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Le désir et le temps sont-ils responsables de la peur?

Cinquième Causerie Publique à Saanen

Mardi 17 Juillet 1979

Krishnamurti: Avant de poursuivre le sujet de nos 4 derniers entretiens nous nous sommes demandé, et peut-être vous aussi pourquoi, après vous avoir écouté ici pendant tant d'années pourquoi ne changeons-nous pas? Quelle en est la cause profonde? Y a-t-il une cause, ou de nombreuses causes? Nous savons ce que le monde est devenu extérieurement, de plus en plus fragmenté de plus en plus violent, de plus en plus insensé. un groupe se battant contre un autre où l'on ne parvient pas à partager entre tous l'énergie du monde vous savez ce qui se passse. Et quel rapport avons-nous avec cela, avec le monde et avec nous-mêmes? En sommes-nous distincts? Si c'est le cas, ce dont je doute sommes-nous si radicalement distincts de ce monde qui nous entoure? Les gourous qui se font concurrence, comme les religions les idées contradictoires opposées les unes aux autres, etc qu'allons-nous faire ensemble pour nous transformer? C'est le plus sérieusement du monde que je demande ceci: ...pourquoi menons-nous nos vies comme nous le faisons nos petits idéaux mesquins, nos vanités, et toutes les stupidités que nous avons accumulées, pourquoi continuons-nous ainsi?

Est-ce parce que nous avons peur de changer? Est-ce parce que nous n'avons ni le désir, ni l'intention ni le besoin pressant de trouver une autre façon de vivre? Posez-vous ces questions, je vous prie. C'est pour vous que je les pose, pas pour moi. Pourquoi? Quelle est l'essence même de cette détérioration de l'esprit humain et par conséquent de la désintégration dans l'action? Vous comprenez? Pourquoi cet esprit est-il devenu si étriqué si fermé, n'englobant pas la totalité pour agir à partir de là mais vivant en vase clos? Quelle est la racine de tout ceci? Allons Messieurs, discutons-en un peu.

L'autre jour, vous demandiez: comment se fait-il que je vous écoute depuis 52 ans ou 40 ans, et je n'ai pas changé d'un iota? Il y a bien eu quelques petits changements, quelques modifications. Peut-être ne suis-je plus un nationaliste, ne fais-je plus partie d'un groupe organisé de pensée religieuse je n'appartiens peut-être plus superficiellement, à quelque secte à quelque gourou que ce soit, à tout ce cirque qui se poursuit. Mais au tréfonds de soi, on reste plus ou moins le même. Peut-être plus raffiné, l'égo-centrisme est un peu moins actif moins agressif, plus raffiné, plus souple un peu plus attentionné, mais la racine subsiste. L'avez-vous remarqué? Pourquoi? Nous parlons de l'extirpation de cette racine non de ses ornements, de ses rognures périphériques. Nous parlons de la racine même de notre égocentrisme actif, conscient ou inconscient.

Est-ce parce qu'il nous faut du temps? Approfondissez-le, je vous prie. Le temps, donnez-moi du temps. L'homme a beau exister depuis des millions et des millions d'années cette racine n'a pas été déterrée et rejetée. Le temps n'a rien résolu. N'est-ce pas? Réfléchissez-y, je vous prie. L'évolution, qui est le mouvement du temps, n'a pu le résoudre. Nous avons de meilleures salles de bains, de meilleures communications etc., mais l'être humain est essentiellement identique à ce qu'il était il y a un million d'années. C'est tragique, si l'on en prend conscience. Et pour peu que l'on soit sérieux, pas seulement ici sous la tente mais tout au long de sa vie quotidienne, ne vous demandez-vous jamais: ...'cette activité centrée sur soi. avec tous ses problèmes, ne peut-elle jamais prendre fin »? Si vous vous êtes demandés cela sérieusement et si l'on se rend compte que le temps, la pensée – nous l'avons vu l'autre jour – sont similaires, vous voyez qu'ils sont un même mouvement, et la pensée et le temps n'ont pas résolu le problème. Et c'est le seul instrument dont nous disposons. Et il semble que nous ne nous rendions jamais compte que cet instrument .qui est le mouvement de la pensée, si limitée soit-elle ne peut résoudre les problèmes. Et cependant nous nous y accrochons. Nous nous accrochons au vieil instrument. N'est-ce pas?

La pensée a créé tous ces problèmes. N'est-ce pas? C'est évident. Problèmes de nationalité, problèmes créés par la guerre, problèmes de religion, tout cela est le mouvement de la pensée qui est limitée. Et cette pensée même a créé ce centre. N'est-ce pas? Evidemment. Et pourtant, il semble que nous soyons incapables de trouver un nouvel instrument. N'est-ce pas? Nous ne trouvons pas de nouvel instrument mais étant incapables de lâcher le vieil instrument et nous y accrochant, nous espérons trouver le nouveau. Vous suivez? Il vous faut lâcher quelque chose pour découvrir le nouveau. N'est-ce pas? Si vous voyez qu'un sentier menant au sommet de la montagne ne vous conduit pas là-haut, vous examinez la situation. Vous ne restez pas sur ce sentier là. Aussi, nous demandons: ...pourquoi les êtres humains sont-ils aussi incroyablement stupides? Ils ont des guerres, cette fragmentation des nationalités des religions, et tout le reste, et pourtant ils vivent dans ces malheureux conflits, disputes, querelles – vous suivez?

Alors, qu'est-ce qui amènera un être humain à lâcher le vieil instrument et à chercher le nouveau? Vous comprenez? Chercher ce qui est neuf. Serions-nous paresseux? Aurions-nous peur? Disons-nous: « si j'abandonne ceci, me garantissez-vous cet autre? » Vous comprenez? Cela signifie que l'on a vécu avec cette pensée limitée et l'on pense y avoir trouvé la sécurité, et l'on a peur d'y renoncer et ce n'est que dans l'abandon du vieux que l'on peut trouver le neuf. Evidemment.

Donc nous demandons: est-ce la peur? Car vous constatez dans le monde entier, la multiplication des gourous qui vous garantissent la sécurité: « faites ceci, suivez ceci pratiquez ceci, et vous aurez quelque chose au bout du compte ». C'est-à-dire, une récompense. La promesse d'une récompense provoque une certaine fascination et l'espoir que vous trouverez dans cette sécurité. Mais si vous examinez la chose d'un peu plus près, et n'êtes pas aussi crédules et n'avalez pas tout ce qu'un autre vous dit, vous découvrirez alors clairement que la récompense est la réaction à la punition, vous voyez? Car nous sommes entraînés à l'idée de récompense-punition. N'est-ce pas? C'est évident. Aussi, pour échapper à la punition, qui signifie douleur, chagrin, etc, nous cherchons une récompense, espérant par là y trouver une sorte de sécurité, une sorte de paix et un certain bonheur. Mais quand vous vous y penchez, vous ne trouvez pas cela. Les gourous et les prêtres peuvent le promettre mais ce ne sont que des mots. N'est-ce pas?

Comment nous autres, êtres humains, allons-nous aborder ensemble cette question de savoir s'il est possible de totalement éradiquer ce poison de l'intérêt pour soi cette activité égocentrique? N'est-ce pas? Je ne sais si vous avez jamais même posé cette question. Quand vous posez cette question vous avez déjà commencé à être un peu plus intelligent. Naturellement. Alors, ce matin, nous allons réfléchir à ce problème, ensemble. Réfléchir ensemble, et non moi qui vous le dit et vous qui l'acceptez ou le rejetez, mais ensemble nous découvrons si ce mouvement de l'ego, du soi peut jamais finir. N'est-ce pas? Ceci vous intéresse-t-il? Non, non, ne hochez pas affirmativement la tête. Il s'agit là d'un problème très sérieux. Vous pourriez être stimulé par l'orateur. pendant que vous êtes sous la tente et j'espère que ce n'est pas le cas. Mais si vous l'êtes, votre enthousiasme vous fait dire « oui, je suis d'accord avec vous. C'est ce que nous devons faire. » Et puis, quand vous quittez la tente vous oubliez tout cela et reprenez vos bonnes vieilles habitudes. Donc ensemble, écartant vos propres préjugés vos propres gourous, vos conclusions personnelles nous allons ensemble examiner cette question.

Pour examiner, il faut être libre. N'est-ce pas? C'est évident, non? Il vous faut être libre d'examiner il faut être libre de ces blocages qui font obstacle à votre examen. Les obstacles sont vos préjugés, votre expérience, votre propre savoir ou celui de quelqu'un d'autre, tout cela agissant comme autant d'obstacles nous privant de toute aptitude de penser ensemble. N'est-ce pas? Voyez cela, ne fut-ce qu'intellectuellement. L'orateur n'a aucun de ces problèmes: ...il n'a ni préjugé, ni croyance. Terminé. Seulement alors, pouvons-nous nous retrouver ensemble dans la mesure où vous êtes dans cette même situation.

Alors, examinons, réfléchissons, pensons ensemble. Réfléchissons ensemble à la raison pour laquelle les êtres humains partout dans le monde, continuent à être centrés sur eux-mêmes connaissant tous les problèmes que cela entraîne, toute la confusion les malheurs, la souffrance, ils s'y accrochent pourtant. N'est-ce pas? Alors nous demandons: est-ce le désir? Vous savez ce qu'est le désir. Nous demandons: la racine de cette activité égocentrique est-elle le désir? Qu'est-ce que le désir? Nous désirons tous tant de choses: désir d'illumination désir de bonheur, désir d'une belle apparence physique, de quoi donc d'un monde paisible, désir de s'accomplir et d'éviter la frustration vous comprenez? – le désir qui motive tous les êtres humains. Suivez-vous? Nous demandons: est-ce là une des causes fondamentales de cette existence égocentrique avec son cortège de confusion et de malheur?

Et les religions du monde entier ont dit qu'il faut réprimer le désir. N'est-ce pas? Vous devez devenir un moine au service de Dieu et pour atteindre cette fin suprême, vous ne devez avoir aucun désir. Vous comprenez? C'est ce que n'ont cessé de répéter tous les prétendus guides religieux du monde. Et sans comprendre la structure et la nature du désir leur idéal était que pour servir le principe le plus élevé le Brahman en Inde, Dieu ou le Christ dans le monde chrétien ou toutes autres inepties religieuses sectaires il faut réprimer, maîtriser, dominer le désir. N'est-ce pas?

Et maintenant, nous allons ensemble aborder le désir. A présent, quand vous examinez la nature du désir écoutez bien je vous prie, quand vous examinez le désir ou l'analysez vous vous servez de la pensée comme outil d'analyse. C'est-à-dire, en allant dans le passé. Vous suivez? Et vous vous servez donc du vieil instrument de la pensée limitée, et vous examinez le passé pas à pas, c'est-à-dire tout le processus psychanalytique. Suivez-vous tout ceci? Mais pour examiner le désir, il faut en voir la réalité présente, sans le rétrograder. Vous comprenez ce que je dis? Accompagnez-moi un peu, je vous prie. Il vous faut être très clair sur ce point. Le processus introspectif de l'examen psychanalytique de soi consiste à revenir en arrière, espérant ainsi découvrir la cause. N'est-ce pas? Pour ce faire, vous vous servez de la pensée. N'est-ce pas? Et la pensée est limitée, c'est le vieil instrument et vous vous en servez pour découvrir la racine du désir.

Or, nous disons tout autre chose. Prêtez-y un peu d'attention, je vous prie. Nous disons que l'analyse, qu'elle procède de soi ou d'un professionnel, ne mène nulle part, sauf si l'on est légèrement névrosé, auquel cas elle pourrait aider un peu. Peut-être sommes-nous tous légèrement névrosés! Nous disons: observez la nature du désir. N'analyser pas, observez simplement. Vous comprenez la différence? Est-ce clair? Je vais vous le montrer. Voyez-vous, il est dommage qu'il faille tout expliquer. Vous ne réagissez pas spontanément pour dire: « oui, je l'ai saisi! » Tout ce que vous dites, c'est: « expliquez, et je le saisirai. » Expliquez tout le mouvement du désir, usez de mots adéquats, décrivez la chose avec précision, et je la saisirai. Ce que vous saisissez, c'est la clarté de l'explication, des mots mais cela ne vous donne pas l'observation totale du mouvement du désir. Vous avez compris?

Pouvez-vous donc cesser d'analyser et simplement observer? Avez-vous compris? L'avez-vous saisi? Nous rencontrons-nous? On peut décrire la beauté de la montagne. la blancheur de la neige, le ciel d'azur la dignité, la splendeur de tout cela, les vallées, les rivières les torrents, les fleurs, et la plupart d'entre nous se satisfait des explications. Nous ne disons pas: « je vais y aller, je vais grimper et découvrir ».

Nous allons examiner très soigneusement cette question du désir pas par un retour en arrière, en espérant découvrir la nature du désir. Vous comprenez? Mais activement regarder cela ensemble. Qu'est-ce que le désir? Regardez-le vous-même. Nous faisons cela ensemble. Qu'est-ce que le désir? Vous désirez une robe que vous avez vue dans la vitrine, et il y a la réaction. Vous en aimez la couleur la façon, la mode, et le désir dit: « allons l'acheter ». Que s'est-il réellement passé à cet instant? Il ne s'agit pas d'analyse, mais d'une vraie observation de la réaction au fait de voir le vêtement dans la vitrine, et de la réponse à ce fait. Vous suivez ceci? Oui? Vous le suivez? Ne vous endormez pas s'il vous plaît! Vous voyez le vêtement, vous en aimez la couleur la façon – que s'est-il passé? Vous observez, il y a la sensation. N'est-ce pas? Il y a le contact, vous le touchez, puis apparaît le désir à travers l'image que la pensée a bâtie de vous en train de revêtir cette robe. N'est-ce pas? Comprenez-vous ceci? Vision, sensation, contact puis la pensée vous imaginant portant le vêtement, et enfin le désir. Vous suivez ceci? Non, ne me suivez pas, voyez-en le fait. J'ai seulement fourni une explication, les mots, mais c'est en fait de la réaction que nous parlons; vision, contact sensation, la pensée imaginant le vêtement sur vous et le désir est né. Vous comprenez? L'avez-vous saisi? Non, non, il s'agit de la vôtre, pas de la mienne.

Questioneur: Je ne saisis pas.

Krishnamurti: Attendez, suivez attentivement ceci. Dès l'instant où la pensée crée l'image, le désir naît de cette image. N'est-ce pas? Vous comprenez? Comprenez-le, je vous prie. Oh, je suis fatigué. Je suis las des explications! Je vais m'en tenir à cette robe, ou à cette chemise. Il y a d'abord perception de la chose dans la vitrine, la vision la réponse visuelle, optique, puis vous entrez, palpez le tissu et alors la pensée dit: « comme il me serait agréable de l'avoir. » Et elle vous imagine en train de le porter. C'est l'instant du désir. N'est-ce pas? Le voyez-vous effectivement, pas à travers mes explications? Est-il clair que vous voyez vous-même ce qui a lieu?

Dès lors, se pose la question – soyez attentifs, je vous prie pourquoi la pensée crée-t-elle l'image de vous possédant cette chemise, ce vêtement, et la poursuit-elle? Observez cela. Réfléchissez-y. Examinez-le. Faites travailler vos cerveaux. Vous voyez une chemise bleue. La voyant, vous allez la toucher en palpez le tissu, puis intervient la pensée qui dit: « comme elle est jolie. » On en vient à la question suivante: ...la pensée peut-elle s'abstenir de créer l'image? Comprenez-vous ma question? Je vais m'expliquer, en prendre le temps, l'approfondir.

Nous examinons tout le mouvement du désir, car nous nous demandons: ...le désir est-il à la racine même de cette existence égocentrique, égotiste? Et à partir de là, nous demandons: est-ce le désir? Puis nous disons: qu'est-ce que le désir? Et l'orateur est totalement opposé au fait de réprimer, car cela ne résout pas le problème. Il dit catégoriquement: ne le fuyez pas en vous réfugiant dans un monastère en prononçant des voeux, et toutes ces choses – ce ne sont que des échappatoires. Mais nous disons ceci: examinez-le, observez-le non pas analytiquement, mais pendant qu'il a lieu, observez. L'observation montre la réaction optique à la robe, à la chemise bleue puis le contact une fois dans le magasin, quand vous palpez le tissu enfin la pensée créant l'image et la naissance du désir. C'est seulement quand la pensée crée l'image que naît le désir. Autrement, elle ne le fait pas. Etes-vous à présent ensemble ici? N'est-ce pas?

Donc le désir apparaît et s'épanouit dès l'instant où vous créez l'image où la pensée crée l'image. Vous avez eu une expérience agréable, sexuelle ou autre. Et elle a créé une image que vous poursuivez. L'une est une forme de plaisir l'autre est le mouvement de désirs contradictoires. N'est-ce pas? Vous désirez ce vêtement, ou désirez une grande réussite, etc., etc. Pouvez-vous dès lors observer ce fait qu'à l'instant où la pensée crée l'image, le désir naît? En êtes-vous conscients? Voyez-vous au moment où cela se produit comment la pensée crée par son imagination le désir de poursuivre sa finalité. N'est-ce pas? Etes-vous en train d'observer effectivement ce fait en étant assisi ici? Evidemment, c'est très simple. N'est-ce pas?

La question suivante se pose alors: ...la pensée peut-elle ne pas créer l'image? C'est tout le problème. Vous comprenez? Est-ce que je rends la chose par trop difficile?

Questioneur: Intervenant: se pourrait-il que le nouvel instrument soit l'objet?

Krishnamurti: Un instant Monsieur laissez-moi terminer, nous pourrons ensuite poursuivre. Puis-je finir ce que je suis en train de dire? Vous pourrez ensuite poser des questions, s'il nous reste du temps. D'ailleurs, nous aurons cinq discussions après ces entretiens. Vous pourrez alors me malmener! (Rires) Mais veuillez patienter jusque là.

Nous en sommes arrivés au point où vous observez vous-même le jaillissement du désir. N'est-ce pas? Perception, vision, contact, sensation. Jusque là, il n'y a pas de désir. Ce n'est que réaction. Vous suivez? Mais dès l'instant où la pensée crée l'image, tout le cycle commence. Le voyez-vous? Si vous le voyez clairement, la question suivante se pose alors: Pourquoi la pensée crée-t-elle toujours cette image? Vous comprenez ma question? Pourquoi? Vous voyez une chemise rouge, bleue, blanche peu importe, aussitôt vous l'aimez ou ne l'aimez pas, ce qui indique que la pensée a déjà vécu des expériences, des préférences, etc. Alors pouvez-vous observer la chemise bleue le vêtement dans la vitrine, et reconnaître la nature de la pensée et voir qu'à l'instant où intervient la pensée, le problème commence? Cela ne concerne pas seulement la chemise bleue ou le vêtement mais aussi vos expériences sexuelles, les images, la réflexion. Ou encore l'image que vous avez d'un poste d'un statut social, d'une fonction. Suivez-vous? Le désir est donc cela. Pouvez-vous alors observer, sans que ne s'enflamme le désir? Vous comprenez ma question? Approfondissez et vous le verrez. Vous pouvez le faire. Voilà le nouvel instrument, qui est d'observer.

Ensuite, le désir de sécurité. C'est pareil: sécurité sous forme d'une grande maison ou d'une petite maison, d'un compte en banque – qui pourraient être nécessaires – et aussi, sécurité créée par le désir à propos de soi l'image qu'on a de soi, et la réalisation de cette image dans l'action, ce qui comporte des frustrations de toutes sortes et malgré les frustrations, malgré les conflits, le malheur le désir persiste, car la pensée crée sans cesse l'image quand prévaut la sensation. N'est-ce pas? Je me demande si vous le voyez!

Nous posons alors la question suivante: Le désir est-il responsable de la peur? Nous avons cherché la sécurité par le désir et son accomplissement en Dieu, psychologiquement – je ne veux pas m'éterniser sur toutes ces choses – et inconsciemment, profondément, il se pourrait que l'on se rende compte que les choses dans lesquelles s'est investi le désir n'ont aucune valeur. Et faute de valeur, vous prenez peur. Comprenez-vous? Suivez-vous tout ceci? Car encore une fois, nous n'analysons pas la peur. C'est un vieux jeu stupide. Nous observons le fait concrêt de la peur. Et quand celle-ci surgit, il faut observer se demander quelle en est la racine? Il ne s'agit pas d'en découvrir analytiquement la racine mais de découvrir la racine par l'observation elle-même. Vous saisissez? Suivez-vous tout ceci? Vous semblez plutôt perplexes. Je vais approfondir ceci.

L'homme a accepté de vivre avec la peur, extérieurement et intérieurement: ...peur de la violence, peur d'être physiquement blessé, etc., extérieurement. Psychologiquement, peur de ne pas se conformer à un modèle peur du « qu'en dira-t-on », peur de ne pas réaliser de ne pas accomplir, etc., vous savez, psychologiquement. C'est là un fait, et nous demandons: ...peut-on observer ce fait sans que l'esprit analytique n'entre en jeu avec le fait, et observer la totalité du mouvement de la peur tel qu'il existe? Vous comprenez?

Etes-vous fatigués? Encore 10 minutes. Tâchez de les supporter! Car voyez-vous, il est possible d'être psychologiquement tout à fait libre de la peur, absolument libre. Ne me prenez pas au mot, il s'agit de votre vie pas de la mienne, il vous faut découvrir ceci.

Il vous faut donc demander: qu'est-ce que la peur? A-t-elle sa racine dans le désir? Examinez cela lentement, ne dites pas non. Approfondissez-le. Le désir étant ce que nous avons dit: la pensée créant l'image puis poursuivant cette image quelle pourra ou non réaliser. Vous suivez? Si elle réalise, il n'y a pas de peur bien que cela puisse comporter d'autres calamités. Mais en l'absence de réalisation il y a frustration, et peur de ne pouvoir réaliser. Vous comprenez? Par là, j'entends tout cet accomplissement sexuel complexe que, semble-t-il, le monde est tout juste en train de découvrir en faisant grand bruit à ce sujet – promiscuité et tout le reste. Ainsi nous demandons: la peur est-elle le produit du désir? Le désir étant la formation d'image et la réalisation de cette image dans l'action. N'est-ce pas? Ou bien – suivez attentivement, je vous prie – la peur fait-elle partie intégrante du temps? Vous comprenez? La peur est-elle le mouvement du temps? Ainsi, le désir et le temps sont-ils responsables de la peur? Vous comprenez? Oh, Seigneur! Je vais m'expliquer. Allons lentement.

Le désir est le mouvement de la pensée avec son imagerie. C'est le mouvement de la pensée créant l'image et le mouvement de cette image est le temps – n'est-ce pas? Non? Pas le temps chronologique, le temps psychologique. Et nous demandons: le temps est-il aussi responsable de la peur? Le temps du désir – ah, cela me vient! Vous saisissez? Le temps que crée le désir, et la pensée ayant créé le désir et la pensée étant aussi le temps pensée et désir sont donc responsables de la peur. Vous le voyez? J'ai peur de ce que vous pourriez me faire. J'ai peur que vous ne me blessiez psychologiquement. J'ai peur que ce chien ne me morde. Mais à l'instant de la morsure (rires), le temps a cessé. Vous comprenez? Il n'y a que: le chien pourrait me mordre. J'ai créé l'image, la pensée a créé l'image de ce chien qui mord, dans le futur. Suivez-vous tout ceci? Donc le désir a son futur, et le temps est naturellement le futur le passé, le présent et le futur.

La question est alors: la pensée peut-elle se rendre compte de son propre mouvement créant la peur? Vous comprenez? – la pensée reconnaissant sa propre nature. Quand elle se rend compte de sa propre nature en tant que principe actif de la peur, que se passe-t-il? Il n'y a alors que ce qui est en train d'avoir lieu. Je me demande si vous le voyez. Allons, je vous en prie! Car il serait utile que nous réfléchissions ensemble à cette question. Vous quitteriez alors la tente en ayant compris le mouvement de la peur, et pris conscience de la nature du désir, et de la pensée limitée qui crée le temps, c'est-à-dire la peur. Comprenez-vous? Vous en rendez-vous compte? Ou n'avez-vous fait qu'accepter les mots? Vous comprenez? Si vous l'avez compris, alors c'est fini. Il n'y a plus ni gourous, ni dieu, toute cette absurdité.

Questioneur: Ma pensée ne s'arrête pas. J'ai écouté...

Krishnamurti: Non, non, il n'est pas question d'un arrêt de la pensée. Non, ne dites pas la pensée – nous discuterons de cela un peu plus tard quand nous parlerons de la méditation, si cela vous intéresse. Mais là n'est pas la question. Je dis ceci: la pensée reconnaît-elle d'elle-même ce qu'elle fait? Qu'elle a créé le désir, et que l'accomplissement de ce désir est le temps. Et ceci implique la peur. Et la pensée a aussi créé ce qui pourrait arriver. Il y a eu de la douleur et j'espère qu'il n'y aura pas de nouvelle douleur ce qui se situe dans le futur. Ainsi la pensée a créé le futur. N'est-ce pas? Et le futur est la nature même de la peur. Je me demande si vous le saisissez!

Regardez Monsieur: si je meurs subitement, il n'y a pas de peur. Si j'ai une crise cardiaque instantanée – pst (rires) fini, il n'y a pas de peur. Mais mon coeur est faible, je pourrais mourir: c'est le futur. Le futur est le mouvement de la peur. Saisi? Voyez-en la vérité, pas votre conclusion, il ne s'agit pas d'affirmer « oui, je le vois », mais d'en percevoir la vérité. Alors cette vérité agit d'elle-même. Vous n'avez rien à faire. Si vous voyez cette vérité, cette vérité étant un fait la pensée dit alors: « Très bien, j'en ai fini ». La pensée ne peut agir sur un fait. Elle peut agir sur une chose qui n'est pas un fait. Alors, après avoir écouté ce verbiage (rires) avez-vous pris conscience de la nature de la peur? Vu la vérité de la chose. Si vous en voyez réellement la vérité, la peur a disparu. Il ne s'agit pas de maîtriser la pensée. Vous êtes la pensée. Comprenez-vous? Un de nos singuliers conditionnements est de se croire disctints de la pensée, ce qui vous fait dire: « je vais maîtriser la pensée ».

Questioneur: Mais si nous sommes distincts de la pensée...

Krishnamurti: Mais quand vous vous rendez compte que la pensée elle-même est le « moi », et que la pensée a créé ce futur, c'est-à-dire la peur, et en voyez la vérité pas intellectuellement, la vérité ne peut se voir intellectuellement. On peut voir intellectuellement une explication verbale claire, mais cela n'est pas la vérité. La vérité est le fait que le futur tout le mouvement du futur donne naissance à la peur. Vous avez écouté tout cela, peut-être de différentes façons ainsi que diverses explications à diverses occasions, et vous voilà à nouveau réunis ici, et ce matin vous avez écouté une explication très claire, qui n'est pas une analyse alors, êtes-vous délivrés de la peur? C'est le test. Si vous continuez comme par le passé et dites... « j'ai peur de... » – vous savez et toutes ces choses, c'est que vous n'avez pas vraiment écouté. Pourrions-nous poursuivre ceci jeudi, après demain matin? Le pouvons-nous?

Cinquième Causerie Publique à Saanen

Mardi 17 Juillet 1979

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