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Pouvons-nous ensemble, créer une bonne société?

Deuxième Causerie Publique à Saanen

Mardi 10 Juillet 1979

Krishnamurti: Pourrions-nous poursuivre ce dont nous parlions dimanche matin?

Cela vous va-t-il? Je me demande si vous avez réfléchi davantage à ce dont nous parlions dimanche matin? Si vous avez approfondi le sujet par vous-mêmes et êtes parvenus à un certain point au-delà duquel il ne vous a peut-être pas été possible d'aller, et s'il en est ainsi nous pourrions l'approfondir encore bien davantage. Ce que nous disions dimanche matin c'est qu'il nous faut avoir la capacité de penser ensemble. La capacité vient naturellement et inévitablement si l'on voit combien il est important et nécessaire de penser ensemble dans un monde corrupteur ce qui n'implique pas que l'on soit d'accord ou en désaccord mais que l'on écarte son propre point de vue, son propre préjugé son jugement et que l'on ait ainsi la capacité de penser ensemble. Car lorsqu'on pense ensemble, il n'y a pas de division vous ne pensez pas distinctement de l'orateur. Excusez-moi, j'ai un peu de rhume des foins. Ne m'apportez pas de médicaments. Si nous sommes capables de penser ensemble la division entre soi et autrui prend fin. Il n'y a plus que l'acte de penser, et non votre façon de penser ou une autre façon de penser mais seulement la capacité de penser ensemble. Mais cela n'est possible que si vous écartez vos propres conclusions, votre propre vanité vos exigences personnelles, sinon l'union ne peut se faire.

Le mot « ensemble » implique le fait de marcher ensemble d'être tout le temps ensemble et pas que vous marchiez en tête et l'autre derrière, mais marcher ensemble signifie que nous avançons tous deux sur la même voie sans penser à des choses différentes, mais observant la même chose sans traduire ce que vous observez selon votre propre tendance ou préjugé, mais en observant ensemble écoutant ensemble, marchant ensemble.

Je me demande si vous vous rendez compte de ce qui se passe dans ces conditions entre deux êtres humains? Dans la société permissive actuelle il y a chez chacun de nous un très grand besoin, un ardent désir de s'accomplir sur le plan sexuel, émotif et ainsi de suite. Et ceci va naturellement de pair avec tout le problème de la frustration. Veuillez écouter attentivement ce que je suis en train de souligner. Il ne faut ni accepter, ni rejeter ce que nous disons mais nous pensons ensemble, je dis bien penser ensemble.

Quand on cherche à s'accomplir dans une autre personne ou que l'on désire être ou devenir et donc que l'on agit ce qui est une forme d'accomplissement il y a alors dans ce mouvement de la frustration toutes sortes d'idées névrotiques, de la névrose, etc., etc. Mais quand nous pensons ensemble, ce qui signifie que vous avez abandonné votre opinion personnelle, jugement, etc et que l'autre en a fait autant il n'y a aucune division, et donc aucun sentiment d'accomplissement – je me demande si vous saisissez ceci – et donc aucun sentiment de frustration. Je vous en prie, ceci n'est pas une conclusion verbale un concept idéaliste une chose à accomplir, mais la réalisation du fait concret que tant que nous ne réfléchissons pas ensemble à quoi que se soit politique, religion, économie, relations personnelles, etc – penser ensemble – il y a nécessairement division et, de cette division naît le désir d'accomplir, dont la suite inévitable est la frustration avec toutes ses névroses et réactions inévitables. Quand nous pensons ensemble tout cela prend fin. Je me demande si vous suivez ceci?

Si je puis me le permettre, certains d'entre-vous ont peut-être écouté la causerie de dimanche matin, et avez-vous intérieurement lâché vos opinions personnelles, conclusions, expériences? Ou vous y cramponnez-vous, consciemment ou inconsciemment en faisant un effort pour penser ensemble? Ceci est bien sûr puéril et permet seulement d'entretenir une certaine communication verbale, mais en réalité il y a division, et donc conflit. Quand nous pensons ensemble, le conflit prend fin. Je me demande si vous le voyez? Je vous en prie, il vous faut le saisir. Car de millénaire en millénaire, nous autres, êtres humains avons vécu en proie au conflit – lutte, tensions diverses physiques, psychologiques, émotionnelles s'exploitant mutuellement toute relation humaine repose là-dessus. Et le fait de penser ensemble amène dans la relation un changement fondamental car il n'y a pas de division. Si vous êtes ambitieux et un autre ne l'est pas, il y a division. Si vous croyez en Dieu, en Jésus en Krishna, peu importe et l'autre n'y croit pas, il y a division et donc conflit. Peut-être vous tolérerez-vous mutuellement ce qui a lieu en ce moment mais la division existe – le nationalisme et ainsi de suite. Alors si nous pouvions, pendant ces causeries – combien y en a-t-il, je ne sais plus, peut-être une dizaine – si nous pouvions, tout au moins un groupe d'entre nous appliquer nos esprits à découvrir si nous sommes absolument capables de penser ensemble. Et par conséquent quand nous faisons cela notre relation mutuelle subit un changement complet. N'est ce pas? Je me demande si vous le voyez.

Et nous disions aussi dimanche, que psychologiquement la pensée a admis le processus d'évolution progressive et par conséquent elle essaie toujours de devenir quelque chose, ou d'être quelque chose. Et nous avons parlé du temps – écoutez je vous prie, jouez avec cela nous demandant s'il existe un temps psychologique, demain si le futur existe psychologiquement. S'il n'existe pas, quelle sorte de relation y a-t-il entre deux êtres humains qui n'ont pas de futur? Comprenez-vous? Suivez vous ma question? Il ne s'agit pas de ma question, mais de la vôtre. Peut-être ne vous l'êtes-vous pas vous-même posée, mais elle est posée. Il vous faut donc l'examiner.

Pendant des siècles, tant religieusement que politiquement et autrement, nous avons admis cette notion de progressivité. N'est-ce pas? C'est l'évidence. Je vais progressivement tendre à la perfection je vais être moins comme ceci, et plus comme cela. Cette mode de progressivité introduit dans la conclusion et dans l'évolution a donné de l'importance à la mesure. Naturellement. Suivez-vous tout ceci? La mesure, c'est ce que l'on était, ce que l'on est et ce que l'on va être. C'est là une mesure. La mesure est une durée et nous mettons en doute ensemble l'existence d'une quelconque durée psychologique. Le temps chronologique est une évidence, car nous allons nous rencontrer après demain, si vous le voulez bien, c'est évident. Si vous voulez jouer au golf ou aller au cinéma ou ce que vous voudrez, après demain existe bien. Mais psychologiquement, intérieurement, le temps existe-t-il? Ou la pensée a-t-elle inventé le temps, psychologiquement parce qu'elle est trop paresseuse, trop indolente et aussi parce qu'elle ne sait pas comment agir à l'égard de ce qui se passe en réalité. Donc elle dit: « donnez moi du temps ». Ne sachant pas comment se libérer de l'envie, elle dit: « j'y penserai j'y travaillerai, je m'en libérerai peu à peu » – si vous le voulez. Mais si vous préférez la conserver, très bien.

Tel a donc été notre conditionnement. N'est-ce pas? Suivez-vous ceci? Pas verbalement, veuillez l'observer en vous-même. Tel a été votre conditionnement et quelqu'un comme l'orateur passe par là et dit: « en est-il ainsi? » Vous l'avez admis, cela a été la tradition, une tradition enseignée pas une superstition, car tout le monde, les savants et d'autres ont parlé de l'ascension de l'homme par accumulation de savoir qui est du temps, et ainsi de suite, vous l'avez admis. Et l'orateur survient et dit: ...'voyez, peut-être êtes-vous tous dans l'erreur, mettez cela en doute ». Il dit alors: « peut-être n'existe-t-il pas de demain, psychologiquement ». Le comprenez-vous? Non, voyez l'importance que revêt cette question. Que vous arrive-t-il si vous posez très sérieusement cette question non comme une idée mais une actualité? L'actualité, c'est ce qui se passe maintenant. N'est-ce pas? Si vous vous posez cette question, quelle est alors la qualité de l'esprit qui ne pense pas psychologiquement à demain? Suivez-vous? Avez-vous saisi ma question? N'est-ce pas? Que se passe-t-il quand il n'y a pas de futur psychologique – il existe bien un futur: ...il vous faut bien déjeuner, dormir faire telle ou telle chose – mais psychologiquement s'il n'y a pas de futur, quelle est alors votre relation avec autrui? Vous l'avez saisi? Vous l'avez compris? Avez-vous résolu cette question qui avait été posée hier? Quelle relation avez-vous avec votre épouse ou votre petite amie, etc. s'il n'y a pas de demain? Si vous avez un demain, psychologiquement vous créez alors l'image vous donnez suite à l'image que vous avez d'elle ou de lui vous entretenez le souvenir de cette personne et vous agissez en fonction de ce souvenir, de cette expérience. Vous y donnez suite. N'est-ce pas? Ainsi, quand il y a un futur psychologiquement cela devient alors quelque chose de machinal. Vous suivez ce que j'entends par machinal? ...la routine, la répétition, l'acte qui repose sur le souvenir. S'il n'y a plus de demain psychologique que s'est-il passé dans notre relation? Dans votre relation, non dans l'idée que vous vous en faites dans votre relation telle qu'elle est avec votre femme, votre mari votre ami, votre garçon ou fille, que se passe-t-il dans les faits? Comprenez-vous ceci? Cela vous intéresse-t-il? Ce qui signifie que non seulement vous avez approfondi le concept du conditionnement du futur psychologique, mais avez compris toute sa signification, rationnellement sainement, logiquement, et avez dit: « ce pourrait ne pas être ». Vous vous êtes donc prudemment écarté de votre conditionnement. Et quand vous posez cette question, votre esprit est libre d'observer. il n'est plus lié à votre conditionnement quant à l'existence d'un futur. L'avez-vous saisi?

Quelle est la nature de votre relation à autrui en l'absence d'un demain psychologique? Peut-être pouvons-nous aborder – ne répondons pas à cette question nous découvrirons cela par nous-mêmes au cours de notre progression. Je sais que vous attendez de moi que j'y réponde, cela ne rime à rien, ce serait verbal et plutôt stupide. Mais si vous pouviez poursuivre cela dans une autre direction peut-être capterions-nous la signification intérieure la beauté et la vérité de la chose.

Les anciens Hindous et les Grecs formulèrent le concept d'une bonne société. Que ceci ne vous plonge pas dans l'ennui. Ils disaient qu'une bonne société est ceci, cela, etc. Les Grecs disaient qu'une bonne société, c'est la justice, etc. etc. Les anciens Hindous disaient qu'une bonne société n'est possible que s'il s'y trouve un groupe de gens ayant renoncé au monde – attention, je ne vous demande pas de faire cela, ni quoi que ce soit ces gens ne possédant aucun bien propre se situent hors de la société et de ce fait ils sont responsables des activités de la société. Suivez-vous? Ce n'est pas qu'ils se retiraient, mais de par leur position extérieure à la société, ils étaient moralement incorruptibles, car ils ne possédaient aucun bien. Et ils étaient clairs, moralement, éthiquement, religieusement. Ils ne tuaient pas, etc., etc. Et il est probable que cela a existé un certain temps. Puis, comme il en va pour toute chose cela a dégénéré en ce que le monde appelle aujourd'hui un Brahmane.

Les Grecs eurent une idée semblable, à savoir qu'une bonne société est nécessaire au monde. Et ce fut une société idéaliste, formulée, idéologique. Les idées – comprenez-vous – des idéaux selon lesquels ils formulèrent avec soin – les Aristotéliciens etc. – une société qui n'a jamais existé.

Nous disons à présent – écoutez je vous prie – pouvons-nous susciter une bonne société non pas idéologiquement, pas comme une utopie comme une chose devant être réalisée, accomplie mais une société, ce qui veut dire qu'une relation entre deux personnes est une société. Suivez-vous tout ceci? Pouvons-nous, en tant que groupe, créer une telle société? Un instant. Les Grecs formulèrent, les Hindous formulèrent, ainsi que probablement les Chinois mais nous, nous ne formulons rien. Nous ne définissons pas l'idéal, que la société doit être ceci ou cela. Nous ne disons pas cela, car cela devient une utopie un idéal à poursuivre – vous suivez? – une chose devant être accomplie. Nous parlons d'une bonne société qui ne peut naître que quand vous, en tant qu'être humain représentatif de toute l'humanité – j'y viens, patience – êtes responsable vis-à-vis d'un autre être humain. Quand nous disons que vous êtes la totalité de l'humanité, vous l'êtes psychologiquement. N'est-ce pas? Vous pourriez avoir une forme de tête différente une peau plus claire ou plus foncée une meilleure alimentation et être donc plus grand vivre sous un climat tempéré votre nom pourrait être différent mais psychologiquement, nous vivons au même niveau – souffrance, douleur angoisse, frustration, dans un sentiment de solitude désespérée, de grande souffrance. Vous suivez? Ceci existe partout dans le monde. C'est un fait, ce n'est pas une idée que l'on admet. Si vous allez en Inde, vous y constatez le même phénomène qu'ici. Les gens ont la peau plus foncée, il y a surpopulation pauvreté, mais psychologiquement ils sont anxieux, dans l'insécurité, la confusion le malheur, ils vénèrent un produit de leur imagination, exactement comme ici. Il y a donc une grande similitude. Et psychologiquement, c'est le même mouvement avec des variations, des modifications mais la source de ce mouvement est identique pour toute l'humanité. N'est-ce pas? Le voyez-vous? Non en tant qu'idée, mais comme une réalité, c'est-à-dire ce qui a lieu. N'est-ce pas? Vous êtes donc le reste de l'humanité. Si vous voyez cela, vous ne donnerez pas tant d'importance à vous-même à vos angoisses personnelles, à votre propre accomplissement vous savez, tous les problèmes égotistes centrés sur soi car vous êtes comme n'importe qui d'autre. Mais il vous faut le résoudre. N'est-ce pas?

Nous disons donc – je commence à me fatiguer, pas vous? ...nous disons qu'une bonne société peut voir immédiatement le jour et non en tant que réalisation future. Cette bonne société ne peut naître que lorsque nous pensons ensemble ce qui signifie absence de toute division entre vous et autrui. Dès lors, tout notre comportement change. N'est-ce pas? Le voyez-vous? Alors, on n'exploite plus autrui, que se soit sexuellement ou de toutes autres manières psychologiquement subtiles. N'est-ce pas? Suivez ceci au moins verbalement. Mais le verbal ne signifie rien c'est comme si l'on suivait le vide de l'air comme si l'on tenait des cendres immatérielles dans une main vide. Nous disons donc qu'une bonne société doit nécessairement exister dans ce monde terrible ce monde meurtrier, cette société immorale, si un groupe d'entre nous se met à penser ensemble, par conséquent j'ai posé la question suivante: quel rapport y a-t-il entre vous et quelqu'un d'autre en l'absence de futur psychologique? Voyez-vous, comprenez-vous ce qui s'est passé? Que s'est-il passé dans un esprit – écoutez, je vous prie – que s'est-il passé dans un esprit habitué, formé, éduqué, conditionné à accepter tout le schéma d'une vie fondée sur le futur? Telle a été votre façon de vivre. Cela implique un effort continu en vue de devenir d'accomplir – concurrence, comparaison, imitation, lutte. Si vous avez l'intelligence de ne plus accepter cette façon de vivre c'est-à-dire que vous n'admettez pas le futur dans votre relation avec autrui que se passe-t-il alors dans votre esprit, que lui est-il arrivé? C'est là une question importante si vous pouvez la résoudre par vous-même – pas la résoudre. Si votre esprit a cette qualité consistant à ne pas agir écoutez je vous prie – à partir d'un point de vue idéologique avec un idéal qui dirige son action – ce qui signifie la division s'il n'a aucun idéal et ne tente donc rien pour accomplir autre chose que comprendre, que se passe-t-il concrètement? Avez-vous compris ceci? Êtes-vous tous endormis?

Auditeur: Non.

Krishnamurti: Vous arrivez et me dites qu'il n'y a pas de demain. J'écoute très attentivement ce que vous dites parce que vous avez peut-être quelque chose une manière de vivre ne comportant pas de conflit. Vous arrivez et me dites cela. Je commence par me poser la question suivante: est-ce que je vous écoute? Suis-je en train d'absorber ce que vous me dites? Ou est-ce que je traduis ce que vous dites en une idée – suivez attentivement – idée que je rejette ou admets, puis je dis: ...comment puis-je vivre selon cette idée? Vous suivez? Voilà ce que vous faites tous. Tandis que l'homme dit: « ne faites pas cela, contentez-vous d'écouter ». Ecoutez le fait que vous avez vécu ainsi, voyez toute les conséquences les implications de ce mode de vie, logiquement, pas à pas. Vous avez vécu ainsi, et vous êtes donc devenu – votre esprit est devenu complètement mécanique, routinier, répétitif, enclin à suivre. Si vous êtes très attentif à cela, me dit-il, découvrez par vous-même ce qui se passe si vous ne pensez pas en termes de futur. Que vous arrive-t-il dans vos rapports avec un autre? L'autre pense conjointement avec vous. Vous comprenez? Lui aussi dit: « oui, je vois cela ». Alors, pensons tous deux ensemble. J'abandonne mes opinions, mes préjugés, etc., donc nous pensons ensemble. Est-ce que vous suivez? Que se passe-t-il alors? Car nous voulons, désirons, aspirons tous à une bonne société où l'on ne se blesse pas, ne s'entretue pas, ne s'estropie pas ne part pas en guerre les uns contre les autres ne vit pas en perpétuelle insécurité, dans la peur. Nous voulons tous d'une société d'un ordre différent. Certains ont dit – écoutez bien – certains ont dit que l'on peut avoir une bonne société en modifiant les circonstances, l'environnement. Les communistes, les socialistes, et le reste du monde disent: ...changez tout cela par des lois, si possible démocratiquement sinon, par la voie totalitaire – réprimez, conformez forcez, mais changez l'environnement. Ils ont essayé de le faire de dix manières différentes – cela n'a jamais abouti. L'homme n'a pas changé. Que ce soit en tant qu'être humain chrétien ou hindou, il n'a pas changé radicalement. Pourquoi? Est-ce pour une raison économique? Est-ce une question de croyance? Vous croyez en Jésus et un autre n'y croit pas. Pourquoi? Pourquoi le monde compte-t-il des milliers et des milliers d'années de division continuelle? Les Egyptiens, les Grecs, les Romains, les Perses vous savez, toute cette division – pourquoi? Serait-ce parce qu'il n'y a pas deux être humains qui aient jamais découvert comment penser ensemble? Comprenez-vous où je veux en venir? Vous et moi ne pouvons penser ensemble. Je le veux. L'orateur dit: « bonté divine, pensons ensemble car nous créerons un monde entièrement différent. » Mais vous dites: « je regrette, je tiens à mes opinions j'aime mes opinions, je ne puis lâcher mes expériences, mes plaisirs. » Cela entretient donc ces divisions.

Nous disons à présent pouvez-vous écarter toutes vos stupidités... – vous savez, les choses sans valeur, les opinions, les expériences elles sont mortes, parties, finies et dire: « pensons ensemble ». Donc votre esprit n'est pas distinct du mien il n'y a qu'un esprit quand nous sommes ensemble – comprenez-vous? De quelle nature est alors la relation qu'a cet esprit avec un autre dans la vie quotidienne? Allons Messieurs.

Questioneur: Est-ce une question de rhétorique, Monsieur? Car j'aimerais répondre, mais je ne veux pas interrompre votre causerie.

Krishnamurti: Je n'entends pas, Monsieur – quelqu'un a-t-il entendu?

Questioneur: Il dit: « est-ce une question de rhétorique? »

Krishnamurti: Non ce n'est pas une question de réthorique.

Questioneur: Vous voulez obtenir une réponse de l'auditoire non de vous-même?

Krishnamurti: C'est pour cela que j'attends, Monsieur.

Questioneur: Je vous en fournis une maintenant, Monsieur.

Krishnamurti: Oh non, pas une réponse.

Questioneur: Je ne puis que vous donner ma réponse. Je ne puis répondre pour quelqu'un d'autre.

Krishnamurti: Ah! alors nous ne pensons pas ensemble. Non, non, tout le problème est là, Monsieur. Pardonnez-moi. Il ne s'agit pas de votre point de vue ou de mon point de vue.

Questioneur: Je n'ai jamais parlé de point de vue, Monsieur.

Krishnamurti: De votre façon de l'exprimer.

Questioneur: Ce que je veux dire est simplement ceci: vous avez dit sans temps psychologique, quels seraient vos rapports avec autrui? Ma réponse est la suivante: attendez jusqu'à jeudi et je vous le dirai parce que pour l'instant je ne le puis. Cela fait 20 ans que je me dispute avec ma femme.

Krishnamurti: Donc vous dites, Monsieur: « je ne puis vous en parler en ce moment. Cela fait 20 ans que je fais ceci, je ne puis vous en parler maintenant mais peut-être plus tard ou dans le futur? »

Questioneur: Jeudi, Monsieur. Autrefois, je vous ai écouté d'une façon qui n'est nullement de l'écoute. A présent, je suis peut-être sur la même longueur d'onde que vous mais il me faut un peu de temps pour en faire l'expérience. Je ne puis vous donner la réponse dans l'immédiat et vous dire quelle est ma relation avec un autre, alors que je n'ai pas eu l'occasion d'observer ce qui se passe dans la vie quotidienne.

Krishnamurti: C'est bien ce que je dis Monsieur. Oui Monsieur, j'ai compris votre question. Je n'ai pas eu l'occasion de me la poser il me faut du temps et alors je vous répondrai. Je dis que vous vous égarez. Je dis qu'alors il n'y a pas de rencontre. Je vous aime. Et que se passe-t-il chez l'esprit qui ne connaît pas de division? Maintenant, il n'est pas question de « j'y réfléchirai, j'y travaillerai »...

Questioneur: C'est ouvert.

Krishnamurti: Non, mon point vous échappe, M.

Questioneur: Vous ne pouvez savoir se qui se passe.

Krishnamurti: Comment, Madame?

Questioneur: Si vous pensez ensemble, vous ne pouvez savoir ce qui se passe, je pense.

Krishnamurti: Connaissez-vous en ce moment la nature de votre relation avec un autre?

Questioneur: Non.

Krishnamurti: Vous ignorez en ce moment quelle est votre relation avec un autre avec votre femme, votre ami, fille ou garçon savez-vous ce qu'elle est en ce moment?

Questioneur: Non.

Krishnamurti: L'ignorez-vous?

Questioneur: Nous le savons, mais pour vous cela prend un sens différent.

Questioneur: Je vous le demande. Alors, vous le savez?

Questioneur: Bien sûr.

Questioneur: Je l'ignore.

Questioneur: Cette dame dit qu'elle l'ignore. Votre mari ou votre ami accepte-t-il cela? (Rires) Vous vous livrez à des jeux. Posons la question autrement: Qu'allons-nous faire ensemble pour amener un changement dans le monde? Nous disons tous qu'un changement est nécessaire. Nous voyons que les choses dégénèrent vous savez bien ce qui se passe dans le monde,de terribles choses ont lieu dans le monde. Et qu'allons-nous faire ensemble, – écoutez bien – pour changer ceci?

Questioneur: Nous devons nous changer nous-mêmes...

Questioneur: Non, attendez, attendez. J'y viens. Ne parlez pas de nous changer, vous avez eu 50 ans pour le faire.

Questioneur: 52.

Questioneur: 52! (Rires) Vous avez eu 52 ans, au nom du ciel pourquoi n'avez-vous pas changé? Cela signifie donc que vous acceptez le futur. Que quelque chose se passera qui vous fera changer. Ma question est alors la suivante, Monsieur: ...qu'allons-nous faire ensemble? – écoutez je vous prie. Bien qu'ayant écouté l'orateur pendant 52 ans ou 10 ou 5 ans que faut-il faire ensemble pour susciter une nouvelle société?

Historiquement, à une certaine époque les catholiques furent terriblement unis. Tout contestataire était torturé, soumis à l'inquisition, brûlé. Mais pendant un certain temps ils gardèrent le contrôle car ils avaient la même croyance, la même, vous savez, et tout le reste. A présent, tout cela est fini, plus personne ne croit en rien. Et nous voyons la société telle qu'elle est. Qu'allons-nous faire ensemble? Lorsque cette question est posée, chacun a son plan, n'est-ce pas? ...d'autres idées, d'autres concepts, faites ceci, ne faites pas cela il faut tous s'unir pour élire un nouveau président un nouveau politicien – vous suivez? Je demande donc ceci: une croyance nous unira-t-elle? D'accord?

Questioneur: Non

Questioneur: Elle ne le peut pas. Attendez. L'autorité nous unira-t-elle?

Questioneur: Non.

Questioneur: Je vous promets une récompense.

Questioneur: Non.

Questioneur: Vous parviendrez au Nirvana si vous faites ceci.

Questioneur: Non.

Questioneur: Ou si vous ne faites pas ceci vous irez en enfer. La récompense et la punition, qui ont déterminé nos vies. Alors, qu'est-ce qui nous unira? Pas la croyance; toute autorité quelqu'elle soit est rejetée la récompense en tant que moyen offert par un autre pour nous changer est aussi rejetée. Et si l'on vous dit qu'au paradis vous serez puni pour avoir désobéi vous répondrez « ne soyez pas idiot » et passez votre chemin. Alors, qu'est-ce qui nous unira?

Questioneur: Une bonne écoute.

Questioneur: Mais vous ne voudrez pas écouter si vous avez des préjugés. N'est-ce pas? Alors abandonnerez vous vos préjugés? Nous voilà revenus au même point. Abandonnerez-vous votre désir personnel d'une utopie évolutive extraordinaire, d'une illumination? Abandonnerez-vous votre idée de ce que doit être la méditation? Pouvez-vous lâcher tout cela? Et cela vous pendra-t-il encore 52 ans? Vous direz: « oui, je mourrai en fin de compte, mais j'espère lâcher cela ». Vous suivez? Alors qu'est-ce qui nous unira? Posez cette question.

Questioneur: Nous ne l'avons pas posée, j'ignore pourquoi.

Questioneur: Seulement quand nous sommes capables de penser ensemble. D'accord Messieurs? Quand vous et moi voyons la même chose. Il ne s'agit pas que vous et moi voyions la chose différemment. Quand nous voyons tous deux une chose effectivement se produire en tant que telle, nous pouvons alors tous deux la regarder. Mais si vous dites: « cela n'a pas lieu, ce n'est que de l'imagination ou c'est ceci, cela ou autre chose » – suivez-vous ce que je dis? Alors, qu'est-ce qui va nous unir? Je ne parle pas de sexualité, dans ce monde permissif, c'est la chose la plus bêtement évidente, et nous pensons qu'être ensemble c'est cela.

Posons la question autrement: s'il n'y a pas de demain psychologiquement, de futur, quelle est mon action à l'égard d'un autre? Pas de futur implique pas d'idéaux, et pas non plus de passé. Comprenez-vous? Si vous niez le futur psychologique, il faut aussi nier le passé. Je ne sais si vous suivez ceci? Seigneur! Allez-vous lâcher votre passé? Vos vexations, les blessures que vous avez subies les désirs inaccomplis, les angoisses – c'est-à-dire le passé. Psychologiquement, s'il n'y a pas de futur, cela implique que psychologiquement il n'y a pas de passé. Je me demande si vous le voyez! Vous ne pouvez conserver l'un et rejeter l'autre. C'est le même mouvement. Et c'est là qu'est notre difficulté. Il nous est difficile d'abandonner soit le passé, soit le futur car nous avons peur. Je ne vais pas aborder ceci maintenant, mais voyez ce que nous faisons. Nous voulons changer le monde. Il le faut pour nos petits enfants. Vous savez Messieurs, si vous aimez quelqu'un de tout votre cœur de tout votre être, vous avez un petit enfant que vous aimez, voulez-vous qu'il entre dans ce monde? Alors, qu'allons-nous faire? Mais ceci ne vous intéresse pas.

Questioneur: Mais pensez-vous qu'il soit possible de le faire totalement? Connaissez-vous quelqu'un qui l'a fait?

Questioneur: Est-il possible de le faire totalement demande ce Monsieur qui m'écoute depuis 52 ans. Et connaissez-vous quelqu'un qui a fait ceci? Ce serait de l'impudence de ma part – écoutez, je vous prie il serait impudent, impoli, incorrect de ma part de dire que je connais quelqu'un. Ce qui importe est: l'êtes-vous en ce moment même? Et non « connaissez-vous quelqu'un ». Cela, c'est une fuite devant vous-même que de dire « eh bien montrez-moi quelqu'un, un résultat ». L'orateur ne s'intéresse pas aux résultats. S'il l'était, il serait déçu il exploiterait, il aborderait un monde totalement différent.

Alors, qu'allons-nous faire ensemble? Ah, si vous compreniez ce mot « ensemble ». Vous savez, quand vous prenez la main de quelqu'un que vous aimez vous vous tenez la main et chacun pense à autre chose.... N'est-ce pas? Ce n'est pas là être ensemble. Etre ensemble signifie avoir la même qualité d'esprit. Si tous deux s'aiment, c'est de la même qualité. Comprenez-vous? Aimer quelqu'un si totalement... Oh, vous n'y êtes pas! Il n'y a là dedans aucun futur, n'est-ce pas? Vous ne dites pas: « je t'aimerai demain ».

Alors, qu'allons-nous faire pour susciter le sentiment que nous ne sommes pas séparés, que nous sommes ensemble, cette qualité de sentiment – comprenez-vous? Il est phénoménal que ce Monsieur m'ait écouté pendant 52 ans cet autre là-bas pendant 20 ans, d'autres pendant 10 ans, 5 ans et certains d'entre-vous m'entendent pour la première fois. Qu'est-ce qui vous fera changer? Un coup sur la tête? Une offre de récompense? Qu'est-ce qui vous fera changer de sorte que vous disiez: ...'voyez, il est primordial que nous voyons ensemble »?

Questioneur: L'abandon de la peur.

Questioneur: Pas de peur. Est-ce cela? Ou – écoutez je vous prie – est-ce parce que nous pensons être en sécurité dans notre séparation?

Questioneur: Oui, Monsieur.

Questioneur: Cela doit commencer... (inaudible)

Questioneur: Ecoutez seulement ce que j'ai dit Madame. Du fait que nous avons un nom particulier une forme, un métier, un compte en banque que nous appartenons à une certaine nation à un certain groupe, nous nous pensons en sécurité. Et je demande: êtes-vous en sécurité? Bien sûr que non. Alors, vous suivez? Vous voulez être en complète sécurité dans votre isolement et dès l'instant où vous êtes isolé, vous ne pouvez être en sécurité. C'est ce que proclame chaque nation. Il faut être en sécurité, il faut fabriquer des armes nous devons nous protéger face à vous. Ainsi, chaque être humain veut être en sécurité dans son isolement. Mon Dieu! Et vous ne pouvez jamais être en sécurité en étant isolé. N'est-ce pas là un fait?

Questioneur: Oui.

Questioneur: Donc, si c'est un fait ne soyez pas isolé. Vous voyez, vous ne voulez pas admettre le fait et dire, c'est ainsi et pourtant, vous maintenez le fait, vous vous y accrochez. C'est une génération sans espoir, est-ce cela? Non, Monsieur.

Nous soulignons donc qu'il y a sécurité totale lorsque nous sommes ensemble. Comprenez-vous? Quand nous pensons ensemble. Et ce n'est que de là que peut émerger une bonne société qui soit juste, morale, qui connaîtra la paix – vous savez. C'est là que se trouve la sécurité et non dans ce que nous avons actuellement. Terminé.

Nous nous reverrons après demain, je crois, n'est-ce pas?

Deuxième Causerie Publique à Saanen

Mardi 10 Juillet 1979

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