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Êtes-vous conscient de votre propre structure?

Première Questions et Reponses à Brockwood Park

Mardi 29 Août 1978

Krishnamurti: Nous sommes censés avoir une discussion ou un dialogue autrement dit, une conversation entre deux personnes. Et comme il est impossible d'avoir une conversation à deux avec tant de monde peut-être pourrions-nous prendre un problème susceptible de tous nous affecter et d'en discuter comme le feraient deux personnes. Ou nous pourrions transformer ceci en scéance de questions-réponses. Alors que préférez-vous? Une discussion finit généralement en confrontation ce qui serait assez futile opposant une opinion à une autre un jugement à un autre, et ainsi de suite. Tandis qu'un dialogue est une conversation entre deux personnes qui sont amies qui se préoccupent d'un problème commun et peuvent discuter en profondeur de leurs problèmes calmement, sérieusement, et faisant preuve d'humour. Ou nous pourrions faire de ceci une séance de questions-réponses. Là encore, quel type de questions pose-t-on qui les pose, dans quel but et qui va y répondre etc., tout cela entrant en jeu? Alors, laquelle de ces options vous agrée-t-elle: des questions, un dialogue ou une discussion?

Questioneur: Un dialogue.

Krishnamurti: S'il s'agit d'un dialogue de quoi allons-nous parler en gardant à l'esprit qu'un dialogue entre deux personnes est une conversation amicale, aisée, calme et pénétrante? Alors, de quoi allons- nous parler ensemble?

Questioneur: Monsieur, je préférerais poser une question à un dialogue. Hier, vous disiez que le chaos et la violence prévalant dans le monde résultent de nos vies quotidiennes. Mais je ne pense pas que c'est aussi simple que cela. Considérant l'ensemble de l'échelle humaine, si à une extrémité vous placez Hitler, et à l'autre une personne telle que Schweitzer vous avez alors deux personnes agissant très différemment: l'une cherche à aider l'humanité et l'autre s'acharne à la détruire. Mais laissons cela de côté pour l'instant: prenez quelques personnes dans cette tente donnez leur un environnement et un emploi adéquats les voilà exemptes de conflit, ne s'adonnant ni à la religion ni à la drogue, et elles attrapent le cancer. La vision religieuse conventionnelle serait que c'est leur destin, ce qui est manifestement débile. Mais on pourrait dire que ces personnes sont prédisposées à la maladie. Il me semble que dans le monde d'aujourd'hui il y a des gens qui sont vraiment mus par les forces du bien, et d'autres par les forces de destruction.

Krishnamurti: Ce Monsieur demande: pourquoi dites-vous que le monde est dans le chaos, car chacun de nous est dans le chaos: incertain, raisonneur, avide, égoïste, violent ce qui se projette peut- être dans le monde compte tenu de ce que nous sommes le monde que nous ne sommes pas distincts du monde. Et il y a de bonnes personnes, dit cet interlocuteur et il y a de mauvaises personnes, de mauvais et de bons garçons et ce serait une erreur de votre part de dire cela car nous menons nos propres vies individuelles plutôt violentes, laides, etc., cela pourrait être tout à fait inexact. Est-ce correct, Monsieur?

De quelles autres questions aimeriez-vous discuter?

Questioneur: S'il m'est permis, j'aimerais poser une question. Je retournais dans mon esprit ce que vous disiez hier sur l'enregistrement de souvenirs. Et ce qui me préoccupe est ceci: si vous deviez me poser une question si j'expérimentais totalement ce que vous me disiez au bout de la question si je l'avais totalement expérimentée je ne me rendrais pas compte que vous m'aviez posé une question afin de pouvoir y répondre. Et ce que j'aimerais vous demander c'est: se peut-il que notre communication comporte deux parties à savoir les deux hémisphères du cerveau l'un qui ne fait que recevoir et enregistrer continuellement et l'autre qui transmet ce qui fait que nous n'avons pas besoin d'enregistrer car si nous expérimentons cela il nous est inutile d'enregistrer. Est-il possible – pardon, j'ai un blanc. (Rires) Quand nous recevons, nous sommes incapables d'effacer cette mémoire elle est totalement là, et le fait est que nous avons le choix d'utiliser un côté de notre cerveau ou l'autre, et dans quelle mesure utilisons-nous tel ou tel côté.

Krishnamurti: L'auteur de la question dit que notre cerveau comporte deux hémisphères l'un qui reçoit, enregistre, mémorise et l'autre – peut-être cette autre partie est-elle plus libre, non conditionnée et il y a donc en nous cette dualité agissante. Et la mémoire, le souvenir caractérisant un hémisphère est-il nécessaire. Voilà sa question.

Une autre question?

Questioneur: Oui, voudriez-vous parler du problème qui surgit quand l'intensité de nos sentiments et émotions bloque la lucidité de la pensée.

Krishnamurti: Quand nos émotions, sentiments et réactions d'une forte intensité bloquent la perception, que faut-il faire?

Questioneur: J'ai compris que la méditation est un mode de vie quotidien alors vous pensez qu'il est inutile de s'asseoir par moments en lotus. Voilà pour cela. En outre, quand on quitte ce lieu et que l'on se trouve tout seul dans une foule où trouve-t-on la force de persévérer? Je me sens perdu.

Krishnamurti: Oui. Est-il nécessaire de s'asseoir dans une certaine position la position du lotus qui nous vient d'Inde et d'Orient est-il nécessaire de prendre cette position pour méditer? Et faut-il nécessairement consacrer une partie de la journée à la rêverie! (Rires)

Questioneur: Non, à la respiration.

Krishnamurti: Je comprends (rires), ce n'était qu'une plaisanterie. Et lorsqu'on quitte ce lieu où trouve-t-on la force de confronter sa solitude toute la peine de la vie? Telle est la question.

Questioneur: De poursuivre cette façon de vivre.

Krishnamurti: Oui.

Questioneur: Y a-t-il un lien quelconque entre lucidité, confiance et foi?

Krishnamurti: La foi? Oh, quelle différence y a-t-il entre « otherness » [état autre] et foi? Je ne vois pas de quoi il s'agit – peu importe.

Questioneur: La lucidité.

Questioneur: Le lien entre foi et lucidité.

Krishnamurti: C'est cela – pardon Monsieur. Quel lien y a-t-il entre la lucidité et la foi. Oui Monsieur?

Questioneur: J'aimerais beaucoup poser une question qui se relie à la première question. A savoir que l'on peut clairement voir que sa propre douleur psychologique la douleur globale du monde est de notre fait, une projection. Mais il semble qu'il y ait une douleur universelle globale, qui n'est pas due aux êtres humains. Ce à quoi je fais allusion est l'imperfection génétique, peut-être chez les enfants nés porteurs d'effrayantes maladies que l'on ne peut attribuer aux êtres humains. En d'autres termes, un univers imparfait, cause de douleur. C'est un vrai problème quand on y réfléchit.

Krishnamurti: Si j'ai bien compris la question puis-je l'exprimer dans mes propres termes afin de voir si nous nous comprenons? A savoir qu'il n'y a pas seulement la souffrance individuelle chaque personne souffre différemment mais il semble aussi y avoir une souffrance universelle une souffrance globale – des enfants nés difformes mentalement retardés, etc., etc.

Mais un instant, s'il vous plaît: laquelle de ces questions voulez-vous que nous traitions? A savoir, la première posée par ce Monsieur: peut-être vous trompez- vous en disant que du fait que nous vivons dans le chaos, l'incertitude et la violence nous créons de la sorte un monde chaotique violent, etc., ce pourrait être là une fausse question. Est-ce bien cela que vous dites? Je l'ai considérablement réduite, Monsieur. Et l'autre question est celle-ci: faut-il prendre une certaine posture pour méditer en lotus, comme on le dit en Inde et introduite dans ce pays-ci. Et l'autre question, la vôtre: les émotions et les sentiments intenses font obstacle à l'observation, à la clarté et à la lucidité. Et l'autre question est celle-ci: quel lien y a-t-il entre la lucidité et la foi. Et puis, il y a la question posée par ce Monsieur: il n'y a pas que la souffrance spécifiquement humaine mais aussi la souffrance globale, universelle. Alors, laquelle de ces questions?

Questioneur: Qu'en est-il de la solitude?

Krishnamurti: Persone n'a parlé de la solitude, c'est moi qui l'ai introduite.

Questioneur: La question au sujet de l'enregistrement, des deux hémisphères cérébraux.

Krishnamurti: Oh oui, pardon, très juste.

Questioneur: Encore une question, Monsieur.

Krishnamurti: Un instant, Monsieur. Permettez Ce Monsieur a soulevé la question des deux hémisphères du cerveau dont l'un enregistre, se souvient, accumule du savoir de l'expérience, cultive la mémoire, etc.. l'autre étant peut- être non conditionné. Quel rapport y a-t-il entre les deux? Est-ce correct, Monsieur? Alors, plus de question.

Questioneur: Encore une question. Quelle est la source de l'urgente nécessité de l'énergie requise pour explorer toutes ces questions?

Krishnamurti: Quelle est la source, l'envie, l'effort, la pression pourquoi devrait-on s'intéresser à toutes ces choses?

Questioneur: Et quelle est l'origine de la mémoire et y a-t-il un moment où l'esprit voit l'âge d'un problème?

Krishnamurti: Quelle est l'origine de la mémoire ?

Questioneur: Y a-t-il un moment où l'esprit voit l'âge d'un problème, comme la peur qui est antérieure à la jalousie?

Krishnamurti: Je n'ai pas bien compris.

Questioneur: Je vois que la peur précède la jalousie. Il y a des moments où je puis voir l'âge d'un problème. C'est une question sérieuse ayant à voir avec la réincarnation.

Krishnamurti: Ah, vous voulez discuter de la réincarnation. Alors lesquelles de ces questions voudriez-vous que nous traitions?

Questioneur: De la souffrance globale.

Questioneur: Des émotions.

Krishnamurti: A vous de décider. (Rires)

Questioneur: Des émotions.

Questioneur: De l'usage de l'énergie.

Questioneur: De la réincarnation.

Questioneur: Krishnaji, pourriez-vous les traiter toutes en les regroupant en une seule question? (Rires)

Krishnamurti: L'auteur de la question demande: pourriez-vous regrouper toutes ces questions en une seule question, en une déclaration. Nous le pourrions peut-être, et cela

Questioneur: Vous avez dit qu'il faut oublier le passé, et ...

Krishnamurti: Je n'ai jamais dit que l'on devrait oublier le passé, M.

Questioneur: Il faudrait oublier le passé, vous l'avez dit avant hier.

Krishnamurti: Non, je n'ai pas dit cela.

Questioneur: Quand vous souffrez, que vous vous êtes blessé au doigt cela pénètre votre mémoire c'est mémorisé et il est difficile d'oublier le passé, voyez-vous. Je voudrais savoir comment oublier le passé.

Krishnamurti: Je n'ai pas excusez-moi de vous contredire, Monsieur mais je n'ai pas dit d'oublier le passé. On ne peut oublier le passé. Nous allons aborder tout ceci en prenant une question qui inclura peut-être toutes les autres. On y va? Alors laquelle? Réfléchissez-y, Monsieur. Voyons, plusieurs problèmes nous ont été soumis et le Monsieur suggère qu'en étudiant ..une seule question une seule déclaration nous pourrions peut-être y inclure toutes les autres. Je pense que cela pourrait se faire. Mais laquelle allons-nous prendre qui inclura toutes les autres?

Questioneur: Les émotions.

Krishnamurti: Un instant, Monsieur. Attendez une seconde. Découvrons-le. Quelle est la question qui inclura toutes les autres?

Questioneur: D'où viennent toutes ces questions?

Questioneur: Nous demandons qu'est-ce qui motive toutes ces questions?

Krishnamurti: Quelle est la source de toutes ces questions.

Questioneur: La source en est l'énergie qui pose les questions.

Krishnamurti: Est-ce cela que vous demandez, qui vous intéresse la source de l'énergie qui pose toutes ces questions?

Questioneur: Non.

Questioneur: Pourriez-vous répondre à la question suivante: qu'est-ce que l'insight [vision fulgurante] et quel processus en est la cause?

Krishnamurti: Voyons Monsieur, il y en a tant.

Questioneur: L'enregistrement dans l'esprit.

Questioneur: Décidez, sinon nous ne commencerons jamais. (Rires)

Krishnamurti: Vous avez tout à fait raison. (Rires) Pourrions-nous prendre la relation entre la lucidité la foi et les émotions, la méditation et quel besoin le cerveau a-t-il d'enregistrer le moins du monde c'est-à-dire la nécessité d'effectuer un quelconque enregistrement. Serait-il possible en prenant une seule question Je crois que c'est faisable c'est une suggestion, je ne veux rien imposer je propose que nous discutions de la nature de la relation ce qui pourrait tout inclure. Quel rapport y a-t-il entre la lucidité, la foi, la méditation l'enregistrement, la souffrance globale de l'homme laquelle comprend la souffrance de chacun d'entre nous. N'est-ce pas?

Questioneur: Et l'enregistrement.

Krishnamurti: Et l'enregistrement, je l'ai dit. Alors, allons-nous commencer par l'enregistrement et lier cela à la lucidité et à l'intensité de nos émotions, etc.? D'accord? Commençons donc, s'il est permis veuillez me corriger, je ne suis pas l'Oracle de Delphes si vous pensez que nous devrions discuter d'autre chose, d'accord mais commençons par demander: quel besoin un esprit humain a-t-il d'enregistrer le moins du monde? Tout d'abord, sommes-nous conscients, avons-nous connaissance de ce processus d'enregistrement qui a lieu? Vous comprenez? Je commence par là. En tant qu'être humain, savez-vous ou êtes-vous conscient que vous enregistrez? Vous comprenez ma question? Ou avez-vous admis cette déclaration et procédez-vous ensuite à la mise en cause de celle-ci? Etes-vous conscient d'enregistrer certaines choses? Un incident malheureux a eu lieu hier et est enregistré. Etes-vous conscient du déroulement de ce processus? Ou vous contentez- vous d'admettre une déclaration faite par quelqu'un d'autre? Vous voyez la différence? Si j'admets une déclaration venant de vous et mets en cause cette déclaration, c'est une chose tandis que si je suis conscient d'enregistrer ma question est d'une autre qualité. N'est-ce pas? Alors que faisons-nous en ce moment? Sommes-nous conscients d'enregistrer? Tout en étant assis là, êtes- vous conscient en ce moment d'être en train d'enregistrer ce qui est dit ce qui signifie que vous écoutez efffectivement ce qui est dit. D'accord? Est-ce le cas? Ou vous préoccupez-vous encore du besoin qu'il y a d'enregistrer? Vous voyez la différence? Pouvons-nous avancer de la sorte, lentement?

Questioneur: Monsieur, on est conscient de se cramponner à ce qui est dit.

Krishnamurti: Oui, c'est cela. On est conscient de se cramponner à ce qui est dit. Alors, pourquoi se cramponne-t-on à ce qui est dit? Quand l'orateur dit: il n'y a pas d'orateur vous vous écoutez vous-même vous vous étudiez vous-même pourquoi vous cramponnez-vous à ce que déclare cette personne? Cela signifie en fait que vous ne vous écoutez pas.

Questioneur: Monsieur, on veut agir dessus.

Krishnamurti: Non, non, ce qui signifie Vous voyez la différence, M.? Si l'on vous dit que vous avez faim, c'est une chose mais si vous avez vraiment faim, c'est autre chose. Evidemment, n'est-ce pas? Alors, laquelle des deux est-ce? Avez-vous vraiment faim, ou vous dit-on que vous avez faim? Autrement dit, êtes-vous conscient que vous enregistrez vous cramponnant à une affirmation à une phrase, une conclusion, une idée, etc ce qui est un processus actif d'enregistrement? N'est-ce pas M.? Dès lors, pourquoi voulez-vous enregistrer ce qui est dit? Soit parce que l'orateur a une réputation ou parce que vous pensez qu'il en sait plus que vous ou que vous espérez qu'il résoudra vos problèmes vous dépendez donc d'autrui. L'autre dit: « Je vous en prie, ne dépendez de personne, l'orateur compris ». Vous suivez? Alors, soyons clairs là-dessus. Etes-vous conscient de tout le mouvement de l'enregistrement? J'entends, vous pouvez voir un magnétoscope en train d'enregistrer. N'est-ce pas? De la même façon, êtes-vous conscient que vous enregistrez? Ou vous a-t-on dit que vous enregistrez? Vous voyez la différence? Si on vous a dit que vous enregistrez, c'est une chose cela ne vaut rien, c'est comme une bande magnétique vous pouvez l'effacer, la remplacer par une neuve tandis que si vous découvrez par vous-même que vous enregistrez et posez la question: « Pourquoi est-ce que j'enregistre y a-t-il une quelconque nécessité d'enregistrer? » Nous pouvons alors avancer nous pouvons alors communiquer les uns avec les autres. Mais si vous dites « eh bien vous avez dit telle chose hier au sujet de l'enregistrement cette idée m'a terriblement intéressé, parlons-en » cela reste alors au niveau verbal, cela n'a aucun sens. Tout au moins pour moi, cela ne veut rien dire du tout. Tandis que si vous dites « Je veux découvrir pourquoi j'enregistre » pouvons-nous poursuivre dans ce sens?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Pourquoi enregistrez-vous alors que vous en êtes conscient? Vous enregistrez évidemment en présence d'un danger. N'est-ce pas? Un précipice, un serpent, un animal ou un homme dangereux ou une automobile qui se précipite sur vous, c'est un danger. Vous l'enregistrez aussitôt afin de vous en protéger. Et vous enregistrez aussi en présence du plaisir. Ainsi, ce processus se poursuit tout le temps. L'enregistrement de tout ce qui est dangereux. N'est-ce pas? Et aussi de tout ce qui procure un grand plaisir. On peut dire que l'enregistrement commença avec le premier homme l'homme des cavernes, quel qu'ait été leur mode de vie. Il est clair qu'ils devaient enregistrer le danger sous peine d'être détruits. Découvrons donc en quoi il est dangereux pour nous d'enregistrer et nous pourrons alors passer à la suite. Quelles sont dans la vie les choses dont l'enregistrement est le plus dangereux? Ne pas dépendre d'opinions individuelles. Je me demande si je suis clair.

Questioneur: Oui. Oui.

Krishnamurti: Car ce qui pour moi serait extrêmement dangereux pourrait, pour vous, paraître trop futile. Il doit donc y avoir un facteur commun à tout être humain le contraignant à enregistrer le danger afin de l'éviter. N'est-ce pas? Le danger requiert un évitement, ne pas l'approcher ne pas le toucher, ne pas s'y impliquer. N'est-ce pas, Monsieur? Alors, qu'est-ce qu'il y a de plus dangereux pour nous, êtres humains?

Questioneur: Ce qui dérange l'esprit.

Krishnamurti: Non non. Physiquement. Qu'y a-t-il de plus dangereux? Pas ce qui dérange l'esprit. Vous vous égarez Commencez par le plus élémentaire.

Questioneur: C'est cela qui me dérange, c'est le plus dangereux pour moi.

Krishnamurti: Voyez-vous, c'est ce que j'essayais d'éviter. Pour moi, ce qu'il y a de plus dangereux comme je l'ai dit, pourrait ne pas être aussi dangereux pour un autre. Alors, si je puis me permettre ne soyez pas personnel en disant: voilà ce qui pour moi est dangereux. Voyez ce qui est spécifiquement dangereux pour l'homme.

Questioneur: La menace physique.

Questioneur: Ce qui menace la survie.

Krishnamurti: Oui, c'est-à-dire la non-survie. Ne pas survivre. Ce qui signifie Pardon, je m'exprime mal. Le besoin est de survivre. Tout ce qui détruit cette survie est dangereux. N'est-ce pas? Pour tous les être humains, pas pour vous ou moi, pour nous tous.

Questioneur: Pourquoi?

Krishnamurti: Pourquoi? Pourquoi devrions- nous survivre?

Questioneur: Puis-je reformuler la question? Qu'y a-t-il de plus important que la survie?

Krishnamurti: Attendez Monsieur, nous allons y venir doucement.

Questioneur: Pardon.

Krishnamurti: Allez-y, Monsieur. La survie; et la dame dit: pourquoi devrions-nous survivre? Non, c'est une question sérieuse. Pourquoi devrions- nous survivre? Quel est ce besoin de survie, et cette urgence ce besoin d'exister, de survivre, de vivre? Allez-y Messieurs, répondez-y.

Questioneur: L'instinct.

Krishnamurti: L'instinct. Ce n'est pas cela. Les oiseaux ont l'instinct de survie, les animaux les reptiles, les formes les plus élémentaires vous savez, tout demande à survivre.

Questioneur: Le plaisir de la vie.

Questioneur: La peur de la mort.

Krishnamurti: La peur.

Questioneur: Parce que nous pensons qu'il est important de survivre.

Krishnamurti: Je ne vois pas pourquoi vous posez même cette question: quel besoin y a-t-il de survivre. Vous êtes ici présents! Si vous n'aviez pas voulu survivre, vous ne seriez pas ici ni vous, ni aucun de nous ne seraient ici présents les parents ne nous auraient pas produits, ils n'existeraient pas plus. Donc le monde n'existerait pas. Nous devons donc enregistrer tout ce qui met en danger la survie. N'est-ce pas? Physiquement, il faut s'écarter d'une voiture qui se précipite sur nous. N'est-ce pas? Il faut donc une sorte d'enregistrement afin de protéger l'organisme. N'est-ce pas? Avoir un toît, des vêtements, de la nourriture c'est apparemment naturel chez tout être vivant. Et nous évitons donc tout ce qui est dangereux. N'est-ce pas? Approfondissons cela un peu plus. La croyance est-elle un danger pour la survie physique?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Vous n'avez donc pas de croyance.

Questioneur: J'ai une certaine croyance une croyance conditionnée qui ne ...

Krishnamurti: Je comprends, Monsieur, Je comprends. Je crois en quelque chose ou en une idée, un but, etc., une croyance je demande donc à chacun d'entre nous: la croyance est-elle un danger pour la survie physique?

Questioneur: Non.

Questioneur: Elle pourrait l'être.

Questioneur: En Irlande du Nord.

Krishnamurti: En Irlande du Nord.

Questioneur: N'abordons pas la politique en ce moment, s'il vous plaît.

Krishnamurti: Je le sais

Questioneur: Une conscience mal orientée peut ...

Krishnamurti: Non, non, je vous en prie. Je parle de la croyance, n'abordez pas trop de choses à la fois. Prenez un facteur, poursuivez-le pas à pas. La croyance met-elle la survie en danger? Je crois au catholicisme et vous êtes protestant je suis un catholique, les objets de nos croyances diffèrent. Voyez ce qui se passe en Irlande du Nord ce qui se passe au Moyen Orient, etc., etc. Pour ce qui est de la survie physique, il semble que la croyance constitue le plus grand danger.

Questioneur: Monsieur, a-t-on besoin de croyance en matière de technique?

Krishnamurti: En matière de technique, pourquoi avez-vous, même là, une croyance? Vous travaillez, apprenez, et poursuivez votre chemin. Non, contentez-vous de creuser vous-même la chose ne m'interrogez pas mais découvrez si vous avez une croyance, quelle qu'elle soit et cette croyance ne divise-t-elle pas les gens? Une croyance peut être une conclusion, un concept une opinion fortement enracinée.

Questioneur: Un préjugé.

Krishnamurti: Tout cela. On peut aligner toutes sortes de mots mais découvrons si chacun de nous a une croyance quelconque selon laquelle je suis un Chrétien, un Anglais un Français – vous savez, tout cela. N'est-ce pas là un formidable danger pour la survie physique?

Questioneur: Oui Monsieur.

Krishnamurti: Vous dites oui, Monsieur, mais en êtes-vous libéré?

Questioneur: Non Monsieur. (Rires)

Krishnamurti: Ah, alors

Questioneur: Croyance dans le bien dans chacune de ces croyances.

Krishnamurti: Je sais. A l'école, nous enseignons toutes ces choses. L'histoire peut donc se réécrire différemment.

Questioneur: La croyance est assurément une bonne chose.

Krishnamurti: Vous n'êtes pas vraiment intéressé à découvrir par vous-même. Pour l'amour du ciel, écoutez! Voulez-vous vraiment sérieusement découvrir s'il y a nécessité d'enregistrer et l'absurdité psychologique de toute forme d'enregistrement? Nous discutons de cela. Si vous dites que la croyance est un danger, alors pourquoi y tenez-vous en disant: je suis un Hindou, vous êtes un Musulman, ou un Juif ou vous êtes un communiste – pourquoi tenez-vous à ces mots?

Questioneur: Peut-être parce que l'on ne voit pas entièrement la chose.

Krishnamurti: Ainsi, ce Monsieur suggère que l'on ne voit pas entièrement ceci. Le danger, vous ne voyez pas entièrement le danger de toute forme de croyance, qui est évidemment un non-fait. Pourquoi tenez-vous à cela?

Questioneur: Toute croyance est une structure de soutien.

Krishnamurti: Oui, la croyance est un soutien. Si c'est un soutien dangereux, pourquoi ne pas le laisser tomber?

Questioneur: Nous en avons laissé tomber quelques-uns, mais ...

Krishnamurti: Ah! (Rires)

Questioneur: Mais pas tous je les lacherai peut-être une fois que je les aurai tous vus.

Krishnamurti: C'est pareil pour nous tous, Monsieur nous voulons conserver ceux qui nous sont agréables confortables, et nous écartons les autres.

Questioneur: Puis-je me permettre de suggérer que ce ne sont pas les sensations physiques d'une expérience dangereuse que nous enregistrons, mais le raisonnement que nous lui consacrons, que nous enregistrons dans notre esprit.

Krishnamurti: C'est exact, Monsieur. Avançons pas à pas là-dedans, Monsieur. Nous avons parlé de la survie physique disant que tout ce qui met celle-ci en danger doit être absolument évité si l'on veut survivre. Et la croyance – toute division entre les gens est très destructrice. N'est-ce pas? Si vous êtes un chrétien et moi un bouddhiste je lutte pour mon bouddhisme et vous, pour autre chose il n'y a pas de sécurité physique. Chaque guerre l'a démontré. N'est-ce pas? Chaque guerre est la conséquence de notre conditionnement particulier de nos croyances personnelles, etc., etc. Alors, laisserez-vous tomber toutes ces croyances parce qu'elles sont ce qu'il y a de plus dangereux pour la survie?

Questioneur: Voulez-vous dire que quiconque croit en quoi que ce soit parmi ceux que vous mentionniez hier – politiciens prêtres, gourous – n'est pas honnête avec lui-même et que seul Krishnamurti peut énoncer la vérité? (Rires) Que la seule vérité est celle qui vient de vous et que nous ne devons rien croire de personne?

Krishnamurti: Je n'ai pas tout entendu, Monsieur que quelqu'un ayant compris me le répète, s'il vous plaît.

Questioneur: Ce n'est pas la croyance qui menace la survie mais la croyance en la croyance qui la menace c'est une tournure d'esprit le sentiment que la croyance est une vérité éternelle.

Krishnamurti: Monsieur, les drogues mettent en danger la survie la boisson est dangereuse, de même que fumer, et tout cela laissons-nous tomber toutes ces choses parce qu'elles sont dangereuses?

Questioneur: Au vu d'une cigarette ...

Krishnamurti: C'est bien cela, Monsieur. En fait, nous discutons intellectuellement verbalement de cette idée de survie. Nous ne nous soucions pas vraiment de notre survie. Nous nous contentons d'exister. Alors, avançons à partir de là. Pourquoi enregistrez- vous psychologiquement?

Questioneur: La peur.

Krishnamurti: Non, regardez seulement. Regardez en vous-même. Je puis répondre très rapidement à ces questions, mais veuillez chercher. Il s'agit d'une conversation entre nous deux nous deux, c'est nous tous, vous et moi, une conversation au cours de laquelle nous disons: pourquoi vous, ou moi enregistrons-nous quoi que ce soit psychologiquement?

Questioneur: Parce que nous ne pouvons faire autrement. Cela se fait ainsi.

Krishnamurti: Ce pourait-être notre conditionnement. Ce pourrait-être notre éducation. Ce pourrait-être notre condition sociale, économique, etc., etc. Nous sommes donc conditionnés à admettre cet enregistrement psychologique. Nous disons à présent: très bien, c'est un fait. Alors, pourquoi?

Questioneur: En fait, est-ce qu'on enregistre effectivement?

Krishnamurti: Oui, on enregistre effectivlement, c'est là un fait. Mais je demande pourquoi. Découvrez donc. Posez-vous la question suivante, Monsieur, pas à moi, à vous-même: j'enregistre mes peines, mes plaisirs, ce que vous m'avez dit ce que vous n'avez pas fait, vos gronderies, des dizaines de choses. Pourquoi est-ce que j'enregistre psychologiquement?

Questioneur: Un enregistrement biologique pour protéger l'organisme est traduit au niveau psychologique.

Krishnamurti: Il y a l'enregistrement biologique qui est nécessaire, nous l'avons dit et l'enregistrement psychologique. Nous avons dit: pourquoi enregistre-t-on tant soit peu psychologiquement?

Questioneur: Par sécurité. Pour se sentir en sécurité.

Krishnamurti: Est-ce le cas? Ou vous isolez-vous ce qui vous donne l'illusion d'être en sécurité? Vous ne

Questioneur: Parce que nous n'avons pas le choix.

Questioneur: Parce que nous pensons pouvoir résoudre les choses au moyen de la pensée.

Krishnamurti: Vous dites « nous n'avons pas le choix » – pourquoi?

Questioneur: C'est la nature humaine.

Krishnamurti: Non Le Monsieur a dit « nous n'avons pas le choix ». Qu'entendez-vous par le mot « choix »? Le danger est-il un choix? Et pourquoi choisissez-vous?

Questioneur: Le conditionnement.

Krishnamurti: Non, non, ne lancez pas ...

Questioneur: Biologiquement, disons que j'aime fumer, ou quoi que ce soit. D'accord? C'est dangereux, mais agréable, donc la pensée a un choix.

Krishnamurti: Oui. Nous essayons de découvrir le sens du mot « choix », Monsieur la profondeur de ce mot. Je choisis entre deux tissus pour un pantalon, ou un manteau.

Questioneur: Est-ce que cela existe?

Krishnamurti: Attendez, attendez. Choisir. Et je choisis d'aller à tel endroit, et pas à un autre. Je choisis ce gourou-ci, et pas celui-là. Je choisis de croire en ceci et pas en cela. Je vous pose la question, si vous voulez bien écouter pour découvrir pourquoi vous choisissez, quelle est la source de votre choix?

Questioneur: L'inattention.

Questioneur: Protection et plaisir, encore une fois.

Krishnamurti: Non, non. Quand choisissez-vous? Ne choisissez-vous pas quand vous êtes incertain?

Questioneur: Dans le conflit.

Krishnamurti: Pour celui qui est très clair, il n'y a pas de choix. C'est ainsi.

Questioneur: Quand vous ne savez pas.

Krishnamurti: Ah, Monsieur, ce qui signifie quoi? C'est exact, quand vous ne savez pas. Croyez-vous trouver

Questioneur: Vous pouvez choisir soit sur une certitude, soit sur une incertitude.

Krishnamurti: Oui, cela revient au même. Quand on est très clair, on ne choisit pas quand vous savez exactement quelle route prendre il n'y a pas de choix. Ce n'est que lorsque vous êtes incertain que vous commencez à choisir ou demander, interroger, découvrir. Je demande donc ceci: le choix n'existe psychologiquement que quand vous êtes confus, incertain – non? Quand vous êtes très clair, il n'y a pas besoin de choix. Ainsi, un esprit confus choisit. Cette déclaration vous laisse silencieux.

Questioneur: Pourrions-nous voir pourquoi l'esprit est confus?

Krishnamurti: Attendez, Monsieur. Je veux voir – regardez s'il vous plaît, M. Nous discutons, essayons de voir ensemble pourquoi le cerveau enregistre. Nous avons dit que biologiquement, organiquement le cerveau doit enregistrer. Psychologiquement, intérieurement pourquoi nous faut-il tant soit peu enregistrer? Quelqu'un a dit: parce que nous n'avons pas le choix. Et le mot « choix » implique de choisir entre ceci ou cela. Mais, quand vous voyez un danger, vous ne choisissez pas – d'accord? Vous voyez le danger et bougez. Vous ne dites pas: « Eh bien, je vais partir à droite ou à gauche c'est juste, c'est faux » (Rires) Alors, de même, je demande: psychologiquement, quel besoin y a-t-il d'enregistrer? Cela nous aide-t-il à nous protéger?

Questioneur: Oui. Quand on démarre dans la vie, on se préoccupe de la survie du corps mais l'esprit prend bientôt la relève la survie de l'esprit.

Krishnamurti: C'est ce que nous disons. La survie physique a glissé vers la survie psychologique. N'est-ce pas?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Alors, pourquoi?

Questioneur: Cela développe un sentiment d'identité.

Krishnamurti: D'identité avec qui?

Questioneur: Parce que nous ne savons pas vraiment ce qui est juste. N'en sommes pas certains.

Krishnamurti: Alors, vous voulez découvrir ce qui est juste.

Questioneur: C'est le choix.

Krishnamurti: Comment découvrez-vous ce qui est juste quand votre esprit est (rires) quelque peu incertain, et confus? Non, vous vous égarez, vous ne prenez pas une chose après l'autre. Veuillez m'excuser. Pourquoi est-ce que j'enregistre psychologiquement?

Questioneur: Parce que nous voulons enregistrer.

Questioneur: Parce que je ne suis pas intégral?

Krishnamurti: Non, Monsieur. Regardez en vous, vous le découvrirez.

Questioneur: Afin d'accumuler de l'expérience.

Krishnamurti: Afin d'accumuler de l'expérience c'est-à-dire du savoir, qui devient alors de la mémoire. Et sans mémoire, sans savoir, vous n'êtes personne. Donc nous disons: « bonté divine, il me faut du savoir sur » – n'est-ce pas? Sinon, je ne suis personne. Est-ce cela que nous disons? Vous ne réfléchissez pas à tout ceci.

Questioneur: On veut se protéger

Krishnamurti: On veut se protéger. Biologiquement, organiquement, il le faut. Nous avons très bien appris à le faire. En dépit des guerres, des terroristes, des victimes. Nous disons maintenant: vous protégez-vous psychologiquement? Que protégez-vous?

Questioneur: Je pense que c'est

Krishnamurti: Je vous en prie, répondez-moi. Que protégez-vous?

Questioneur: Toute cette mémoire.

Questioneur: L'idée que vous avez de vous-même.

Questioneur: Nos esprits sont tellement encombrés de leur contenu que celui-ci surpasse notre expérience corporelle. Nos esprits en ont jusque là et voilà pourquoi nous sommes plus conscients de nos esprits que de nos corps. Et nous pensons que c'est notre esprit qu'il faut protéger.

Krishnamurti: Vous accordez donc plus d'attention à votre corps et moins d'attention au cerveau.

Questioneur: Non, c'est l'inverse.

Krishnamurti: Oui, en s'embrouillant de plus en plus.

Questioneur: Oui. (Rires)

Krishnamurti: Voyez-vous Monsieur, nous enregistrons psychologiquement afin d'être quelque chose. N'est-ce pas? Psychologiquement. D'accord? J'enregistre mon lieu de naissance, cela, c'est simple. Le cerveau enregistre parce qu'il a été entraîné à admettre certaines strates sociales et psychologiquement, cela donne à la personne un statut une sensation de pouvoir, un sentiment de supériorité. Ainsi, psychologiquement cet enregistrement construit petit à petit l'ego, le « moi » – n'est-ce pas? N'en va-t-il pas ainsi? N'admettez pas ce que je dis, regardez-vous. Si vous n'enregistriez pas psychologiquement, auriez-vous un ego?

Questioneur: Non.

Krishnamurti: Evidemment pas. Psychologiquement, vous êtes aggressif, abrasif, violent cela vous donne un certain sentiment – vous savez – d'autorité une certaine assurance. Ainsi, ce processus graduel d'enregistrement psychologique forme le sentiment du « moi ». C'est là un fait, non? Moi, mon opinion, mes jugements, ma femme, mon mari ma petite amie, votre petite amie, ma maison, ma qualité mon expérience, mes blessures, mes peurs je suis tout cela, psychologiquement. N'est-ce pas? C'est un fait. Inutile d'être d'accord avec l'orateur, c'est ainsi. Ensuite, je me dis: pourquoi est-ce que je construis cet ego pourquoi y a-t-il cette formation continuelle du moi?

Questioneur: Pour le protéger.

Krishnamurti: Que protégez-vous?

Questioneur: J'essaye seulement de m'y accrocher, de plus en plus.

Krishnamurti: Oui, Monsieur. Après l'avoir construit, vous vous y accrochez vous y cramponnez, disant: « je n'ose pas le démolir ».

Questioneur: Comme un château de sable.

Krishnamurti: Oui, de sable Ne souriez-pas. Restez avec une seule chose. Donc je dis: quel besoin a-t-on de cela? Car cela cause énormément de soucis, une vive douleur. J'ai peur, je suis effrayé, anxieux, jaloux je suis avide, il ne faut pas-il faut que j'existe, vous suivez? cette bataille continue perpétuellement se renforçant, s'intensifiant de plus en plus, émotionnellement. Et qu'est-ce que je construis? Quelle est la réalité de cette structure? Vous comprenez? Réalité dans le sens où la chose est réelle ce micro devant moi est réel. Je peux concrètement le toucher. Puis-je toucher la structure psychologique du « moi »? Je ne le peux pas. C'est donc seulement un assemblage de mots. Ceci est assez difficile à admettre. Dans la relation, on construit les blessures, la flatterie le réconfort et ainsi, petit à petit, cela me rend dépendant de vous. Et vous faites quelque chose qui me fait mal donc je me cramponne à vous pour ne pas être blessé. Et ainsi de suite. Alors, pourquoi faisons-nous cela?

Questioneur: Nous protégeons la part de nous-mêmes qui ne sait pas.

Krishnamurti: Ah, non. Nous ignorons ce qui arrivera faute d'une construction du « moi ». N'est-ce pas? Je vais le découvrir. Je le découvrirai si je dis « Très bien, je vais découvrir s'il existe un processus où la construction n'a pas lieu ». N'est-ce pas? Je découvrirai alors ce qui se passe. Mais se hasarder à deviner ce qui pourrait se passer à l'avance est une telle perte de temps et d'énergie!

Questioneur: C'est-ce qui cause la peur de le faire.

Krishnamurti: Ainsi: vous commencez à le construire la société y contribue, la religion y contribue tout contribue à entretenir la structure et puis vous avez peur de la perdre. N'est-ce pas? Et puis vous vous mettez à méditer sur la façon de vous débarrasser de ce « moi » – non? Alors, avant de voir comment se débarrasser du « moi » découvrons pourquoi vous l'avez construit.

Questioneur: Le besoin de pouvoir.

Krishnamurti: Oui, très bien, cela conduit au pouvoir – dîtes-le comme vous voudrez. Mais le fait est le suivant: cette perpétuelle affirmation cette perpétuelle construction du « moi », psychologiquement n'est-elle pas un grand danger? Un grand danger pour vos rapports avec votre femme votre petite amie, pour la société, pour tout. N'est-ce pas un grand danger le danger étant que vous êtes perpétuellement en lutte, en bataille?

Questioneur: Cela complique votre adaptation.

Krishnamurti: Non Monsieur, découvrez si vous avez conscience de construire le « moi »? Et à partir de cette structure vous avez de fortes émotions vous voulez exprimer, vous voulez affirmer.

Questioneur: Est-ce le besoin de plaisir?

Krishnamurti: Oui, très bien, c'est le plaisir et aussi la peur et aussi l'avidité et aussi la douleur continuelle, en étant blessé – vous savez. Alors ne prenez pas un seul élément en disant: « c'est cela », c'est tout l'ensemble.

Questioneur: Ne croyons-nous pas en un mythe n'y a-t-il pas un mythe selon lequel il n'y a pas de survie sans survie psychologique?

Krishnamurti: Ce pourrait être un mythe, Monsieur, mais ne pouvez-vous pas le rejeter?

Questioneur: Avons-nous été conditionnés à ce mythe?

Krishnamurti: Oui, si vous êtes conditionné à ce mythe ne pouvez-vous pas vous déconditionner l'esprit ne peut-il pas dire « ceci est absurde »? Voyez-vous, nous ne voulons pas faire cela et nous tournons sans cesse autour du pot. Si je suis aggressif, cela me donne du plaisir cela crée la structure de l'aggressivité me rendant violent, insolent, vulgaire, et j'aime cela. Très bien, restez-en là! Ne parlez pas de méditation, etc., etc., etc. Si c'est un fait, découvrez pourquoi vous enregistrez ces choses pourquoi vous vous accrochez, et pourquoi cela ne peut être totalement dissipé. Si vous dites que c'est impossible, c'en est fini. Très bien, c'est impossible. Si quelqu'un dit: « découvrez si c'est possible ou non » vous dites alors: « oh, vous vous bercez d'illusion vous êtes un âne, vous n'en savez rien ». Au lieu de quoi je suggère que psychologiquement il n'y a aucun besoin d'enregistrer et si vous en voyez le danger, le véritable danger comme vous voyez un précipice, le véritable danger de cette construction psychologique du « moi » vous découvrez alors comment on peut s'en libérer. Pas vous, vous en faites partie. Le « moi » ne sera aucunement toléré avec toutes ses opinions, jugements, évaluations aggressivité, peur, plaisir, vous savez, tout ce paquet.

Questioneur: Qu'en est-il des enregistrements déjà en place depuis l'enfance, quand vous étiez incapable de raisonner ainsi?

Krishnamurti: Qu'en est-il de l'enregistrement qui a eu lieu depuis l'enfance. Si vous voyez que l'enregistrement est dangereux l'enregistrement depuis l'enfance à nos jours disparaît.

Questioneur: Pourtant, nous ne le voyons pas, nous ne le voulons pas.

Krishnamurti: C'est tout ce que je dis, Monsieur. Nous n'en voyons pas le danger, nous aimons cela. Nous aimons, admettons notre peur, notre aggressivité nous aimons vivre en lutte perpétuelle avec nous-mêmes cela nous donne une sensation de bien-être, d'être au moins en vie. Et ainsi de suite.

Questioneur: Parce que c'est confortable, Monsieur.

Krishnamurti: Très bien, Monsieur, c'est confortable.

Questioneur: Que peut-on faire du vide qui subsiste?

Krishnamurti: Qu'allez-vous faire si vous êtes dans un vide. Vous voyez, vous ignorez ce qui se passera en l'absence d'enregistrement. Découvrez-le. Ne dites pas que vous vivrez dans un vide. Je vous dis qu'il n'en sera pas ainsi. Et alors? Au contraire, celui qui est en lutte perpétuelle ne vit pas.

Questioneur: Comment le découvrir?

Krishnamurti: Comment découvrir quoi?

Questioneur: Comment peut-on découvrir ce qu'il y a d'autre? Quelle est l'alternative à ce gros machin d'ego. Comment peut-on découvrir cette alternative? Comment s'y prendre?

Krishnamurti: Je ne comprends pas.

Questioneur: Vous avez un appât. (Rires)

Questioneur: Non, il ne comprend pas la première question.

Questioneur: Comment le faites-vous? Comment vous êtes-vous débarrassé vous de votre ego?

Krishnamurti: Comment savez-vous que je m'en suis débarrassé? (Rires) (Applaudissements) Non, Monsieur, ne vous souciez pas de moi. (Rires) Je m'y suis colleté depuis longtemps, depuis l'âge de quinze ans. En ce qui me concerne, il n'était probablement pas là à ma naissance. Mais cela ne vous concerne absolument pas. Ce qui vous concerne, c'est: pourquoi vous accrochez-vous à cette chose à cette malheureuse souffrance du « moi ». Et pour la fuir, vous partez en Inde revêtez des habits spéciaux, des chapelets – vous savez. (Rires) Toute cette absurdité qui a lieu.

Questioneur: Car nous vivons dans le passé ou le futur, pas dans le présent.

Krishnamurti: Ne vous préoccupez pas de moi, je vous prie. Contentez-vous de découvrir pourquoi vous construisez cette structure, voyez-en les conséquences les conséquences de cette structure et si vous l'aimez, si elle vous plaît si elle vous réconforte, sachez que ce réconfort comporte le terrible danger que vous souffriez, passiez par toutes sortes de névroses vous savez bien ce qui se passe. Si vous dites « cela me réconforte », restez avec.

Questioneur: En d'autres termes, nous sommes trop paresseux pour changer.

Krishnamurti: Oui. Alors, comment cela se fait-il? Je perçois, ou suis conscient que je construis cette structure la pensée construit tout le temps cette structure en dormant, marchant, rêvant, rêvassant se préocuppant tout le temps d'elle-même. Alors, de quelle manière, par quel processus met-on fin à la chose? Vous ne posez pas cette question.

Questioneur: Si vous permettez, je me demande pourquoi je collectionne ces choses qui m'identifient pourquoi ces questions sur le dépassement du moi?

Krishnamurti: Non, c'est moi qui vous le demande.

Questioneur: Je comprends. Je ne m'adresse pas à une personne. Je dis: comment un « je » fait-il ceci?

Krishnamurti: Je vais vous le montrer dans un instant, regardez.

Questioneur: OK.

Krishnamurti: Est-ce pour vous un fait que vous construisez psychologiquement cette structure illusoire à laquelle est attribuée une telle réalité? Tout d'abord, êtes-vous conscient de la structure?

Questioneur: Je pense que oui.

Krishnamurti: Si l'on en est conscient, qu'entend-on par « en être conscient »? Nous voilà revenus à la première question: quel rapport y a-t-il entre la lucidité et la foi? Il n'y en a aucune. La foi n'est pas un fait. C'est une croyance.

Questioneur: Définissez la foi. Que signifie pour vous la foi?

Krishnamurti: Rien. Ne vous souciez pas de Alors, êtes-vous conscient de la structure? Soyons sérieux pendant 5 minutes, s'il vous plaît. Etes-vous conscient en vous-même de la structure? Si vous l'êtes, qu'entendez-vous par être conscient? Y a-t-il une dualité dans cet état conscient, c'est-à-dire « je » suis conscient de cela? Comprenez-vous ma question, Monsieur?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Je suis conscient de cette lumière, cette lumière est distincte de moi. Est-ce que je me trouve dans une situation semblable quand je dis: je suis conscient de la structure la structure étant distincte de moi? Ou la structure est-elle moi?

Questioneur: Cela procure une sensation très désagréable.

Krishnamurti: Non, non. Ce n'est pas une question de confort ou d'inconfort. Ecartez ces choses, s'il vous plaît excusez-moi, vous ne faites là que revenir à quelque chose à savoir: je suis conscient comme si la structure était une chose distincte de moi tout là bas, ou tout près, et ce « moi » qui est conscient est-il distinct de cela? Ou suis-je cela? Vous comprenez?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Evidemment. D'accord? Je suis cela. C'est-à-dire, l'observateur est l'observé. N'est-ce pas?

Questioneur: Il s'agit de savoir si c'est vrai ou pas.

Krishnamurti: Non, non. Mettez cela en question, Monsieur, n'hésitez pas, c'est si simple. J'ai construit cette structure, la structure a été construite. Et une partie de la structure dit: je suis distinct de la structure. Je suis l'âme, je suis le grand homme, etc., etc. Ou je suis empli de savoir et la structure n'est pas le savoir. Vous suivez? Je demande donc: voyez-vous la structure comme une chose distincte de vous?

Questioneur: Non.

Krishnamurti: Si votre « non » est véritable, cela signifie quoi donc?

Questioneur: (Inaudible)

Krishnamurti: Non, simplement Monsieur. Pour une demi-heure je vous en prie, appliquez vos esprits à ceci. Etes-vous distinct de votre aggressivité? Bien sûr que non. Vous êtes votre aggressivité, elle fait partie de vous.

Questioneur: Mais nous ne pouvons la changer seuls.

Krishnamurti: Non. Qui est ce « nous »?

Questioneur: J'entends par là nous-mêmes. Nous pouvons changer.

Questioneur: Si je n'étais que mon aggressivité, je n'en saurais rien.

Krishnamurti: Oh oui, vous le sauriez.

Questioneur: Comment?

Krishnamurti: Vos amis vous diraient « ne sois pas si aggressif ». (Rires) de vrais amis. (rires)

Questioneur: Vous nous demandez de regarder en nous, ce qui implique sûrement ...

Krishnamurti: Non Madame, je demande ceci écoutez calmement, je vous prie, si vous permettez. Je demande: comment observez-vous cette structure? Vous pouvez observer un bâtiment, le voir séparé de vous. Mais cette structure, vous ne pouvez la séparer dire « cela n'est pas moi », c'est bien vous. Vos peurs, disputes, ambitions, votre aggressivité vos anxiétés, toute cette structure est vous. C'est incontestable.

Questioneur: Mais vous n'êtes pas une chose unifiée. Vous êtes toutes sortes de choses et elles sont toutes en conflit les unes avec les autres.

Krishnamurti: C'est ce que je dis.

Questioneur: Je puis prendre le parti d'un de vos aspects vous pouvez observer l'autre.

Krishnamurti: Non. L'observateur fait partie de l'observé.

Questioneur: Oui, mais vous ne pourriez vous observer en totalité si

Krishnamurti: Oh, oui. Je peux observer, je peux dire: je suis la peur. Le lendemain, je dis: je suis le plaisir. Le surlendemain je dis « oh, je suis tellement jaloux ». Mais cela fait partie de l'ensemble. Voici maintenant ce que je dis. S'il vous plaît si je puis me permettre, faites bien attention à ceci: aussi longtemps que le « moi » se sépare de la structure qu'il se distingue de la structure tant qu'existe cette division, il y aura conflit il y aura lutte, il y aura disputes il y aura anxiété, et tout le reste. Mais le fait est que la structure est vous.

Questioneur: Monsieur, le conflit paraît être intérieur, dans l'individu et il semble en quelque sorte y avoir un conflit entre ce que vous disiez au sujet des sens qui ne sont pas totalement éveillés, et l'esprit l'esprit intellectuel qui veut se colleter aux problèmes individuels, aux peurs ou aux tendances.

Krishnamurti: Non Monsieur, tout cela est inclus dedans. Vos tendances individuelles, vos idiosyncrasies votre talent particulier, ou votre manque de talent vos aptitudes – incluez tout ce que la pensée a réuni en tant que « moi ». Voilà la structure qu'a créée la pensée. Puis la pensée dit: « je suis distinct de la structure ».

Questioneur: Je ne crois pas que tout le monde se pense distinct de la structure.

Krishnamurti: Je ne sais pas.

Questioneur: Eh bien, pas moi.

Krishnamurti: Vraiment? Je ne m'adresse pas à vous à titre personnel, Madame mais je demande simplement: chacun de nous se rend-il compte que nous sommes la structure et que la structure n'est pas distincte de nous? Si vous vous en rendez compte, si c'est un fait concrêt alors, une toute autre action a lieu.

Questioneur: Voulez-vous dire que la partie de nous qui est faite de notre croyance est notre coquille externe et que pour pouvoir croître et évoluer il nous faut franchir quelque chose ...

Krishnamurti: Non, non, non. Je ne dis rien de la sorte. Je dis simplement, Monsieur ne traduisez pas ce que je dis selon votre propre – vous savez – quand je parle en Inde, malheureusement ou heureusement ils traduisent ce que je dis dans leur propre langue et la plupart des langues en Inde dérivent du Sanskrit et les mots dont ils se servent sont chargés de tradition de toutes sortes de significations. Je dis – et je vous en prie, ne traduisez pas ce que je dis contentez-vous d'écouter ce que je dis ce qui est très difficile, car c'est immédiatement traduit. Ils pensent qu'en traduisant ils ont compris. Ils ont compris le sens traditionnel disons, par exemple, de la conscience lucide. Ils ont pour cela un mot en Sanskrit lequel comporte toutes sortes de connotations. Alors, je vous prie, je dis simplement que tant qu'il existe une différence entre la structure et l'observateur il y a inévitablement refoulement, conflit fuite, départ pour l'Inde afin de découvrir comment faire ceci ou cela, comment méditer certainement pas comment faire la cuisine, etc., etc. Tandis qu'en présence de la vérité du fait que l'observateur est l'observé la structure est moi, « moi » n'étant pas distinct de la structure il y a alors une toute autre action. Voilà à quoi je veux en venir.

Questioneur: Monsieur, si vous réalisez cela et qu'il y a une sorte de silence comment le conserver et ne pas revenir en arrière?

Krishnamurti: Quand vous voyez le danger, un précipice, ou un animal dangereux vous n'y revenez pas, c'est terminé.

Questioneur: Il me semble que ce processus de séparation est un processus fondamental de tout conditionnement qui se poursuit, et tout ce que je parais faire pour tenter de m'opposer à ce conditionnement semble toujours n'être qu'une autre face de ce conditionnement.

Krishnamurti: Oui, Monsieur.

Questioneur: Comment diable puis-je contourner cela?

Krishnamurti: Je vous montre quelque chose, et vous ne voulez pas écouter. Non qu'il vous faille écouter, M., mais je vous indique quelque chose. Quand vous dites « je suis ce conditionnement le conditionnement n'est pas distinct de moi » quand ceci devient une vérité absolue, irrévocable, un fait il émane alors de ce fait une toute autre action.

Questioneur: Que se passe-t-il alors?

Krishnamurti: Ah! Que se passe-t-il alors – c'est exactement cela. Pour commencer, vous ne vous y colletez pas mais vous dites: racontez- moi ce qui se passe. (Rires) Vous ne voulez pas gravir la montagne, qui est ardue dangereuse, qui exige de vous la légèreté, que vous vous encordiez nous avons joué à tout ceci, l'avons fait, en partie. Il est dangereux de gravir des montagnes. Vous y allez donc avec légèreté – n'est-ce pas? pas avec de lourds sacs, et tout le reste. Ceci demande donc que vous travailliez, que vous regardiez. Mais malheureusement, toutes sortes d'interruptions ont lieu. Ce matin, j'ai vu certains d'entre vous faire des exercices – qu'ils soient bons ou mauvais, c'est votre affaire – mais ici, vous ne consacrez même pas 10 minutes à cette découverte. Découvrez ce qui se passe en fait quand l'observateur de la structure quand cet observateur et la structure ne font qu'un. Vous découvrirez alors qu'il n'y a aucun conflit. N'est-ce pas? Quand vous êtes cela, que pouvez-vous faire? Vous suivez, Monsieur? Il n'y a donc pas de conflit et par conséquent il y a l'énergie. Je n'irai pas plus loin car c'est trop Là où il y a énergie totale, il y a vacuité. Cela suffit pour aujourd'hui, n'est-ce pas? Peut-être pourrions-nous poursuivre cela jeudi. Seriez-vous d'accord?

Questioneur: Oui.

Krishnamurti: Bien.

Première Questions et Reponses à Brockwood Park

Mardi 29 Août 1978

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