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Existe-t-il une sécurité de type psychologique?

Troisième Causerie Publique à Saanen

Jeudi 12 Juillet 1979

Saanen, 3ième Causerie Publique, le 12 Juillet 1979

Il semble que nous ne pensions jamais sérieusement à fond aux choses. Nous allons à mi-chemin et y renonçons. Et je pense que nous ne sommes pas assez sérieux pour approfondir ceci. Si vous le permettez, j'aimerais discuter avec vous non seulement de ce dont nous avons parlé en réfléchissant ensemble, mais encore du problème de la sécurité pourquoi les êtres humains sont-ils partout dans le monde à la recherche de sécurité psychologique? La sécurité physique nous est nécessaire. Il nous faut nourriture, vêtements et abri. Et il semble que l'homme n'ait pas réussi au cours des millénaires à organiser sa société en sorte que chacun puisse avoir en suffisance nourriture, vêtements et abri. Bien des révolutions se sont efforcées d'y parvenir totalitaires ou autres, mais elles n'ont apparemment pas réussi. Serait-ce dû à notre quête de sécurité physique, et ce désir de sécurité physique s'est psychologiquement saisi des besoins physiques? Comprenez-vous ma...? On a besoin de sécurité physique et c'est là la fonction d'une bonne société. Nous allons voir dans un instant ce qu'est une bonne société. Et pourquoi les êtres humains ont-ils été incapables d'y veiller bien qu'ils aient l'aptitude, l'énergie nécessaire pour organiser pour veiller à ce que tous les êtres humains aient en suffisance. nourriture, vêtements et abri. Voilà un des problèmes.

Voici l'autre: chaque être humain est en quête de sécurité psychologique, d'une sécurité intérieure reposant sur la croyance s'y accrochant, espérant par là trouver la sécurité dans une croyance un idéal, une personne, un concept, une expérience et lui arrive-t-il jamais de trouver la sécurité dans tout ceci? Comprenez-vous ma question?

Et s'il ne la trouve pas, pourquoi s'y accroche-t-il? Comprenez-vous ma question? Si vous voulez bien, réfléchissons ensemble à cette question. C'est-à-dire, si vous voulez bien écarter votre propre vanité votre propre préjugé vos propres conclusions pour réfléchir ensemble à ce problème. Ce qui signifie que vous n'acceptez pas ce que dit l'orateur pas plus que vous acceptez vos propres conclusions puisque vous n'en avez aucune, vous les avez écartées. Réfléchissons donc à ceci très attentivement et ce pourrait être là un des facteurs. de ce que les êtres humains ont tellement peur. Pourquoi l'esprit se cramponne-t-il à un certain souvenir, à une expérience particulière s'accrochant à une croyance qui a perdu toute signification, pourquoi? Parlons-en ensemble.

Soit il est incapable de voir les faits soit il se complait à vivre dans une illusion, dans une croyance qu'il s'est forgée et qui n'a aucun rapport avec l'actuel: ...l'actuel signifiant ce qui a lieu maintenant. Ou il fait une distinction entre expérience, idée, idéal croyance qu'il considère comme inexactes mais il s'y cramponne parce qu'il est intellectuellement incapable d'effectuer une recherche. Vous suivez? Alors, avançons pas à pas.

Avez-vous une croyance quelconque à laquelle vous tenez? Et si vous tenez à une croyance, quelle est-elle? Comment voit-elle le jour? Soit par des siècles de propagande comme l'on fait la plupart des religions c'est là leur métier, leur investissement. Une croyance a été créée au cours des siècles et on l'accepte naturellement depuis l'enfance, et il est plus facile de suivre le produit d'une telle tradition que de rompre avec elle. Suivez-vous tout ceci? Si vous n'avez pas de croyances particulières, alors des idéaux. Le mot idée vient, je crois, du grec et signifie voir, observer. Comprenez-vous? Non d'observer puis de tirer une conclusion qui devient une idée. En réalité le mot « idée » signifie observer. Alors, avons-nous des idéaux, c'est-à-dire, le futur? Le futur qui va devoir s'accomplir. L'idéal a été projeté à partir des expériences du passé de certaines conclusions que l'on a rassemblées et d'où l'on projette un idéal historique, mondial ou personnel. N'est-ce pas? C'est-à-dire le passé projetant un concept en tant qu'idéal, lequel se situe dans le futur, et se conformant au futur, à cet idéal. C'est un même mouvement, venant du passé se modifiant à travers le présent, vers le futur. C'est clair, n'est-ce pas? Il s'agit donc de voir que quand vous avez un idéal il y a forcément une contradiction dans votre vie quotidienne car cet idéal est une chose irréelle, – n'est-ce pas? – non factuelle. Mais le factuel est ce qui a lieu, d'où un conflit une adaptation, une imitation, une division. Il y a donc continuellement un réajustement de nos actions face à quelque chose de non factuel. Je demande si vous voyez. Cela est illusoire, ceci est réel.

Maintenant, après cette explication très minutieuse nous pouvons entrer bien plus dans les détails. Voyez-vous effectivement ce fait? Ou êtes-vous déjà en train de le traduire en idée? Suivez-vous? Observez-vous, je vous prie. Ainsi, si l'on a un idéal il s'agit de voir la nature de l'idéal. comment cet idéal prend naissance. Lenine, tous les Marxistes, les Maoistes ont ces idéaux après avoir étudié l'histoire, avoir tiré leur propre conclusion sur l'histoire, puis projeté les idées et puis obligant les êtres humains à se conformer à cet idéal. Alors vous, en tant qu'être humain réfléchissant très attentivement à ceci, en voyez-vous la fausseté et par conséquent le laissez-vous tomber? Ou sentez-vous qu'ayant un idéal vous faites quelque chose vous êtes actif, vous accomplissez, réalisez votre idéal? Et cela procure beaucoup de satisfaction, de vanité, une raison d'être. Suivez-vous tout ceci?

Alors, après avoir parlé ensemble – ensemble – écarte-t-on ses idéaux? Si vous le faites, vous demandez alors est-il possible de faire concrètement face à ce qui arrive? Pas en fonction de l'idéal afin d'évaluer ce qui se passe selon l'idéal, mais en ayant l'aptitude de faire face à ce qui se passe effectivement. L'observation de ce qui se passe concrètement ne comporte aucun conflit: vous observez. Je me demande si vous le voyez? Sommes-nous ensemble ici, ou suis-je...? S'il vous plaît, ne perdez pas de vue que nous pensons à ceci ensemble.

Il est très important que non seulement on apprenne à écouter convenablement mais encore que l'on soit apte – ce qui vient naturellement si l'on s'y intéresse – capable de discerner le faux, et c'en est fini. Je vais écarter mon opinion, je ne la laisserai pas intervenir. Et pouvons-nous ensemble, écarter touts nos idéaux? Car nous sommes en train de réfléchir ensemble à ceci car notre investigation porte sur cette question de la sécurité. Nous pensons être en sécurité en poursuivant un idéal si faux, si irréel, si dépourvu de valeur soit-il il procure le sentiment d'une certaine raison d'être. Et ce sentiment d'une raison d'être procure une certaine qualité d'assurance, de satisfaction, de sécurité. N'est-ce pas? Pouvons-nous poursuivre? Il ne s'agit pas de poursuivre verbalement, mais concrètement en ayant écarté vos idéaux.

Nous nous penchons donc sur la question de la sécurité. Et pourquoi partout dans le monde les humains s'accrochent-ils à l'expérience? Posez-vous cette question, s'il vous plait. Non seulement les expériences sexuelles mais encore les prétendues expériences spirituelles, qui sont bien plus dangereuses. Vous êtes en train de vous promener tout seul, ou en compagnie et ressentez soudain une sorte d'extase un enchantement, et vous conservez cette expérience, vous y accrochez. La chose est terminée – n'est-ce pas? – il en reste le souvenir et l'on s'accroche à ce souvenir appelé expérience. En fait, le mot « expérience » signifie traverser. Il s'agit de l'éprouver et d'en finir non de garder en mémoire ce qui s'est passé. S'agissant particulièrement des expériences dites psychologiques ou expériences religieuses dont les manifestations sont très subtiles l'esprit humain éprouve un enchantement à l'égard d'une chose sortant de l'ordinaire. L'ordinaire étant ce qui a lieu quotidiennement. Et ce qui s'est soudainement manifesté, ou qui s'est manifesté à la suite d'un travail inconscient j'espère que vous suivez tout ceci – pourquoi s'y accrocher? Cela procure-t-il le sentiment d'avoir connu une expérience? Ce qui sort de l'ordinaire et qui procure un enchantement un grand plaisir, et cette expérience comporte une certaine qualité de sécurité du fait que l'on a éprouvé une chose tout à fait différente de « ce qui est ». N'est-ce pas? Suivez-vous tout ceci?

Et la croyance, l'idéal, l'expérience, les souvenirs procurent-ils la sécurité? Une vraie sécurité, comme la sécurité physique? Suivez-vous tout ceci? Ou l'esprit aime-t-il vivre dans une certaine zone d'illusion? S'il vous plaît, nous sommes en train de penser ensemble non de nous livrer à de la propagande ...ou d'essayer de vous convaincre de quoi que ce soit. Mais nous essayons de découvrir ensemble pourquoi les être humains s'accrochent à des illusions qui sont évidentes pour un autre. Serait-ce que, comme nous l'avons dit, cela leur donne un fort sentiment de supériorité? « Ah, j'ai éprouvé quelque chose que vous autres n'avez pas eu ». C'est tout le clavier dont les gourous font usage vous savez bien: – « je sais, et vous, ne savez pas. » Et pourquoi les êtres humains vivent-ils ainsi? Pourquoi vous-même, ou untel, vivez-vous ainsi? Réfléchissez-y, je vous en prie. Pensons-y ensemble, car votre expérience est personnelle inclusive, égocentrique, et il en va de même pour autrui. Ainsi, votre expérience diffère toujours de la mienne ou de celle d'un autre et la mienne est de meilleure qualité que la vôtre de sorte que cette division se perpétue. Alors, tout en réfléchissant ensemble à ceci sommes-nous toujours accrochés à nos expériences à nos croyances, nos idéaux, nos conclusions sachant que ce ne sont que structures verbales que choses terminées, finies, du passé? Pourquoi nous accrochons-nous? Serait-ce que nous voulons vivre dans certaines illusions qui nous enchantent? Alors, la sécurité réside-t-elle dans les illusions? Il semble qu'une grande majorité de gens partout dans le monde, aime vivre dans des illusions, que ces illusions soient scientifiques religieuses, économiques ou nationales. Ils paraissent aimer cela. Et peut-être sommes-nous sérieux, et, ne désirant pas que des distractions, nous sommes profondément préoccupés par la structure sociale qui est destructrice dangereuse, et nous autres êtres humains proclamons qu'il faut engendrer une autre qualité d'esprit et une société différente.

Nous demandons donc: pourquoi trouvons-nous la sécurité dans les illusions? Découvrez-le s'il vous plaît. Et pourquoi nous est-il impossible de faire face aux faits? Disons, par exemple, que l'envie est le lot commun de toute l'humanité. N'est-ce pas? L'envie étant la comparaison, la mesure entre ce que je suis et ce que vous êtes. C'est la mesure. Alors, en réfléchissant ensemble, pourquoi n'est-il pas possible d'y mettre totalement fin? Je le demande. Je ne dis pas qu'il le faut ou ne le faut pas. Le fait est la réaction que l'on nomme envie. Voilà le fait. Mais le non fait est que je ne devrais pas être envieux. N'est-ce pas? Y faisons-nous face? Le fait que constitue cette réaction que nous nommons envie est ce qui a lieu mais l'esprit a projeté le concept que l'on ne devrait pas être envieux, ce qui est irréel. Vous luttez donc afin de passer du fait au non-fait. Je me demande si vous voyez tout ceci! N'est-ce pas, Messieurs? Nous rencontrons-nous? Tandis qu'il s'agit de confronter le fait sans le non-fait. Nous rencontrons-nous? Je l'ignore. Etes-vous tous fatigués ce matin?

Ainsi, nous avons été entraînés, éduqués à accepter les non-faits comme revêtant bien plus d'importance que le réel. Et nous pensons avoir trouvé la sécurité dans le non-fait. N'est-ce pas? Alors, quand vous entendez ceci, est-ce pour vous une idée un concept, ou êtes-vous vraiment .en train d'écouter et donc de voir le non-fait et en finir? Je me demande si vous le voyez? D'accord?

Il nous faut donc aborder la question suivante: que signifie écouter? Cela fait environ une demi heure que vous écoutez. Avez-vous effectivement écouté pendant une demi heure ce qui a été dit c'est-à-dire ce que vous vous êtes dit, et non ce que dit un autre? N'est-ce pas? Ecoutez-vous si complètement, que vous voyez réellement l'illusion et voyez l'absurdité d'une vie dans l'illusion, et y mettez fin? C'est-à-dire, pouvons-nous rester en présence du fait en n'ayant aucun rapport avec le non-fait? Car, comme nous l'avons dit, nos esprits sont conditionnés aux non-faits. Voyez simplement ce que nous avons fait.

L'autre jour, un homme me dit: « je ne puis faire enterrer mon fils au cimetière, parce qu'il n'est pas baptisé ». Vous comprenez? Comprenez-vous ce que je dis? Pas baptisé, vous savez, toute cette absurdité. Et il était horrifié, malheureux, désolé que son fils ne puisse être enterré là, en « terre sainte », comme il l'appelait. Vous suivez? Je vous en prie Messieurs, c'est très sérieux. Vous pouvez en rire ou le rejeter, en considérant que c'est absurde mais vous avez vos propres absurdités.

Alors, pouvons-nous observer ceci de façon si approfondie, si attentive d'une attention si totale, que toute illusion est alors dissipée? Et cette illusion fait partie de notre conditionnement. Si vous êtes un catholique, observez vos illusions ou un hindou, etc., etc. Inutile d'entrer dans tout cela. Désormais, un esprit qui a cherché la sécurité dans le non-fait a lâché cela ayant découvert qu'il ne s'y trouve aucune sécurité puis – suivez bien ceci – quel est l'état de l'esprit qui observe ce qui se passe, le réel? Comprenez-vous ma question? L'ai-je clarifiée? Je vous en prie! Très bien.

Supposons que je – non, c'est fini, je n'ai pas d'illusions. Ce qui ne signifie pas pour autant que je sois cynique, ou indifférent ou que je sois devenu amère, mais les illusions ne jouent plus de rôle dans ma vie. Alors, je me pose la question suivante: quelle est la qualité de l'esprit, de votre esprit, ensemble quelle est la qualité de notre esprit qui confronte ce qui se passe? Comprenez-vous ma question? La comprenez-vous Monsieur? Quel est l'état de votre esprit qui est libéré de toutes illusions? Illusions nationales, illusions scientifiques et bien sûr toutes les illusions absurdes des religions et les illusions que vous portez en tant qu'expérience personnelle. N'est-ce pas? Quelle est la qualité d'un esprit libre? Seul un tel esprit est capable d'observer ce qui se passe, naturellement. Vous suivez ceci?

La question est alors celle-ci: l'esprit est en quête de sécurité – n'est ce pas? Il désire la sécurité. Il n'a trouvé de sécurité dans aucune illusion – n'est-ce pas? et pourtant il dit « il me faut la sécurité. » Je me demande si vous suivez tout ceci? Alors il dit: « je dois trouver la sécurité dans mes rapports avec les autres ». Evidemment. « Je me suis défait de mes croyances, mes idéaux – je suis fatigué (rires) les expériences, les souvenirs toutes les absurdités nationalistes, tout cela, tout est parti ». Mais l'esprit n'est pas libre de l'idée de sécurité. Et là, pourrait se trouver le commencement de toute peur. Donc, il dit « y a-t-il une sécurité dans ma relation à autrui? » Allez-y, vous êtes les gens qui sont pris dans ceci. Y a-t-il une sécurité dans l'image que je me suis faite de ma femme, de mon mari ou de mon amie? Bien sûr que non. Car cette image est la projection de l'expérience passée. N'est-ce pas? Et l'expérience passée a engendré cette image et j'agis conformément à cette image, qui est le futur. N'est-ce pas? Suis-je en train de rendre ceci affreusement difficile? Alors l'esprit se dit maintenant: ...il n'y a de sécurité dans aucune forme d'image. N'est-ce pas? Pas dans la relation, mais dans toute forme d'image créée par la pensée à partir d'expériences passées. N'est-ce pas?

Ainsi, si vous n'avez pas d'image quelle est alors la nature de la relation dans laquelle l'esprit est encore en quête de sécurité? N'est-ce pas? Allons Messieurs! Existe-t-il une relation quelconque entre deux personnes si celles-ci ne pensent absolument pas ensemble? Penser ensemble donne une sécurité totale. N'est-ce pas? C'est-à-dire que l'on a abandonné toute opinion, jugement, expérience et que l'autre en a fait autant, donc tous deux peuvent penser ensemble. N'est-ce pas? Voilà ce qu'est la véritable relation qui ne comporte aucune division telle que ma propre pensée et la vôtre. N'est-ce pas? Nous disons donc ceci: il y a sécurité psychologique sécurité totale, quand l'esprit est affranchi de toutes illusions et ne recherche la sécurité dans aucune forme de relation liée à l'attachement. N'est-ce pas? Car l'attachement est une des illusions dans laquelle nous croyons pouvoir trouver la sécurité. Je vous suis attaché. Je suis attaché à cet auditoire. L'orateur vient ici et veut parler, s'exprimer s'accomplir, trouvant donc en cela une certaine sécurité. Ainsi, l'orateur vous exploite pour assurer sa propre sécurité. Et quand l'orateur est honnête et suffisamment décent, il dit: ....'quelle pourriture », et il s'écarte de ces absurdités.

Nous voulons donc trouver la sécurité dans l'attachement. Et quand on ne la trouve pas dans un certain attachement on la cherche dans un autre attachement. Cela fait 20 ans qu'on est marié à quelqu'un et l'on commence à s'ennuyer et tout à coup (rires) on s'en va avec quelqu'un d'autre c'est ce qui arrive dans la société, et là, on espère trouver une certaine sécurité, stimulation, excitation sexuelle, etc. Voyez ce que nous faisons, Messieurs. Ou, vous êtes attaché à votre dame ou à votre homme du moment et en êtes satisfait n'est-ce pas? – ce qui est encore une sécurité. Je me demande si vous voyez tout ceci. Je me demande si vous voyez les tours que vous joue sans cesse votre esprit. C'est ce qu'on nomme amour.

Nous disons donc: existe-t-il la moindre sécurité psychologique? Réfléchissez-y. On a investi le désir de sécurité psychologique dans la croyance dans l'idéal, dans l'expérience, dans les souvenirs dans l'attachement, en Dieu, etc., etc., etc. Et la sécurité existe-t-elle? Ou n'est-ce qu'une illusion? Et dans toute illusion, on peut trouver un énorme réconfort: ...'Jésus va vous sauver », quel merveilleux réconfort! Vous sauvera de quoi, dieu seul le sait, mais peu importe! Et ainsi de suite, etc., etc. Les Hindous ont cela, les Bouddhistes le même schéma se répète dans le monde entier. Ainsi, nous ne confrontons jamais le fait, préférant vivre dans le non-fait.

Et quand nous faisons cela, nos esprits sont déchirés. N'est-ce pas? Nous devenons très cruels, pensant que le conflit est inévitable, qu'il fait partie de la vie. Pour écarter tout cela, comment vous y prenez-vous? Voilà la question. Vous comprenez? Après avoir écouté ceci pendant trois quarts d'heure comment vous y êtes-vous pris pour découvrir votre propre illusion comment l'avez- vous écartée? Vous comprenez? Suivez bien ceci, je vous prie. Est-ce par un acte délibéré? Est-ce un acte dicté par un choix: ayant vu ici l'illusion, je préfère cela? Cela résulte-t-il d'un concept que quelqu'un d'autre vous aurait imposé? Est-ce votre propre clarté d'observation? C'est-à-dire que vous le voyez vous-même.

La question est alors: comment le voyez-vous? Suivez-vous tout ceci? N'êtes-vous pas fatigués? On se voit pris dans l'illusion, un idéal. Comment voyez-vous ce phénomène? Est-ce une conclusion raisonnée? La clarté d'une explication verbale? Seriez-vous sous l'effet d'une persuasion habile? Ou voyez-vous ce fait de vous-même? Dès lors, nous demandons: comment le voyez-vous? Le voyez vous simplement, comme perception visuelle, les faits du monde et à partir d'une perception visuelle, de la lecture de livres de journaux, de revues, de discussions vous en êtes venus à réaliser que les idéaux sont ineptes. Ce n'est donc qu'un processus intellectuel et ce n'est donc qu'une façon de vivre dans un concept et donc un non-fait, si logique si rationnelle qu'ait été votre observation qui vous à conduit à dire: « je vais l'abandonner ». Mais cet abandon n'est pas réel car d'autres illusions subsistent quelque part. Tandis que nous disons ceci – écoutez, je vous prie il faut observer sans que votre observation ne comporte de souvenir. Je dois être clair là-dessus, sinon vous penserez que je suis fou. Nous sommes en train de discuter ensemble de la question de voir si vous en êtes venu à la conclusion que les illusions sont une aberration et donc vous ne vous y laisserez plus prendre. Ou bien avez-vous un « insight » [une vision pénétrante et immédiate] de tout le mouvement de l'illusion? Comprenez-vous ma question? Je puis – on peut prendre une illusion, une croyance quelconque l'étudier, l'approfondir et dire: « Voilà, c'est fini. » Et étudier vos idéaux, etc., etc., etc. Cela ne vous libère pas vraiment, n'est-ce pas? Approfondissez cela, mais êtes-vous vraiment libéré après avoir rationnellement, logiquement, sainement étudié les diverses formes de l'illusion? C'est-à-dire: comment menez-vous vos investigations? Vous étudiez au moyen de la pensée. N'est-ce pas? La pensée a créé ces illusions, et c'est avec la pensée que vous examinez ces illusions et là encore, c'est un tour que vous vous jouez. La pensée peut donc encore créer d'autres illusions et dire: ...'je ne veux pas de ces illusions ». Mais la pensée n'a pas compris la nature même de l'illusion et du créateur d'illusion.

Alors, si vous voyez que la pensée elle-même est le créateur d'illusions – vous suivez tout ceci? – alors quand l'esprit lui-même voit que la pensée est le créateur des illusions vous avez alors un « insight » de toute la nature des illusions. C'est cet « insight » qui va dissoudre toutes les illusions. Je me demande si vous l'avez saisi? Devrions-nous discuter, ou plutôt aborderons nous la question de l'insight? Il nous reste 7 minutes.

Monsieur, l'insight n'est pas l'intuition. L'intuition peut être une forme raffinée du désir. N'admettez pas ce que dit l'orateur, penchez-vous dessus. Intuition ou perception pourrait être une projection inconsciente prise pour quelque chose d'extraordinairement vrai. N'est-ce pas? Nous disons donc que l'insight n'est lié à aucune forme de désir. « Je veux comprendre, je dois me pencher sur ceci ». Le motif derrière cela est le désir, vouloir comprendre. N'est-ce pas? Le désir dit: « Ceci, je dois le découvrir ». Donc si vous voulez bien pénétrer la question avec grand soin l'insight ne relève pas de l'activité du désir. L'insight n'est pas une projection d'expérience passée. L'insight n'est pas un acte que l'on se remémore. Ainsi – je vais vous montrer quelque chose. Voilà: si vous voyez que toute organisation religieuse – instantanément pas logiquement, pas à pas, ce que vous pourrez faire ensuite – si vous voyez que toutes les organisations religieuses reposent sur la pensée, et n'ont donc rien à voir avec le véritable caractère sacré de la religion, vous avez un insight de la chose. Vous comprenez ce que je dis?

Dès lors, votre action à l'égard de l'illusion découle-t-elle d'un insight? Comprenez-vous ma question? Ou êtes-vous encore en train de l'analyser? Etes-vous encore mentalement actif dans votre exploration? Ou voyez-vous instantanément la nature de l'illusion, et point final? Vous suivez, voyez la différence? D'un coté: détermination, choix, une forme subtile de conclusion et action. Donc l'action demande un intervalle, il y a un intervalle de temps. Nous disons que dans l'insight il y a perception immédiate et action laquelle ne comporte ni regret, ni retour en arrière: il en est ainsi. L'avez-vous saisi? Messieurs, si l'on veut approfondir ceci il faut faire très attention de ne pas se leurrer car nos esprits sont si prompts dans leur aptitude à nous tromper. Je puis dire: « oui, j'ai eu un insight de ceci ».

Et vous agissez en fonction de cet insight et puis vous dites : « Ah, si je n'avais pas fait cela ». Les regrets – vous suivez? – tout ce qui en découle. Mais l'insight est tout autre chose. Il n'y a pas d'intervalle de temps entre insight et action, ils vont de pair.

A présent, au terme de toute cette explication qui est une forme de communication verbale, avez-vous écouté si attentivement que vous voyez instantanément toute la structure de l'illusion? C'est cela la sagesse. Bien, Messieurs. Pouvons-nous nous en aller?

Monsieur, lorsque nous sommes assis de la sorte plutôt tranquilles et silencieux, à l'écoute, le silence est-il apprêté? Ou êtes-vous soucieux de ne pas résoudre vos problèmes personnels qui prendront inévitablement fin quand vous aurez compris l'acte d'écouter, l'acte d'observation. Il n'y a dans l'acte d'écouter aucun désir, vous vous contentez d'écouter. Mais si vous écoutez du Mozart et dites: ...'j'ai passé une merveilleuse soirée, l'autre jour », écoutant cette musique, j'en revoudrais », vous avez perdu quelque chose. Et si vous écoutez si totalement la chose elle-même est alors comme une semence lâchée sur le sol, elle fleurit, vous n'avez pas à vous en occuper. Il en va de même si vous observez attentivement de sorte qu'il y ait seulement observation seulement observation – pas l'observateur qui dit « je vais observer » alors cette observation et cette écoute recèlent une étrange qualité d'attention qui est l'insight. Bien Messieurs. Bien. Cela suffit-il?

Troisième Causerie Publique à Saanen

Jeudi 12 Juillet 1979

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