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La méditation, l'intemporel et l'amour

Quatrième Causerie à Brockwood Park

Dimanche 29 Juillet 1979

Voici la dernière causerie ou rencontre. Je ne sais pas très bien de quoi nous allons parler. C'est un bon début ! Je pense que si nous sommes vraiment sérieux, nous prendrons la vie comme un tout, pas simplement ce qui nous convient le mieux, ce qui est plus profitable ou agréable. Mais la vie est tellement complexe, avec tout le labeur, toute la lutte, le conflit, et les très nombreuses contraintes et exigences qui pèsent sur elle. Et nous semblons adopter un certain point de vue, ou choisir ce qui est plus satisfaisant, pour le poursuivre. Nous ne semblons jamais considérer la vie comme faisant un tout, à savoir notre éducation, nos métiers, nos modes de vie, nos relations, l'amour – quel que soit le sens de ce mot. Peut-être pourrions-nous voir cela ce matin, et la possibilité de mener une vie qui soit très bonne.

Et la religion au cours des âges, a joué un rôle extraordinairement important dans notre vie. On voudra peut-être écarter cela, dire que ce n'est qu'absurdité, que superstition, mais les êtres humains, partout dans le monde, ont cherché à savoir s'il existe quelque chose très au de là de toute cette excitation, de ces plaisirs sensoriels, sexuels, et de la routine ordinaire de la vie. On s'est toujours interrogé à ce sujet. Plus on est sérieux, plus on creuse profondément sa vie, on en vient invariablement à se demander s'il y a quelque chose de bien plus vaste au delà de cette existence, avec ses complexités, son ennui, sa solitude. Et j'espère que nous sommes suffisamment sérieux, tout au moins ce matin, pour aborder ce sujet.

Et si je puis me permettre, ne faites pas de cet endroit un lieu de villégiature, comme si vous veniez ici pour une dizaine de jours et – vous savez, tout ce qui s'ensuit. Ne faites pas cela, je vous prie, cela n'en vaut pas la peine. Il y a d'autres endroits où l'on peut bien mieux s'amuser. Et si vous prenez de la drogue, etc., ne venez pas ici, cela n'en vaut pas la peine. Alors comment allons-nous, en tant qu'êtres humains, entreprendre cela? Vous comprenez? Comment allons-nous commencer à chercher s'il existe quelque chose de bien plus vaste, qui soit vraiment durable, qui soit complètement immuable, une chose qui ne peut être transitoire, changeante selon les circonstances, selon les cultures, etc.? Comment aborder cette question à laquelle l'homme, les êtres humains, partout dans le monde, cherchent à répondre depuis des temps immémoriaux? N'est-ce pas? Pouvons-nous approfondir ceci ensemble?

Si nous le pouvons, la première chose est de découvrir comment écouter, pas seulement ce que disent les autres, mais comment s'écouter soi-même, écouter toutes les pensées, les émotions, tous les problèmes et anxiétés, les écouter sans aucune déformation, sans aucune direction. Se contenter d'écouter, comme on écouterait un beau concert. De sorte que pendant l'écoute on commence à découvrir les déformations que l'activité de l'esprit ou de la pensée causent au réel en le faussant. Vous comprenez? Parce que la pensée est toujours en quête de plus, et ainsi elle s'éloigne du présent.

Alors, pourrions-nous ce matin... – comme je l'ai dit, je ne sais pas exactement de quoi nous allons parler, mais comme nous avons commencé par ceci, pourrions-nous ce matin écouter de la sorte, non seulement l'orateur, ce qui n'est vraiment pas très important, l'orateur n'agissant que comme un miroir dans lequel on s'observe. Et quand vous vous observez, le miroir n'est pas important, vous pouvez donc le casser, le jeter, l'enterrer, comme vous voulez. Alors, pourrions-nous, ce matin, étudier ensemble ce problème énorme et complexe, à savoir, quel est le sens de la vie, et y a-t-il quelque chose au delà du temps, au delà du lendemain, au delà de l'énorme fardeau de la mémoire? Pour autant qu'il existe quelque chose de bien plus vaste qu'une simple existence superficielle, sensorielle. Et pour étudier cela, il faut avoir une certaine qualité de liberté, n'être attaché à aucune expérience particulière, ni aspirer à, ou demander quelque chose de plus. Autrement, vous vous écartez déjà de la véritable observation – n'est-ce pas? Pourrions-nous faire cela ce matin?

A savoir, étudier ce qu'on appelle la religion. Nous avons étudié ce qu'est la peur, le plaisir, la souffrance et, dans une certaine mesure, toute la question de la mort. Et je pense que nous devrions également étudier très en profondeur la question de ce qu'est la religion. Car l'homme a vécu d'après cela. Dans sa quête pour découvrir une chose qui s'écarte du normal, qui n'est pas anormale, qui n'est pas névrotique, quelque chose au delà de l'actuel, de l'événement actuel, de la douleur actuelle, du chagrin actuel, de l'anxiété actuelle, des besoins et expériences sensoriels sexuels actuels, l'homme s'est demandé s'il y a bien davantage que cela. N'est-ce pas? Telle a été la recherche de l'homme, et il a appelé cela la quête de Dieu, la quête de vérité; en Asie des quêtes diverses portant les noms de Nirvana, Moksha, Libération, et ainsi de suite – l'illumination. Telle a été la demande constante, profonde de gens sérieux. Et il devient captif de cette recherche. Il adhère à une religion, il l'abandonne et va vers une autre, l'abandonne et il se laisse donc prendre à divers pièges. A la fin de sa quête, sur le point de mourir, il dit : « je n'ai rien trouvé » – vous suivez? « Je me suis rendu chez tel ou tel gourou, dans tel temple, dans telle église, j'ai suivi divers prêtres revêches, superstitieux, etc., etc. » Au bout du compte, sur le point de mourir, il réalise qu'il n'y a rien, qu'il ne lui reste que des cendres. Alors, si vous êtes sérieux, pourrions-nous laisser tomber tout cela? Car toutes les religions organisées par l'homme sont édifiées par la pensée. Et, comme nous l'avons vu l'autre jour, la pensée est limitée, parce que fondée sur le savoir, et le savoir va toujours de pair avec l'ignorance. Il n'y a pas de savoir complet. N'est-ce pas? Par conséquent, il comporte une part d'ignorance, et la pensée, qui est née du savoir, des expériences, est donc éternellement limitée. Et tout ce que la pensée a créé, les églises, les avancées techniques, la science, la littérature, la peinture et ce qui se trouve dans les églises, dans les temples, dans les mosquées, est mis là par la pensée, il n'y a aucun doute là-dessus. Vous pourrez toujours dire « le sauveur l'y a mis », mais c'est encore le mouvement de la pensée. Et ainsi de suite. Pourrions-nous le voir très clairement, pas verbalement, intellectuellement, ou par persuasion, mais voir ce fait que tout ce que la pensée a créé, bien qu'illusoire, est une réalité. Attendez un peu, j'y arrive. Je me sers du mot « réalité » dans le sens de « ceci est réel ». Le micro placé devant cette personne est bien là, il est réel, on peut le toucher. Et les choses que la pensée a créées et organisées, que l'on appelle religion, tout ceci est une actualité. Les rituels sont une actualité, Les habits fantaisistes qu'ils revêtent sont l'actualité, donc c'est réel. Et les symboles, les idées sont une actualité – n'est-ce pas? De même que les illusions, car la pensée a créé les illlusions. Vous suivez tout ceci?

Donc les illusions, les idées chimériques, tous les rituels, tout ce que la pensée a édifié est actuel. Les canons, les sous-marins, les voyages dans la lune etc., etc., sont des réalités actuelles. Mais cette réalité est créée par la pensée, n'est-ce pas? La pensée n'a pas créé la nature. Donc la nature est une réalité actuelle, mais elle n'est pas le produit de la pensée. Mais la pensée peut se servir de la nature pour fabriquer une chaise, qui devient une réalité.

Donc, si l'on veut pénétrer cette question de ce qu'est la religion, et s'il existe quelque chose au delà, il faut faire une distinction entre l'actualité et la réalité. La réalité comprend les illusions, et la nature – n'est-ce pas, vous suivez? – ce sont là toutes des réalités, mais la pensée n'a pas créé la nature. Donc, si l'on est très clair là-dessus, on peut alors poursuivre pour découvrir ce qui suit : cette quête humaine de quelque chose d'infini, d'au delà du temps, est-elle un produit de l'homme, un produit de la pensée, ou y a-t-il quelque chose qui ne soit pas le produit de la pensée? Vous suivez tout ceci?

Je vous en prie, nous cherchons ensemble. Veuillez garder constamment à l'esprit ce fait central que nous examinons ensemble. Vous n'admettez pas ce que dit l'orateur. Il n'a pas la moindre autorité. Par conséquent, vous et moi sommes sérieusement engagés dans cette étude. Il vous est possible de lâcher au milieu du gué. C'est aussi votre droit. Mais une fois votre recherche commencée, allez aussi loin que possible. Nos esprits ne sont probablement pas assez forts, assez clairs. C'est pourquoi j'ai dit au début qu'il faut être à l'écoute de soi-même pour voir où se produit le blocage, l'attachement à une expérience, à un désir, etc. Il faut donc écarter tout cela de la recherche. Et dans cette recherche, il faut une liberté d'observation. On ne peut pas dire « je crois en Dieu, en Jésus, ou en Krishna », ou en qui vous voudrez, et ensuite se mettre à chercher. C'est se jouer des tours. Vous pouvez vous jouer des tours, mais quand vous faites sérieusement une recherche, il faut jouer le jeu.

Alors, y a-t-il quelque chose qui ne soit pas produit par la pensée? N'est-ce pas? C'est-à-dire, y a-t-il quelque chose qui soit au delà du temps? Doucement, s'il vous plaît, nous allons chercher. Nous sommes accoutumés à l'idée d'évolution, l'évolution physique, avant tout. Par exemple, la graine, le gland du chêne : cela prend un temps infini, de très nombreuses années. Et ce même concept est transposé au plan psychologique. Ainsi, psychologiquement, il faut du temps pour apprendre, pour comprendre, pour capter ce qui est bien plus avancé. Nous sommes donc habitués à l'idée d'évolution, de temps – n'est-ce pas? Il faut donc voir très clairement s'il existe un quelconque temps psychologique. Le temps physique existe. Prêtez à ceci un peu d'attention, je vous prie, si cette recherche vous intéresse. Il faut du temps physique pour se rendre d'ici à cette maison, cela prend exactement trois minutes. Le temps est donc nécessaire, physiquement, pour se rendre d'un point à un autre. C'est le temps qu'il faut pour couvrir la distance.

Nous avons maintenant transposé ce concept, cette conclusion, au plan psychologique. On est ignorant. Je ne me connais pas, il me faut du temps. Le temps est introduit psychologiquement par la pensée. Vous faut-il vraiment du temps pour être délivré, par exemple, de l'avidité? Je prends cet exemple là. Avez-vous effectivement besoin de temps? C'est-à-dire plusieurs jours, le temps étant le futur. Avez-vous besoin du futur, du temps, pour être délivré de la jalousie, de l'anxiété, de l'envie, de ce que vous voudrez? Avez-vous réellement besoin de temps? Non, non, ne hochez pas le tête. Mais nous y sommes habitués. Quand je dis « je vais m'en débarrasser », le « je vais » est du temps. Vous comprenez? Je me le demande. Ne soyez pas si médusés.

Notre habitude, notre tradition, notre façon de vivre est donc de dire « je vais me débarrasser de ma colère, de ma jalousie, de mon sentiment d'insuffisance », etc., etc. L'esprit s'est donc psychologiquement habitué à l'idée du temps, c'est-à-dire demain, ou de nombreux demains. Nous mettons désormais ceci en doute. Nous disons que ce n'est pas nécessaire. Le temps n'est pas nécessaire pour se libérer de l'avidité. N'est-ce pas? Ainsi, si vous êtes délivré du temps et êtes avide, il n'y a pas de demain. Vous vous y attaquez. Vous agissez, faites immédiatement quelque chose. Je ne sais si vous suivez tout ceci. Donc la pensée a inventé le temps, psychologiquement, comme moyen d'éviter, comme moyen de différer, comme moyen de se complaire dans ce qu'elle possède déjà. N'est-ce pas? Donc psychologiquement, la pensée a inventé le temps, par paresse, etc., etc.

Dès lors, pouvez-vous être délivré de l'idée de demain, psychologiquement? Approfondissez, je vous prie, regardez cela. Prenez votre propre anxiété, ou ce que vous voudrez, votre complaisance sexuelle, si c'est ce que vous voulez, ou si vous pensez que par certaines activités sensorielles vous atteindrez ce que vous recherchez : le fait d'atteindre relève du temps. Pouvez-vous voir la vérité que ceci comporte, de sorte que cette perception même y mette fin? Je me demande si vous l'avez saisi. N'est-ce pas? Le faites-vous pendant que nous en parlons? Ou n'est-ce qu'une idée?

Donc, l'esprit ayant étudié le temps, – c'est très compliqué, nous abrégeons considérablement – voit que le concept de demain, en tant que moyen visant une fin, est psychologiquement illusoire. Par conséquent, il n'y a que perception et action, sans intervalle de temps. Je me demande si vous saisissez tout cela. On voit le danger du nationalisme, le danger, à cause des guerres, etc., etc. La perception est en elle-même l'action, et la fin de l'attachement à un groupe particulier. N'est-ce pas? Le faites-vous? Alors que chaque soir, la télévision vous rabâche « Anglais, Anglais, Anglais », ou Français, Français, Français, quand on est en France, et ainsi de suite. Il s'agit de voir que cette division amène le désastre, et puis « donnez moi le temps de me libérer du conditionnement que j'ai depuis mon enfance, que je suis Anglais, ou ceci, ou cela », ou de voir sans l'idée de temps, d'où action. Vous suivez ceci? Ah, si vous pouviez le faire. Et cela met donc fin au conflit, – vous comprenez? – à la lutte pour me libérer. Nous sommes ensemble ici? Je vois que vous ne l'êtes pas, car ceci demande un esprit vraiment très sérieux, un esprit qui dit : « je veux découvrir ».

La méditation est donc l'abolition du temps. Vous comprenez? Oh non... C'est en effet ce que nous venons de faire : nous avons médité afin de découvrir la nature du temps. Le temps est réel, nécessaire pour se rendre d'ici à là, mais psychologiquement, le temps n'existe pas. Une telle découverte constitue une formidable vérité, un fait formidable, car vous avez rompu avec toutes les traditions. Vous comprenez? La tradition dit : « prenez le temps nécessaire, vous parviendrez à Dieu en faisant ceci, cela. Et cela signifie aussi la fin de l'espoir. Vous comprenez? Je me le demande. Selon l'Enfer de Dante, cela signifie la fin de l'espoir – vous comprenez? Tandis que nous disons que l'espoir implique le futur. C'est-à-dire, on est déprimé, anxieux, on a la sensation d'être désespérément inapte, donnez-moi l'espoir de progresser, d'apprendre, d'être libre. Quand on voit qu'il n'y a pas d'avenir, psychologiquement, on agit alors avec des faits, et non des espérances. Je me demande si vous le voyez? Car l'espoir est le temps – n'est-ce pas?

Ainsi, ce que nous avons fait en étudiant le temps, est le commencement de la méditation. Cela en fait partie. Et pour découvrir s'il existe quelque chose au delà du temps, il ne faut être porteur d'aucun problème – n'est-ce pas? car on est encombré de problèmes, non? N'est-ce pas? Problèmes personnels, collectifs, problèmes internationaux et ainsi de suite. Pourquoi avons-nous des problèmes? Posez-vous cette question. Problèmes sexuels, imaginaires, problèmes de chômage, etc, problèmes d'inaptitude, problèmes quand on se dit « je veux atteindre le paradis, et je ne peux pas », et tout le reste – les problèmes, vous savez. Pourquoi en avons-nous? Ecoutez, je vous prie : est-il possible de vivre une vie sans le moindre problème? Vous comprenez ce que cela signifie? Dissoudre instantanément chaque cas à mesure qu'il se présente, sans le différer. Différer, c'est le mouvement du temps qui crée le problème. Je me demande si vous le voyez? N'est-ce pas? Si l'on a un problème... – pourquoi a-t-on un problème, pour commencer? Qu'est-ce qu'un problème? C'est une chose que vous n'avez pas comprise, résolue, menée à son terme, mais à propos de laquelle vous vous tracassez, qui vous préoccupe, vous ne pouvez la comprendre et vous luttez, luttez, jour après jour, jour après jour. L'esprit est donc paralysé par ce processus. Donc s'il n'y a pas de temps – comprenez-vous? – il n'y a pas de problème. Je me demande si vous le voyez? Le voyez-vous vraiment, dans votre coeur, pas là-haut, dans votre tête, mais dans votre coeur; voyez-vous que quiconque a des problèmes est captif du temps? Mais lorsqu'un cas se présente, si l'esprit est libéré du temps, il s'en occupe instantanément, et point final. Je me demande si vous le voyez? Dès l'instant où vous avez l'idée du temps, vous dites : « je vais le résoudre, prendre mon temps ». Le mouvement à l'écart du fait est le problème. Etes-vous tous endormis? Ainsi, si l'on veut étudier ceci, il faut qu'il n'y ait aucun problème, quel qu'il soit, c'est-à-dire, l'esprit doit être libre d'observer. N'est-ce pas?

Un problème surgit quand nos relations ne sont pas comprises. N'est-ce pas? Qu'elles soient intimes ou impersonnelles. Pourquoi n'avons-nous pas compris la relation, et vu sa profondeur, ou sa futilité, et continuons-nous ainsi? Il semble que nous n'ayons jamais résolu ce problème de la relation – n'est-ce pas? Vous connaissez tout cela, n'est-ce pas? Pourquoi? Est-ce parce que vous aimez et n'êtes pas aimé? Est-ce là un problème? Allons, Messieurs. C'est bien un problème. Ou bien vous aimez et l'autre n'aime pas – n'est-ce pas? Ou encore, vous êtes possessif dans votre relation avec un autre, vous êtes dominateur, vous savez, dépendant, vous exigez quelque chose de cet ou cette autre : sexe, plaisir, réconfort. Quelqu'un disait l'autre jour à l'orateur : « si je m'en vais, qui lavera mes vêtements? » Comprenez-vous? Je me demande si vous comprenez tout ceci?

Alors, qu'est-ce que la relation, dont nous avons fait un tel problème? C'est être relié à un autre. Relation signifie être relié à un autre, à une ou à plusieurs personnes ou à toute l'humanité – n'est-ce pas? A une seule, ou à plusieurs personnes, ou à toute l'humanité. Vous comprenez? Oh, non ! Pourquoi la paix n'habite-t-elle pas cette relation? Une profonde compréhension les uns pour les autres, qui amène l'amour – comprenez-vous? Pourquoi n'y en a-t-il pas? La relation entre 2 personnes – homme, femme avec leur sexualité que l'on appelle amour. N'est-ce pas? Oh, pour l'amour du ciel, ne soyons pas hypocrites, regardons ces choses en face. On appelle cela l'amour, et est-ce l'amour? Ou est-ce un besoin de satisfaction sensorielle, un besoin de compagnie, un besoin né de la solitude qui me fait dire : « je ne puis rester seul » « je ne puis supporter cette immense solitude intérieure et donc il me faut quelqu'un sur qui je puisse compter », tout ceci sur le plan psychologique. Vous avez besoin du facteur, du livreur et tout cela, mais psychologiquement, dans la relation entre l'homme et la femme, pourquoi y a-t-il cette énorme division – vous comprenez? Et en est-on conscient? Conscient de cette grande division entre vous et un autre, que vous prétendez aimer. Nous faut-il aborder cela? Il semble que oui, très bien.

Avez-vous remarqué qu'entre deux personnes, leur réflexion, leur ressenti ne sont jamais identiques – n'est-ce pas? L'une est ambitieuse, pas l'autre, l'une est agressive, pas l'autre, l'une est possessive, pas l'autre, l'une est dominatrice, l'autre docile. Qu'est-ce que cela signifie? Que chacune est centrée sur elle-même, dans son activité – n'est-ce pas? Suivez-vous? Observez-vous vous-même. Vous êtes centré sur vous-même, et l'autre l'est aussi, il y a donc division. Là où il y a division, il y a inévitablement disputes, opposition, toutes sortes de choses se passent inévitalement entre les nationalités – là où il y a division, il y a le chaos – n'est-ce pas? Et cette division est appelée amour – n'est-ce pas? Vous n'y faites pas face. Ainsi notre quête de quelque chose d'au delà du temps nécessite qu'il y ait un sentiment de relation totale, qui ne peut apparaître qu'en présence d'amour. N'est-ce pas? L'amour n'est pas le plaisir, c'est évident. Cela le dévalorise. N'est-ce pas? L'amour n'est pas le désir, l'amour n'est pas l'accomplissement de vos besoins sensoriels. Suivez-vous tout ceci?

Donc sans amour, faites ce que vous voudrez, tenez-vous sur la tête, asseyez-vous en médiation pour le restant de votre vie, jambes croisées, portez des vêtements fantaisistes, faites tout ce qui vous plaît, sans cette qualité, il n'y a rien. Donc si quelqu'un veut trouver quelque chose au delà du temps, il lui faut être en relation juste, complètement, afin qu'il n'y ait aucun problème. Et cette qualité de grande affection, d'amour, qui ne résulte pas de la pensée, doit prévaloir.

Nous pouvons alors entamer la recherche. Vous voyez comme c'est difficile? Car nous sommes, pour la plupart, si complaisants à l'égard de nous-mêmes, tellement mesquins – n'est-ce pas? – notre horizon est si restreint. Votre esprit doit donc être libéré de tous ces mouvements égocentriques, anxieux – n'est-ce pas? Parce que c'est cela qui crée le problème, et quand l'esprit a des problèmes, il ne peut pas voir clairement. L'esprit qui bavarde sans cesse, un tel esprit n'est pas paisible – n'est-ce pas?

Le problème est alors le suivant : comment m'arrêter de bavarder – vous comprenez? Ecoutez très attentivement. Vous vous rendez compte que votre esprit bavarde, et vous dites alors « comment puis-je l'arrêter? » Dès l'instant où vous avez posé la question, vous avez déjà pénétré l'élément du temps. Je me demande si vous le voyez. Oui? Le « comment » est du temps, et du fait que vous demandez « comment », quelqu'un d'autre invente le système, invente la méthode, la pratique, revêt la robe jaune, bleue ou autre. Alors, voyez l'esprit qui bavarde, et que vous n'êtes pas différent de ce bavardage. Votre esprit bavarde, et votre esprit est vous. Quand vous saisissez ce principe, cette vérité, à savoir que vous et le problème ne faites qu'un, que vous et le bavardage ne faites qu'un, alors tous vos efforts en vue d'un changement cessent. Vous confrontez alors le fait que votre esprit bavarde, que vous bavardez. Quand vous observez de la sorte, que se passe-t-il? Dans cette observation, vous avez rassemblé toute votre énergie pour observer. Cette énergie qui se dissipait quand vous disiez : « comment puis-je arrêter cela? » Je me demande si vous le comprenez? Pouvons-nous poursuivre?

Le problème est donc le suivant : l'esprit peut-il... C'est-à-dire, l'esprit inclut les sens, les sentiments, les réactions, les émotions, l'intellect, tout cela est l'esprit – n'est-ce pas? Cet esprit, y compris le cerveau, cet esprit peut-il être absolument tranquille? Vous comprenez ma question? Car ceci fait partie de la méditation. Pour amener cela, la plupart des gens ont recours à divers systèmes, méthodes, maîtrises, etc., pour que l'esprit soit absolument tranquille, car ce n'est que quand l'esprit est totalement tranquille qu'on peut entendre, qu'on peut voir. D'où les diverses formes de méditation, tibétaine, hindoue, l'absurde M.T. vous connaissez, la Méditation Transcendantale – un beau mot qui a été galvaudé, n'est-ce pas? Transcendantal, quel piètre gâchis. Toutes ces diverses formes de méditation ont eu recours à la maîtrise, la relaxation, l'auto-hypnose, la répétition, pour tranquilliser l'esprit, ce qui signifie – écoutez bien – ce qui revient à compter sur le temps pour obtenir cet effet. Vous comprenez? L'esprit n'est pas tranquille en ce moment, mais « je vais m'exercer, je vais maîtriser, je vais prendre conscience et, le temps aidant, cela arrivera. Mais quand est comprise la vérité que le temps est illusoire, que le temps n'y changera rien – vous comprenez? – vous êtes alors confronté au fait que votre esprit bavarde. Quand vous observez un fait, complètement, de toute votre énergie, le fait change. Vous le verrez si vous le faites, parce que vous avez amené votre énergie dans l'observation. Et cette énergie a été dissipée par votre tentative de changer « ce qui est ». Regardez, je vais vous montrer quelque chose ! Les êtres humains sont violents – n'est-ce pas? pour des raisons diverses, nous les laisserons de côté pour l'instant. Et les êtres humains ont inventé la non-violence. La non-violence est un non-fait. Suivez-vous ceci? Le fait est la violence, mais en essayant de poursuivre la non-violence, vous poursuivez un non-fait, et introduisez aussi le temps. Et quand vous réalisez que le temps ne peut amener de changement, vous êtes alors confronté au fait, c'est-à-dire à la violence. Il ne s'agit pas de « comment changer cela ». Il y a ce fait de la violence. Alors, l'esprit peut-il observer ce fait sans orientation, sans aucune pression, seulement l'observer? Vous comprenez? L'observer. Dans cette observation, l'esprit a rassemblé toute son énergie – n'est-ce pas? Ainsi, cette énergie est comme une lumière focalisée sur la chose nommée violence, et cette violence se dissipe. Ne vous endormez pas, s'il vous plaît.

Dans la méditation, qui consiste à générer un esprit absolument tranquille, toute forme d'effort est futile – n'est-ce pas? Je me demande si vous comprenez cela? Faire un effort pour méditer signifie le temps, signifie la lutte, signifie l'accomplissement d'une chose que vous avez projetée. Peut-il donc y avoir une observation sans effort? Sans contrôle? Ecoutez attentivement, je vous prie. J'utllise le mot « contrôle » avec beaucoup d'hésitation, car nous vivons dans une société permissive – n'est-ce pas? Et on y fait ce qu'on veut, plus c'est idiot, mieux c'est, drogues, sexe, revêtir des habits ineptes – vous suivez? Quel avachissement. Et l'orateur se sert du mot « contrôle » pour signifier que, dans une observation pure, il n'y a pas besoin de contrôle. Ne vous leurrez pas en disant : « j'observe purement et donc je n'exerce aucun contrôle », et puis vous vous laissez aller, ce qui est absurde. Faute de percevoir clairement qu'un esprit est soumis au contrôle – contrôle initié par la pensée, cette pensée étant limitée, et sa limitation l'amène à désirer quelque chose, et donc à dire « je dois contrôler » – un tel esprit est devenu esclave d'une idée, – vous comprenez? – pas d'un fait, d'un concept, d'une conclusion. Comme chez ces gens religieux qui croient très fermement en une chose ou une autre. Ils sont incapables de parler d'autre chose, de penser librement. Une fois, l'orateur voyageait en Inde, en train, et un Européen, en fait un Anglais, et un Indien très érudit se trouvaient dans le même compartiment. L'Anglais disait à l'Indien que sa religion était un tissu d'absurdités, et il continua là-dessus pendant un certain temps. Et l'Indien dit poliment : « mais vous avez aussi vos croyances, n'est-ce pas? Vous croyez en Jésus Christ et en la Vierge Marie ». « Oh, ceci est un fait » [dit l'Anglais] (Rire) Ce fut la fin de la conversation. Et c'est ainsi que nous sommes, pour la plupart.

Nous disons donc qu'un esprit qui est en conflit, amené soit par le contrôle, soit par la volonté, laquelle est désir, un esprit qui a des problèmes, un esprit qui n'a pas résolu la relation, d'où absence d'amour, un tel esprit est incapable d'aller au delà. Vous comprenez? Il ne peut aller qu'à ce qu'il pense être au delà, mais c'est toujours dans son propre cercle. Et il pourra inventer qu'il va au delà, mais il n'en est pas ainsi. N'est-ce pas? Donc, si nous sommes sérieux, si nous avons atteint ce point où l'esprit, tous les sens, le cerveau ont écarté tout ce dans quoi l'homme s'est fait prendre, par la présence de ce formidable sentiment d'amour, avec son intelligence, nous pouvons alors avancer dans notre recherche. N'est-ce pas? Ce qui signifie un esprit tranquille, pas seulement sur le plan physique, vous comprenez? Mais la tranquillité ne consiste pas nécessairement à s'asseoir dans une certaine position, vous pouvez vous coucher, faire ce que vous voulez, mais le corps doit être absolument tranquille. N'est-ce pas? Sans qu'il soit maîtrisé, sinon, il y a contrainte et donc conflit. Et l'esprit étant libre, et donc absolument tranquille, il peut observer. Ce n'est pas « je suis en train d'observer » – vous comprenez? Car s'il y a « je suis en train d'observer » il y a dualité, séparation; ce n'est qu'en l'absence du « je » qu'il y a observation. Je me demande si vous voyez tout ceci? Le « je » est fait de beaucoup de choses : souvenirs passés, expériences passées, problèmes passés, problèmes présents, anxiété – le « je » qui est moi, qui est vous. Si nous sommes allés aussi loin, le « je » est maintenant absent. Vous comprenez? Ce n'est pas le « je » qui observe, il n'y a qu'observation.

Que se passe-t-il alors? Vous comprenez, Messieurs, ce que nous avons fait est la vraie méditation. Cette recherche en soi, se connaître soi-même, connaître tous ses problèmes, connaître tous ses désirs, pressions, conflits, souffrance, douleur, c'est de tout cela qu'il faut être conscient. Et cette lucidité ne peut survenir que quand vous observez vos réactions dans la relation – n'est-ce pas? Vous ne pouvez vous observer en restant simplement assis sous un arbre. Vous pouvez quelque peu vous observer, mais ce n'est que dans la relation que surgissent toutes vos réactions. Donc l'esprit est maintenant dans un état où ne subsiste aucun problème, aucun effort, aucun contrôle, et essentiellement aucune volonté, car la volonté est l'essence du désir. Je me demande si vous avez approfondi cela? N'est-ce pas? Je vais, je veux, je dois. C'est le désir qui exige quelque chose, c'est-à-dire le temps. N'est-ce pas? Et pour y parvenir, je dois faire acte de volonté. L'esprit est donc libéré de tout cela.

Si vous êtes allé aussi loin que cela, que s'y trouve-t-il? L'homme a été en quête de quelque chose de sacré – n'est-ce pas? – de saint, d'impérissable, d'incorruptible, d'intemporel – peu importe quoi. Et il dit : » j'ai travaillé, j'ai pris ma vie en mains, j'ai pleinement compris ma vie, qu'y a-t-il ensuite? » – Vous comprenez? – Quoi d'autre, qu'y a-t-il au delà? Car toute recherche doit aussi prendre fin – vous comprenez? Car à partir du moment où l'on cherche, comment savoir ce que l'on trouve? Vous comprenez ma question? Vous cherchez Dieu, la vérité, ou quoi que ce soit. Ce pourrait être votre propre plaisir, vos propres besoins sexuels, la fin de quelques problèmes personnels, etc. Vous cherchez. Cette quête implique plusieurs choses. Tout d'abord, quand vous le trouvez, vous devez le reconnaître – non? Cette quête doit être satisfaisante, sinon, vous la rejetez. Elle doit pouvoir répondre à tous vos problèmes, et elle ne le fera pas parce que les problèmes sont créés par vous. Donc la personne qui dit : « je cherche » est vraiment tout à fait déséquilibrée, parce qu'elle se joue des tours. Tout cela est donc maintenant complètement en suspens, terminé. L'esprit est alors absolument tranquille, en état de pure observation. Au delà de cela tout n'est que description – Vous comprenez? – n'est qu'un assemblage de mots destiné à communiquer quelque chose d'incommunicable. Vous comprenez?

Donc tout ce qu'on peut faire, c'est de ne pas le décrire, mais de venir à la rencontre d'un autre avec la même capacité, la même intensité, au même niveau. Vous comprenez ce que je dis? Qu'est-ce que l'amour? C'est de rencontrer un autre avec la même intensité, au même niveau, au même instant. Vous comprenez? N'est-ce pas? Cela, c'est l'amour. Je ne parle pas de l'amour physique, je parle de l'amour qui n'est ni désir, ni plaisir. Rencontrer quelqu'un avec la même intensité – n'est-ce pas? – avec la même notion de temps et avec la même passion. C'est cela l'amour.

Alors, si cet amour est présent chez un autre et si vous avez cette qualité d'esprit qui est silence, il y a communication – n'est-ce pas? – sans paroles. C'est-à-dire une communication qui, en vérité, est une communion, un partage total de quelque chose qui ne peut s'exprimer en paroles. Dès l'instant où vous le mettez en mots, c'est parti, parce que le mot n'est pas la chose.

Alors, à la fin de ces causeries – 4 causeries et 2 questions-réponses – où en sommes-nous? Où en est chacun de nous par rapport à ce que vous avez entendu, à ce que vous avez appris, à ce que vous avez vu par vous-même? N'est-ce que des mots que vous emporterez? Ou bien, s'est-il produit un changement profond, fondamental, de sorte que vous êtes délivré de tous vos problèmes, délivré de la peur, et qu'il y a ce parfum qui ne peut jamais mourir, qui est amour. Et de là découlent l'intelligence et l'action. Comprenez-vous? Bien, Messieurs.

Quatrième Causerie à Brockwood Park

Dimanche 29 Juillet 1979

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