophe, ou quelque charlatan religieux. Et la plupart des prêtres religieux, et la hiérarchie et tout le reste, sont des super charlatans. Même le nouveau pape, j'espère. (Rires)

Alors, tout d'abord, sommes-nous conscients de vivre dans le désordre? Non la définition de ce mot mais le fait réel de la contradiction de la division moi et le mien, vous et le vôtre nous et eux, et toute cette division qui a lieu en nous-mêmes ce conflit continuel. Tout cela indique le désordre. Et comment observez- vous ce désordre? Comme nous l'avons fait hier, prenons par exemple l'attachement sous toutes ses formes: c'est un facteur de désordre. Et aussi, comme nous l'avons souligné hier comme nous l'avons découvert hier un facteur faisant partie de la peur. Donc, l'attachement à une personne, une idée, une conclusion, un souvenir passé un meuble, etc., etc engendre en effet le désordre. Voyons-nous ce fait?

Et se libérer de l'attachement sans pour autant s'isoler, devenir insensible, indifférent cela amène-t-il un certain ordre? Car ce que nous disons, c'est que quand nous avons tout mis en ordre il y a alors énormément d'énergie, une énergie formidable. Et l'on a besoin de cette énergie pour pénétrer au plus profond de soi. Nous demandons donc, découvrons par nous-mêmes d'abord le désordre dans lequel nous vivons et la nature de ce désordre qui fait partie de l'attachement, de la peur du plaisir, et ainsi de suite sans lui donner une direction particulière en espérant que cela amènera l'ordre mais en se contentant simplement d'être conscient de ce désordre sans aucun mouvement de recul à cet égard. Nous rencontrons-nous? L'orateur est-t-il clair? Puis-je développer ce sujet? Très bien.

Supposons que je vive dans le désordre intérieurement. Je puis me trouver extérieurement dans un ordre parfait mais peut-être suis-je en plein désordre intérieur. Et je me demande: que dois-je faire? Ce désordre est-il distinct de moi? Ou suis-je ce désordre? Comprenez-vous cette question? Il est vraiment très important de comprendre ceci car si le désordre est distinct de moi je puis alors agir sur lui je puis alors changer de schéma aller d'un coin à un autre ou amener l'ordre psychologique en réprimant, contrôlant, faisant ceci ou cela. Je puis faire quelque chose à ce sujet. Mais si le désordre n'est pas distinct de moi – il est un fait que le désordre est moi – alors surgit le problème suivant: que se passe-t-il dans ce cas? Suivez-vous tout ceci? Vous ne m'écoutez pas, vous vous écoutez vous-même. Alors peut-être amènerez- vous un changement. Mais si vous vous contentez d'écouter l'orateur vous pouvez l'écouter pour le restant de vos jours et j'espère que vous ne le ferez pas et si vous vous contentez de l'écouter, vous ne changerez pas. Mais si vous-même voyez que vous vivez dans le désordre et que ce désordre n'est pas distinct de vous que fondamentalement, à la base, vous êtes ce désordre que se passe-t-il alors? Auparavant, vous pouviez agir dessus parce que vous vous en sépariez et agissiez dessus et par conséquent, il y avait continuellement conflit défaillance, un jour vous pouviez le faire le lendemain vous ne le pouviez plus, etc., etc fluctuant de jour en jour. Alors que le fait est que vous êtes ce désordre. C'est un fait, pas une conclusion à laquelle l'orateur est arrivé et qu'il tente de vous imposer. Il ne fait pas cela. Nous ne nous livrons à aucune propagande et ne cherchons pas à vous convaincre de quoi que ce soit. Mais quand je suis le désordre je ne puis rien faire à cet égard ce qui signifie que je ne puis agir dessus, comme je le faisais avant. Aussi, je demeure dans ce désordre total. Le faites-vous pendant que nous parlons? Ou n'est-ce qu'une accumulation verbale? Ainsi, je ne suis pas distinct de ce désordre. Ce désordre existe parce que je me suis dissocié de ce que j'ai appelé le désordre. C'est là un des principaux facteurs du désordre. Je l'ai découvert. Chaque fois qu'il y a séparation entre moi et ce que j'observe psychologiquement cette division est un des principaux facteurs de désordre. Ainsi, si je prétends être hindou, ou musulman ou chrétien, catholique, ou Anglais, ou Français ou Allemand, ou quoi que ce soit la division est un facteur de désordre le Juif et l'Arabe, vous en avez quotidiennement un exemple évident cela arrive quotidiennement. Donc, psychologiquement quand il y a division entre le désordre et moi j'encourage et cultive le désordre. Alors qu'il est un fait que le désordre est moi-même et par conséquent, la réalisation de cette vérité amène l'ordre. Suivez-vous ceci? Vous êtes tous bien silencieux. Cela vous regarde.

Questioneur: J'attends que cela se produise.

Krishnamurti: Le Monsieur dit qu'il attend que cela se produise. J'ai bien peur que vous n'attendiez longtemps! (Rires) C'est un fait, cela ne peut vous arriver. Voyez vous-même ce qui se passe par conséquent le fait lui-même la vérité de la chose libère l'esprit du désordre. La cause de ce désordre est la séparation d'un moi distinct du désordre. Vous comprenez?

Donc de même, pouvons-nous amener l'ordre dans notre vie? C'est-à-dire apprendre l'art de mettre chaque chose à sa juste place. L'ordre, c'est cela. Mais on ne peut remettre les chose à leur juste place que si celui qui le fait est lui-même très ordonné. Vous comprenez? Naturellement. Nous essayons donc de découvrir ce qu'est l'ordre et ce qu'est le désordre. Le désordre ne peut être dissout que quand la division entre moi et l'autre cesse, psychologiquement. Et il faut apprendre l'art de mettre les choses à leur juste place. L'argent, la plupart d'entre nous s'y accrochent, s'ils en ont beaucoup si vous en avez peu vous en voulez davantage, etc., etc. L'argent a pris une énorme importance dans le monde. Et le sexe aussi a pris une énorme importance. Je ne vais pas en parler; c'est important. Vous savez l'importance que cela a dans votre vie. Et, quand vous donnez autant d'importance à quelque chose ce fait même que vous donniez à une certaine chose une grande importance, est du désordre. N'est-ce pas? Si je donne une énorme importance aux exercices au soi-disant yoga je lui confère alors une place tout à fait démesurée. Ainsi, mettre chaque chose à sa juste place implique qu'on donne à toute chose sa juste valeur. N'est-ce pas? Pouvons-nous le faire? Le voulons-nous? Ou est-ce bien trop difficile? Ou dites-vous: « nous avons vécu tant d'années dans ce gâchis, il n'y a qu'à continuer. Ne vous en mêlez pas ». Ainsi, vous acceptez le gâchis et vous y êtes habitué. Vous dites: « nous nous y complaisons et ne voulons pas le modifier. » Mais quelqu'un qui se préoccupe sérieusement non seulement du monde qui nous entoure mais aussi intérieurement donnant à l'argent, au sexe, leur juste place apprend la beauté de la liberté. Sans cela, il n'y a pas de liberté.

Le problème suivant est donc celui-ci: nous vivons sous une grande pression, de plus en plus. Pressions des institutions pressions politiques, pressions économiques, pressions sociales etc., etc., etc. Et nous avons dit: peut-être la plus grande pression pour la plupart d'entre nous est-elle le désir d'agir la pression d'un énorme désir. N'est-ce pas? Suivez-vous tout ceci? Puis-je poursuivre?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: J'espère que vous observez tout ceci en vous-même. Car, vous pouvez écouter ces paroles pendant les dix, vingt, ou cinquante prochaines années au terme desquelles vous direz: « j'en suis encore au même point ». Parce que vous ne mettez pas en pratique vous ne dites pas « je vais découvrir ». Vous vous bornez à vivre au niveau des mots.

La question qui suit est celle-ci: pourquoi le désir exerce-t-il une pression si terrible sur la plupart d'entre nous? La pression sexuelle, la pression du désir sexuel le désir d'expérience, le désir d'être connu, célèbre le désir – vous savez quelles sont toutes les activités du désir. Le désir d'illumination, c'est le désir le plus stupide qui soit! Car l'illumination ne vient pas par le désir. Vous aurez beau gravir les pics les plus élevés de l'Himalaya vous n'y trouverez jamais l'illumination. Il se trouve là-même où vous êtes, non aux Indes, ou au Japon ni en quelque autre lieu, ni même à Rome. (Rires) Je m'excuse de parler de Rome, mais je viens d'entendre ce matin que le Pape a été élu! (Rires)

Ainsi, si l'on est intéreurement conscient de soi-même on voit à quel point le désir est si extraordinairement puissant: désir de pouvoir, pour dominer les gens désir de… vous savez tout ceci, inutile d'entrer dans les détails. Vous le savez très, très bien. Et nous vivons sous cette pression. Et ainsi, non seulement on se rend malade physiologiquement sous cette tension, mais aussi psychologiquement c'est un grand souci, un grand problème. Par exemple, je désire être la personne la plus merveilleuse qui soit et c'est une tension continue pour devenir quelqu'un, être quelqu'un, parvenir à un résultat. On peut donc voir que le désir, si l'on n'en a pas compris toute la nature et la structure est un des facteurs du désordre. N'est-ce pas? Le voyons-nous? Je vous en prie, n'acceptez pas ce que je dis c'est totalement sans importance. Est-ce pour vous un fait, que vous avez découvert par vous-même en voyant que le désir sous toutes ses multiples formes et multiples expressions, engendre bien la confusion engendre bien le désordre? N'est-ce pas? Et la plupart des gens ont dit « maîtrisez le désir réprimez le désir, ou accomplissez le désir allez jusqu'au bout du désir » – ils se sont livrés à tous ces tours. Parlez à n'importe quel moine et il vous dira « il faut réprimer tout désir désir charnel ou autre pour servir Dieu, Jésus » – qui que soit ce dieu. Et il y a donc toujours cette répression ce contrôle, c'est un conflit perpétuel vous avez le désir de quelque chose, vous le réprimez le rationalisez, le maîtrisez, le fuyez, et ainsi de suite. Ce que nous essayons donc de faire ce que nous disons est ceci: découvrons la nature du désir comment il apparaît, si nous pouvons mettre le désir à sa juste place et aucunement le réprimer, le contrôler, le détruire. N'est-ce pas? Nous allons aborder cela.

Il faut donc découvrir toute la nature et la structure du désir. Le découvrir par soi-même sans qu'on nous dise quelle est la nature et la structure du désir. Car, si vous l'admettez vous reviendrez l'année prochaine ou pendant les trente ans à venir et direz: « j'en suis exactement là où j'ai commencé et vous m'avez laissé là où j'en étais il y a trente ans ». Car l'on a vécu de paroles sans avoir réellement approfondi par soi-même. Pourquoi le désir a-t-il pris une telle importance? Il est encouragé par l'éducation sous toutes ses formes, la société; tout ce qui nous entoure encourage ce processus du désir. Je veux découvrir pourquoi le désir a pris tant d'importance en nous-mêmes, et qu'est-ce que le désir? Je dois donc d'abord comprendre la nature de la sensation. N'est-ce pas? La perception sensorielle, les sens. Je dois comprendre le cheminement des sens. Pouvons-nous continuer?

Les sens étant le toucher, l'odorat, le goût, etc. Et, nous ne fonctionnons jamais avec tous nos sens en action. Je me demande si vous comprenez ceci. Non? Le goût prend une telle importance si vous êtes un gourmet si vous aimez la bonne chair, le vin, etc le goût devient extraordinairement important. Ou si vous êtes sensible, la musique: seule importe la musique, à l'écoute d'un son ravissant et l'espace entre les sons, et la qualité du son. Ou quoi que ce soit. Donc nos sens sont morcelés, fragmentés nous ne voyons jamais quoi que ce soit avec tous nos sens, complètement. N'est-ce pas? Nous comprenons-nous? Pouvez-vous regarder quelque chose le mouvement de la mer la course des nuages le vent dans les arbres, regarder tout cela avec tous vos sens pleinement épanouis et attentifs? Pouvons-nous le faire? Alors, quand vous ferez cela, vous verrez, à titre d'essai – vous n'admettez pas ce que je dis faites-en vous-même l'essai – vous verrez alors qu'il n'y a aucun centre à partir duquel vous observez. Il n'y a aucune division venant d'un centre qui dit « je suis distinct de cela ». Quand vous observez totalement un homme, une femme, ou un enfant ou votre amie, mari, épouse de tous vos sens éveillés alors aucun sens en particulier n'exige d'action. Suivez-vous tout ceci? Le faites-vous pendant que nous en parlons? Les sens ont donc leur juste place mais ils deviennent destructeurs, facteurs de division et de conflit quand un sens en particulier est développé et que les autres sont assoupis ou à moitié assoupis. Tandis que lorsque vous observez une chose entièrement, de tous vos sens il n'y a alors plus de division en vous-même.

Le désir fait donc partie des sensations c'est le début de la sensation. N'est-ce pas? C'est un fait, n'est-ce pas? Vous voyez une belle femme, un bel homme, un enfant, ou une voiture une montagne, ou une maison aux proportions parfaites, ou un jardin: il y a perception, sensation, et le désir surgit. N'est-ce pas? Et cette sensation, perception, créent l'image et le désir commence alors à agir. C'est là tout le mouvement du désir. C'est un fait quotidien, simple, évident, que vous pouvez observer si vous y prêtez attention.

Où donc le conflit, les ennuis, la confusion commencent-ils dans le mouvement du désir? N'est-ce pas? Vous suivez? Mettons par exemple que je vois un bel arbre, un jardin merveilleux. J'ai un lopin de terre et j'aimerais avoir un aussi beau jardin pour moi-même. Ainsi, il y a perception sensation, formation de l'image c'est-à-dire la pensée – n'est-ce pas? et la pensée poursuit alors ce qu'elle a observé pour se faire plaisir. Ainsi, chaque fois qu'il y a mouvement de la pensée à l'égard d'une sensation, le désir engendre alors le conflit. Vous comprenez ceci? Est-ce clair? Non, non, je vois que ce ne l'est pas. Je vais reprendre autrement.

Il y a la perception d'une belle maison bien proportionnée, et tout le reste. Il y a alors sensation. C'est normal, c'est essentiel sinon je suis aveugle, mes sens ne sont pas aiguisés, conscients. Mais le problème surgit au moment où la pensée crée l'image de la possession d'une telle maison et des démarches pour l'obtenir s'identifiant à cette maison, et ainsi de suite. Donc, quand la pensée commence à intervenir dans la perception alors apparaît la division alors commence le désir. Est-ce clair? Non, pas ce que je dis, mais en vous-même. Travaillez-vous autant que nous tous? Il fait chaud ici. Travaillez-vous aussi fort? Je l'espère. Peu importe, cela vous regarde.

La question est donc la suivante: perception, sensation, sont choses naturelles c'est bien naturel mais, cela peut-il s'arrêter là, sans que la pensée n'intervienne ne crée une image, et ne poursuive cette image qui devient le désir? Vous comprenez ce que je dis? Comprenez-vous ma question? La perception, la sensation sont choses normales, saines mais quand la pensée s'introduit, créant l'image et poursuivant l'image en tant que désir, alors commence le problème. Ne l'avez-vous pas remarqué chez vous? Vous pouvez voir une belle voiture et il y a la sensation et l'image de vous en train de la conduire la puissance que vous éprouvez, et tout cela au lieu de voir la voiture, d'éprouver la sensation, et d'en rester là. Pouvez-vous faire cela? Essayez, et voyez ce que cela implique. Là, il n'y a aucun contrôle. Vous voyez tout ce qu'implique le désir comment il apparaît comment la pensée crée l'image et la poursuit au lieu de la seule perception, la sensation, regardant la voiture ou la montagne, ou la fille ou le garçon ou quoi que ce soit. Là, il n'y a aucun conflit aucune répression du désir vous avez alors cette immense énergie que consume le mouvement de la pensée en tant que désir. Est-ce clair?

La question qui suit est alors celle-ci: nous cherchons en nous-mêmes pourquoi nous vivons tellement de souvenirs? Comprenez-vous ma question? Pourquoi les êtres humains vivent-ils dans le passé, dans le souvenir? N'est-ce pas? Vous paraissez tous tellement étonnés. Vous avez passé une journée agréable, et vous vous en souvenez et c'est stocké en tant que souvenir et vous vous régalez de ce souvenir, vous vivez dans ce souvenir ou vous vivez d'un souvenir sexuel ou du souvenir d'une réalisation que vous avez réussie. Ainsi, le souvenir a pris chez nous une importance extraordinaire en tant qu'expérience, en tant que savoir. Nous demandons: pourquoi? Comprenez-vous? Non qu'il ne faille pas se souvenir il faut bien sûr se souvenir comment conduire une voiture de l'endroit où l'on habite, et ainsi de suite du savoir technologique que l'on a acquis mais psychologiquement pourquoi le souvenir a-t-il tant d'importance dans notre vie? N'est-ce pas? C'est vous qui vous posez cette question. Qu'est-ce donc que le souvenir? Quel est le facteur du souvenir? Il s'est produit un incident, agréable ou douloureux un événement qui a amené un sourire ou une larme et cela a été enregistré dans le cerveau. N'est-ce pas? Naturellement. C'est simple. Et cet enregistrement devient le souvenir cet enregistrement est le souvenir de cet événement agréable ou de cet événement pénible. La question est alors la suivante: pourquoi faudrait-il enregistrer quoi que ce soit, psychologiquement? Vous comprenez ma question? J'ai posé une question: pourquoi le cerveau devrait-il enregistrer un événement qui fut malheureux ou heureux? Il peut enregistrer les choses dangereuses – n'est-ce pas? tel qu'un précipice, un animal dangereux ou un serpent dangereux, une personne dangereuse un escroc, etc., il peut enregistrer. Ce sont là des faits quotidiens évidents. Mais pourquoi le cerveau devrait-il enregistrer la blessure la flatterie, l'insulte le sentiment d'être comme ceci, et tout le reste pourquoi y aurait-il psychologiquement un quelconque enregistrement? Vous avez compris ma question, non? Nous rencontrons-nous? Est-ce l'heure de m'arrêter?

Questioneur: Non!

Krishnamurti: (En français) Nous nous demandons à présent ceci: une des fonctions du cerveau est d'enregistrer par nécessité. Je dois enregistrer du savoir technique si je travaille sur des machines, etc., etc. De même, si j'écris, si je suis chirurgien médecin, et ainsi de suite, cela doit être enregistré. Mais nous demandons pourquoi devrait-on enregistrer quoi que ce soit psychologiquement? Commençons pour le moins par comprendre la question. Est-ce nécessaire? Cela amène-t-il une clarification? Cela amène-t-il une plus grande énergie, une liberté, etc.? Ou l'enregistrement psychologique est-il un des facteurs qui détruit la joie véritable? Je vais y venir dans un instant.

Nous avons dit que le cerveau, dans son activité doit enregistrer certaines choses, c'est nécessaire. Mais nous demandons ceci: psychologiquement, intérieurement pourquoi le cerveau devrait-il enregistrer? Est-ce une habitude dans laquelle nous sommes tombés qui fait que lorsque vous m'insultez, je l'enregistre immédiatement? Quand vous me flattez, je l'enregistre immédiatement. Pourquoi? Quand vous me flattez, vous êtes mon ami quand vous m'insultez, vous n'êtes pas mon ami etc., etc., etc. Nous demandons à présent ceci: cet enregistrement peut-il cesser psychologiquement? Voyez ce que cela signifie. Cela signifie alors la régénération du cerveau. Le cerveau devient alors extraordinairement vivant, jeune, frais car il n'enregistre pas ce qui est inutile. Je me demande si vous suivez tout ceci. Dès lors, est-ce possible? Intellectuellement, on peut en voir la beauté, verbalement. On peut se dire: « parbleu, ce doit être extraordinaire de n'avoir aucun enregistrement psychologique ». Mais cela ne signifie pas qu'on soit un végétal, ou vide, ou tout cela mais il y a liberté une extraordinaire sensation de joie une extraordinaire sensation de jeunesse le cerveau ne vieillit pas, ne s'use pas. Il faut donc découvrir si c'est possible. En effet, au fur et à mesure que nous vieillissons le cerveau devient de plus en plus mécanique de plus en plus bloqué dans une ornière, dans une voie et devient dur, friable, moins souple, moins rapide. Dès lors, est-il possible de ne rien enregistrer, psychologiquement? Avez-vous saisi la question? La question est-elle claire? Oui?

Alors, mettons-nous à chercher. Découvrir ne signifie pas que je vais vous le dire et alors vous le découvrez et dites « oui, il en est ainsi ». Ensuite, vous reviendrez dans trente ans pour dire « j'en suis toujours là à mon point de départ ».

Nous avons dit que le cerveau a besoin de sécurité pour fonctionner efficacement. Il doit enregistrer certains faits comme conduire une voiture, écrire des lettres, etc., etc la technique, etc. Le cerveau a alors réalisé qu'il faut mettre de l'ordre instaurer l'ordre afin de n'enregistrer que le nécessaire ce qui équivaut à amener l'ordre. N'est-ce pas? On peut alors se mettre à chercher pourquoi le cerveau, ou le psychisme, enregistre psychologiquement. Cela apporte-t-il de la sécurité, évite-t-il les dangers? Cela empêche-t-il de nouvelles blessures de nouvelles destructions, de nouvelles obstructions? Ou avons-nous inconsciemment cultivé l'habitude d'enregistrer? Nous avons enregistré dans ce domaine là, alors pourquoi pas ici? Nous sommes passés de celui-là à celui-ci. Psychologiquement. Extérieurement, c'est nécessaire mais psychologiquement, nous sommes passés de là à ici. Et est-ce le moins du monde nécessaire? Un exemple très simple: dès l'enfance, nous avons été blessés psychologiquement par les parents, par d'autres enfants, par l'école le collège, l'université si vous avez eu de la chance, etc., etc. Nous sommes meurtris, blessés psychologiquement. Et cette blessure est enregistrée. Et cette blessure a provoqué résistance isolement, peur, et tout le reste. Alors, est-il nécessaire d'enregistrer quand vous m'insultez? Comprenez-vous ma question? Est-il possible de prévenir l'enregistrement? Comprenez-vous ma question? Je l'espère! D'accord? Ce n'est possible que si, au moment où vous m'insultez ou me flattez tous mes sens sont éveillés et à l'écoute. Comprenez-vous ceci ? Il n'y a alors aucune réception. Tout ceci est-il de l'hébreu? (Rires) Je vois l'importance qu'il y a d'avoir un cerveau frais, jeune, brillant, clair. C'est de la plus haute importance. Est-il possible de conserver cette clarté cette précision, décision avec la beauté que tout cela comporte, jusqu'à ma mort? Ce n'est pas possible quand il y a enregistrement de choses qui ne sont pas absolument nécessaires. N'est-ce pas? Il faut donc découvrir le pourquoi de toute forme d'enregistrement psychologique qui devient mémoire, souvenir. Est-il possible de s'en abstenir? En approfondissant la question, on découvre que c'est possible. Ce n'est possible que quand on est réellement attentif au moment de l'insulte, au moment de la flatterie. N'est-ce pas? Avez-vous essayé?

L'autre jour, quelqu'un m'a dit: « vous êtes un parfait idiot vous êtes coincé dans une ornière » plutôt impoli, mais voilà! (Rires) Alors, je suis allé dans ma chambre, et me suis dit: « est-ce là un fait? Je veux le découvrir ». Il se peut que l'on soit coincé dans une ornière et que l'on soit un parfait idiot. On examine la chose et en observant très attentivement vous n'enregistrez pas vous n'enregistrez pas, vous écoutez le mot vous écoutez le fait que vous êtes ou non coincé dans une ornière. Etes-vous coincé dans une ornière? Vous comprenez? L'êtes-vous? Non, découvrez-le, ne répondez pas, je vous prie. Quelqu'un vous traite comme on m'a traité plus poliment, j'espère, et vous voulez savoir si c'est vrai. Vous ne niez ni n'acceptez la chose, mais vous contentez de l'observer. Si vous êtes coincé dans une ornière, c'est assez évident vous vous rendrez très vite compte que vous êtes dans une ornière.

Donc l'enregistrement n'a pas lieu quand vous êtes alerte vigilant, totalement conscient, avec tous vos sens en éveil il n'y a rien à enregistrer psychologiquement. Le ferez vous? Non, vous ne le ferez pas car pour nous, le plaisir a pris une énorme importance. N'est-ce pas? Si vous vous observez très attentivement vous verrez la part importante – peut-être essentielle que tient le plaisir dans nos vies: plaisir de trouver Dieu ou l'illumination plaisir d'être libre, plaisir d'avoir de l'argent des possessions, d'avoir une femme ravissante, ou un mari vous savez, toutes ces choses, le plaisir sexuel le plaisir du pouvoir, les politiciens avec leur plaisir d'un immense pouvoir. Ainsi, l'enregistrement du plaisir dans la vie de la plupart d'entre nous est immense. N'est-ce pas? Et la recherche du plaisir est devenue un facteur dominant: c'est-à-dire le souvenir d'un plaisir passé et la poursuite du plaisir passé en tant que souvenir et le désir qui se cache derrière, et la recherche la demande, la quête, l'exigeance. Les organisations religieuses reposent entièrement là-dessus. C'est un vaste divertissement cela donne beaucoup de plaisir, c'est-à-dire une vaste sensation d'être en présence de choses sacrées, etc.

Nous disions donc que l'enregistrement du plaisir d'un événement qui nous a procuré une grande satisfaction est enregistré, d'où sa poursuite dans notre vie.

Dès lors, la question est: qu'est-ce que le plaisir? Quand vous jouissez de quelque chose sur le moment, vous ne vous dites pas: « comme c'est agréable, comme c'est beau », vous êtes dedans. Ce n'est qu'un instant après que la pensée intervient et dit: « quel moment charmant ce fût là comme c'était beau, quelle sensation cela m'a donné quelle belle expérience ». Il y a donc eu enregistrement puis la pensée entre en action. Suivez-vous tout cela?

Nous parlons de tout ceci parce que cela fait partie de la connaissance de soi non, par des livres, non par des mots, non par des descriptions mais la véritable connaissance de soi. Connaître ne veut pas dire accumuler des souvenirs sur soi et observer à partir de cette accumulation. Si vous observez à travers l'accumulation, vous ne faites qu'accumuler ce que vous savez déjà. Tandis que si à chaque fois vous observez d'un œil neuf cela devient alors comme un grand fleuve dont les flots abondants coulent, roulent.

Alors, qu'est-ce que le plaisir? Est-ce le temps, est-ce la pensée en tant que peur? Nous avons dit que la racine de la peur est le temps. La racine de la peur est la pensée. La pensée, qui est souvenir, remémoration se souvient de certains événements qui provoquent la peur qui est enregistrée, et par la suite toute cette séquence de souvenirs est projetée. L'observez-vous? Alors, le plaisir est-il le temps et le mouvement de la pensée? Sont-ils tous deux identiques le temps et la pensée étant essentiellement identiques? Donc la pensée est le mouvement du plaisir non que vous ne puissiez regarder un bel arbre et en jouir une belle personne, une peinture, ou une belle vallée avec toutes ses ombres violacées. Vous pouvez regarder cela mais dès l'instant où c'est enregistré et remémoré ce n'est plus du ravissement, cela devient un plaisir c'est-à-dire le souvenir de choses qui se sont passées. Alors, si vous voyez toute la nature du phénomène complètement le plaisir trouve alors sa place le ravissement, et par conséquent psychologiquement intérieurement, il ne se produit aucun enregistrement de cet événement. L'esprit – le cerveau devient alors extraordinairement vivant jeune, frais, sans aucune réaction névrotique.

27 Août 1978

Êtes-vous conscient de votre propre structure ?

Krishnamurti: Nous sommes censés avoir une discussion ou un dialogue autrement dit, une conversation entre deux personnes. Et comme il est impossible d'avoir une conversation à deux avec tant de monde peut-être pourrions-nous prendre un problème susceptible de tous nous affecter et d'en discuter comme le feraient deux personnes. Ou nous pourrions transformer ceci en scéance de questions-réponses. Alors que préférez-vous? Une discussion finit généralement en confrontation ce qui serait assez futile opposant une opinion à une autre un jugement à un autre, et ainsi de suite. Tandis qu'un dialogue est une conversation entre deux personnes qui sont amies qui se préoccupent d'un problème commun et peuvent discuter en profondeur de leurs problèmes calmement, sérieusement, et faisant preuve d'humour. Ou nous pourrions faire de ceci une séance de questions-réponses. Là encore, quel type de questions pose-t-on qui les pose, dans quel but et qui va y répondre etc., tout cela entrant en jeu? Alors, laquelle de ces options vous agrée-t-elle: des questions, un dialogue ou une discussion?

Questioneur: Un dialogue.

Krishnamurti: S'il s'agit d'un dialogue de quoi allons-nous parler en gardant à l'esprit qu'un dialogue entre deux personnes est une conversation amicale, aisée, calme et pénétrante? Alors, de quoi allons- nous parler ensemble?

Questioneur: Monsieur, je préférerais poser une question à un dialogue. Hier, vous disiez que le chaos et la violence prévalant dans le monde résultent de nos vies quotidiennes. Mais je ne pense pas que c'est aussi simple que cela. Considérant l'ensemble de l'échelle humaine, si à une extrémité vous placez Hitler, et à l'autre une personne telle que Schweitzer vous avez alors deux personnes agissant très différemment: l'une cherche à aider l'humanité et l'autre s'acharne à la détruire. Mais laissons cela de côté pour l'instant: prenez quelques personnes dans cette tente donnez leur un environnement et un emploi adéquats les voilà exemptes de conflit, ne s'adonnant ni à la religion ni à la drogue, et elles attrapent le cancer. La vision religieuse conventionnelle serait que c'est leur destin, ce qui est manifestement débile. Mais on pourrait dire que ces personnes sont prédisposées à la maladie. Il me semble que dans le monde d'aujourd'hui il y a des gens qui sont vraiment mus par les forces du bien, et d'autres par les forces de destruction.

Krishnamurti: Ce Monsieur demande: pourquoi dites-vous que le monde est dans le chaos, car chacun de nous est dans le chaos: incertain, raisonneur, avide, égoïste, violent ce qui se projette peut- être dans le monde compte tenu de ce que nous sommes le monde que nous ne sommes pas distincts du monde. Et il y a de bonnes personnes, dit cet interlocuteur et il y a de mauvaises personnes, de mauvais et de bons garçons et ce serait une erreur de votre part de dire cela car nous menons nos propres vies individuelles plutôt violentes, laides, etc., cela pourrait être tout à fait inexact. Est-ce correct, Monsieur?

De quelles autres questions aimeriez-vous discuter?

Questioneur: S'il m'est permis, j'aimerais poser une question. Je retournais dans mon esprit ce que vous disiez hier sur l'enregistrement de souvenirs. Et ce qui me préoccupe est ceci: si vous deviez me poser une question si j'expérimentais totalement ce que vous me disiez au bout de la question si je l'avais totalement expérimentée je ne me rendrais pas compte que vous m'aviez posé une question afin de pouvoir y répondre. Et ce que j'aimerais vous demander c'est: se peut-il que notre communication comporte deux parties à savoir les deux hémisphères du cerveau l'un qui ne fait que recevoir et enregistrer continuellement et l'autre qui transmet ce qui fait que nous n'avons pas besoin d'enregistrer car si nous expérimentons cela il nous est inutile d'enregistrer. Est-il possible – pardon, j'ai un blanc. (Rires) Quand nous recevons, nous sommes incapables d'effacer cette mémoire elle est totalement là, et le fait est que nous avons le choix d'utiliser un côté de notre cerveau ou l'autre, et dans quelle mesure utilisons-nous tel ou tel côté.

Krishnamurti: L'auteur de la question dit que notre cerveau comporte deux hémisphères l'un qui reçoit, enregistre, mémorise et l'autre – peut-être cette autre partie est-elle plus libre, non conditionnée et il y a donc en nous cette dualité agissante. Et la mémoire, le souvenir caractérisant un hémisphère est-il nécessaire. Voilà sa question.

Une autre question?

Questioneur: Oui, voudriez-vous parler du problème qui surgit quand l'intensité de nos sentiments et émotions bloque la lucidité de la pensée.

Krishnamurti: Quand nos émotions, sentiments et réactions d'une forte intensité bloquent la perception, que faut-il faire?

Questioneur: J'ai compris que la méditation est un mode de vie quotidien alors vous pensez qu'il est inutile de s'asseoir par moments en lotus. Voilà pour cela. En outre, quand on quitte ce lieu et que l'on se trouve tout seul dans une foule où trouve-t-on la force de persévérer? Je me sens perdu.

Krishnamurti: Oui. Est-il nécessaire de s'asseoir dans une certaine position la position du lotus qui nous vient d'Inde et d'Orient est-il nécessaire de prendre cette position pour méditer? Et faut-il nécessairement consacrer une partie de la journée à la rêverie! (Rires)

Questioneur: Non, à la respiration.

Krishnamurti: Je comprends (rires), ce n'était qu'une plaisanterie. Et lorsqu'on quitte ce lieu où trouve-t-on la force de confronter sa solitude toute la peine de la vie? Telle est la question.

Questioneur: De poursuivre cette façon de vivre.

Krishnamurti: Oui.

Questioneur: Y a-t-il un lien quelconque entre lucidité, confiance et foi?

Krishnamurti: La foi? Oh, quelle différence y a-t-il entre « otherness » [état autre] et foi? Je ne vois pas de quoi il s'agit – peu importe.

Questioneur: La lucidité.

Questioneur: Le lien entre foi et lucidité.

Krishnamurti: C'est cela – pardon Monsieur. Quel lien y a-t-il entre la lucidité et la foi. Oui Monsieur?

Questioneur: J'aimerais beaucoup poser une question qui se relie à la première question. A savoir que l'on peut clairement voir que sa propre douleur psychologique la douleur globale du monde est de notre fait, une projection. Mais il semble qu'il y ait une douleur universelle globale, qui n'est pas due aux êtres humains. Ce à quoi je fais allusion est l'imperfection génétique, peut-être chez les enfants nés porteurs d'effrayantes maladies que l'on ne peut attribuer aux êtres humains. En d'autres termes, un univers imparfait, cause de douleur. C'est un vrai problème quand on y réfléchit.

Krishnamurti: Si j'ai bien compris la question puis-je l'exprimer dans mes propres termes afin de voir si nous nous comprenons? A savoir qu'il n'y a pas seulement la souffrance individuelle chaque personne souffre différemment mais il semble aussi y avoir une souffrance universelle une souffrance globale – des enfants nés difformes mentalement retardés, etc., etc.

Mais un instant, s'il vous plaît: laquelle de ces questions voulez-vous que nous traitions? A savoir, la première posée par ce Monsieur: peut-être vous trompez- vous en disant que du fait que nous vivons dans le chaos, l'incertitude et la violence nous créons de la sorte un monde chaotique violent, etc., ce pourrait être là une fausse question. Est-ce bien cela que vous dites? Je l'ai considérablement réduite, Monsieur. Et l'autre question est celle-ci: faut-il prendre une certaine posture pour méditer en lotus, comme on le dit en Inde et introduite dans ce pays-ci. Et l'autre question, la vôtre: les émotions et les sentiments intenses font obstacle à l'observation, à la clarté et à la lucidité. Et l'autre question est celle-ci: quel lien y a-t-il entre la lucidité et la foi. Et puis, il y a la question posée par ce Monsieur: il n'y a pas que la souffrance spécifiquement humaine mais aussi la souffrance globale, universelle. Alors, laquelle de ces questions?

Questioneur: Qu'en est-il de la solitude?

Krishnamurti: Persone n'a parlé de la solitude, c'est moi qui l'ai introduite.

Questioneur: La question au sujet de l'enregistrement, des deux hémisphères cérébraux.

Krishnamurti: Oh oui, pardon, très juste.

Questioneur: Encore une question, Monsieur.

Krishnamurti: Un instant, Monsieur. Permettez Ce Monsieur a soulevé la question des deux hémisphères du cerveau dont l'un enregistre, se souvient, accumule du savoir de l'expérience, cultive la mémoire, etc.. l'autre étant peut- être non conditionné. Quel rapport y a-t-il entre les deux? Est-ce correct, Monsieur? Alors, plus de question.

Questioneur: Encore une question. Quelle est la source de l'urgente nécessité de l'énergie requise pour explorer toutes ces questions?

Krishnamurti: Quelle est la source, l'envie, l'effort, la pression pourquoi devrait-on s'intéresser à toutes ces choses?

Questioneur: Et quelle est l'origine de la mémoire et y a-t-il un moment où l'esprit voit l'âge d'un problème?

Krishnamurti: Quelle est l'origine de la mémoire ?

Questioneur: Y a-t-il un moment où l'esprit voit l'âge d'un problème, comme la peur qui est antérieure à la jalousie?

Krishnamurti: Je n'ai pas bien compris.

Questioneur: Je vois que la peur précède la jalousie. Il y a des moments où je puis voir l'âge d'un problème. C'est une question sérieuse ayant à voir avec la réincarnation.

Krishnamurti: Ah, vous voulez discuter de la réincarnation. Alors lesquelles de ces questions voudriez-vous que nous traitions?

Questioneur: De la souffrance globale.

Questioneur: Des émotions.

Krishnamurti: A vous de décider. (Rires)

Questioneur: Des émotions.

Questioneur: De l'usage de l'énergie.

Questioneur: De la réincarnation.

Questioneur: Krishnaji, pourriez-vous les traiter toutes en les regroupant en une seule question? (Rires)

Krishnamurti: L'auteur de la question demande: pourriez-vous regrouper toutes ces questions en une seule question, en une déclaration. Nous le pourrions peut-être, et cela

Questioneur: Vous avez dit qu'il faut oublier le passé, et ...

Krishnamurti: Je n'ai jamais dit que l'on devrait oublier le passé, M.

Questioneur: Il faudrait oublier le passé, vous l'avez dit avant hier.

Krishnamurti: Non, je n'ai pas dit cela.

Questioneur: Quand vous souffrez, que vous vous êtes blessé au doigt cela pénètre votre mémoire c'est mémorisé et il est difficile d'oublier le passé, voyez-vous. Je voudrais savoir comment oublier le passé.

Krishnamurti: Je n'ai pas excusez-moi de vous contredire, Monsieur mais je n'ai pas dit d'oublier le passé. On ne peut oublier le passé. Nous allons aborder tout ceci en prenant une question qui inclura peut-être toutes les autres. On y va? Alors laquelle? Réfléchissez-y, Monsieur. Voyons, plusieurs problèmes nous ont été soumis et le Monsieur suggère qu'en étudiant ..une seule question une seule déclaration nous pourrions peut-être y inclure toutes les autres. Je pense que cela pourrait se faire. Mais laquelle allons-nous prendre qui inclura toutes les autres?

Questioneur: Les émotions.

Krishnamurti: Un instant, Monsieur. Attendez une seconde. Découvrons-le. Quelle est la question qui inclura toutes les autres?

Questioneur: D'où viennent toutes ces questions?

Questioneur: Nous demandons qu'est-ce qui motive toutes ces questions?

Krishnamurti: Quelle est la source de toutes ces questions.

Questioneur: La source en est l'énergie qui pose les questions.

Krishnamurti: Est-ce cela que vous demandez, qui vous intéresse la source de l'énergie qui pose toutes ces questions?

Questioneur: Non.

Questioneur: Pourriez-vous répondre à la question suivante: qu'est-ce que l'insight [vision fulgurante] et quel processus en est la cause?

Krishnamurti: Voyons Monsieur, il y en a tant.

Questioneur: L'enregistrement dans l'esprit.

Questioneur: Décidez, sinon nous ne commencerons jamais. (Rires)

Krishnamurti: Vous avez tout à fait raison. (Rires) Pourrions-nous prendre la relation entre la lucidité la foi et les émotions, la méditation et quel besoin le cerveau a-t-il d'enregistrer le moins du monde c'est-à-dire la nécessité d'effectuer un quelconque enregistrement. Serait-il possible en prenant une seule question Je crois que c'est faisable c'est une suggestion, je ne veux rien imposer je propose que nous discutions de la nature de la relation ce qui pourrait tout inclure. Quel rapport y a-t-il entre la lucidité, la foi, la méditation l'enregistrement, la souffrance globale de l'homme laquelle comprend la souffrance de chacun d'entre nous. N'est-ce pas?

Questioneur: Et l'enregistrement.

Krishnamurti: Et l'enregistrement, je l'ai dit. Alors, allons-nous commencer par l'enregistrement et lier cela à la lucidité et à l'intensité de nos émotions, etc.? D'accord? Commençons donc, s'il est permis veuillez me corriger, je ne suis pas l'Oracle de Delphes si vous pensez que nous devrions discuter d'autre chose, d'accord mais commençons par demander: quel besoin un esprit humain a-t-il d'enregistrer le moins du monde? Tout d'abord, sommes-nous conscients, avons-nous connaissance de ce processus d'enregistrement qui a lieu? Vous comprenez? Je commence par là. En tant qu'être humain, savez-vous ou êtes-vous conscient que vous enregistrez? Vous comprenez ma question? Ou avez-vous admis cette déclaration et procédez-vous ensuite à la mise en cause de celle-ci? Etes-vous conscient d'enregistrer certaines choses? Un incident malheureux a eu lieu hier et est enregistré. Etes-vous conscient du déroulement de ce processus? Ou vous contentez- vous d'admettre une déclaration faite par quelqu'un d'autre? Vous voyez la différence? Si j'admets une déclaration venant de vous et mets en cause cette déclaration, c'est une chose tandis que si je suis conscient d'enregistrer ma question est d'une autre qualité. N'est-ce pas? Alors que faisons-nous en ce moment? Sommes-nous conscients d'enregistrer? Tout en étant assis là, êtes- vous conscient en ce moment d'être en train d'enregistrer ce qui est dit ce qui signifie que vous écoutez efffectivement ce qui est dit. D'accord? Est-ce le cas? Ou vous préoccupez-vous encore du besoin qu'il y a d'enregistrer? Vous voyez la différence? Pouvons-nous avancer de la sorte, lentement?

Questioneur: Monsieur, on est conscient de se cramponner à ce qui est dit.

Krishnamurti: Oui, c'est cela. On est conscient de se cramponner à ce qui est dit. Alors, pourquoi se cramponne-t-on à ce qui est dit? Quand l'orateur dit: il n'y a pas d'orateur vous vous écoutez vous-même vous vous étudiez vous-même pourquoi vous cramponnez-vous à ce que déclare cette personne? Cela signifie en fait que vous ne vous écoutez pas.

Questioneur: Monsieur, on veut agir dessus.

Krishnamurti: Non, non, ce qui signifie Vous voyez la différence, M.? Si l'on vous dit que vous avez faim, c'est une chose mais si vous avez vraiment faim, c'est autre chose. Evidemment, n'est-ce pas? Alors, laquelle des deux est-ce? Avez-vous vraiment faim, ou vous dit-on que vous avez faim? Autrement dit, êtes-vous conscient que vous enregistrez vous cramponnant à une affirmation à une phrase, une conclusion, une idée, etc ce qui est un processus actif d'enregistrement? N'est-ce pas M.? Dès lors, pourquoi voulez-vous enregistrer ce qui est dit? Soit parce que l'orateur a une réputation ou parce que vous pensez qu'il en sait plus que vous ou que vous espérez qu'il résoudra vos problèmes vous dépendez donc d'autrui. L'autre dit: « Je vous en prie, ne dépendez de personne, l'orateur compris ». Vous suivez? Alors, soyons clairs là-dessus. Etes-vous conscient de tout le mouvement de l'enregistrement? J'entends, vous pouvez voir un magnétoscope en train d'enregistrer. N'est-ce pas? De la même façon, êtes-vous conscient que vous enregistrez? Ou vous a-t-on dit que vous enregistrez? Vous voyez la différence? Si on vous a dit que vous enregistrez, c'est une chose cela ne vaut rien, c'est comme une bande magnétique vous pouvez l'effacer, la remplacer par une neuve tandis que si vous découvrez par vous-même que vous enregistrez et posez la question: « Pourquoi est-ce que j'enregistre y a-t-il une quelconque nécessité d'enregistrer? » Nous pouvons alors avancer nous pouvons alors communiquer les uns avec les autres. Mais si vous dites « eh bien vous avez dit telle chose hier au sujet de l'enregistrement cette idée m'a terriblement intéressé, parlons-en » cela reste alors au niveau verbal, cela n'a aucun sens. Tout au moins pour moi, cela ne veut rien dire du tout. Tandis que si vous dites « Je veux découvrir pourquoi j'enregistre » pouvons-nous poursuivre dans ce sens?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Pourquoi enregistrez-vous alors que vous en êtes conscient? Vous enregistrez évidemment en présence d'un danger. N'est-ce pas? Un précipice, un serpent, un animal ou un homme dangereux ou une automobile qui se précipite sur vous, c'est un danger. Vous l'enregistrez aussitôt afin de vous en protéger. Et vous enregistrez aussi en présence du plaisir. Ainsi, ce processus se poursuit tout le temps. L'enregistrement de tout ce qui est dangereux. N'est-ce pas? Et aussi de tout ce qui procure un grand plaisir. On peut dire que l'enregistrement commença avec le premier homme l'homme des cavernes, quel qu'ait été leur mode de vie. Il est clair qu'ils devaient enregistrer le danger sous peine d'être détruits. Découvrons donc en quoi il est dangereux pour nous d'enregistrer et nous pourrons alors passer à la suite. Quelles sont dans la vie les choses dont l'enregistrement est le plus dangereux? Ne pas dépendre d'opinions individuelles. Je me demande si je suis clair.

Questioneur: Oui. Oui.

Krishnamurti: Car ce qui pour moi serait extrêmement dangereux pourrait, pour vous, paraître trop futile. Il doit donc y avoir un facteur commun à tout être humain le contraignant à enregistrer le danger afin de l'éviter. N'est-ce pas? Le danger requiert un évitement, ne pas l'approcher ne pas le toucher, ne pas s'y impliquer. N'est-ce pas, Monsieur? Alors, qu'est-ce qu'il y a de plus dangereux pour nous, êtres humains?

Questioneur: Ce qui dérange l'esprit.

Krishnamurti: Non non. Physiquement. Qu'y a-t-il de plus dangereux? Pas ce qui dérange l'esprit. Vous vous égarez Commencez par le plus élémentaire.

Questioneur: C'est cela qui me dérange, c'est le plus dangereux pour moi.

Krishnamurti: Voyez-vous, c'est ce que j'essayais d'éviter. Pour moi, ce qu'il y a de plus dangereux comme je l'ai dit, pourrait ne pas être aussi dangereux pour un autre. Alors, si je puis me permettre ne soyez pas personnel en disant: voilà ce qui pour moi est dangereux. Voyez ce qui est spécifiquement dangereux pour l'homme.

Questioneur: La menace physique.

Questioneur: Ce qui menace la survie.

Krishnamurti: Oui, c'est-à-dire la non-survie. Ne pas survivre. Ce qui signifie Pardon, je m'exprime mal. Le besoin est de survivre. Tout ce qui détruit cette survie est dangereux. N'est-ce pas? Pour tous les être humains, pas pour vous ou moi, pour nous tous.

Questioneur: Pourquoi?

Krishnamurti: Pourquoi? Pourquoi devrions- nous survivre?

Questioneur: Puis-je reformuler la question? Qu'y a-t-il de plus important que la survie?

Krishnamurti: Attendez Monsieur, nous allons y venir doucement.

Questioneur: Pardon.

Krishnamurti: Allez-y, Monsieur. La survie; et la dame dit: pourquoi devrions-nous survivre? Non, c'est une question sérieuse. Pourquoi devrions- nous survivre? Quel est ce besoin de survie, et cette urgence ce besoin d'exister, de survivre, de vivre? Allez-y Messieurs, répondez-y.

Questioneur: L'instinct.

Krishnamurti: L'instinct. Ce n'est pas cela. Les oiseaux ont l'instinct de survie, les animaux les reptiles, les formes les plus élémentaires vous savez, tout demande à survivre.

Questioneur: Le plaisir de la vie.

Questioneur: La peur de la mort.

Krishnamurti: La peur.

Questioneur: Parce que nous pensons qu'il est important de survivre.

Krishnamurti: Je ne vois pas pourquoi vous posez même cette question: quel besoin y a-t-il de survivre. Vous êtes ici présents! Si vous n'aviez pas voulu survivre, vous ne seriez pas ici ni vous, ni aucun de nous ne seraient ici présents les parents ne nous auraient pas produits, ils n'existeraient pas plus. Donc le monde n'existerait pas. Nous devons donc enregistrer tout ce qui met en danger la survie. N'est-ce pas? Physiquement, il faut s'écarter d'une voiture qui se précipite sur nous. N'est-ce pas? Il faut donc une sorte d'enregistrement afin de protéger l'organisme. N'est-ce pas? Avoir un toît, des vêtements, de la nourriture c'est apparemment naturel chez tout être vivant. Et nous évitons donc tout ce qui est dangereux. N'est-ce pas? Approfondissons cela un peu plus. La croyance est-elle un danger pour la survie physique?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Vous n'avez donc pas de croyance.

Questioneur: J'ai une certaine croyance une croyance conditionnée qui ne ...

Krishnamurti: Je comprends, Monsieur, Je comprends. Je crois en quelque chose ou en une idée, un but, etc., une croyance je demande donc à chacun d'entre nous: la croyance est-elle un danger pour la survie physique?

Questioneur: Non.

Questioneur: Elle pourrait l'être.

Questioneur: En Irlande du Nord.

Krishnamurti: En Irlande du Nord.

Questioneur: N'abordons pas la politique en ce moment, s'il vous plaît.

Krishnamurti: Je le sais

Questioneur: Une conscience mal orientée peut ...

Krishnamurti: Non, non, je vous en prie. Je parle de la croyance, n'abordez pas trop de choses à la fois. Prenez un facteur, poursuivez-le pas à pas. La croyance met-elle la survie en danger? Je crois au catholicisme et vous êtes protestant je suis un catholique, les objets de nos croyances diffèrent. Voyez ce qui se passe en Irlande du Nord ce qui se passe au Moyen Orient, etc., etc. Pour ce qui est de la survie physique, il semble que la croyance constitue le plus grand danger.

Questioneur: Monsieur, a-t-on besoin de croyance en matière de technique?

Krishnamurti: En matière de technique, pourquoi avez-vous, même là, une croyance? Vous travaillez, apprenez, et poursuivez votre chemin. Non, contentez-vous de creuser vous-même la chose ne m'interrogez pas mais découvrez si vous avez une croyance, quelle qu'elle soit et cette croyance ne divise-t-elle pas les gens? Une croyance peut être une conclusion, un concept une opinion fortement enracinée.

Questioneur: Un préjugé.

Krishnamurti: Tout cela. On peut aligner toutes sortes de mots mais découvrons si chacun de nous a une croyance quelconque selon laquelle je suis un Chrétien, un Anglais un Français – vous savez, tout cela. N'est-ce pas là un formidable danger pour la survie physique?

Questioneur: Oui Monsieur.

Krishnamurti: Vous dites oui, Monsieur, mais en êtes-vous libéré?

Questioneur: Non Monsieur. (Rires)

Krishnamurti: Ah, alors

Questioneur: Croyance dans le bien dans chacune de ces croyances.

Krishnamurti: Je sais. A l'école, nous enseignons toutes ces choses. L'histoire peut donc se réécrire différemment.

Questioneur: La croyance est assurément une bonne chose.

Krishnamurti: Vous n'êtes pas vraiment intéressé à découvrir par vous-même. Pour l'amour du ciel, écoutez! Voulez-vous vraiment sérieusement découvrir s'il y a nécessité d'enregistrer et l'absurdité psychologique de toute forme d'enregistrement? Nous discutons de cela. Si vous dites que la croyance est un danger, alors pourquoi y tenez-vous en disant: je suis un Hindou, vous êtes un Musulman, ou un Juif ou vous êtes un communiste – pourquoi tenez-vous à ces mots?

Questioneur: Peut-être parce que l'on ne voit pas entièrement la chose.

Krishnamurti: Ainsi, ce Monsieur suggère que l'on ne voit pas entièrement ceci. Le danger, vous ne voyez pas entièrement le danger de toute forme de croyance, qui est évidemment un non-fait. Pourquoi tenez-vous à cela?

Questioneur: Toute croyance est une structure de soutien.

Krishnamurti: Oui, la croyance est un soutien. Si c'est un soutien dangereux, pourquoi ne pas le laisser tomber?

Questioneur: Nous en avons laissé tomber quelques-uns, mais ...

Krishnamurti: Ah! (Rires)

Questioneur: Mais pas tous je les lacherai peut-être une fois que je les aurai tous vus.

Krishnamurti: C'est pareil pour nous tous, Monsieur nous voulons conserver ceux qui nous sont agréables confortables, et nous écartons les autres.

Questioneur: Puis-je me permettre de suggérer que ce ne sont pas les sensations physiques d'une expérience dangereuse que nous enregistrons, mais le raisonnement que nous lui consacrons, que nous enregistrons dans notre esprit.

Krishnamurti: C'est exact, Monsieur. Avançons pas à pas là-dedans, Monsieur. Nous avons parlé de la survie physique disant que tout ce qui met celle-ci en danger doit être absolument évité si l'on veut survivre. Et la croyance – toute division entre les gens est très destructrice. N'est-ce pas? Si vous êtes un chrétien et moi un bouddhiste je lutte pour mon bouddhisme et vous, pour autre chose il n'y a pas de sécurité physique. Chaque guerre l'a démontré. N'est-ce pas? Chaque guerre est la conséquence de notre conditionnement particulier de nos croyances personnelles, etc., etc. Alors, laisserez-vous tomber toutes ces croyances parce qu'elles sont ce qu'il y a de plus dangereux pour la survie?

Questioneur: Voulez-vous dire que quiconque croit en quoi que ce soit parmi ceux que vous mentionniez hier – politiciens prêtres, gourous – n'est pas honnête avec lui-même et que seul Krishnamurti peut énoncer la vérité? (Rires) Que la seule vérité est celle qui vient de vous et que nous ne devons rien croire de personne?

Krishnamurti: Je n'ai pas tout entendu, Monsieur que quelqu'un ayant compris me le répète, s'il vous plaît.

Questioneur: Ce n'est pas la croyance qui menace la survie mais la croyance en la croyance qui la menace c'est une tournure d'esprit le sentiment que la croyance est une vérité éternelle.

Krishnamurti: Monsieur, les drogues mettent en danger la survie la boisson est dangereuse, de même que fumer, et tout cela laissons-nous tomber toutes ces choses parce qu'elles sont dangereuses?

Questioneur: Au vu d'une cigarette ...

Krishnamurti: C'est bien cela, Monsieur. En fait, nous discutons intellectuellement verbalement de cette idée de survie. Nous ne nous soucions pas vraiment de notre survie. Nous nous contentons d'exister. Alors, avançons à partir de là. Pourquoi enregistrez- vous psychologiquement?

Questioneur: La peur.

Krishnamurti: Non, regardez seulement. Regardez en vous-même. Je puis répondre très rapidement à ces questions, mais veuillez chercher. Il s'agit d'une conversation entre nous deux nous deux, c'est nous tous, vous et moi, une conversation au cours de laquelle nous disons: pourquoi vous, ou moi enregistrons-nous quoi que ce soit psychologiquement?

Questioneur: Parce que nous ne pouvons faire autrement. Cela se fait ainsi.

Krishnamurti: Ce pourait-être notre conditionnement. Ce pourrait-être notre éducation. Ce pourrait-être notre condition sociale, économique, etc., etc. Nous sommes donc conditionnés à admettre cet enregistrement psychologique. Nous disons à présent: très bien, c'est un fait. Alors, pourquoi?

Questioneur: En fait, est-ce qu'on enregistre effectivement?

Krishnamurti: Oui, on enregistre effectivlement, c'est là un fait. Mais je demande pourquoi. Découvrez donc. Posez-vous la question suivante, Monsieur, pas à moi, à vous-même: j'enregistre mes peines, mes plaisirs, ce que vous m'avez dit ce que vous n'avez pas fait, vos gronderies, des dizaines de choses. Pourquoi est-ce que j'enregistre psychologiquement?

Questioneur: Un enregistrement biologique pour protéger l'organisme est traduit au niveau psychologique.

Krishnamurti: Il y a l'enregistrement biologique qui est nécessaire, nous l'avons dit et l'enregistrement psychologique. Nous avons dit: pourquoi enregistre-t-on tant soit peu psychologiquement?

Questioneur: Par sécurité. Pour se sentir en sécurité.

Krishnamurti: Est-ce le cas? Ou vous isolez-vous ce qui vous donne l'illusion d'être en sécurité? Vous ne

Questioneur: Parce que nous n'avons pas le choix.

Questioneur: Parce que nous pensons pouvoir résoudre les choses au moyen de la pensée.

Krishnamurti: Vous dites « nous n'avons pas le choix » – pourquoi?

Questioneur: C'est la nature humaine.

Krishnamurti: Non Le Monsieur a dit « nous n'avons pas le choix ». Qu'entendez-vous par le mot « choix »? Le danger est-il un choix? Et pourquoi choisissez-vous?

Questioneur: Le conditionnement.

Krishnamurti: Non, non, ne lancez pas ...

Questioneur: Biologiquement, disons que j'aime fumer, ou quoi que ce soit. D'accord? C'est dangereux, mais agréable, donc la pensée a un choix.

Krishnamurti: Oui. Nous essayons de découvrir le sens du mot « choix », Monsieur la profondeur de ce mot. Je choisis entre deux tissus pour un pantalon, ou un manteau.

Questioneur: Est-ce que cela existe?

Krishnamurti: Attendez, attendez. Choisir. Et je choisis d'aller à tel endroit, et pas à un autre. Je choisis ce gourou-ci, et pas celui-là. Je choisis de croire en ceci et pas en cela. Je vous pose la question, si vous voulez bien écouter pour découvrir pourquoi vous choisissez, quelle est la source de votre choix?

Questioneur: L'inattention.

Questioneur: Protection et plaisir, encore une fois.

Krishnamurti: Non, non. Quand choisissez-vous? Ne choisissez-vous pas quand vous êtes incertain?

Questioneur: Dans le conflit.

Krishnamurti: Pour celui qui est très clair, il n'y a pas de choix. C'est ainsi.

Questioneur: Quand vous ne savez pas.

Krishnamurti: Ah, Monsieur, ce qui signifie quoi? C'est exact, quand vous ne savez pas. Croyez-vous trouver

Questioneur: Vous pouvez choisir soit sur une certitude, soit sur une incertitude.

Krishnamurti: Oui, cela revient au même. Quand on est très clair, on ne choisit pas quand vous savez exactement quelle route prendre il n'y a pas de choix. Ce n'est que lorsque vous êtes incertain que vous commencez à choisir ou demander, interroger, découvrir. Je demande donc ceci: le choix n'existe psychologiquement que quand vous êtes confus, incertain – non? Quand vous êtes très clair, il n'y a pas besoin de choix. Ainsi, un esprit confus choisit. Cette déclaration vous laisse silencieux.

Questioneur: Pourrions-nous voir pourquoi l'esprit est confus?

Krishnamurti: Attendez, Monsieur. Je veux voir – regardez s'il vous plaît, M. Nous discutons, essayons de voir ensemble pourquoi le cerveau enregistre. Nous avons dit que biologiquement, organiquement le cerveau doit enregistrer. Psychologiquement, intérieurement pourquoi nous faut-il tant soit peu enregistrer? Quelqu'un a dit: parce que nous n'avons pas le choix. Et le mot « choix » implique de choisir entre ceci ou cela. Mais, quand vous voyez un danger, vous ne choisissez pas – d'accord? Vous voyez le danger et bougez. Vous ne dites pas: « Eh bien, je vais partir à droite ou à gauche c'est juste, c'est faux » (Rires) Alors, de même, je demande: psychologiquement, quel besoin y a-t-il d'enregistrer? Cela nous aide-t-il à nous protéger?

Questioneur: Oui. Quand on démarre dans la vie, on se préoccupe de la survie du corps mais l'esprit prend bientôt la relève la survie de l'esprit.

Krishnamurti: C'est ce que nous disons. La survie physique a glissé vers la survie psychologique. N'est-ce pas?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Alors, pourquoi?

Questioneur: Cela développe un sentiment d'identité.

Krishnamurti: D'identité avec qui?

Questioneur: Parce que nous ne savons pas vraiment ce qui est juste. N'en sommes pas certains.

Krishnamurti: Alors, vous voulez découvrir ce qui est juste.

Questioneur: C'est le choix.

Krishnamurti: Comment découvrez-vous ce qui est juste quand votre esprit est (rires) quelque peu incertain, et confus? Non, vous vous égarez, vous ne prenez pas une chose après l'autre. Veuillez m'excuser. Pourquoi est-ce que j'enregistre psychologiquement?

Questioneur: Parce que nous voulons enregistrer.

Questioneur: Parce que je ne suis pas intégral?

Krishnamurti: Non, Monsieur. Regardez en vous, vous le découvrirez.

Questioneur: Afin d'accumuler de l'expérience.

Krishnamurti: Afin d'accumuler de l'expérience c'est-à-dire du savoir, qui devient alors de la mémoire. Et sans mémoire, sans savoir, vous n'êtes personne. Donc nous disons: « bonté divine, il me faut du savoir sur » – n'est-ce pas? Sinon, je ne suis personne. Est-ce cela que nous disons? Vous ne réfléchissez pas à tout ceci.

Questioneur: On veut se protéger

Krishnamurti: On veut se protéger. Biologiquement, organiquement, il le faut. Nous avons très bien appris à le faire. En dépit des guerres, des terroristes, des victimes. Nous disons maintenant: vous protégez-vous psychologiquement? Que protégez-vous?

Questioneur: Je pense que c'est

Krishnamurti: Je vous en prie, répondez-moi. Que protégez-vous?

Questioneur: Toute cette mémoire.

Questioneur: L'idée que vous avez de vous-même.

Questioneur: Nos esprits sont tellement encombrés de leur contenu que celui-ci surpasse notre expérience corporelle. Nos esprits en ont jusque là et voilà pourquoi nous sommes plus conscients de nos esprits que de nos corps. Et nous pensons que c'est notre esprit qu'il faut protéger.

Krishnamurti: Vous accordez donc plus d'attention à votre corps et moins d'attention au cerveau.

Questioneur: Non, c'est l'inverse.

Krishnamurti: Oui, en s'embrouillant de plus en plus.

Questioneur: Oui. (Rires)

Krishnamurti: Voyez-vous Monsieur, nous enregistrons psychologiquement afin d'être quelque chose. N'est-ce pas? Psychologiquement. D'accord? J'enregistre mon lieu de naissance, cela, c'est simple. Le cerveau enregistre parce qu'il a été entraîné à admettre certaines strates sociales et psychologiquement, cela donne à la personne un statut une sensation de pouvoir, un sentiment de supériorité. Ainsi, psychologiquement cet enregistrement construit petit à petit l'ego, le « moi » – n'est-ce pas? N'en va-t-il pas ainsi? N'admettez pas ce que je dis, regardez-vous. Si vous n'enregistriez pas psychologiquement, auriez-vous un ego?

Questioneur: Non.

Krishnamurti: Evidemment pas. Psychologiquement, vous êtes aggressif, abrasif, violent cela vous donne un certain sentiment – vous savez – d'autorité une certaine assurance. Ainsi, ce processus graduel d'enregistrement psychologique forme le sentiment du « moi ». C'est là un fait, non? Moi, mon opinion, mes jugements, ma femme, mon mari ma petite amie, votre petite amie, ma maison, ma qualité mon expérience, mes blessures, mes peurs je suis tout cela, psychologiquement. N'est-ce pas? C'est un fait. Inutile d'être d'accord avec l'orateur, c'est ainsi. Ensuite, je me dis: pourquoi est-ce que je construis cet ego pourquoi y a-t-il cette formation continuelle du moi?

Questioneur: Pour le protéger.

Krishnamurti: Que protégez-vous?

Questioneur: J'essaye seulement de m'y accrocher, de plus en plus.

Krishnamurti: Oui, Monsieur. Après l'avoir construit, vous vous y accrochez vous y cramponnez, disant: « je n'ose pas le démolir ».

Questioneur: Comme un château de sable.

Krishnamurti: Oui, de sable Ne souriez-pas. Restez avec une seule chose. Donc je dis: quel besoin a-t-on de cela? Car cela cause énormément de soucis, une vive douleur. J'ai peur, je suis effrayé, anxieux, jaloux je suis avide, il ne faut pas-il faut que j'existe, vous suivez? cette bataille continue perpétuellement se renforçant, s'intensifiant de plus en plus, émotionnellement. Et qu'est-ce que je construis? Quelle est la réalité de cette structure? Vous comprenez? Réalité dans le sens où la chose est réelle ce micro devant moi est réel. Je peux concrètement le toucher. Puis-je toucher la structure psychologique du « moi »? Je ne le peux pas. C'est donc seulement un assemblage de mots. Ceci est assez difficile à admettre. Dans la relation, on construit les blessures, la flatterie le réconfort et ainsi, petit à petit, cela me rend dépendant de vous. Et vous faites quelque chose qui me fait mal donc je me cramponne à vous pour ne pas être blessé. Et ainsi de suite. Alors, pourquoi faisons-nous cela?

Questioneur: Nous protégeons la part de nous-mêmes qui ne sait pas.

Krishnamurti: Ah, non. Nous ignorons ce qui arrivera faute d'une construction du « moi ». N'est-ce pas? Je vais le découvrir. Je le découvrirai si je dis « Très bien, je vais découvrir s'il existe un processus où la construction n'a pas lieu ». N'est-ce pas? Je découvrirai alors ce qui se passe. Mais se hasarder à deviner ce qui pourrait se passer à l'avance est une telle perte de temps et d'énergie!

Questioneur: C'est-ce qui cause la peur de le faire.

Krishnamurti: Ainsi: vous commencez à le construire la société y contribue, la religion y contribue tout contribue à entretenir la structure et puis vous avez peur de la perdre. N'est-ce pas? Et puis vous vous mettez à méditer sur la façon de vous débarrasser de ce « moi » – non? Alors, avant de voir comment se débarrasser du « moi » découvrons pourquoi vous l'avez construit.

Questioneur: Le besoin de pouvoir.

Krishnamurti: Oui, très bien, cela conduit au pouvoir – dîtes-le comme vous voudrez. Mais le fait est le suivant: cette perpétuelle affirmation cette perpétuelle construction du « moi », psychologiquement n'est-elle pas un grand danger? Un grand danger pour vos rapports avec votre femme votre petite amie, pour la société, pour tout. N'est-ce pas un grand danger le danger étant que vous êtes perpétuellement en lutte, en bataille?

Questioneur: Cela complique votre adaptation.

Krishnamurti: Non Monsieur, découvrez si vous avez conscience de construire le « moi »? Et à partir de cette structure vous avez de fortes émotions vous voulez exprimer, vous voulez affirmer.

Questioneur: Est-ce le besoin de plaisir?

Krishnamurti: Oui, très bien, c'est le plaisir et aussi la peur et aussi l'avidité et aussi la douleur continuelle, en étant blessé – vous savez. Alors ne prenez pas un seul élément en disant: « c'est cela », c'est tout l'ensemble.

Questioneur: Ne croyons-nous pas en un mythe n'y a-t-il pas un mythe selon lequel il n'y a pas de survie sans survie psychologique?

Krishnamurti: Ce pourrait être un mythe, Monsieur, mais ne pouvez-vous pas le rejeter?

Questioneur: Avons-nous été conditionnés à ce mythe?

Krishnamurti: Oui, si vous êtes conditionné à ce mythe ne pouvez-vous pas vous déconditionner l'esprit ne peut-il pas dire « ceci est absurde »? Voyez-vous, nous ne voulons pas faire cela et nous tournons sans cesse autour du pot. Si je suis aggressif, cela me donne du plaisir cela crée la structure de l'aggressivité me rendant violent, insolent, vulgaire, et j'aime cela. Très bien, restez-en là! Ne parlez pas de méditation, etc., etc., etc. Si c'est un fait, découvrez pourquoi vous enregistrez ces choses pourquoi vous vous accrochez, et pourquoi cela ne peut être totalement dissipé. Si vous dites que c'est impossible, c'en est fini. Très bien, c'est impossible. Si quelqu'un dit: « découvrez si c'est possible ou non » vous dites alors: « oh, vous vous bercez d'illusion vous êtes un âne, vous n'en savez rien ». Au lieu de quoi je suggère que psychologiquement il n'y a aucun besoin d'enregistrer et si vous en voyez le danger, le véritable danger comme vous voyez un précipice, le véritable danger de cette construction psychologique du « moi » vous découvrez alors comment on peut s'en libérer. Pas vous, vous en faites partie. Le « moi » ne sera aucunement toléré avec toutes ses opinions, jugements, évaluations aggressivité, peur, plaisir, vous savez, tout ce paquet.

Questioneur: Qu'en est-il des enregistrements déjà en place depuis l'enfance, quand vous étiez incapable de raisonner ainsi?

Krishnamurti: Qu'en est-il de l'enregistrement qui a eu lieu depuis l'enfance. Si vous voyez que l'enregistrement est dangereux l'enregistrement depuis l'enfance à nos jours disparaît.

Questioneur: Pourtant, nous ne le voyons pas, nous ne le voulons pas.

Krishnamurti: C'est tout ce que je dis, Monsieur. Nous n'en voyons pas le danger, nous aimons cela. Nous aimons, admettons notre peur, notre aggressivité nous aimons vivre en lutte perpétuelle avec nous-mêmes cela nous donne une sensation de bien-être, d'être au moins en vie. Et ainsi de suite.

Questioneur: Parce que c'est confortable, Monsieur.

Krishnamurti: Très bien, Monsieur, c'est confortable.

Questioneur: Que peut-on faire du vide qui subsiste?

Krishnamurti: Qu'allez-vous faire si vous êtes dans un vide. Vous voyez, vous ignorez ce qui se passera en l'absence d'enregistrement. Découvrez-le. Ne dites pas que vous vivrez dans un vide. Je vous dis qu'il n'en sera pas ainsi. Et alors? Au contraire, celui qui est en lutte perpétuelle ne vit pas.

Questioneur: Comment le découvrir?

Krishnamurti: Comment découvrir quoi?

Questioneur: Comment peut-on découvrir ce qu'il y a d'autre? Quelle est l'alternative à ce gros machin d'ego. Comment peut-on découvrir cette alternative? Comment s'y prendre?

Krishnamurti: Je ne comprends pas.

Questioneur: Vous avez un appât. (Rires)

Questioneur: Non, il ne comprend pas la première question.

Questioneur: Comment le faites-vous? Comment vous êtes-vous débarrassé vous de votre ego?

Krishnamurti: Comment savez-vous que je m'en suis débarrassé? (Rires) (Applaudissements) Non, Monsieur, ne vous souciez pas de moi. (Rires) Je m'y suis colleté depuis longtemps, depuis l'âge de quinze ans. En ce qui me concerne, il n'était probablement pas là à ma naissance. Mais cela ne vous concerne absolument pas. Ce qui vous concerne, c'est: pourquoi vous accrochez-vous à cette chose à cette malheureuse souffrance du « moi ». Et pour la fuir, vous partez en Inde revêtez des habits spéciaux, des chapelets – vous savez. (Rires) Toute cette absurdité qui a lieu.

Questioneur: Car nous vivons dans le passé ou le futur, pas dans le présent.

Krishnamurti: Ne vous préoccupez pas de moi, je vous prie. Contentez-vous de découvrir pourquoi vous construisez cette structure, voyez-en les conséquences les conséquences de cette structure et si vous l'aimez, si elle vous plaît si elle vous réconforte, sachez que ce réconfort comporte le terrible danger que vous souffriez, passiez par toutes sortes de névroses vous savez bien ce qui se passe. Si vous dites « cela me réconforte », restez avec.

Questioneur: En d'autres termes, nous sommes trop paresseux pour changer.

Krishnamurti: Oui. Alors, comment cela se fait-il? Je perçois, ou suis conscient que je construis cette structure la pensée construit tout le temps cette structure en dormant, marchant, rêvant, rêvassant se préocuppant tout le temps d'elle-même. Alors, de quelle manière, par quel processus met-on fin à la chose? Vous ne posez pas cette question.

Questioneur: Si vous permettez, je me demande pourquoi je collectionne ces choses qui m'identifient pourquoi ces questions sur le dépassement du moi?

Krishnamurti: Non, c'est moi qui vous le demande.

Questioneur: Je comprends. Je ne m'adresse pas à une personne. Je dis: comment un « je » fait-il ceci?

Krishnamurti: Je vais vous le montrer dans un instant, regardez.

Questioneur: OK.

Krishnamurti: Est-ce pour vous un fait que vous construisez psychologiquement cette structure illusoire à laquelle est attribuée une telle réalité? Tout d'abord, êtes-vous conscient de la structure?

Questioneur: Je pense que oui.

Krishnamurti: Si l'on en est conscient, qu'entend-on par « en être conscient »? Nous voilà revenus à la première question: quel rapport y a-t-il entre la lucidité et la foi? Il n'y en a aucune. La foi n'est pas un fait. C'est une croyance.

Questioneur: Définissez la foi. Que signifie pour vous la foi?

Krishnamurti: Rien. Ne vous souciez pas de Alors, êtes-vous conscient de la structure? Soyons sérieux pendant 5 minutes, s'il vous plaît. Etes-vous conscient en vous-même de la structure? Si vous l'êtes, qu'entendez-vous par être conscient? Y a-t-il une dualité dans cet état conscient, c'est-à-dire « je » suis conscient de cela? Comprenez-vous ma question, Monsieur?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Je suis conscient de cette lumière, cette lumière est distincte de moi. Est-ce que je me trouve dans une situation semblable quand je dis: je suis conscient de la structure la structure étant distincte de moi? Ou la structure est-elle moi?

Questioneur: Cela procure une sensation très désagréable.

Krishnamurti: Non, non. Ce n'est pas une question de confort ou d'inconfort. Ecartez ces choses, s'il vous plaît excusez-moi, vous ne faites là que revenir à quelque chose à savoir: je suis conscient comme si la structure était une chose distincte de moi tout là bas, ou tout près, et ce « moi » qui est conscient est-il distinct de cela? Ou suis-je cela? Vous comprenez?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Evidemment. D'accord? Je suis cela. C'est-à-dire, l'observateur est l'observé. N'est-ce pas?

Questioneur: Il s'agit de savoir si c'est vrai ou pas.

Krishnamurti: Non, non. Mettez cela en question, Monsieur, n'hésitez pas, c'est si simple. J'ai construit cette structure, la structure a été construite. Et une partie de la structure dit: je suis distinct de la structure. Je suis l'âme, je suis le grand homme, etc., etc. Ou je suis empli de savoir et la structure n'est pas le savoir. Vous suivez? Je demande donc: voyez-vous la structure comme une chose distincte de vous?

Questioneur: Non.

Krishnamurti: Si votre « non » est véritable, cela signifie quoi donc?

Questioneur: (Inaudible)

Krishnamurti: Non, simplement Monsieur. Pour une demi-heure je vous en prie, appliquez vos esprits à ceci. Etes-vous distinct de votre aggressivité? Bien sûr que non. Vous êtes votre aggressivité, elle fait partie de vous.

Questioneur: Mais nous ne pouvons la changer seuls.

Krishnamurti: Non. Qui est ce « nous »?

Questioneur: J'entends par là nous-mêmes. Nous pouvons changer.

Questioneur: Si je n'étais que mon aggressivité, je n'en saurais rien.

Krishnamurti: Oh oui, vous le sauriez.

Questioneur: Comment?

Krishnamurti: Vos amis vous diraient « ne sois pas si aggressif ». (Rires) de vrais amis. (rires)

Questioneur: Vous nous demandez de regarder en nous, ce qui implique sûrement ...

Krishnamurti: Non Madame, je demande ceci écoutez calmement, je vous prie, si vous permettez. Je demande: comment observez-vous cette structure? Vous pouvez observer un bâtiment, le voir séparé de vous. Mais cette structure, vous ne pouvez la séparer dire « cela n'est pas moi », c'est bien vous. Vos peurs, disputes, ambitions, votre aggressivité vos anxiétés, toute cette structure est vous. C'est incontestable.

Questioneur: Mais vous n'êtes pas une chose unifiée. Vous êtes toutes sortes de choses et elles sont toutes en conflit les unes avec les autres.

Krishnamurti: C'est ce que je dis.

Questioneur: Je puis prendre le parti d'un de vos aspects vous pouvez observer l'autre.

Krishnamurti: Non. L'observateur fait partie de l'observé.

Questioneur: Oui, mais vous ne pourriez vous observer en totalité si

Krishnamurti: Oh, oui. Je peux observer, je peux dire: je suis la peur. Le lendemain, je dis: je suis le plaisir. Le surlendemain je dis « oh, je suis tellement jaloux ». Mais cela fait partie de l'ensemble. Voici maintenant ce que je dis. S'il vous plaît si je puis me permettre, faites bien attention à ceci: aussi longtemps que le « moi » se sépare de la structure qu'il se distingue de la structure tant qu'existe cette division, il y aura conflit il y aura lutte, il y aura disputes il y aura anxiété, et tout le reste. Mais le fait est que la structure est vous.

Questioneur: Monsieur, le conflit paraît être intérieur, dans l'individu et il semble en quelque sorte y avoir un conflit entre ce que vous disiez au sujet des sens qui ne sont pas totalement éveillés, et l'esprit l'esprit intellectuel qui veut se colleter aux problèmes individuels, aux peurs ou aux tendances.

Krishnamurti: Non Monsieur, tout cela est inclus dedans. Vos tendances individuelles, vos idiosyncrasies votre talent particulier, ou votre manque de talent vos aptitudes – incluez tout ce que la pensée a réuni en tant que « moi ». Voilà la structure qu'a créée la pensée. Puis la pensée dit: « je suis distinct de la structure ».

Questioneur: Je ne crois pas que tout le monde se pense distinct de la structure.

Krishnamurti: Je ne sais pas.

Questioneur: Eh bien, pas moi.

Krishnamurti: Vraiment? Je ne m'adresse pas à vous à titre personnel, Madame mais je demande simplement: chacun de nous se rend-il compte que nous sommes la structure et que la structure n'est pas distincte de nous? Si vous vous en rendez compte, si c'est un fait concrêt alors, une toute autre action a lieu.

Questioneur: Voulez-vous dire que la partie de nous qui est faite de notre croyance est notre coquille externe et que pour pouvoir croître et évoluer il nous faut franchir quelque chose ...

Krishnamurti: Non, non, non. Je ne dis rien de la sorte. Je dis simplement, Monsieur ne traduisez pas ce que je dis selon votre propre – vous savez – quand je parle en Inde, malheureusement ou heureusement ils traduisent ce que je dis dans leur propre langue et la plupart des langues en Inde dérivent du Sanskrit et les mots dont ils se servent sont chargés de tradition de toutes sortes de significations. Je dis – et je vous en prie, ne traduisez pas ce que je dis contentez-vous d'écouter ce que je dis ce qui est très difficile, car c'est immédiatement traduit. Ils pensent qu'en traduisant ils ont compris. Ils ont compris le sens traditionnel disons, par exemple, de la conscience lucide. Ils ont pour cela un mot en Sanskrit lequel comporte toutes sortes de connotations. Alors, je vous prie, je dis simplement que tant qu'il existe une différence entre la structure et l'observateur il y a inévitablement refoulement, conflit fuite, départ pour l'Inde afin de découvrir comment faire ceci ou cela, comment méditer certainement pas comment faire la cuisine, etc., etc. Tandis qu'en présence de la vérité du fait que l'observateur est l'observé la structure est moi, « moi » n'étant pas distinct de la structure il y a alors une toute autre action. Voilà à quoi je veux en venir.

Questioneur: Monsieur, si vous réalisez cela et qu'il y a une sorte de silence comment le conserver et ne pas revenir en arrière?

Krishnamurti: Quand vous voyez le danger, un précipice, ou un animal dangereux vous n'y revenez pas, c'est terminé.

Questioneur: Il me semble que ce processus de séparation est un processus fondamental de tout conditionnement qui se poursuit, et tout ce que je parais faire pour tenter de m'opposer à ce conditionnement semble toujours n'être qu'une autre face de ce conditionnement.

Krishnamurti: Oui, Monsieur.

Questioneur: Comment diable puis-je contourner cela?

Krishnamurti: Je vous montre quelque chose, et vous ne voulez pas écouter. Non qu'il vous faille écouter, M., mais je vous indique quelque chose. Quand vous dites « je suis ce conditionnement le conditionnement n'est pas distinct de moi » quand ceci devient une vérité absolue, irrévocable, un fait il émane alors de ce fait une toute autre action.

Questioneur: Que se passe-t-il alors?

Krishnamurti: Ah! Que se passe-t-il alors – c'est exactement cela. Pour commencer, vous ne vous y colletez pas mais vous dites: racontez- moi ce qui se passe. (Rires) Vous ne voulez pas gravir la montagne, qui est ardue dangereuse, qui exige de vous la légèreté, que vous vous encordiez nous avons joué à tout ceci, l'avons fait, en partie. Il est dangereux de gravir des montagnes. Vous y allez donc avec légèreté – n'est-ce pas? pas avec de lourds sacs, et tout le reste. Ceci demande donc que vous travailliez, que vous regardiez. Mais malheureusement, toutes sortes d'interruptions ont lieu. Ce matin, j'ai vu certains d'entre vous faire des exercices – qu'ils soient bons ou mauvais, c'est votre affaire – mais ici, vous ne consacrez même pas 10 minutes à cette découverte. Découvrez ce qui se passe en fait quand l'observateur de la structure quand cet observateur et la structure ne font qu'un. Vous découvrirez alors qu'il n'y a aucun conflit. N'est-ce pas? Quand vous êtes cela, que pouvez-vous faire? Vous suivez, Monsieur? Il n'y a donc pas de conflit et par conséquent il y a l'énergie. Je n'irai pas plus loin car c'est trop Là où il y a énergie totale, il y a vacuité. Cela suffit pour aujourd'hui, n'est-ce pas? Peut-être pourrions-nous poursuivre cela jeudi. Seriez-vous d'accord?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Bien.

29 Août 1978

Peut-on apprendre dans la relation ?

Krishnamurti: De quoi allons-nous parler ce matin, ensemble?

Questioneur: Puis-je vous demander de dire quelque chose à propos de l'énergie de la conscience? Les énergies.

Krishnamurti: Voudriez-vous que nous parlions ensemble de l'énergie dont vous parlez.

Questioneur: Je ressens, après la discussion de mardi une certaine confusion à propos du mot « observation » dans la mesure où ce que l'on entend généralement par observation relève en fait du commentaire qui suit le fait, et pas du tout de l'observation.

Krishnamurti: Qu'entendez-vous par observation? On observe en général après l'événement et non au fur et à mesure qu'il a lieu est-ce cela que vous voulez dire, M.?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: D'autres questions? Madame?

Questioneur: Pourriez-vous parler de l'apprentissage et qu'est-ce qu'apprendre, qu'est-ce que la relation? Et peut-on apprendre sur soi par la relation?

Krishnamurti: Peut-on apprendre sur soi par l'observation de soi.

Questioneur: Et la relation avec autrui.

Krishnamurti: Peut-on apprendre sur soi par la relation avec autrui? Telle est la question.

Questioneur: Oui Monsieur.

Questioneur: Pourrions-nous parler de la vacuité, je vous prie.

Krishnamurti: Un instant.

Questioneur: Vous avez dit que le silence est un fait. Je me demande si vous pourriez développer cela.

Krishnamurti: Le silence est un fait, pourrions-nous aborder cela, le développer et en voir la profondeur, la signification.

Questioneur: Pourriez-vous, s'il vous plaît, examiner la vacuité?

Krishnamurti: Pourrions-nous examiner ensemble parler de ce que vous avec dit sur la vacuité.

Questioneur: Pourrions-nous poursuivre la question de l'enregistrement c'est-à-dire, faut-il ou non enregistrer.

Krishnamurti: Oh. La question de l'enregistrement s'il faut ou non enregistrer. Je me demande si vous étiez ici l'autre jour, Monsieur je pense que nous en avons discuté il y a deux jours ou la veille, et j'espère que vous accepterez que nous n'y revenions pas, car nous l'avons bien approfondie.

Questioneur: Pourrions-nous parler de l'énergie de la violence.

Krishnamurti: Parler de l'énergie de la violence.

Questioneur: (en français)

Krishnamurti: Le désordre. Peut-on être conscient de soi-même tout en observant son propre désordre?

Questioneur: Peut-on être un avec la peur etc et l'observer en même temps.

Krishnamurti: C'est cela, Monsieur.

Questioneur: Nous sommes censés nous abstenir en matière de discipline et d'effort mais devons travailler sur nous-mêmes. Je ne comprends pas cette absence de discpline et d'effort, tout en devant travaillant sur soi. Pouvez-vous clarifier cela?

Krishnamurti: Peut-on parler ensemble de l'effort et de la discipline et peut-on s'observer sans effort. Un instant, je vous prie: nous avons tant de questions. J'ignore à qui vous posez ces questions car nous nous posons ces questions à nous-mêmes tâchant d'y trouver une solution, une réponse. Voici donc ces questions: l'énergie peut-on apprendre sur soi par la relation et aussi, qu'entendez-vous par le mot « apprendre » peut-on apprendre sur soi par la relation et qu'entendez-vous par apprendre. L'autre est: parlez de la vacuité, du silence. Je pense que c'est à peu près tout.

Questioneur: La violence.

Krishnamurti: Et cette dame souligne: peut-on s'observer en action et cette dame pose la question suivante: l'effort et la discipline semblent aller de pair et vous paraissez indiquer une manière différente d'observer, d'agir. Alors, lesquelles de ces questions allons-nous prendre?

Questioneur: La dernière question: vous avez aussi indiqué qu'il faut le faire. Cela semble être une contradiction.

Krishnamurti: Une contradiction. Vous dites aussi qu'il faut le faire, c'est-à-dire le tester. Le tester, tester ce qui est dit dans sa propre vie, et ne pas dépendre d'autrui. Alors, de quelles questions allons-nous parler?

Questioneur: Apprendre et relation. (Rires)

Krishnamurti: Apprendre, et peut-on apprendre sur soi par la relation. Alors, de ces questions, quelles sont celles dont vous voudriez que nous parlions ensemble?

Questioneur: L'énergie.

Questioneur: Silence et vacuité.

Questioneur: Silence et énergie.

Krishnamurti: Silence, vacuité, relation très bien, je pense que nous pouvons réunir tout cela en discutant de la question: qu'est-ce qu'apprendre et peut-on apprendre sur soi par la relation sous toutes ses formes et si nous pouvons approfondir cela, peut-être nous sera-t-il possible de répondre à toutes ces questions sur l'énergie, le silence, la discipline et l'effort et si l'on peut observer sans aucun effort, ni discipline et s'il est possible d'être lucide conscient, tout en agissant? D'accord? Et le silence, etc. Nous pouvons regrouper tout ceci dans cette seule question qui a été posée: qu'est-ce qu'apprendre et peut-on apprendre par la relation? Pouvons-nous aborder cela et y regrouper tous les autres facteurs? Le pouvons-nous?

Questioneur: Oui

Krishnamurti: Très bien. Qu'entendons-nous par apprendre? Je pense que c'est là une question assez importante pourrions-nous l'aborder lentement et avec soin. Nous apprenons dans des livres nous apprenons de nos parents, collèges, universités, etc et apprenons aussi par l'expérience. Nous apprenons à partir d'événements divers tout cela devenant du savoir. N'est-ce pas? Il est assez clair que nous amassons de l'information, de l'expérience et diverses formes d'événements et incidents qui nous arrivent dans la vie et à partir de tout cela, nous accumulons du savoir et agissons à partir de ce savoir. N'est-ce pas? Voilà une façon d'apprendre. Existe-t-il une autre façon d'apprendre? Nous connaissons la façon ordinaire d'apprendre. Y en a-t-il une autre? Car la façon ordinaire d'apprendre – les implications de la façon ordinaire d'apprendre sont d'accumuler du savoir et d'agir conformément à ce savoir par conséquent, cet apprentissage nous aide à devenir de plus en plus mécaniques. Je me demande si vous suivez. Puis-je poursuivre là-dessus? Ceci n'est pas ma causerie. Nous y prenons part ensemble. Alors, je veux bien l'approfondir, mais vous allez devoir me rejoindre dans l'étude de ce que nous entendons par apprendre. Donc la responsabilité de cet entretien vous incombe tout autant qu'à moi. Ordinairement, la forme quotidienne d'apprentissage consiste à accumuler par expériences événements et accidents, etc énormément de savoir et ce savoir est toujours du passé. Il n » y a pas de savoir futur. N'est-ce pas? Et si nous agissons à partir de ce savoir ce ne peut être qu'une action basée sur le passé basée sur le savoir et ce savoir peut être indéfiniment développé ou développé jusqu'à un certain point, mais il sera toujours limité il deviendra toujours une routine, mécanique. Nous demandons donc s'il existe un autre mode d'apprentissage. Apprendre par accumulation de savoir et agir d'après le savoir accumulé vous comprenez? Agir et acquérir le savoir à partir de l'action ou avoir acquis du savoir de diverses sources, et agir à partir de là. Suivez-vous? Comprenez-vous? Suis-je clair?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: C'est-à-dire, j'accumule du savoir sur la science sur la technologie, la médecine, etc., je l'accumule. Et puis j'agis à partir de là. Ou j'agis, et apprends de cette action. Et, ayant énormément appris de l'action cela aussi devient le savoir. Donc les deux sont essentiellement identiques: acquérir du savoir et ensuite agir et accumuler à partir de cette action, ce qui devient du savoir. Ainsi, pour l'essentiel, les deux sont identiques. Les deux tendent à devenir mécaniques. Si c'est clair, la question suivante est celle-ci: y a-t-il une façon d'apprendre qui soit non mécanique? Je ne sais si tout ceci vous intéresse. Pour découvrir cela il faut voir très clairement l'activité mécanique d'accumulation de savoir il faut être très clair en soi-même sur tout ce mouvement. Pouvons-nous poursuivre? Je vous en prie, tout en discutant ensemble découvrez comment vous apprenez si cet apprentissage devient de plus en plus mécanique. Vous écoutez l'orateur, lisez là-dessus, écoutez des cassettes apprenez, accumulez du savoir, et dites alors: « eh bien, je vais m'exercer à ceci ». Cet exercice devient donc mécanique. Nous demandons à présent: existe-t-il un autre mouvement qui ne soit pas mécanique? – c'est-à-dire apprendre mais sans accumuler du savoir, et agir à partir de là. N'est-ce pas? Est-ce clair?

Questioneur: Oui.

Questioneur: Monsieur, pour partie, ce processus mécanique pourrait être une tentative de détruire le savoir que vous avez accumulé.

Krishnamurti: Oui, ce qui est encore mécanique. Vous essayez de vous débarrasser de ce savoir partiel accumulé disant que ce n'est pas là la bonne façon d'apprendre vous apprenez donc d'une façon différente, et pourtant vous accumulez.

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Ce processus d'accumulation continue sans cesse. Nous demandons donc je vous prie: y a-t-il une manière différente, non cumulative, d'apprendre c'est-à-dire non mécanique qui ne fonctionne pas tout le temps sur le mouvement du passé. N'est-ce pas? Nous allons le découvrir. Cherchez, je vous prie, mettez en question lancez vous un défi, etc. et découvrez. Nous avons très clairement dit: savoir et action sont essentiellement identiques. Nous demandons à présent: y a-t-il un apprentissage différent? Ne vous précipitez pas sur une conclusion ne dites pas spontanément: « c'est l'intuition ». Ne nous laissons pas prendre par les mots. Y a-t-il une manière d'apprendre qui ne soit pas mécanique?

Questioneur: N'y a-t-il pas là une question de silence?

Krishnamurti: Vous voyez, vous vous précipitez. Ce doit être comme si vous ne saviez pas.

Questioneur: Par la souffrance dans la relation.

Krishnamurti: Attendez Madame, nous y venons. Nous commençons par un point d'interrogation, par conséquent, vous ne savez pas. Ne dites pas que c'est le silence, ou autre chose. Vous ne savez vraiment pas. Disons que la découverte commence par une page blanche, vous ne savez pas et allez donc découvrir. Etes-vous certain de ne pas savoir? Ou faites-vous semblant de ne pas savoir? (Rires) Non, je vous en prie, je parle de soi-même, sérieusement. Est-ce que je fais semblant de ne pas connaître ou ne connais vraiment pas une autre manière d'apprendre. Apprendre pourrait avoir alors un tout autre sens une façon d'apprendre non mécanique: je ne sais pas. Je dois être terriblement honnête avec moi-même et je peux alors trouver. Mais si je dis « oui, je ne sais pas, mais j'ai là-dessus quelques idées derrière la tête », alors vous ne cherchez pas du tout. Donc, peut-on démarrer honnêtement en disant « je ne sais vraiment pas »? C'est assez difficile car dans l'ignorance vous regardez vous essayez de découvrir si vous savez. Vous comprenez ma question? Quand vous dites « je ne sais pas » il y a toujours le désir de découvrir ou d'être renseigné ou la projection d'un espoir caché, et cela devient une idée et vous dites « oui, je commence à le saisir ». Alors, si vous pouvez être libre de tout cela et dire « je ne sais effectivement pas », vous êtes alors curieux vraiment curieux, comme un jeune garçon ou une jeune fille apprenant pour la première fois. L'avez-vous saisi? Non, non, regardez ce qui s'est passé. Observez-vous Monsieur, ne me regardez pas, ni qui que ce soit observez-vous, c'est-à-dire, quand vous dites « je ne sais vraiment pas », qu'est-ce qui s'est passé? Votre esprit ne réfléchit pas activement au moyen de découvrir. N'est-ce pas? Nous rejoignons- nous sur ce point? Mettons par exemple, que je ne sache vraiment pas ce qui signifie que je n'ai aucun espoir de trouver je n'ai aucune conclusion, aucun motif. C'est très important: quand j'affirme ne pas savoir cela implique que je n'ai aucun motif. Car le motif donne une direction et j'ai alors perdu la chose. Il faut donc que je sois très, très clair et très honnête avec moi-même pour dire « je ne sais vraiment pas ». Attendez Monsieur, écoutez attentivement ceci. Je ne sais vraiment pas, alors que s'est-il passé dans mon esprit?

Questioneur: Rien.

Krishnamurti: Découvrez-le, ne répondez pas hâtivement. La vieille tradition n'a-t-elle pas été rompue? Vous comprenez? La vieille tradition mécanique. Quand je dis « je ne sais vraiment pas » je suis complètement sorti de cette sphère. N'est-ce pas?

Questioneur: Pourtant, je ne crois pas que l'on pense comme si l'on ignorait une nouvelle manière d'apprendre. Tout ce que l'on connait c'est le conflit que cause le savoir mécanique rien d'autre que cela – on ne sait rien d'autre. Et l'on peut voir que l'on ne sait pas comment surmonter ce conflit.

Krishnamurti: Non, nous ne parlons pas encore du conflit, Monsieur. Nous y viendrons dans un instant. Nous disons ceci: existe-t-il un autre processus d'apprentissage? Si vous l'ignorez, – je l'ignore et je dis en fait « je l'ignore » – que s'est-il passé?

Questioneur: Mon esprit dit alors « si je l'ignore, je suis vide ».

Krishnamurti: Oh, grands dieux! Que ces gens sont nigauds.

Questioneur: Pourquoi est-ce stupide? (Rires)

Krishnamurti: Je n'ai pas dit stupide, j'ai dit nigaud. (Rires) Faute de prêter attention, vous vous égarez: c'est vide – est-ce vide? Ou est-ce tellement hors [du processus] mécanique que c'est complètement en éveil parce qu'il y a cette intense curiosité de découvrir. Vous voyez la différence? L'esprit qui dit « je ne sais pas » attendez, permettez que je prenne un exemple. Savez-vous ce qu'est Dieu? Bien entendu, vous avez des croyances, des dogmes toutes sortes de conditionnements, mais en fait vous ne le savez pas. Vous pouvez inventer, vous pouvez y penser vous pouvez avoir une controverse à ce sujet, ou le contester mais le fait est que vous ne savez pas. Vous commencez donc en ne sachant pas, afin de découvrir.

Questioneur: Puis-je vous demander ceci, Monsieur: quand vous venez parler, commencez- vous toujours en ne sachant pas commencez-vous toujours en disant « je ne sais pas découvrons aujourd'hui, découvrons maintenant »?

Krishnamurti: Oui, c'est bien ce que je dis en ce moment.

Questioneur: Est-ce bien ce que vous faites en entrant dans cette tente? Etes-vous complètement libre de ce que vous saviez auparavant?

Krishnamurti: Oui, je ne prépare pas les causeries, je ne fais rien je me contente de venir et je m'épanche. (Rires) Il m'arrivait de préparer les causeries, les écrivant avec soin, etc jusqu'à ce qu'un jour quelqu'un me fit la suggestion suivante: jetez toutes vos notes, et parlez. C'est ce que j'ai fait, et je suis parti de ce pied.

Questioneur: Cela ne fait pourtant pas de différence, n'est-ce pas? Il n'y a pas grande différence entre l'avoir mis sur un papier et l'avoir dans sa tête.

Krishnamurti: Non.

Questioneur: Il n'a pas été répondu à la question.

Krishnamurti: C'est ce que je suis en train de faire. (Rires) – vous suivez? Quand vous dites que vous ne savez pas vous avez arrêté le processus mécanique d'apprentissage, n'est-ce pas? Votre esprit n'est donc pas vide il est libre du mode dans lequel il fonctionnait et se trouve maintenant dans un état d'attention aiguë apprenant dans cet état, en étant libre de tout cela. Que se passe-t-il alors?

Questioneur: Le silence.

Questioneur: La faim. (Rires)

Questioneur: Monsieur, l'esprit commence à s'ennuyer.

Questioneur: S'ennuyer?

Krishnamurti: Essayez-donc, je vous prie, pendant que nous en parlons ici faites cela, dans le sens d'une tentative pour découvrir.

Questioneur: D'une recherche.

Krishnamurti: Oui. Qu'est-ce qu'une recherche? Une recherche sous-entend qu'il faut être libéré de ses préjugés de ses conclusions hypothétiques de toute forme d'opinion, afin que l'esprit soit libre de se mouvoir. De la même manière, si vous comprenez toute la nature de cette acquisition mécanique de savoir puis la mettez à sa juste place, vous en êtes délivré. Et vous êtes alors capable d'une attention totale, n'est-ce pas? Quand il y a attention totale, y a-t-il apprentissage? Je vous en prie, ceci demande un peu d'investigation. Peut-être suis-je un peu engourdi ce matin alors, veuillez m'excuser d'insister à ce sujet mais nous y reviendrons peut-être un peu plus tard. La question qui suit à ce propos est celle-ci: puis-je m'observer dans la relation? Puis-je me connaître fondamentalement connaître toutes les réactions, toutes les nuances toutes les subtilités de ma personne dans la relation? N'est-ce pas? C'est bien la question qui a été posée. Il faut donc chercher ce que l'on entend par « relation » le mot lui-même. Etre relié, être en contact être non seulement dans une intimité physique mais être en relation au même niveau au même instant, avec la même intensité; alors, il y a relation. N'est-ce pas? Il y a relation entre un homme et une femme ou entre deux amis, ou entre un garçon et une fille quand ils se rencontrent, non seulement physiquement, mais bien plus c'est-à-dire, quand ils se rencontrent au même niveau au même instant, avec la même intensité il y a alors une véritable relation parce qu'ils se trouvent au même niveau. N'est-ce pas? On peut appeler cela une vraie relation. Ceci dit, notre relation avec autrui repose sur la mémoire – n'est-ce pas? admettriez-vous cela? – sur diverses images, conclusions que je me suis faites de vous et que vous vous êtes faites de moi sur les diverses images que j'ai de vous femme, mari, petite amie ou ami, etc. Il y a donc toujours fabrication d'images. N'est-ce pas? C'est simple, c'est normal, c'est ce qui a effectivement lieu. Que l'on soit marié ou que l'on vive avec une fille ou un garçon chaque incident, chaque mot, chaque acte créent une image – non? Sommes-nous clairs sur ce point? Ne soyez pas d'accord avec moi, je vous prie je ne cherche pas à vous persuader de quoi que ce soit mais vous pouvez effectivement le voir par vous-même. Un mot est enregistré, s'il est agréable, gentil, vous ronronnez s'il est désagréable, vous vous renfrognez aussitôt et cela crée une image. Le plaisir crée une image, le renfrognement le repli crée une image. Ainsi, notre véritable relation mutuelle repose sur diverses formes subtiles d'images et de conclusions. Est-ce exact? Je demande alors: que se passe-t-il quand cela arrive? L'homme crée une image d'elle et elle crée une image de lui. Que cela soit au bureau, dans les champs, ou ailleurs la relation repose essentiellement sur cette formation d'images. N'est-ce pas? C'est un fait, n'est-ce pas? Pouvons-nous poursuivre à partir de là?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Que se passe-t-il alors? Vous avez une image d'elle, et elle a une image de vous peu importe où, au bureau à l'usine, dans les champs, dans n'importe quelle profession cette fabrication d'images a tout le temps lieu. Ainsi, la présence d'une image telle que la sienne ou la vôtre, crée une division et tout le conflit prend alors naissance. N'est-ce pas? Là où il y a division entre deux images, il y a inévitablement conflit. N'est-ce pas?

Questioneur: Pourquoi l'image a-t-elle pris pour nous tant d'importance?

Krishnamurti: Nous allons le voir, Madame. Avancez pas à pas Madame, ne dites pas « pourquoi ». Avez-vous cette image de votre frère, de votre soeur de votre mari, de votre femme, de votre père, ou de quoi que ce soit? Voyez alors que lorsqu'il y a cette image il y a certainement une division: le Juif et l'Arabe, l'Hindou, le Musulman le Chrétien, le Communiste, – vous suivez? C'est le même phénomène. N'est-ce pas? Quand cela a lieu, il y a fondamentalement conflit. Le mari, l'ami ou l'amie peut se rendre sur son lieu de travail où l'image de soi a été créée: situation, valeur, compétition et tout le reste et une fois rentré à la maison, dire: « chérie, comment vas-tu? » et de nouveau, chacun a son image. Il y a donc conflit. Il y a donc une loi fondamentale selon laquelle là où il y a division entre les gens, il y a inévitablement conflit. Point final. N'est-ce pas? L'homme peut bien dire à la femme ou la femme à l'homme « je t'aime » cela ne serait que de l'amour sensoriel sexuel, mais fondamentalement, ils ne sont pas du tout reliés. Ils peuvent bien porter des alliances, et s'étreindre dormir dans le même lit, et vivre sous le même toît fondamentalement, il poursuit ses ambitions son avidité et tout le reste, et elle aussi. N'est-ce pas? Et fondamentalement, ils ne se retrouvent jamais au même niveau au même instant, avec la même intensité. Impossible. N'est-ce pas? Le voyons-nous? N'acceptons pas les mots prononcés par l'orateur, c'est sans valeur. Il en va effectivement ainsi dans la vie quotidienne. Et l'on peut toujours se dire « je t'aime tu es si belle, tu es ceci, tu es cela colore plus tes cheveux » (rires) – n'est-ce pas – et jouer avec tout cela. Alors pourquoi créons-nous ces images? Pourquoi créez-vous une image de votre amie, de votre femme de votre mari, ou de votre petit ami, pourquoi?

Questioneur: Je pense qu'il s'agit de survie.

Krishnamurti: De survie?

Questioneur: Je pense que c'est par peur. Surtout parce que vous n'avez pas regardé la chose que vous craignez.

Krishnamurti: Il dit qu'il s'agit de survie.

Questioneur: Ce pourrait être pour protéger son ego. On ne veut pas être importuné. On ne veut pas trop de proximité, de peur de perdre son ego.

Krishnamurti: Oh! En est-il ainsi?

Questioneur: Je ne sais pas.

Krishnamurti: (Rires) Comment Monsieur?

Questioneur: Parce qu'on ne voit pas la totalité du fait.

Krishnamurti: Comment puis-je voir la totalité – si c'est ce que vous voulez dire toute la beauté de la relation toute la nature de l'amour, et tout cela alors que nous nous préoccupons tant de notre maudite petite personne, sans cesse?

Questioneur: N'est-ce pas parce que nous enregistrons aussi sans cesse?

Krishnamurti: Non, Madame, nous avons vu tout cela oublions l'enregistrement. Regardons cela à neuf. Pourquoi créons-nous une image d'autrui? Pourquoi créez-vous une image de l'orateur? (Rires)

Questioneur: Par manque d'attention.

Krishnamurti: Penchez-vous sur cela, Monsieur. Pourquoi créez-vous une image de votre petite amie ou de votre mari, ami, etc., pourquoi?

Questioneur: Pour se souvenir.

Questioneur: Pour être dépendant.

Questioneur: Parce que cela nous aide.

Krishnamurti: Regardez bien la chose avant de répondre. Voyez d'abord ce que vous faites. Si je puis gentiment le suggérer, voyez-en d'abord le fait sans dire: c'est comme ceci, comme cela. Voyez seulement s'il en est ainsi.

Questioneur: Nous voulons être reconnus, d'une manière ou d'une autre.

Questioneur: Serait-ce parce que j'aimerais savoir ce qui se passera demain?

Krishnamurti: Regardez bien, Monsieur. Vous êtes marié, vous avez une petite amie ou un ami, un mari. Cette fabrication d'images se poursuit. Et je demande pourquoi. Prenez votre temps – un peu. Je vous en prie. Vous ne savez pas, je ne sais pas, alors découvrons.

Questioneur: Il est très agréable d'avoir une image. C'est la possession.

Krishnamurti: Est-ce cela? Est-il très agréable d'avoir une image?

Questioneur: C'est très gratifiant.

Krishnamurti: Est-il très agréable d'avoir une image? Je vous en prie, Monsieur – une image.

Questioneur: Image est un vilain mot.

Krishnamurti: Très bien. Je ne vais pas me servir de ce mot – servons-nous d'un autre mot.

Questioneur: Fantasme.

Questioneur: Avec familiarité – nous prenons les choses pour argent comptant nous sommes toujours préoccupés plutôt qu'attentifs.

Krishnamurti: Je veux découvrir pourquoi je crée l'image de ma femme – si j'en ai une. Est-ce par habitude? Est-ce pratique? Est-ce un conditionnement immémorial? Est-ce que je fais cela par tradition d'origine génétique, etc., etc qui m'amène instinctivement à fabriquer une image de vous?

Questioneur: Est-il important de savoir pourquoi?

Krishnamurti: Découvrez-le. Je demande donc: est-ce la terrible habitude dans laquelle nous vivons?

Questioneur: Non. C'est l'influence.

Krishnamurti: Oui, Monsieur. Incluons l'influence. On est tellement habitué à être influencé par l'environnement et tout le reste. Donc je dis, est-ce une habitude est-ce une tradition qui nous a été transmise, inconsciemment de race en race, de génération en génération? Est-ce une chose que j'ai acceptée, comme un bras comme une jambe, qui font partie de moi?

Questioneur: Monsieur, cela répond-il vraiment au pourquoi de la question? Cela revient seulement à dire que nous avons une image mais pourquoi avons-nous une image?

Krishnamurti: J'y viens, Monsieur.

Questioneur: Messieurs, suivez l'orateur SVP, ne posez pas de question.

Krishnamurti: Comment, Madame? (Rires)

Questioneur: Je crois que c'est un prolongement du conditionnement que nous avons nous-mêmes reçu.

Krishnamurti: Cela fait partie de notre conditionnement transmis de père en fils et ainsi de suite de génération en génération. Alors, bornons-nous à le découvrir. Alors, rassemblons tout ceci habitude, tradition immémoriale désir de se sentir proche tout en se rétractant – tout cela. Est-ce pour cela que nous le faisons?

Questioneur: La sécurité.

Krishnamurti: Prenez le temps d'examiner la chose, ma chère, consacrez-y un instant. Ou serait-ce que nous voulons être sûrs de la petite amie du petit ami, du mari, sûr d'elle? Certain de la posséder, elle est à moi, pas à vous. Tout cela est compris dedans. Désir de certitude – c'est ma femme, ma petite amie mon ami, mon mari, j'en suis certain. Ainsi, cela me donne une certitude dans ma relation avec autrui. Je connais ma femme – c'est l'affirmation la plus absurde qui soit. Cela me donne le sentiment de posséder quelque chose et je suis sûr de cette possession. C'est donc une habitude, un millier, un million d'années de tradition transmise de génération en génération. Puis le désir de posséder d'être dominé aimer être possédé et aimer être dominé un état névrotique et le désir de certitude: c'est ma maison, ma table, mon stylo, ma femme. N'est-ce pas? Que dites-vous de tout cela?

Questioneur: Nous devrions être libres de tout cela.

Krishnamurti: Nous devrions l'être, ou le sommes-nous?

Questioneur: Nous devrions l'être.

Krishnamurti: Oh! Je devrais être au sommet de l'Himalaya, mais je ne le suis pas! (Rires)

Questioneur: Comment puis-je le reconnaître?

Krishnamurti: Comment pouvons-nous parler ensemble si nous n'allons pas dans la même direction! Je vous en prie. Le « devrait être » n'existe pas « ce qui est » est le seul fait qui soit.

Questioneur: Ne pouvons-nous accepter cet état ...

Krishnamurti: Pourquoi le devrais-je vous voyez ...

Questioneur: en le comprenant?

Krishnamurti: Non, Madame, nous sommes en train de le faire. En train de le faire pas à pas, de nous y pencher. Je suis sûr de mon nom, je suis sûr de ma forme de ma forme physique, je suis sûr d'être qualifié mécaniquement ou en tant que scientifique, que professeur – j'en suis certain, c'est ma profession ma carrière en tant que militaire, marin, ou médecin c'est ma carrière, et j'en suis certain. De même, je veux être certain de ma relation – non? Et quand cette certitude est menacée alors commencent les ennuis – aboutissant au divorce ou à la séparation, comme vous voudrez. Voilà donc les facteurs qui font que nous créons ces images afin d'être sûrs, certains de posséder, et d'éprouver par cette possession le pouvoir, le plaisir, la force de cette possession. Et nous avons en héritage un million d'années de désirs humains de posséder quelqu'un et ne pas le lâcher, etc., etc. Ce sont là les facteurs de la vie quotidienne – non?

Questioneur: Cela implique donc quelque chose de fixe, n'est-ce pas?

Krishnamurti: Oui, Monsieur.

Questioneur: Nous nous en servons

Krishnamurti: C'est exact. Je veux être certain. Je veux être sûr qu'à mon retour du bureau elle sera là. Et quand elle rentre à la maison elle veut être tout à fait sûre que j'y serai aussi! (Rires) Voilà le jeu auquel nous nous livrons à l'infini, de diverses façons.

Questioneur: Pourquoi nous faut-il la certitude?

Krishnamurti: Nous y venons. Lentement, Monsieur.

Questioneur: J'ai peur de perdre le contrôle.

Krishnamurti: Vous avez peur de perdre le contrôle sur elle? J'espère que votre femme est ici! (Rires)

Questioneur: (Inaudible)

Krishnamurti: Voyons, Monsieur, nous parlons de quelque chose d'extrêmement sérieux. Ceci dit ce sont là des faits, pas de l'imagination, pas des idées pas quelques conclusions que vous auriez tirées de ce que nous avons dit, mais des faits quotidiens. Dès lors, la question est celle-ci: – il n'y a là aucune relation possible. Vous aurez beau dormir ensemble, vous tenir par la main faire toutes sortes de choses ensemble mais en fait, il n'y a pas de relation. C'est un fait. Et nous ne voulons pas l'admettre. Car dès l'instant où vous l'admettez, le doute s'installe vous êtes effrayé, nerveux, et tout cela commence. Alors, veuillez seulement écouter. Puis-je apprendre sur moi dans ma relation avec autrui? C'est par cette question que nous avons commencé c'est la question qui a été posée. Je puis obsever mes réactions dans cette relation. N'est-ce pas? J'aime et n'aime pas. Elle a dit un vilain mot, il a été si agréable, etc je puis observer mes réactions. Ces réactions sont moi-même, n'est-ce pas? Elles ne sont pas distinctes de moi tant sensoriellement, nerveusement, que psychologiquement. N'est-ce pas? J'apprends énormément sur moi au fur et à mesure que j'avance j'ai vu – oh infiniment – ce que je fais ce que j'ai fait, ce que je ferai demain si j'ai toujours ce comportement mécanique. N'est-ce pas? Et la mort arrive, et vous dites: « chérie, je te quitte ». Elle se sent terriblement seule, malheureuse, en larmes se découvrant subitement abandonnée, – ou lui, selon le cas. Et il ou elle ne peut y faire face, et se livre à quelque divertissement ou s'en va avec une autre femme, ou homme selon le cas, ou devient terriblement religieux. (Rires) A quel jeu nous livrons- nous mutuellement! N'est-ce pas, Monsieur? Je vois donc ceci comme un fait. J'ai énormément appris sur moi dans ma relation avec autrui. Puis se pose la question: cette fabrication d'images peut-elle cesser? Vous comprenez ma question? Cet élan du passé ce formidable élan mu par une pression considérable comme la pression de l'eau d'un fleuve toute cette tradition de fabrication d'images tout ce désir peuvent-ils prendre fin sans le moindre conflit? Vous comprenez ma question? Cela vous intéresse-t-il?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Qu'allez-vous payer pour cela? (Rires) C'est tout ce que vous pouvez faire. Vous pensez qu'en payant vous l'obtiendrez. Alors, comment tout ce mécanisme de fabrication d'images pas seulement la fabrication d'images, mais le désir de certitude la tradition, toute cette structure, comment cela peut-il prendre fin? N'est-ce pas? Posez-vous cette question? Ou est-ce moi qui demande et vous adresse ma question? Si vous vous posez cette question à vous-même dites-vous: « je ne sais pas, par conséquent je vais le découvrir »? Ou êtes-vous déjà en train de vous débattre pour le découvrir? Comment cette fabrication d'images peut-elle prendre fin? Ce qui signifie la fin de l'enregistrement ne pas enregistrer le moindre mot qu'il ou qu'elle prononce le ricanement, l'insulte, les chamailleries ne rien enregistrer de tout cela. Est-ce possible? Comprenez-vous ma question? Ne vous endormez pas, s'il vous plaît. Je pose cette question, vous devez y répondre.

Questioneur: Non, ce n'est pas possible.

Krishnamurti: La dame dit que ce n'est pas possible elle a donc fermé la porte.

Questioneur: Non, je n'ai pas fermé la porte, mais je trouve que c'est impossible.

Krishnamurti: Ah, dès l'instant où vous dites que c'est impossible ou que c'est possible, vous avez fermé la porte. C'est comme celui qui dit: « je ne peux pas » – terminé. Je suis sûr que chacun de nous peut le faire. J'en suis certain, clairement si vous y mettez tout votre coeur et votre esprit. Quand la femme ou l'amie, l'homme ou le mari vous dit: « tu es plutôt stupide ce matin » vous faut-il enregistrer cela réagir à ses paroles, à son ressenti et observer vos propres réactions à ses paroles et sentiments. Vous suivez? Pouvez-vous observer instantanément tout ceci? Ou il dit: « tu es très jolie ce matin » et vous Vous suivez? Approfondissez-le, Monsieur. Ne pas du tout enregistrer. Alors, est-ce possible? Je vous en prie, nous parlons d'apprendre sur soi dans la relation. Et nous voyons pourquoi nous créons cette image, etc et par conséquent, il n'y a aucune relation. Il peut y avoir une relation physique. Psychologiquement, vous êtes évidemment totalement divisé. Comment pouvez-vous être relié à autrui et l'aimer si vous êtes ambitieux? Vous ne le pouvez pas. Ou compétitif, ou ceci ou cela. Vous avez donc énormément appris en étudiant cette relation. Vous en êtes arrivé au point de dire: est-il possible d'entendre le mot, sans se fermer d'entendre le mot, d'en voir le sens la signification du mot l'expression du visage de l'homme ou de la femme qui le prononce et votre propre réaction à tout cela pouvez-vous être conscient de tout cela?

Questioneur: Monsieur, il semble que nous nous heurtions continuellement ici à la difficulté qu'il y a à dire « je ne sais pas ». Pourrions-nous voir cela, et il se pourrait que ce soit le mécanisme de fabrication d'images qui refuse de dire « je ne sais pas ». Il n'aime pas l'idée de dire cela.

Krishnamurti: Non, ne continuez pas à répéter « je ne sais pas » car vous êtes alors bloqué.

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Mais nous avons commencé en disant que nous créons ces images. La raison pour laquelle nous créons ces images est assez claire. Et nous avons posé la question suivante: cette fabrication d'images peut-elle cesser? Je puis alors dire: « je ne sais pas ». N'est-ce pas? Parce qu'en disant que vous ne savez pas, votre esprit est très, très vif.

Questioneur: Il faut donc se préoccuper de mettre fin aux images.

Krishnamurti: Oui. Vous préoccuper de découvrir si la fabrication d'images peut cesser. Et si vous dites que c'est impossible, ou possible, vous êtes bloqué. Mais quand vous dites « je ne sais pas, mais j'avance » quand je dis « je ne sais pas », je ne suis pas immobile. J'avance, je suis terriblement actif et plein d'énergie pour le découvrir. Je ne vous transmets pas mon énergie, vous le faites vous-même, svp. C'est dangereux. (Rires) Alors, est-ce possible? Ce qui signifie écouter et ne pas enregistrer.

Questioneur: Parfois vous êtes paralysé.

Krishnamurti: Non, Madame, il n'y a pas de paralysie. On ne peut être paralysé quand la relation avec autrui a une telle importance. Toute vie est relation. Pas uniquement vous et moi c'est un problème global. Il faut donc l'appréhender globalement, pas seulement « Oh, j'aime ma femme » – vous suivez? vous et moi, c'est bien peu de chose. Après avoir compris le problème global vous comprendrez alors le petit problème. Mais si vous commencez par le petit problème vous ne comprendrez pas la chose globale globale dans le sens de l'énormité de la chose. Cela concerne donc tout être humain, où qu'il se trouve. Donc, je dis: puis-je écouter le mot voir l'expression, la gestuelle le mépris l'arrogance et ainsi de suite sur le visage de l'autre et l'écouter sans la moindre réaction? Dès lors, il va nous falloir découvrir ce que l'on entend par écouter. Ceci vous intéresse-t-il? Pouvons-nous poursuivre? Non, je vous en prie, je puis poursuivre, mais voyez-vous j'ai consacré ma vie à cela depuis l'âge de 15 ans. N'est-ce pas? Alors, je vous en prie, consacrez-y aussi une heure. Puis-je écouter? Que signifie donc écouter? Vous arrive-t-il jamais d'écouter? Ecoutez-vous en ce moment? Vous comprenez? Ecoutez-vous ce que je dis? Non, je n'en suis pas sûr. Ou écoutez-vous une conclusion que vous avez tirée de vous-même? Ou tout en écoutant, avez-vous déjà tiré une conclusion? Ou avez-vous extrait de votre écoute une idée et poursuivez cette idée? Par conséquent, vous n'êtes pas réellement en train d'écouter. Alors, écoutons-nous maintenant? Cela signifie que vous écoutez sans le moindre mouvement de pensée parce que vous vous préoccupez terriblement de ceci. Si vous n'êtes pas bien vous ne pourrez écouter. Si vous vous sentez profondément concerné par ceci vous écouterez alors instinctivement, naturellement. Alors écoutez-vous à partir de votre expérience écoutez-vous le mot et non le contenu du mot ou écoutez-vous en faisant une abstraction, une idée de ce que vous entendez en disant: « oui, je l'ai saisi »? Il s'agit donc d'écouter sans aucun mouvement aucun mouvement de pensée, aucun mouvement d'intention. Vous écoutez simplement. S'il en est ainsi – prêtez une oreille attentive à ce que j'ai à dire, s'il vous plaît – si vous pouvez écouter de la sorte l'ami ou l'amie ou l'épouse, pouvez-vous écouter cela de la même manière? Vous comprenez ma question? Vous en avez terminé. C'est tellement simple, à condition d'en capter la simplicité. Mais intellectuellement, nous faisons de tout un tel désordre. Ainsi, s'il y a une écoute active il n'y a alors pas d'enregistrement. L'autre jour, au terme d'une des causeries un homme est venu me voir et dit: « quelle merveilleuse causerie ce fût là. Oh, c'était excellent. J'ai l'impression d'avoir tout saisi ». J'ai écouté cela très attentivement. Cela fait 50 ans qu'on me le dit et si j'enregistrais toujours cet éloge j'en serais devenu maboul! (Rires) Alors, voulez-vous bien chercher, s'il vous plaît? Ecouter quelqu'un proférant de vilaines choses, ou des choses agréables, si pleinement qu'aucun enregistrement n'a lieu. Autrement dit, pouvez-vous être tellement attentif au moment où le mot est prononcé, qu'aucun centre n'enregistre? Vous comprenez ma question? Avez-vous jamais été attentif? Attentif, dans le sens de donner toute votre attention toute votre énergie, votre coeur, votre esprit, tout ce que vous avez. Quand vous faites cela, il n'y a pas de « moi » d'où émane l'attention, il n'y a qu'attention. N'est-ce pas? Il n'y a dans cette attention, aucun enregistrement. Ce n'est que dans l'inattention qu'il y a un centre qui enregistre. Saisi? Vous avez compris?

Questioneur: Il n'y a pas de distraction.

Krishnamurti: Non. Monsieur, la distraction n'existe pas. Veuillez le comprendre. La distraction n'existe pas. Vous voulez prêter à cela votre attention et vous êtes distrait, comme on l'est en général. Ce qui signifie quoi? Que vous ne prêtez pas attention par conséquent, il n'y a pas de distraction. Prenez conscience de ce que vous êtes inattentif, d'où la distraction. Dès l'instant où vous êtes conscient d'être inattentif vous êtes déjà attentif. Captez ceci, Monsieur! Ceci ne demande aucun effort. Est-il donc possible de ne pas enregistrer du tout quand l'épouse dit quelque chose d'agréable ou de désagréable ou un ami, etc., ou un collègue de travail. Pouvez-vous vivre ainsi? Pas seulement un jour, ou quelques minutes pouvez-vous vivre pendant toute votre vie de cette manière?

Questioneur: Quel que soit votre âge.

Krishnamurti: Quel que soit mon âge, ou votre âge? (Rires) Je ne comprends pas ceci.

Questioneur: Excusez-moi, Monsieur. Quand je suis attentif de la sorte, comme vous l'avez dit l'attention se limite-t-elle à l'objet de mon attention ou de mon identification?

Krishnamurti: Non. L'attention est l'attention, elle ne se limite ni à ceci ni à cela. Je suis attentif. Il y a attention. Pas « tension ». (Rires) Quand vous êtes attentif, il n'y a pas de tension. Un instant, un instant, voyez le simplement: la question concernait l'apprentissage et la possibilité d'apprendre sur soi par la relation. Nous avons approfondi tout cela pas à pas logiquement, raisonnablement, sainement. Alors, un instant, écoutez ceci. Nous avons approfondi cela très attentivement, en détail. Vous pouvez aussi observer tout cela comme un tout sans le casser en petits morceaux. Vous comprenez ma question? Pouvez-vous avoir une perception de l'ensemble de la structure? Nous l'avons traité morceau par morceau, fragment par fragment. Personnellement, cela ne signifie rien pour moi mais si vous captez la totalité de la chose alors, à partir de là, vous pouvez traiter les détails. Mais vous ne pouvez traiter l'ensemble à partir des détails. Alors, au bout d'une heure 20 ou d'une heure 10 ou d'une heure un quart, pouvez-vous observer tout ce phénomène d'enregistrement, d'apprentissage par la relation comme un tout? J'entends par là, le fait d'avoir un profond « insight » dans tout cela [une vision fulgurante] instantanément. Voyez-vous, nous ne sommes pas habitués à cela. Nous passons toujours d'une chose à une autre d'un fragment à un autre d'un morceau à un autre progressant ainsi vers le tout. Nous pensons avoir échaffaudé le tout mais ceci n'est pas le tout. Le tout est la perception de toute la structure, et au-delà. On peut alors être terriblement logique.

Questioneur: Et au-delà de la structure, avez-vous dit.

Krishnamurti: Oh, bien sûr. La structure est très, très fragile.

Questioneur: L'attention comprend- elle la structure et le fait d'aller au-delà de la structure?

Krishnamurti: Oui, Monsieur, quand vous êtes attentif, la structure n'existe pas. Vous comprenez? Vous passez à côté de tout ceci. Quand vous êtes totalement attentif, il n'y a pas de structure. N'est-ce pas? Cette attention rencontre la personne au même niveau au même moment, avec la même intensité peut-être pas chez l'autre, peu importe, c'est hors de propos. Votre esprit s'y conforme totalement. Alors commence l'objection de l'autre personne qui dit: « tu m'es indifférent tu es ceci, tu es cela ». Vous n'en êtes pas la cause – vous comprenez? Je me demande si vous voyez tout ceci!

Questioneur: Qu'est-ce qui est attentif?

Krishnamurti: Je l'ai expliqué, Madame. Vous n'êtes pas attentif à quelque chose à propos, ou pour quelque chose, vous êtes simplement attentif.

Questioneur: Qui – qu'est-ce qui est attentif?

Krishnamurti: Il n'y a pas de vous qui soit attentif, je l'ai expliqué. Il y a seulement attention.

Questioneur: Il n'y a pas là d'autre « je »?

Krishnamurti: Non, non, je vous en prie. Vous voyez, vous dérivez vers autre chose. Alors, au bout d'une heure un quart, sommes-nous libres d'images? Si vous ne l'êtes pas, c'est que vous n'avez pas écouté et personne ne peut vous forcer à écouter. Cela vous regarde. Si vous êtes satisfait du mode actuel de relation les uns avec les autres, donc avec l'humanité, globalement cela vous regarde mais si vous voulez découvrir une façon de vivre totalement différente cela vous regarde aussi, mais vous devez écouter tout ce qui a lieu en vous-même et dans l'autre – vous suivez? Je pense que cela suffit pour ce matin, n'est-ce pas?

Questioneur: Monsieur, je ne vois pas comment disparaît la structure je regrette, je ne le comprends pas. Comment la structure disparaît-elle quand j'y suis attentif? Qu'est-ce qui fait que ...

Krishnamurti: Monsieur, je vais vous le dire. La structure existe avec tout ce que nous entendons par ce terme c'est-à-dire, le désir de certitude l'habitude, des siècles de tradition, etc tout cela est la structure, l'image que nous nous sommes faite d'un autre. Quand nous sommes totalement attentifs, il n'y a pas de structure et par conséquent, vous êtes il n'y a pas de structure vous êtes donc au-delà de tout, de la fabrication d'images. Essayez seulement la chose suivante pour le plaisir: la prochaine fois que votre femme, votre mari, amie ou ami dit quelque chose d'agréable, ou de désagréable, observez le ne fut-ce qu'un instant soyez attentif pendant cet instant précis et vous verrez si vous enregistrez ou pas. Voyez-vous, c'est ce que je veux dire par « découvrez », « essayez » sinon, vous ne le découvrirez jamais. Terminé.

Questioneur: Il me semble qu'il y a là une contradiction comment pouvons-nous observer tout en étant un avec la chose? Pour l'amour du ciel, expliquez cela.

Krishnamurti: Je ne comprends pas très bien, Monsieur.

Questioneur: Comment peut-on être la peur et en même temps observer la peur?

Krishnamurti: Non, nous dérivons, Monsieur. Je dis que cela fait une heure que vous écoutez n'est-ce pas, Monsieur? – une heure un quart. Vous avez réalisé, compris la façon mécanique d'apprendre, et une autre façon. N'est-ce pas? Et aussi, si l'on peut apprendre sur soi par la relation. Nous avons approfondi cela, plus ou moins. Je demande: pouvez-vous d'abord être conscient de toute cette structure? N'est-ce pas? En être conscient, comme vous êtes conscient de la couleur de la robe de votre voisine. Ensuite, être conscient que vous êtes distinct de cela ce qui est absurde, par conséquent vous réalisez que dans cette lucidité il n'y a pas de division – d'accord? Je continue. N'est-ce pas? Ainsi, dans cette lucidité qui ne comporte aucune division commence à régner une qualité de grande attention. Dans cette attention qui n'est ni la vôtre, ni celle d'un autre, il n'y a qu'attention. Dans cette attention, toute la structure est inexistante et de là je dis que lorsque votre femme votre amie ou ami vous dit quelque chose soyez attentif à cet instant, et voyez ce qui se passe.

31 Août 1978

Comment la liberté peut-elle être comprise et vécue ?

Krishnamurti: Nous avons parlé de diverses choses concernant notre vie quotidienne. Nous ne nous complaisons pas dans de quelconques théories croyances, ou spéculations idéologiques. En fait, nous nous préoccupons profondément – du moins je l'espère de notre vie quotidienne pour découvrir s'il est vraiment possible d'amener un changement radical dans nos modes de vie. Car notre vie n'est pas ce qu'elle devrait être. Nous sommes confus, malheureux accablés de souffrance luttant jour après jour, jusqu'à l'heure de notre mort. Tel semble être notre lot: ce conflit sans fin non seulement dans nos rapports personnels mais encore vis à vis du monde qui va se détériorant de jour en jour devenant de plus en plus dangereux de plus en plus imprévisible, incertain où politiciens et nations sont en quête de pouvoir.

Mais nous devrions aussi parler ensemble ce matin, je pense de la liberté. L'homme, ou la femme – mon usage du mot « homme » comprend aussi la « femme » j'espère que cela ne vous dérange pas – le MLF (Rires). Lorsqu'on observe le monde, il nous semble que la liberté prend de moins en moins d'importance dans la vie quotidienne. Nous devenons de plus en plus restrictifs nos actions sont limitées nos visions des choses sont très étroites ou amères, cyniques, ou très pleines d'espoir et nous ne semblons jamais être libres de nos propres conflits et malheurs quotidiens complètement libres de tout le labeur de la vie. Et je pense que nous devrions discuter ensemble de cette question de la liberté. Bien entendu, dans les états totalitaire il n'y a pas de liberté. Ici, dans le monde occidental, et en partie dans le monde oriental il y a un peu plus de liberté liberté de changer de métier, liberté de voyager de dire ce que l'on, de penser ce que l'on veut d'exprimer ce que l'on veut, d'écrire ce que l'on veut. Mais même cette liberté dont on dispose devient de plus en plus mécanique ce n'est plus la liberté.

Donc, pour peu que l'on soit sérieux, je pense qu'il faudrait examiner cette question de façon vraiment approfondie. Si vous le voulez bien. Les églises, les religions ont essayé de dominer notre façon de penser: l'église catholique a, par le passé, torturé les gens pour leur croyance les a brûlés, excommuniés et aujourd'hui encore, l'excommunication reste une forme de menace pour ceux qui sont catholiques. Il se passe exactement la même chose dans les états totalitaires: contrôle de votre esprit de vos pensées, de votre comportement, de vos actes. On s'y préoccupe surtout du contrôle de l'esprit du contrôle des pensées, et quiconque a une opinion divergente n'est pas d'accord, est déporté ou torturé ou placé dans un hôpital psychiatrique, etc. C'est exactement ce que fit jadis le monde catholique. Cela se fait maintenant dans les soi-disant états politiques, économiques. La liberté est donc une chose dont nous devons découvrir le sens pour voir s'il nous est possible non seulement d'être libre intérieurement, profondément dans toute la mesure du possible, intérieurement, psychologiquement dans nos tripes, pour ainsi dire mais encore, de nous exprimer correctement, avec vérité, précision. Peut-être comprendrons-nous alors ce qu'est la liberté.

La liberté est-elle l'opposé de l'esclavage? La liberté est-elle l'opposé de la prison de l'asservissement, de la répression? Etre libre, est-ce faire ce que l'on veut? Je vous en prie, comme nous l'avons dit l'autre jour c'est ensemble que nous discutons l'orateur ne fait qu'exprimer verbalement, je l'espère les questions que nous nous posons tous en conséquence, ce n'est pas l'orateur que vous écoutez mais écoutez les questions que vous vous posez à vous-même et, par conséquent, l'orateur n'est pas ici présent. La liberté, est-elle l'opposé de la non liberté? Existe-t-il d'ailleurs un opposé quelconque? Vous comprenez? Ainsi, si nous nous écartons du mauvais en faveur du bon et pensons que c'est la liberté le bon étant la liberté si nous acceptons le bon – nous pourrons voir sous peu ce qu'est le bon et ce qu'est le mauvais: le bon, la bonté, est-ce l'opposé de ce qui n'est pas bon de ce qui est mal, de ce qui est mauvais? S'il y a des opposés, il y a alors conflit. Si je ne suis pas bon, je vais essayer de l'être. Je déploierai tous mes efforts pour être bon dans la mesure où je suis tant soit peu conscient sain, pas trop névrosé. Nous posons donc la question suivante: la liberté est-elle l'opposé de quoi que ce soit? Ou si la liberté a un opposé, est-ce encore la liberté? Je vous en prie, examinons cette question ensemble. Ainsi, tout opposé le bon et le mauvais – l'opposé du mauvais étant le bon – ce bon a en soi les racines du mauvais. Examinons cela ensemble, je vous prie.

Si je suis jaloux, envieux l'opposé de la jalousie est un état d'esprit qui n'est pas jaloux – un état, un sentiment. Mais, si c'est l'opposé de la jalousie cet opposé a son propre opposé. Le voyons-nous? Car nous voulons aborder ce matin la question de ce qu'est l'amour si une telle chose existe vraiment. Ou n'est-ce qu'une sensation que l'on nomme amour? Pour comprendre toute la signification la nature et la beauté de ce mot dont nous nous servons pour définir l'amour il nous faut comprendre, je crois ce qu'est le conflit entre opposés si ce conflit est illusoire une illusion dans laquelle nous sommes pris qui est devenue une habitude ou si seul existe « ce qui est » qui, par conséquent, n'a pas d'opposé. J'espère que tout ceci ne devient pas trop intellectuel, n'est-ce pas? Ou trop verbal, trop inepte.

Car aussi longtemps que nous vivrons dans les opposés jalousie et non jalousie le bon et le mauvais l'ignorant et l'éclairé il y a inévitablement ce conflit perpétuel dans la dualité. Naturellement, la dualité existe: homme, femme, lumière et ombre, clarté et ténèbres matin et soir, et ainsi de suite mais psychologiquement, intérieurement nous demandons s'il existe un quelconque opposé. La bonté est-elle le fruit de ce qui est mauvais? Si elle est le fruit de ce qui est mauvais, du mal – je n'aime pas me servir du mot « mal » dont il est fait un usage si désastreux comme pour bien d'autres mots en langue anglaise – donc, si la bonté est l'opposé du mauvais alors cette bonté est elle- même le fruit du mauvais par conséquent ce n'est pas la bonté. N'est-ce pas? Voyons-nous cela en nous-mêmes, non comme une idée, une conclusion que quelqu'un vous a suggérées mais voyons-nous réellement que tout ce qui est né d'un opposé contient inévitablement son propre contraire? N'est-ce pas? S'il en est ainsi il n'y a alors que « ce qui est », qui n'a pas d'opposé. N'est-ce pas? Quelqu'un me rejoint-il? Nous rejoignons-nous?

Ainsi, tant que nous concevons un opposé, il ne peut y avoir de liberté. La bonté n'a absolument aucun rapport avec le mal c'est-à-dire le « mauvais » entre guillemets. Aussi longtemps que nous sommes violents l'existence d'un opposé non violent crée un conflit et la non violence est née de la violence. L'idée de non violence est le produit d'un état agressif, abrasif, coléreux, etc. Il n'y a donc que la violence, non son opposé. Nous pouvons dès lors nous occuper de la violence. Aussi longtemps que nous avons un opposé nous essayons alors de concrétiser l'opposé. Je me demande si vous le voyez?

La liberté est-elle l'opposé de la non liberté? Ou la liberté n'a-t-elle rien à voir avec son opposé? Je vous en prie, il nous faut très bien comprendre cela car nous allons en venir à la question suivante: l'amour est-il l'opposé de la haine l'opposé de la jalousie l'opposé de la sensation? Donc, tant que nous vivons dans cette habitude des opposés ce qui est le cas – « je dois, je ne dois pas je suis, je vais être j'ai été, et dans l'avenir quelque chose va se passer » tout ceci est l'activité, le mouvement des opposés. N'est-ce pas, Monsieur? Pouvons-nous poursuivre?

Nous demandons donc ceci: la liberté est-elle totalement sans rapport avec ce que nous appelons la non liberté? S'il en est ainsi, alors comment cette liberté doit-elle être vécue comprise et appliquée, de sorte qu'en émane l'action? Nous avons toujours agi à partir des opposés. N'est-ce pas? Je suis en prison, je dois m'en libérer. Je dois en sortir. Je suis esclave d'une habitude tant psychologiquement que physiologiquement et je dois m'en libérer pour être autrement. N'est-ce pas? Nous sommes donc pris dans l'habitude de ce corridor sans fin des opposés de sorte qu'il n'y a jamais de fin au conflit à la lutte pour être ceci et pas cela. Je pense que c'est assez clair. Pouvons-nous poursuivre? Ce n'est pas moi que vous écoutez: vous êtes en train de découvrir ceci par vous-même. Si c'est le cas, cela a un sens une signification, et peut être vécu quotidiennement mais si vous vous contentez d'en admettre l'idée venant d'un autre, de l'orateur vous vous contentez alors de vivre dans le monde des idées et par conséquent, les opposés subsistent. Le mot « idée » d'après sa racine grecque et ainsi de suite veut dire observer. Voyez ce que nous avons fait de ce mot! Il s'agit simplement d'observer et ne pas conclure ou de faire une abstraction, une idée de ce que vous avez observé. Nous sommes donc pris dans les idées, et n'observons jamais. Et s'il nous arrive d'observer, nous en faisons une abstraction, une idée.

Nous disons donc ceci: il n'y a pas de lien entre liberté et servitude qu'il s'agisse de la servitude d'une habitude physique ou psychologique ou de la servitude de l'attachement, etc. Il n'y a donc que la liberté, pas son opposé. Si nous en saisissons la vérité nous nous occuperons seulement de « ce qui est » et non de « ce qui devrait être » c'est-à-dire de son opposé. L'avez-vous saisi? Nous rejoignons-nous quelque part? N'est-ce pas?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Pouvons-nous poursuivre?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Alors, s'il est très clair qu'il n'y a que le fait, le « ce qui est » et qu'il n'y a pas d'opposé à « ce qui est » si vous comprenez cela fondamentalement et en voyez toute la vérité vous vous occupez de faits sans émotion sans sentimentalité, vous pouvez alors faire quelque chose. Le fait lui-même fera quelque chose. Mais tant qu'on s'écartera du fait le fait et son opposé persisteront. Vous avez compris? Alors, nous demandons à présent: est-ce clair non parce que quelqu'un vous l'a dit mais parce que vous l'avez découvert par vous-même fondamentalement, c'est à vous, pas à moi. Nous pouvons alors commencer à examiner tout cette question très complexe: qu'est que l'amour? Si nous sommes sentimentaux, romanesques et imaginatifs Raphaélites et mi-Victoriens nous ne poserons alors même pas cette question. Mais si nous écartons tout sentiment toute réaction émotionnelle à ce mot ou toute conclusion à propos de ce mot nous pouvons alors aborder sainement salutairement, rationnellement, le sujet de la nature de l'amour. Comprenez-vous? D'accord? Tout d'abord, abordons-nous la question sans motif, sans sentimentalité, sans préjugé? Car c'est l'approche qui importe énormément plutôt que l'objet lui-même. N'est-ce pas? Sommes-nous ensemble ici? Suis-je en train de vous endormir tous, ou quoi? (Rires)

Savons-nous alors comment aborder cette question? Sommes-nous conscients de la manière dont nous l'abordons? Si vous dites: « oui, je sais ce qu'est l'amour » vous avez, par conséquent, arrêté la recherche. Comme nous l'avons dit, la façon d'aborder le problème est plus importante encore que le problème lui-même. N'en faites pas un slogan, ou un cliché sinon, vous avez tout perdu. Alors, sommes-nous au clair sur la manière dont nous abordons la question? Si l'approche est correcte, précise c'est-à-dire qu'elle ne comporte ni conclusion, ni opinion ni expérience, vous alors l'abordez d'un regard neuf vous l'abordez alors dans le sens d'une recherche en profondeur.

Nous disons donc: qu'est-ce que l'amour? Les théologiens ont écrit des volumes là-dessus. Les prêtres du monde entier l'ont chargé de signification. Chaque homme, chaque femme de par le monde lui donne un sens particulier. S'ils sont sensuels ils lui donnent ce sens là, etc., etc., etc. Donc nous sommes conscients de la manière dont nous l'abordons ouvertement, librement, sans aucun motif alors la porte est ouverte à la perception de ce qu'il est. N'est-ce pas? Nous fermons la porte à cette perception si nous l'abordons avec une opinion avec une conclusion quelconque, avec nos propres petites expériences. Nous avons fermé la porte, et la recherche est impossible, mais si vous y venez ouvertement librement, avec ardeur, pour découvrir, alors la porte s'ouvre vous pouvez voir de l'autre côté. Bien? Je vous en prie, le faisons-nous? Car je pense que cela pourrait résoudre tous nos problèmes humains. L'approche et qu'est-ce que l'amour? Dans le monde de la mécanique, il n'existe pas. Pour les peuples totalitaires ce mot est probablement une abomination ils ne connaissent que l'amour du pays, l'amour de l'Etat. Ou si vous êtes un Chrétien, vous avez l'amour de Dieu l'amour de Jésus ou l'amour de quelqu'un. En Inde, c'est l'amour de leur gourou particulier ou de leur divinité particulière, et ainsi de suite. Alors, écartant tout cela non par ignorance, mais voyant ce qui a été fait ce que les religions ont fait de ce mot et ressentant peut-être ce que comporte ce mot étant conscients de tout cela, il faut se pencher là-dessus. N'est-ce pas?

Cela signifie qu'il ne faut pas seulement examiner ce que d'autres ont fait de ce mot comment ils ont imposé à nos esprits certaines conclusions aux cours des âges, mais encore quelles sont nos propres tendances. Etant conscients de tout cela abordons la question avec prudence. Qu'est-ce que l'amour? Est-ce le plaisir? Allons, Monsieur, cherchez, entrez en vous-même pour trouver. Est-ce le plaisir? Ce l'est pour la plupart d'entre nous le plaisir sexuel que nous appelons l'amour, le plaisir sensuel. Et ce plaisir sensuel ce plaisir sexuel a été appelé l'amour. Et cela paraît dominer le monde. Cela domine le monde probablement parce que cela domine nos vies. Nous avons donc identifié l'amour à cette chose appelée plaisir et l'amour est-il plaisir? Ce qui ne signifie pas que l'amour ne soit pas plaisir. Il vous faut examiner cela ce pourrait être quelque chose d'entièrement différent. Mais il faut d'abord examiner la chose. N'est-ce pas? L'amour est-il désir? L'amour est-il souvenir? Je vous en prie. C'est-à-dire, l'amour est-il le souvenir de l'expérience éprouvée en tant que plaisir et le besoin qu'a la pensée de ce désir avec son image? Et la poursuite de cette image est appelé amour. Est-ce là l'amour? N'est-ce pas Monsieur?

Et le fait d'être attaché à une personne ou à un pays, à une idée, est-ce l'amour? Attachement, dépendance. Regardez en vous-même, je vous prie, ne m'écoutez pas. M'écouter n'en vaut pas la peine. Mais ce qui est signifiant, ce qui est valable c'est que vous vous écoutiez vous-même quand ces questions sont posées. Vous devez y répondre par vous-même car c'est de votre vie quotidienne qu'il s'agit. Et si l'attachement n'est pas l'amour ou si l'attachement est l'amour qu'est-ce que cela implique? Vous comprenez ma question? Si nous disons que l'amour est le plaisir il nous faut alors voir toutes les conséquences et les implications de cette affirmation. Nous dépendons alors entièrement de l'excitation sensorielle, sexuelle qu'on appelle l'amour. Et qui s'accompagne de toute la souffrance, de l'angoisse du désir de posséder et de l'attachement né de ce désir possessif. Et de l'attachement naît la peur la peur de perdre. Et de là naît la jalousie, l'angoisse la colère, et peu à peu, la haine. N'est-ce pas?

De même qu'il nous faut voir quelles en sont les conséquences si [l'amour] n'est pas le plaisir? Qu'est-ce alors que l'amour qui n'est ni jalousie, ni attachement ni souvenir ni poursuite du plaisir par l'imagination, le désir, etc.? L'amour est-il alors l'opposé de tout ceci? Vous suivez? J'ai perdu le fil!

Nous disions ceci: l'amour est-il l'opposé du plaisir, de l'attachement, de la jalousie. Si l'amour est cela, cet amour-là comporte alors la jalousie l'attachement et tout ce qui s'ensuit. Par conséquent au vu de toutes les implications de l'attachement de la poursuite du désir du déroulement continu du film des souvenirs – j'aimais, je ne suis pas aimé je me souviens d'un certain plaisir sexuel ou d'un certain incident qui m'a donné du bonheur la poursuite de cela et de l'opposé de ce qu'on appelle l'amour – l'amour est-il alors l'opposé de la haine? Vous comprenez? Ou l'amour n'a-t-il pas d'opposé? Vous suivez tout ceci?

Il fait chaud. Nous sommes donc en train de découvrir – je vous en prie, allez-y et vous verrez quelque chose d'extraordinaire en ressortir. Je ne sais pas encore moi-même ce qui va en ressortir mais je sens que quelque chose d'extraordinaire va en ressortir si vous vous écoutez tous, effectivement. Et les religions ont créé l'amour de dieu l'amour de Jésus, l'amour de Krishna, l'amour de Bouddha vous suivez? – sans aucun lien avec la vie quotidienne. Et ce qui nous préoccupe, c'est la compréhension et la découverte de la vérité de notre vie quotidienne dans sa totalité, pas simplement le sexe, le pouvoir ou la situation ..ou la jalousie, ou quelque complexe stupide que l'on peut avoir mais toute la structure et la nature de la vie extraordinaire dans laquelle nous vivons.

Donc, ainsi que nous le disions, l'opposé n'est pas l'amour. Si nous comprenons cela par la négation de « ce qui n'est pas » c'est-à-dire, pas en le niant ou le refusant dans le sens de l'écarter, d'y résister de le contrôler, mais en comprenant toute la nature la structure et les implications du désir du plaisir, du souvenir. Il en émane l'essence de l'intelligence c'est-à-dire l'essence même de l'amour. N'est-ce pas? Nous rejoignons-nous, Monsieur?

Vous dites: c'est impossible. Je suis jeune, j'ai de la pêche j'ai plein d'énergie sexuelle, et je veux m'y complaire. Appelez cela comme vous voulez, mais cela me plaît. Jusqu'à ce que j'attrape une maladie ou qu'un homme ou une femme me quitte pour quelqu'un d'autre alors commence tout le cirque: jalousie, angoisse, peur, haine, et ainsi de suite. Alors, que faire quand on est jeune plein de vie, et toutes les glandes en pleine activité? Que faire? Ne me regardez pas! (Rires) Regardez-vous. Ce qui signifie – écoutez je vous prie ce qui signifie que vous ne pouvez dépendre d'autrui pour trouver la réponse. Il faut être votre propre lumière. Soyez votre propre lumière afin de comprendre le désir, le souvenir, tout l'attachement et tout cela – comprenez-le, vivez-le, découvrez. Découvrez comment la pensée recherche sans fin le plaisir. Si vous comprenez la profondeur la plénitude et la clarté de tout cela nous ne serons alors pas dans un état de contrôle perpétuel puis de culpabilité et de regret – vous suivez? Tout ce par quoi l'on passe quand on est jeune si l'on est sensible. Si l'on ne s'intéresse qu'au plaisir, eh bien c'est une autre affaire.

L'amour n'est donc pas l'opposé de la haine du désir ou du plaisir. L'amour est donc tout autre chose que tout cela car, l'amour n'a pas d'opposé. Si vous comprenez réellement ceci – approfondissez-le, pas à travers mon enthousiasme, ma vitalité mon intérêt, mon intensité – vous découvrirez alors ce qui englobe encore plus que tout cela: la compassion. Ce mot « compassion » veut dire passion pour toute chose. Pour le rocher, pour l'animal errant, pour les oiseaux pour les arbres, la nature, les êtres humains. Comment cette compassion s'exprime-t-elle? Quand il y a cette compassion, effectivement pas théoriquement et toutes ces inepties quand il y a effectivement cet état de compassion tout acte procédant de là est un acte d'intelligence. Car il ne peut y avoir amour si l'on n'a pas compris tout le mouvement de la pensée. On ne peut saisir toute la beauté toute la signification et la profondeur de ce mot si l'on ne comprend pas tout le phénomène de l'attachement pas intellectuellement, mais effectivement dans la mesure où l'on est libre de l'attachement à l'égard de l'homme ou de la femme de la maison, d'un certain tapis ou de n'importe quel objet que vous possédez. N'est-ce pas?

Alors, de cette recherche et de la prise de conscience de tout ce que cela signifie émane l'intelligence pas celle qui naît des livres, de pensées astucieuses, de discussions d'expressions brillantes, et tout cela mais de la compréhension de ce que l'amour n'est pas et laissant tout cela de côté. Pas en disant: « eh bien, je vais découvrir tout cela graduellement quand je serai mort et enterré, ou juste avant ». Maintenant, aujourd'hui-même pendant que vous êtes assis ici vous écoutant vous-même être complètement libre de tout attachement à votre femme, votre mari, votre amie – l'attachement, vous comprenez? Le pouvez-vous? Sans y résister, sans le rejeter: « je vais le combattre, mobiliser ma volonté pour y résister », etc., ect., etc. La volonté fait partie du désir.

Pouvez-vous donc écarter l'attachement, la dépendance sans devenir cynique, amère sans vous replier sur vous-même et résister. Du fait que vous avez compris ce qu'implique l'attachement cette compréhension même fait qu'il disparaît et il disparaît parce que vous êtes intelligent il y a intelligence.

Cette intelligence n'est ni la vôtre, ni la mienne, c'est l'intelligence. Ainsi, l'acte de compassion ne peut naître que de l'intelligence ne peut venir que par l'intelligence. Voyez ces personnes qui aiment les animaux les protègent et portent leur fourrure, n'est-ce pas?

Vous l'avez bien vu, n'est-ce pas? Quand nous avons compris cela, dans toute sa profondeur nous pouvons alors aborder l'examen de ce problème de la peur à l'égard de la mort. D'accord? Vous le voulez bien? Non, non, je vous en prie (Rires) Ne dites pas à la légère: « oui, faisons cela, pour le plaisir ». En effet, que nous soyons jeunes ou vieux que nous soyons malades, ou boiteux aveugles, sourds, ou ignorants pauvres, nous avons, pour la plupart, peur de la mort. Il est de notre tradition, de notre culture de notre vie quotidienne d'éviter cette chose que nous appelons la mort. Nous avons tout lu à ce sujet. Nous avons vu des gens mourir nous les avons pleurés et éprouvé cet immense sentiment d'isolement, de solitude et la peur de tout cela. Et cela donne lieu à cette grande souffrance, affliction non seulement la souffrance de deux êtres humains mais aussi cette grande souffrance cette souffrance globale, dans le monde. Je ne sais si vous avez conscience de tout cela. Nous avons eu récemment deux guerres. Cela n'a-t-il pas causé une immense souffrance dans l'humanité? Non? Pensez-donc, combien de femmes, d'enfants de gens ont pleuré, versé des larmes. Ce ne sont ni mes larmes, ni les vôtres, mais les larmes de l'humanité. Il y a donc une souffrance globale la souffrance du monde et il y a aussi un être humain en proie à sa souffrance.

Etes-vous tous hypnotisés par moi? Je suis un peu inquiet Je pose toujours cette question, vous voyant tous tellement silencieux et j'espère que ce silence indique l'absence de tout mouvement physique et l'absence de tout mouvement de pensée. Cela montre-t-il que vous vous sentez tous vraiment, profondément concernés que vous cherchez profondément, de tout votre cœur et esprit de votre être tout entier, à comprendre tout cela?

Aussi, avant d'aborder cette question de la mort il nous faut aussi comprendre la nature de la souffrance: pourquoi nous versons des larmes pourquoi nous rationalisons la douleur pourquoi nous nous y accrochons. Dans le monde chrétien, on a mis la souffrance sur la croix et c'en est fini. Vous avez idéalisé ou remis cette souffrance à quelqu'un et cette personne va vous racheter la souffrance. Vous savez tout cela, n'est-ce pas? Aussi, ne va-t-on jamais au fond de cette question de la souffrance. Dans le monde asiatique, la douleur s'explique par diverses théories, très intelligentes, très habiles. Ces théories offrent de grandes possibilités mais pourtant, dans le monde asiatique y compris l'Inde, la souffrance est toujours là. Aussi, nous demandons si l'homme pourra jamais s'en affranchir. Nous posons cette question afin de découvrir sa juste place la juste place du sexe, de l'argent de la sécurité physique, du savoir technologique, et ainsi de suite. Toutes ces chose ont leur juste place. Une fois que vous les avez mises à leur juste place, la liberté vient.

La souffrance: le mot souffrance implique la passion. – la passion, pas la convoitise – mais cette qualité d'esprit [est là] quand la souffrance est totalement comprise et approfondie vue dans toute sa signification il en alors la passion. Il ne s'agit pas de peindre des tableaux – ce n'est pas ce que je veux dire. La passion cette qualité d'énergie qui ne dépend de rien ni de l'environnement, ni de la bonne nourriture, etc c'est cette formidable qualité d'énergie qui peut être désignée sous le nom de passion. Elle naît de la compréhension de ce fardeau que l'homme a porté pendant des millénaires. Pourquoi souffrons-nous, psychologiquement? On peut éprouver une douleur physique, être blessé, malade, infirme et est-il possible – écoutez calmement, je vous prie – de mettre la douleur physique à sa juste place et de ne pas la laisser agir sur l'état psychologique de l'esprit – vous comprenez ce que je dis?

On éprouve souvent la douleur physique, sous une forme ou une autre. On peut subir une maladie grave ou une infirmité et cette maladie, cette infirmité, etc il ne faut pas les laisser agir sur la liberté sur la fraîcheur de l'esprit. Il faut une extrême vigilance et attention pour ne pas enregistrer la douleur physique vous comprenez? – psychologiquement. Nous rejoignons-nous? Il vous est arrivé d'aller chez le dentiste, n'est-ce pas? moi aussi, comme la plupart d'entre nous et éprouvé une douleur physique considérable, des heures durant et il s'agit de ne pas du tout enregistrer cette douleur. Car si vous l'enregistrez vous craignez alors d'y retourner, la peur se manifeste. Tandis que si vous n'enregistrez pas la douleur – vous suivez? une toute autre qualité d'esprit, du cerveau, entre en jeu. Nous avons approfondi la question de l'enregistrement avec beaucoup de clarté, de soin, je n'y reviendrai donc pas.

De même nous vivons dans la souffrance peut-être de plus en plus à cause des divorces: les gens divorcent et leurs enfants passent par de grandes difficultés les enfants souffrent deviennent névrosés subissent tout cela. Lassé de sa femme actuelle pour diverses raisons, sexuelle ou autre et l'on se met en quête d'une autre femme – ou inversement vous suivez tout ceci? – c'est bien ce qui a lieu. Il y a donc une énorme souffrance dans le monde les prisonniers la pauvreté en Inde et en Asie une pauvreté incroyable. Et la souffrance de ceux qui vivent dans les Etats totalitaires. Nous parlions l'autre jour à une personne rencontrée en Suisse et nous lui avons demandé: comment pouvez-vous tolérer tout cela? « On s'y habitue », répondit-elle. Non, non, voyez tout ce que cela implique. Nous nous habituons à l'oppression, à la répression, à la peur surveillant toutes nos paroles – on s'y habitue. Comme nous nous habituons à notre propre petit environnement vous comprenez ce que je dis?

Alors, est-il possible d'être totalement affranchi de la souffrance? Si l'esprit, si le cerveau est capable de ne pas se complaire dans son propre malheur dans sa propre solitude dans ses propres anxiétés, sa peine et sa lutte vous savez, la peur et tout cela il n'y a alors aucun centre à partir duquel vous agissez – le centre étant le « moi » avec tout ce que nous y avons incorporé. Tant que cela existe, la souffrance est inévitable. Ainsi, la fin de la souffrance est la fin du « moi », de l'ego. Ce qui ne veut pas dire que la fin du « moi » implique rudesse, indifférence – au contraire.

Ainsi, nous savons ce qu'est la souffrance et il s'agit de ne jamais la fuir seulement de vivre avec elle, de la capturer, de la comprendre de l'examiner au moment même, pas au bout de quelques jours après être passé par toutes sortes de luttes seulement de ne jamais s'écarter de ce fait. Cela n'engendre alors aucun conflit. Il en émane alors une énergie d'une toute autre nature c'est-à-dire la passion.

Nous pouvons donc aborder la question suivante: qu'est-ce que la mort? Tout ceci est nécessaire pour découvrir ce qu'est la méditation vous comprenez? Etre affranchi des vexations, blessures psychologiques être affranchi de la peur comprendre tout le mouvement du plaisir la nature et la structure de la pensée et la pensée qui a créé la division: le « moi », et la chose observée qui n'est pas'moi » vous suivez? – toutes les divisions. Il faut comprendre tout cela et en établir le fondement alors on peut vraiment méditer sinon, vous vivez dans l'illusion une sorte de rêverie fantasmagorique. Ou vous vous rendez au Japon, ou en Birmanie – j'ignore si l'on peut se rendre en Birmanie de nos jours – au Japon et y apprendre la méditation Zen. Tout cela est tellement inepte! Car tant que vous ne mettez pas votre maison en ordre la maison qui brûle, qui se détruit si vous ne mettez pas votre maison, c'est-à-dire vous-même, en ordre s'asseoir sous un arbre en tailleur ou en lotus ou dans toute autre autre position, n'a absolument aucun sens. Vous pouvez vous bercer d'illusions avoir pléthore d'illusions. Voilà donc pourquoi il importe de comprendre et d'être délivré de l'angoisse, de la peur, de l'attachement et [de voir] s'il est possible de découvrir la fin de la souffrance.

Nous pouvons alors aborder la question de la mort. Je me demande pourquoi nous en avons tous tellement peur. Vous êtes vous jamais demandé: que veut dire mettre fin à n'importe quoi? Que veut dire mettre fin à l'attachement? Y mettre fin en ce moment même, assis là en train de vous observer très soigneusement et de vous rendre compte que vous êtes attaché à une personne ou à ceci ou cela, à des idées, à vos expériences, etc. Mettre fin à cet attachement, maintenant, sans discussion, etc., etc. Simplement, y mettre fin. Que se passe-t-il alors? Comprenez-vous ma question? Je suis attaché à cette maison, là, derrière moi. J'espère que non! Et, me rendant compte que j'y suis attaché non pas théoriquement, de façon abstraite, mais effectivement j'ai la sensation de la posséder d'y exister, et toutes ces inepties Il faut observer cela être conscient de cet attachement et y mettre fin instantanément. Le fait de mettre fin est d'une importance capitale la fin d'une habitude fumer, ou toute autre habitude: y mettre fin. Il faut donc comprendre ce que veut dire mettre fin à quelque chose sans effort, sans volonté sans demander: « si je cesse ceci, vais-je obtenir cela? » Ce n'est alors qu'un marché. Au marché, vous dites: « je vous donnerai ceci, donnez-moi cela » ce que fait la plupart d'entre nous, consciemment ou inconsciemment. Ce n'est pas là mettre fin. Il faut mettre fin et découvrir ce qui ce passe.

Il en va de même pour la mort. Je vous en prie, arrêtez-vous là un instant ne dites pas : « est-ce qu'il y a une vie après la mort? » « Croyez-vous en la réincarnation? » Comme je l'ai dit, je ne crois en rien. Point final. Réincarnation comprise. Mais, je veux découvrir – il faut découvrir ce que signifie mourir. Ce doit être un état extraordinaire. C'est-à-dire, être libéré du connu vous comprenez ceci? Je connais ma vie – votre vie. Vous connaissez très bien votre vie, si vous l'avez approfondie l'avez observée, avez étudié avec soin toutes vos réactions et votre comportement, votre manque de sensibilité ou étant sensible, votre fuite dans l'insensibilité etc., etc., etc. Vous connaissez très bien votre vie, si vous l'avez observée. Et tout cela va prendre fin. N'est-ce pas? Votre attachement va prendre fin quand vous mourrez. Vous ne pouvez l'emporter avec vous mais vous aimeriez peut-être le conserver jusqu'au dernier moment. N'est-ce pas? Alors, pouvez-vous mettre fin à vos habitudes, à une habitude sans discuter, sans la rationaliser, sans la combattre? Vous savez, c'est fini, terminé, passé. Que se passe-t-il alors? Vous ne le découvrirez que si vous ne faites pas intervenir la volonté. N'est-ce pas? « Je vais y renoncer » quelle que soit votre habitude spécifique. Vous êtes alors en lutte avec elle vous vous battez contre elle, vous la fuyez la réprimez, et tout ce qui s'en suit. Mais si vous dites « oui, j'y mettrai fin, peu importe, j'y mettrai fin » voyez ce qui se passe.

De la même manière, la mort implique la fin. La fin de tout ce que l'on a amassé pendant cette vie: le mobilier, le nom, la forme vos expériences, vos opinions, vos jugements vos jalousies, vos dieux, votre culte, vos prières vos rituels, tout prend fin. Le cerveau, qui a recueilli des souvenirs immémoriaux des traditions et des pensées manquant d'oxygène, ce cerveau cesse d'exister. C'est-à-dire, le « moi » qui a tant amassé le « moi » est la somme de tout ceci. N'est-ce pas? C'est évident. Non? Le « moi » est ma peur, le « moi » est mon attachement ma colère, ma jalousie, mes craintes, mon plaisir mon attachement, mon amertume, mon agressivité voilà ce qu'est le « moi ». Et ce « moi » va prendre fin. Ce « moi » est projeté par la pensée laquelle est le fruit du savoir savoir acquis pendant mes 50, 60, 30, 20, 80, ou 100 années tel est le fait, le savoir, le connu. La fin du connu c'est la liberté à l'égard du connu, c'est la mort, n'est-ce pas? Non?

Et il faut découvrir si l'esprit peut se libérer du connu. Pas au bout de 30 ans, mais maintenant. La fin du connu c'est le « moi », le monde dans lequel je vis, tout cela. Le « moi » est souvenirs – écoutez tout ceci, je vous prie le « moi » est les souvenirs, les expériences le savoir que j'ai acquis pendant quarante, soixante, trente, vingt, ou cent ans le « moi » qui a lutté le « moi » qui est attaché, à cette maison, à cette femme à cet homme, à cet enfant, à ce mobilier, à ce tapis ce « moi » qui est l'expérience que j'ai amassée durant bon nombre d'années le savoir, la douleur, l'anxiété, les peurs les jalousies, les blessures, les croyances en tant que chrétien l'amour de Jésus, l'amour du Christ, tout cela est le « moi ». Et ce « moi » n'est qu'un tas de mots – non? Un tas de souvenirs.

Alors, puis-je être libéré du connu puis-je mettre fin au connu maintenant pas quand la mort arrive et dit: « allez, mon vieux, ton heure est arrivée ». Maintenant. Mais nous nous accrochons au connu, car nous ne connaissons rien d'autre. Nous nous accrochons à nos souffrances, à notre vie la vie qui est douleur, anxiété vous connaissez tout cela c'est-à-dire, notre malheureuse vie quotidienne. Et si l'esprit ne s'y accroche pas du tout tout cela prend fin. Mais nous n'y mettons malheureusement jamais fin. Nous disons toujours: « oui, très bien, je vais y mettre fin, mais que va-t-il se passez? » Nous voulons ainsi que cette fin comporte un réconfort. Comprenez-vous, Messieurs? Alors, quelqu'un passe par là et dit: « allez, croyez en ceci cela vous procurera un immense réconfort. » Tous les prêtres de par le monde viennent vous tapoter l'épaule, ou vous prendre la main quand vous pleurez ils vous donnent le réconfort, l'amour de Jésus ou « il vous sauvera, faites ceci, faites cela ». Comprenez-vous? Nous parlons de la fin intemporelle de la cessation du temps, c'est-à-dire la mort. Comprenez-vous?

Alors, que se passe-t-il quand a lieu la fin du « moi » du connu, et quand on est libéré du connu? Est-ce du tout possible? Ce n'est possible que lorsque l'esprit a compris et mis chaque chose à sa juste place si bien qu'il n'y a aucun conflit. Quand on est libéré de ce connu qu'y a-t-il? Comprenez-vous ma question? Vous posez-vous cette question? Je vais mettre fin à mon attachement à cette maison à cette femme, ou à ce garçon, ou à cette fille. J'y mettrai fin. Et alors? Vous le demandez-vous? Si vous posez la question: « et alors » c'est que vous avez abordé tout le problème de façon inadéquate. Vous ne poserez jamais cette question « et alors ». Le fait même de poser la question « et alors » implique que vous n'avez pas réellement abandonné, mis fin à quoi que ce soit. C'est un esprit paresseux qui dit « et alors ». Gravissez la montagne et vous découvrirez ce qu'il y a de l'autre côté. Mais la plupart reste confortablement assis dans le fauteuil écoutant la description et se satisfaisant de la description.

2 Septembre 1978

Entrer dans la méditation

Krishnamurti: Il y a beaucoup de monde et j'espère que certains d'entre vous comprendront ce qui est dit. Vous savez, nous avons parlé ensemble pendant la semaine écoulée de nos problèmes humains comme deux amis conversant non seulement de cela mais encore de ce que chacun de nous a découvert par lui-même au cours de notre conversation de notre exploration et recherche. Cela doit devenir évident pour la plupart d'entre nous pour autant que nous sommes sérieux et ne traitons pas ces réunions comme une sorte de festival – un peu plus sérieux qu'un festival pop, ou que d'autres sortes de festivals.

Il serait bon que nous parlions ensemble ce matin comme nous avons parlé de la peur, du plaisir de la souffrance, de la douleur, et de la mort je pense que nous devrions parler ensemble ce matin du problème très complexe et subtil de la méditation. C'est un sujet très sérieux et certains d'entre-vous voudront peut-être se donner la peine de prêter attention à ce qui est dit, s'il vous plaît.

Ce mot est en train de se vulgariser à un point que même les gouvernements commencent à s'en servir même les gens avides d'argent essaient de méditer pour en obtenir davantage. Ils essaient de méditer pour se calmer afin de faire de meilleures affaires. Et les médecins s'adonnent à la méditation car cela les aide à opérer efficacement et ainsi de suite. Et il existe divers types de méditation la Zen, la Tibétaine, et celles que vous inventez pour vous-mêmes. Et avec tout ceci à l'esprit, la méditation de type indien la Tibétaine, la Zen, la méditation de groupe de rencontres et l'aspiration à avoir l'esprit immobile, tranquille et silencieux tenant compte de tout ceci tâchons de découvrir ce matin, si nous le pouvons pourquoi faudrait-il méditer et quel est le sens de la méditation.

Ce mot, récemment venu de l'Inde, s'est vulgarisé. Et les gens se rendent en Inde, au Japon et ailleurs afin d'apprendre la méditation afin de s'exercer à la méditation en vue de parvenir à certains résultats par la méditation tels l'illumination, une meilleure compréhension d'eux-mêmes avoir la paix de l'esprit, pour ainsi dire et en général, ils obtiennent un peu de paix mais pas un esprit paisible. Et les gourous ont inventé leur propre système de méditation etc., etc. N'est-ce pas? Je suis sûr que vous avez conscience de tout ceci.

Et, bien entendu, il y a l'engouement éphémère qu'on appelle la méditation transcendentale. En réalité, c'est une forme de sieste le matin de sieste après déjeuner, et de sieste après dîner, ou avant dîner. de sorte que votre esprit soit tranquillisé afin de vous permettre de faire davantage de mal après-coup. (Rires)

Alors, prenez tout ceci en compte les divers systèmes et pratiques et mettez ceux-ci en question. Il est bon de douter il est bon d'être sceptique, jusqu'à un certain point. C'est comme un chien en laisse il faut de temps en temps laisser le chien courir librement: le doute, le scepticisme doivent donc toujours être tenus en laisse mais il faut souvent leur permettre de courir librement. Et la plupart d'entre nous accepte l'autorité de ceux qui disent: « nous savons méditer, nous vous dirons tout là-dessus. »

Alors, je vous en pire, nous examinons ensemble tout le problème ou la toute la question de ce qu'est la méditation non pas comment méditer car si vous demandez « comment dois-je méditer » vous trouverez alors un système pour méditer le « comment » impliquant une méthode. Alors que si l'on se penche sur cette question de ce qu'est la méditation et de la raison pour laquelle il faut méditer on ne demandera alors jamais comment méditer. La question elle-même le fait même de la poser, constitue le début de l'étude c'est le commencement de la méditation.

Comme nous l'avons dit, c'est un problème très complexe et il faut aborder très lentement, avec hésitation mais subtilité, cette question. Comme nous l'avons dit la semaine dernière nous sommes en train d'étudier d'approfondir ce sujet de sorte que vous n'écoutez pas l'orateur vous vous posez vous-même la question afin de trouver la réponse juste sans accepter une quelconque autorité surtout pas celle de l'orateur qui est assis sur cette regrettable estrade. Le fait de parler sur une estrade ne lui confère aucune autorité. Il n'y a aucune autorité en ce qui concerne les sujets spirituels s'il m'est permis d'user du mot « spirituel » relativement à l'esprit relativement à l'étude d'un sujet qui demande à être examiné très, très, très prudemment. Nous faisons donc ceci ensemble nous ne méditons pas ensemble mais cherchons ce qu'est la méditation et ce faisant, découvrons par nous-mêmes dans notre cheminement, le mouvement tout entier de la méditation. Cela vous va-t-il?

Avant tout, je pense qu'il faut veiller à ce que la méditation ne soit pas un acte volontaire. La méditation est tout un mouvement de recherche au sein du problème global de la vie. C'est ce qui prime: comment nous vivons, comment nous nous comportons si nous éprouvons des peurs des anxiétés, des souffrances ou si nous recherchons sans cesse le plaisir cherchons à voir si nous nous sommes construit des images de nous- mêmes et des autres. Cela fait partie de notre vie et c'est par la compréhension de cette vie et des divers problèmes qu'elle comporte et s'étant affranchi de ceux-ci s'en étant vraiment libéré c'est par là seulement que nous pourrons alors étudier ce qu'est la méditation. Voilà pourquoi nous avons dit ces derniers huit ou dix jours qu'il faut mettre de l'ordre dans notre maison notre maison étant nous-mêmes – un ordre total. Alors une fois cet ordre établi, non selon un modèle mais quand il y a compréhension – une compréhension totale de ce qu'est le désordre de ce qu'est la confusion de la raison de nos contradictions internes de cette lutte permanente entre les opposés et ainsi de suite, ce dont nous avons parlé pendant les dix jours ou la semaine écoulés ayant mis cela en ordre, l'ordre dans notre vie – le fait même de mettre les choses à la place qui leur revient est le commencement de la méditation. N'est-ce pas? Si nous n'avons pas fait cela effectivement, pas théoriquement mais dans la vie quotidienne à chaque instant de notre vie faute de tout cela la méditation ne devient alors qu'une autre sorte d'illusion une autre forme de prière une autre sorte de demande quelconque d'argent, de situation, de frigidaire, etc.

Dès lors, nous demandons qu'est-ce que le mouvement de la méditation? Il nous tout d'abord saisir l'importance des sens. La plupart d'entre nous réagit ou agit en fonction des impulsions des besoins et de la pression de nos sens. Et ces sens n'agissent jamais comme un tout, mais seulement en partie. N'est-ce pas? Je vous en prie, comprenez-le. Si vous voulez bien vous y pencher un peu plus par vous-même, en en discutant ensemble à savoir que tous nos sens ne fonctionnent jamais comme un tout, intégralement. Si vous vous observez et scrutez vos sens vous constaterez que l'un ou l'autre des ces sens prédomine. L'un ou l'autre de ces sens joue un plus grand rôle dans l'observation dans notre vie quotidienne donnant toujours lieu à un déséquilibre. N'est-ce pas? Pouvons-nous poursuivre à partir de là?

Alors, est-il possible – ce que nous faisons là fait partie de la méditation – est-il possible pour les sens d'opérer comme un tout de regarder le mouvement de la mer les eaux scintillantes les flots éternellement agités d'observer complètement ces eaux, avec tous vos sens? Ou un arbre, une personne ou un oiseau en plein vol, une étendue d'eau le soleil couchant, ou la lune qui se lève d'observer cela avec tous vos sens pleinement éveillés. Si vous le faites, vous découvrez alors de vous-même: – ce n'est pas moi qui vous le dis, je ne suis pas votre autorité je ne suis pas votre gourou, et vous n'êtes pas mes disciples. – les disciples sont les gens les plus destructeurs qui soient ainsi que les gourous – si vous observez ceci si vous observez ce fonctionnement de la totalité des sens en action vous découvrirez l'absence de tout centre à partir duquel agissent ses sens. Est-vous en train d'en faire l'essai ici pendant que nous en parlons regarder votre petite amie, votre mari ou votre femme ou l'arbre, ou la maison avec tous vos sens en hyper-activité, sensibilité? Il n'y a alors là aucune limitation. Faites-en l'essai. Faites-le et vous le découvrirez de vous-même. C'est la première chose qu'il faut comprendre: la place qu'occupent les sens. Car la plupart d'entre nous fonctionne à partir de certains sens. Nous ne bougeons ni ne vivons jamais avec tous nos sens pleinement éveillés, épanouis. Etant donné que la plupart d'entre nous vit fonctionne et pense partiellement un de nos objectifs à ce sujet est donc que nos sens fonctionnent pleinement et que nous réalisions l'importance des illusions que créent les sens vous suivez tout ceci? Et mettre les sens à leur juste place ce qui signifie ne pas les réprimer, ne pas les contrôler ne pas les fuir mais donner aux sens leur juste place. Vous comprenez? C'est important, car dans la méditation si vous voulez vous y adonner très profondément si l'on n'est pas conscient des sens ceux-ci provoquent diverses sortes de névroses diverses formes d'illusions ils dominent nos émotions, etc., etc., etc. La première chose dont il faut prendre conscience est donc celle-ci: si et quand les sens sont pleinement éveillés, s'épanouissant le corps devient alors extraordinairement tranquille. Ne l'avez-vous pas remarqué? Ou suis-je en train de parler tout seul? Car la plupart d'entre nous force leur corps à rester tranquille à ne pas s'agiter, à ne pas remuer, etc. – vous savez. Tandis que si tous les sens fonctionnent sainement, normalement, avec vitalité le corps se détent alors et devient très, très tranquille, si vous bien faites cela. Faites-le pendant que nous causons.

Se pose alors la question suivante: qu'est-ce que le temps? Quelle est la place du temps dans la méditation? Et quelle est la place du contrôle dans la méditation? Vous comprenez? Puis-je poursuivre? J'espère que nous nous rejoignons, n'est-ce pas? Voyons d'abord s'il est possible de vivre une vie – quotidiennement, pas occasionellement – une vie sans aucune forme de contrôle ce qui n'a rien à voir avec la permissivité ou faire tout ce que l'on aime rejetant la tradition, et – vous savez, tout ce que font les jeunes de l'époque moderne: aucun regret, aucune contrainte aucun contrôle, faites ce que vous voulez – ce que font d'ailleurs les plus âgés mais on pense que c'est leur prérogative une invention à eux.

La question que nous posons à présent est celle-ci veuillez l'examiner avec sérieux: est-il possible de vivre une vie sans aucune forme de contrôle car le contrôle implique l'action de la volonté. N'est-ce pas? Suivez-vous? Qu'est-ce alors que la volonté? Je vais faire ceci, je ne dois pas faire cela ou je devrais à l'avenir, il faut faire cela, et ainsi de suite. Le fonctionnement de la volonté. Il nous faut donc voir ce qu'est la volonté. La volonté n'est-elle pas le désir? La volonté n'est-elle pas l'essence du désir? N'est-ce pas? Examinez cela, je vous prie. Il ne faut ni le rejeter, ni l'accepter, mais l'examiner. Car nous demandons à présent s'il est possible de vivre une vie qui ne comporte pas l'ombre d'un contrôle c'est-à-dire, pas l'ombre d'une intervention de la volonté. Et la volonté est le mouvement même du désir. Nous avons approfondi toute la question de ce qu'est le désir. Je n'y reviendrai pas maintenant, car j'ai beaucoup à couvrir ce matin. Le désir est contact, perception vision, contact sensation d'où émanent le désir et la pensée avec ses images – tout cela est le désir que nous avons vu et je n'y reviendrai pas.

Et nous demandons ceci: est-il possible de vivre sans l'intervention de la volonté? La plupart d'entre nous vit une vie de contrainte, de contrôle de refoulement, et ainsi de suite, de fuite. Et il faut se demander: qui est celui qui contrôle? Lorsque vous dites « je dois me contrôler, ma colère ma jalousie, ma paresse, mon indolence, et ainsi de suite » qui est le contrôleur? Est-il distinct de ce qu'il contrôle? Vous comprenez? Ou bien sont-ils identiques? Le contrôleur est ce qu'il contrôle. Ceci est probablement trop difficile. Cela va? Comprenons-nous? Après tout, vous m'avez écouté pendant une semaine ou dix jours dès lors, le langage, les mots dont nous nous servons doivent vous être familiers et compréhensibles. Donc, tant qu'il y a un contrôleur celui-ci doit faire usage de son aptitude à contrôler. Et nous disons que le contrôleur est l'essence du désir. Et il s'efforce de contrôler ses activités, ses pensées ses souhaits, et ainsi de suite, etc. Ainsi, ayant pris tout cela en compte pouvons-nous vivre une vie qui ne soit pas confuse qui ne consiste pas à faire ce que vous aimez mais une vie dépourvue de toute forme de contrôle, sexuel ou autre et sans complaisance sans volonté de contrôler ce que vous devriez, ne devriez pas [faire] – vous savez, tout le problème du contrôle. Bien peu de gens ont abordé cette question. Et le mode de méditation oriental consiste en partie à contrôler. Et personnellement, je conteste totalement leur système de contrôle quel qu'il soit car l'esprit n'est alors jamais libre s'assujettissant toujours à un modèle que ce modèle soit établi par un autre ou par soi-même.

Donc les sens, le contrôle. Nous devons alors demander: qu'est-ce que le temps? Pas le temps de la science-fiction la fiction scientifique du temps. Qu'est-ce que le temps dans notre vie quotidienne? Quel rôle joue-t-il dans notre vie? Quelle importance prend-il dans nos activités quotidiennes? Vous comprenez ma question? Evidemment, le temps qu'indique la montre existe bien. Il y a bien le temps solaire déterminé par le lever et le coucher du soleil. Le temps en tant qu'hier, aujourd'hui et demain. Il y a le temps défini par un événement survenu dans le passé dont on se souvient, et qui modèle le présent et l'avenir. N'est-ce pas? Il y a donc le temps physique, chronologique et nous avons également le temps psychologique: je serai, je dois, je suis violent et vais être non violent. Tout cela implique un mouvement de temps. N'est-ce pas? Mouvement signifie temps. Veuillez bien comprendre ceci, je vous prie car nous allons nous pencher sur la méditation – c'est-à-dire si l'esprit peut être absolument tranquille – dans laquelle le temps, en tant que mouvement, n'existe pas du tout. Vous suivez tout ceci? Cela vous intéresse-t-il? Ne fût-ce qu'à titre de curiosité intellectuelle? Car il est très important de saisir si le temps – non pas le temps chronologique mais le temps psychologique – si ce temps peut prendre fin. Ou ce mouvement devrait-il se poursuivre jusqu'à ma mort: « je serai, je ne dois pas être, je devrais être, je ne serai pas » regret, souvenir – vous suivez? toute cette activité psychologique qui implique le temps. C'est-à-dire, le temps peut-il prendre fin? Voyez pourquoi c'est important, s'il vous plaît. Car nos cerveaux sont conditionnés par le temps nos cerveaux sont le produit de millions d'années et davantage – peu importe combien – de temps immémoriaux siècle après siècle, le cerveau est conditionné il a évolué, s'est développé, s'est épanoui. C'est un cerveau très, très ancien et comme il a évolué dans le temps – l'évolution implique le temps – comme il a évolué il fonctionne dans le temps. Vous comprenez? Je me demande si vous comprenez tout ceci! Dès l'instant où vous dites « je vais », c'est dans le temps. Quand vous dites « je dois faire cela », c'est aussi dans le temps. Tout ce que nous faisons implique le temps et nos cerveaux sont conditionnés non seulement au temps chronologique – le lever, le coucher du soleil – mais aussi au temps psychologique. Le cerveau a donc évolué au cours des millénaires et l'idée même la question même de savoir s'il peut mettre fin au temps – vous suivez? – est un processus paralysant. Je me demande si vous le comprenez. C'est pour lui un choc. Quelqu'un comprend-il ceci?

Car nous allons nous demander à présent si le cerveau lui-même peut être absolument tranquille. Vous comprenez? Pas votre corps, pas votre respiration pas vos yeux et votre pensée – le cerveau lui-même qui est constamment en train de bavarder constamment en train de penser à ceci ou cela. Les cellules mêmes du cerveau peuvent-elles être absolument tranquilles? Nous devons donc comprendre la nature du temps. C'est-à-dire, nous sommes psychologiquement, intérieurement pris dans un maillage de temps. Je vais mourir, j'ai peur je serai, j'ai été et je me souviens des événements heureux ou malheureux et le cerveau fonctionne, vit dans le temps. N'est-ce pas? Vous pouvez le voir de vous-même. C'est là une évidence.

La méditation consiste donc en partie à découvrir par soi-même si le temps peut cesser. Vous ne pouvez le faire en déclarant: « le temps doit cesser ». Cela ne veut rien dire. Mais il s'agit de comprendre toute la structure la nature et la profondeur de cette question. N'est-ce pas? Ce qui signifie: est-il possible pour le cerveau de réaliser qu'il n'a aucun avenir? Comprenez-vous ce que je dis? Nous vivons soit dans le désespoir, soit dans l'espoir. N'est-ce pas? Pas vous? L'espoir fait partie du temps. Je suis malheureux, mécontent, incertain, j'espère être heureux comprenez-vous? Cette structure destructrice de l'espoir est en partie le temps ou l'invention des prêtres partout dans le monde – la foi. Vous souffrez, mais ayez foi en Dieu et tout est pour le mieux. Suivez-vous tout ceci? Là encore, la foi en quelque chose implique le temps. Pouvez-vous supporter, c'est-à-dire pouvez-vous tolérer qu'il n'y ait pas de demain, psychologiquement? Le pouvez-vous? La méditation consiste en partie à découvrir que psychologiquement, il n'y a pas de demain.

Nous parlions une fois avec quelqu'un de très intelligent et cultivé, de cette question. Et ce fût pour lui un véritable choc que de nous entendre dire ceci: l'espoir, la foi, le mouvement de l'avenir en tant que demain est inexistant. Il était horrifié par cette idée – vous comprenez, Monsieur? « Je ne vous verrai pas demain, vous que j'aime » comprenez-vous ce que je dis? Peut-être vous rencontrerai-je, c'est probable mais l'espoir, le plaisir l'attente de quelque chose tout cela est compris dans le temps. Ce qui ne veut pas dire que vous n'avez pas d'espoir que vous renoncez à l'espoir mais que vous comprenez le mouvement du temps. Si vous renoncez à l'espoir, vous devenez alors amère vous dites alors « à quoi bon vivre, quel est le but de la vie? » et commencent alors toutes ces inepties: dépression angoisse de vivre sans le moindre avenir comprenez-vous tout ceci?

Il faut donc pénétrer cette question, pas verbalement pas théoriquement, mais dans les faits afin de découvrir si l'on éprouve psychologiquement en soi, le moindre sentiment de demain.

La question suivante à propos de la méditation est celle-ci: la pensée en tant que temps peut-elle cesser? Ainsi que nous en avons déjà abondamment parlé la pensée est importante quand elle est à sa juste place. Mais psychologiquement, elle n'a pas la moindre importance. Je me demande si vous le voyez? Je dois y revenir brièvement.

La pensée est la réaction de la mémoire, elle est née de la mémoire. La mémoire est de l'expérience expérience emmagasinée dans les cellules cérébrales en tant que savoir. Vous pouvez observer votre propre cerveau point n'est besoin d'être un spécialiste je n'en suis pas un, je n'ai fait que m'observer très attentivement. Les cellules cérébrales détiennent cette mémoire. C'est un processus matériel. Il n'y a là rien de sacré, de saint. Et tout ce que nous avons accompli comme aller sur la lune, y planter un drapeau ridicule descendre au fond de la mer et y vivre la pensée a créé tout cela la technologie gigantesque et compliquée, avec ses machines. La pensée a été responsable de tout ceci. Et la pensée a également été responsable de toutes les guerres – n'est-ce pas? C'est une évidence, inutile d'en douter car votre pensée a divisé [le monde] en Grande Bretagne, France Allemagne, Russie vous suivez? Et la pensée a créé la structure psychologique du « moi ». N'est-ce pas? Ce « moi » n'est pas sacré, n'est pas une chose divine. Ce n'est que la pensée assemblant les anxiétés les peurs, les plaisirs, la souffrance, la douleur les attachements, la peur de la mort elle a assemblé tout cela, qui constitue le « moi ». C'est ce « moi », avec sa conscience. N'est-ce pas? Je me demande. Pouvons-nous avancer à partir de là? Vous suivez? Tel est le « moi », cette conscience. Cette conscience est ce qu'elle contient. Votre conscience est ce que vous êtes: vos anxiétés, vos peurs, vos luttes vos blessures, vos désespoirs psychologiques plaisirs, et ainsi de suite. Le contenu de votre conscience est son contenu. N'est-ce pas? Là encore, il n'y a pas matière à discussion à complication, c'est simple. Et cela résulte du temps. N'est-ce pas? J'ai été blessé hier, psychologiquement vous m'avez dit quelque chose de brutal, cela m'a blessé et cela fait partie de ma conscience. J'ai eu du plaisir, cela en fait partie, et ainsi de suite. La conscience est donc impliquée dans le temps. Quand nous disons « le temps peut-il prendre fin » cela sous-entend vider totalement cette conscience de son contenu. C'est sous-entendu. Que vous le puissiez ou pas, est une autre affaire. Mais c'est ce qui est sous-entendu.

Vous étudiez le temps [pour voir] si la connaissance des innombrables couches de cette conscience sensations, désirs et tout cela couche après couche, toute sa structure si cette conscience, qui résulte du temps – j'ai été blessé hier, etc., etc si cette conscience peut se vider complètement d'où cessation du temps psychologique. Je pose au préalable cette question afin que vous l'examiniez. Nous pouvons ensuite demander: est-ce possible? Comprenez-vous ma question? Vous percevez votre conscience – n'est-ce pas? vous savez ce que vous êtes, pour peu que vous l'ayez suffisamment approfondi. Vous l'avez sans doute fait dans une certaine mesure depuis une semaine. Si vous l'avez approfondi vous verrez que toute cette peine, toute cette lutte ce malheur, cette incertitude, font partie de vous partie de cette conscience, vos ambitions, votre avidité votre agressivité, votre colère, votre amertume tout cela fait partie de cette conscience qui est l'accumulation de milliers d'hier à aujourd'hui. Et nous demandons si cette conscience qui résulte du temps tant psychologique que physiologique peut se vider afin que le temps prenne fin? D'abord, avez-vous compris cette question? Que quelqu'un me dise « oui » ou « non » s'il-vous plaît (rires) – au moins!

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Ne vous endormez pas.

Nous allons découvrir si c'est possible. Si vous dites que ce n'est pas possible, vous avez alors fermé la porte vous pouvez alors tout aussi bien sortir au lieu de rester assis là et perdre votre temps si vous dites que ce n'est pas possible. Et si vous dites que c'est possible, vous avez aussi fermé la porte. Mais, si vous dites « découvrons-le » vous êtes alors ouvert à la chose, et en quête de découverte. N'est-ce pas? Ceci n'est pas un jeu intellectuel. Ce n'est pas le divertissement d'un dimanche matin. Ce n'est pas non plus un sermon. Je dois vous raconter une jolie histoire à ce sujet. Il était une fois un prédicateur, avec ses disciples qui chaque matin faisait un sermon de dix ou quinze minutes. Et l'auditoire captivé l'écoutait. (Rires) Un jour, il monte sur l'estrade et alors qu'il est sur le point de commencer un oiseau survient, se perche au bord de la fenêtre et se met à chanter. Et le prédicateur ne souffle mot. Après avoir chanté, l'oiseau s'envole. Le prédicateur dit alors « le sermon de ce matin est terminé ». (Rires) D'accord? Si je pouvais en dire autant! (Rires)

Désormais, la question est donc la suivante si vous êtes assez sérieux pour l'aborder: est-il possible de vider totalement tout notre contenu le contenu de notre conscience cette conscience qui a été édifiée au cours du temps? N'est-il pas possible – écoutez bien ceci, je vous prie n'est-il pas possible de vider un des contenus de votre conscience votre blessure psychologique? Vous savez sûrement ce que cela signifie. La plupart d'entre nous a subi des blessures psychologiques. Dès l'enfance: parents, école – vous savez, toute notre existence nous sommes blessés. Cela fait partie de votre conscience. Pouvez-vous mettre fin à cette blessure, complètement l'effacer totalement, sans laisser de marque? Vous le pouvez, n'est-ce pas? Si vous prêtez attention à la blessure sachant ce qui l'a causée que c'est l'image que vous avez de vous-même qui a été blessée cela met fin à cette image blessée. C'est possible si vous avez considérablement approfondi la question. Ou si vous êtes attaché à quelqu'un que ce soit à votre femme ou à votre mari peu importe à quoi – attaché à une croyance à un pays, à une secte, à un groupe de personnes, etc à Jésus, et ainsi de suite, ne pouvez-vous complètement logiquement, sainement, rationnellement y mettre fin? Car, voyez-vous, l'attachement implique la jalousie, l'anxiété, la peur, la douleur et du fait de cette douleur vous vous attachez toujours plus. Le fait de voir la nature de l'attachement la perception de l'attachement est l'épanouissement de l'intelligence. Cette intelligence dit qu'il est stupide d'être attaché – c'en est fini. Vous comprenez ceci?

Alors, approfondissez-le. Ou vous avez une certaine habitude psychologique comme celle de toujours penser dans un certain sens. Cela fait partie de votre conscience. La pensée peut-elle sortir de l'ornière, du sillon? Bien sûr qu'elle le peut. Alors, est-il possible – écoutez bien – est-il possible de totalement, complètement vider le contenu. Cependant, si vous le faites élément par élément c'est-à-dire l'attachement, puis vos blessures votre anxiété, etc., cela prendra un temps infini. Voyez ce que cela implique si vous le faites élément par élément: cela prendra du temps. Et vous voilà à nouveau pris au piège du temps. Je me demande si vous le voyez. Par contre, est-il possible de le vider sans impliquer le temps, instantanément en tout et non en partie? Non, je vais vous le montrer, ne hochez pas la tête ne soyez ni d'accord, ni en désaccord! Comprenez-vous ma question? Quand vous agissez élément par élément vous êtes encore soumis au temps. Si vous le réalisez, en voyez réellement la vérité vous n'agirez alors pas partiellement. N'est-ce pas? Naturellement.

Vous abordez alors une question différente qui est celle-ci: cela peut-il être fait en totalité? C'est-à-dire, existe-t-il une forme d'observation de cette conscience qui ne m'appartient pas en réalité: ce n'est pas ma conscience personnelle c'est la conscience universelle. Ma conscience est semblable à la vôtre ou à celle de quelqu'un d'autre, car nous souffrons nous connaissons l'angoisse, etc., etc. Peut-être y en a-t-il quelques-uns qui ont dit « fini » ils ont fleuri et sont allés au delà. Ceci est hors de notre propos.

Nous demandons donc: est-il possible d'observer cette chose dans sa totalité entièrement et l'observation même de cette totalité [amène] sa cessation? Vous comprenez ma question? Ainsi, est-il possible d'observer votre blessure, ou votre anxiété vos culpabilités ou ce que vous voudrez, en totalité? Vous comprenez ma question? Supposons que j'ai de la culpabilité. Je me sens coupable ce n'est pas le cas, mais supposons-le. M'est-il possible de regarder cette culpabilité comment elle survint, quelle en fut la raison et combien je la crains, etc la structure entière de la culpabilité, puis-je l'observer totalement? Bien sûr que c'est possible – non? Vous ne pouvez l'observer totalement que quand vous êtes conscient de ce que signifie être blessé. Vous pouvez en être conscient, ainsi que de la culpabilité, etc de toutes ces choses que nous avons amassées vous pouvez en être conscient si cette lucidité est dépourvue de tout motif ou de direction. Compris? Avez-vous compris ceci? Je vais vous l'expliquer.

Supposons que je sois attaché à quelque chose ou à quelqu'un: ne puis-je observer les conséquences de l'attachement ce que l'attachement implique comment cet attachement est survenu ne puis-je en observer toute la nature, instantanément? Je suis attaché, car je suis dans la solitude, il me faut du réconfort je veux dépendre de quelqu'un, car je ne puis me débrouiller seul. J'ai besoin de compagnie j'ai besoin de quelqu'un qui me dise « tu es quelqu'un de bien, mon vieux ». J'ai besoin de quelqu'un qui me tienne la main. Je suis déprimé, anxieux. Je dépends donc de quelqu'un et cette dépendance engendre l'attachement et de cet attachement naît la peur, la jalousie, l'anxiété. N'est-ce pas? Ne puis-je observer la nature de tout ceci, instantanément? Bien sûr que oui, à condition d'être conscient d'être profondément motivé par la découverte.

Nous disons donc qu'au lieu de procéder élément par élément il est possible de voir toute la nature et la structure et le mouvement de la conscience avec tout son contenu. Le contenu constitue la conscience et il est possible de la voir entièrement. Et quand vous en voyez la totalité elle se désintègre.

La question suivante est celle-ci – nous la posons: comme le contenu de notre conscience fait partie de la conscience de notre vie quotidienne et que cette conscience est accumulation dans le temps ce temps peut-il s'arrêter c'est-à-dire, y a-t-il une fin à toutes nos luttes – vous savez, tout ce qui s'en suit – instantanément? Nous disons que c'est possible. Je vous l'ai démontré. Cela a été démontré par des exemples. Ce qui veut dire avoir un « insight » total [une vision fulgurante] de toute la nature de la conscience. N'est-ce pas? « Insight » signifie, implique qu'il n'y a aucun motif, aucun souvenir seulement une perception instantanée de la nature de la conscience et cet « insight » dissout de lui-même le problème. Avez-vous compris ceci, tant soit peu?

Nous pouvons alors aborder le sujet suivant, à savoir: Nous sommes occupés par la mesure. N'est-ce pas? Je suis grand, ou je suis petit. Je dois être différent de ce que je suis. La mesure – vous comprenez? c'est-à-dire la comparaison, suivre un exemple. Tout notre développement technologique repose sur la mesure. Sans mesure il ne pourrait y avoir de progrès technique. Autrement dit, le savoir est un mouvement dans la mesure. Je sais, je vais savoir. Tout cela est de la mesure. Et cette mesure s'est introduite dans le domaine psychologique. Suivez tout ceci, Monsieur. Suivez-vous? Observez-vous, voyez comment cela marche. C'est très simple.

Ainsi, nous passons notre temps à comparer psychologiquement. A présent, pouvez-vous mettre fin à la comparaison ce qui équivaut aussi à mettre fin au temps? N'est-ce pas? Mesurer signifie se mesurer à quelqu'un et vouloir être comme cela, ou pas comme cela. Le processus positif et négatif fait partie de la mesure, par la comparaison. Je me demande si vous le voyez? Etes-vous fatigué? Approfondissez-le vous-même, vous verrez.

Est-il donc possible de vivre une vie quotidienne sans comparaison d'aucune sorte? Vous pouvez bien comparer deux étoffes un velours côtelé d'une couleur à un velours côtelé d'une autre mais psychologiquement, intérieurement il s'agit d'être complètement affranchi de toute comparaison ce qui signifie être affranchi de la mesure. La mesure est le mouvement de la pensée. Alors, la pensée peut-elle prendre fin? Vous suivez tout ceci? Voyez-vous, la plupart d'entre nous s'efforce de cesser de penser ce qui est impossible. Vous pouvez bien dire « j'ai cessé de penser » pendant une seconde mais c'est forcé, imposé, c'est un peu comme dire: « j'ai compté une seconde pendant laquelle je ne pensais pas ». Nous soulevons donc une question que tous les novateurs qui ont vraiment approfondi le sujet se sont posée, à savoir: la pensée peut-elle finir? C'est-à-dire, la pensée née du connu – vous comprenez? bien sûr, le savoir est le connu, c'est-à-dire, le passé – cette pensée peut-elle finir? C'est-à-dire, peut-on se libérer du connu? Vous comprenez ma question? Car nous fonctionnons toujours à partir du connu et par conséquent, nous sommes devenus extraordinairement capables imitant, comparant ..dans cette tentative continuelle de vouloir être quelque chose. N'est-ce pas? Alors, la pensée peut-elle finir? La pensée, lorsqu'elle est consciente d'elle-même connaît ses limites et trouve par conséquent sa place. Je me demande si Faites-vous tout ceci pendant que nous en parlons?

Nous avons donc parlé de la mesure, du contrôle de l'importance des sens et de la place qui leur revient. Tout ceci fait partie de la méditation.

Et nous demandons ensuite ceci: lorsqu'on a atteint un certain stade les sens peuvent acquérir des perceptions extrasensorielles parce qu'ils deviennent extraordinairement sensibles: la télépathie, lisant les pensées des autres le contrôle, diverses formes de clairvoyance, etc., etc. Ces choses n'en restent pas moins dans le domaine des sens. N'est-ce pas? Elles n'ont donc pas l'importance colossale que l'homme leur prête. N'est-ce pas? Je me demande si vous le voyez. L'orateur est passé par tout cela. Excusez-moi de me citer personnellement: on est passé par tout ceci et l'on voit le danger qu'il y a à se laisser prendre par toute cette excitation sensorielle. C'est stupide. Donc, bien que ces choses existent indubitablement, elles sont sans importance.

Nous soulevons à présent une nouvelle question, à savoir: l'homme est toujours en quête de pouvoir. N'est-ce pas? Les politiciens, les prêtres l'homme et la femme ordinaires veulent dominer veulent contrôler, veulent posséder. Le pouvoir a acquis une importance extraordinaire. Les deux super-puissances. Ce qui signifie le pouvoir détenu par quelques-uns qui dictent ce que les autres doivent penser l'église chrétienne s'y est excellée à une certaine époque. Les hérétiques, la torture, l'inquisition, tout cela. Contrôler l'homme par la propagande, les livres, les paroles par les images, par ses peurs par la récompense et la punition. Toute forme de dissidence est réprimée, que ce soit par la torture l'expulsion, les camps de concentration, ou le bûcher. N'est-ce pas? Telle est l'histoire de la stupidité humaine sous le couvert de patriotisme, de religion. Nous demandons à présent: est-il possible de vivre sans aucun sentiment de pouvoir? Vous comprenez ce que je dis? Suivez-vous tout ceci, cela vous intéresse-t-il? Ce qui signifie, pouvez-vous vivre dans un anonymat, une humilité totale quand bien même auriez-vous un nom, pourriez-vous écrire un livre ou parler comme nous le faisons ici et jouir d'une certaine renommée ou notoriété – peu importe le terme dans la mesure où il n'y a rien derrière? Vous n'êtes donc pas en quête de pouvoir au moyen de la clairvoyance de la télépathie – tout ceci peut être utilisé par des gouvernements pour contrôler le commandant du sous-marin. Ils expérimentent tout cela soyons-en conscients, pour l'amour du ciel. Et peut-on vivre sans aucun sentiment de pouvoir? Vous savez, il y a une grande beauté dans le fait d'être totalement anonyme. Et le monde entier est en quête d'identité de pouvoir de situation.

La question suivante est celle-ci: le cerveau, – écoutez s'il vous plaît le cerveau, qui date de millions et de millions d'années est si lourdement conditionné, si plein de tout ce que l'homme a rassemblé au cours des siècles et par conséquent, agit tout le temps mécaniquement ce cerveau peut-il être libéré du connu et ce cerveau peut-il ne jamais, jamais vieillir dans le sens physique du terme? Vous comprenez ce que je dis? Ne vous posez-vous pas ces questions? Le faites-vous? Peut-être, quand vous vieillissez quand vous êtes quelque peu décrépit quand vous avez perdu l'aptitude à réfléchir que vous perdez la mémoire dites-vous alors: « mon dieu, si je pouvais revenir en arrière et être à nouveau jeune avoir un esprit alerte, jeune et décidé. » Ne vous posez-vous pas parfois cette question: Ce cerveau peut-il abandonner son fardeau et être libre, et ne jamais se détériorer? Ne dites pas « oui » ou « non », découvrez-le. Ce qui signifie – écoutez s'il vous plaît ceci vous intéresse ce qui signifie ne jamais enregistrer psychologiquement quoi que ce soit. N'est-ce pas? Comprenez-vous? Ne jamais enregistrer la flatterie, l'insulte les diverses contraintes, pression, jamais. Maintenir la bande magnétique complètement vierge. [Le cerveau] est alors jeune. L'innocence signifie un cerveau qui n'a jamais été blessé. N'est-ce pas? C'est cela l'innocence qui ne connaît ni malheur, ni conflit, ni souffrance, ni douleur tout cela étant enregistré dans le cerveau qui est alors toujours limité subissant le vieillissement physique. Tandis que si aucun enregistrement, quel qu'il soit, n'a lieu psychologiquement, le cerveau devient alors extraordinairement calme extraordinairement frais. Ceci n'est pas un espoir, ni une récompense (rires) ou vous le faites et le découvrez ou vous vous contentez d'admettre les mots et dites: « comme cela doit être merveilleux » « ah, si je pouvais expérimenter cet état » et vous êtes à côté de la plaque. Tandis que si vous le faites, vous le découvrirez.

Ainsi, du fait de cette perception dont nous avons parlée du fait de cet « insight » les cellules du cerveau subissent un changement. Il ne s'accroche plus à des souvenirs. Il n'est plus la demeure d'une vaste collection d'antiquités. N'est-ce pas? Voilà pour cela.

Il faut alors aussi poser la question suivante: existe-t-il dans la vie quelque chose de sacré? Y a-t-il quelque chose de saint, que la pensée n'a jamais touché? Comprenez-vous ma question? Tâchez de la comprendre, s'il vous plaît. Ce qui est sacré, saint a été placé dans les églises en tant que symboles la Vierge Marie, le Christ sur la croix. Allez en Inde: ils y ont leurs propres images les pays bouddhistes ont leurs propres images et c'est devenu sacré le nom, la sculpture, l'image, le symbole dans certains lieux: églises, temples, mosquées, etc. Dans les mosquées, il n'y a, bien entendu, pas d'images mais de ravissantes écritures qui ont aussi valeur d'image.

Nous posons maintenant une question: existe-t-il dans la vie quelque chose de sacré? Sacré dans le sens de ce qui est immortel, intemporel de l'éternité à l'éternité qui n'a connu ni commencement ni fin comprenez-vous? C'est ce que nous demandons. Vous ne pouvez le découvrir – non, vous ne pouvez pas le découvrir personne ne peut le découvrir cela peut survenir une fois que vous avez rejeté tout ce que la pensée a créé de sacré: les images, les musées, la musique les églises et leurs croyances, leurs rituels, leurs dogmes quand tout cela a été compris et rejeté. Complètement. Il n'y a ni prêtre, ni gourou, ni disciple. Alors, au sein de cette formidable qualité de silence dans ce silence peut survenir quelque chose que la pensée n'a pas touché car ce silence n'est pas créé par la pensée.

Il faut donc interroger, pénétrer toute la nature du silence. Il y a le silence entre deux bruits il y a le silence entre deux pensées il y a le silence entre deux notes, dans la musique il y a le silence qui suit le bruit il y a silence quand la pensée dit, « je dois être silencieux » et crée ce silence artificiel pensant que c'est là le vrai silence. Le silence qui existe quand on est assis paisiblement contraignant son esprit à être silencieux. Ce sont là tous des silences artificiels. Ils ne sont pas réels profonds, non cultivés, non prémédités. Nous avons dit que le silence ne peut s'établir psychologiquement qu'en l'absence de tout enregistrement, quel qu'il soit. L'esprit, le cerveau lui-même est alors absolument sans mouvement. Alors, dans cette insondable profondeur de silence non provoqué, non cultivé, ne résultant pas de pratiques dans ce silence peut surgir ce sentiment extraordinaire de quelque chose d'immesurable, d'indiscible. Tout ce mouvement qui s'est déroulé du début à la fin de ces causeries, fait partie de la méditation. Terminé.

3 Septembre 1978

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