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Première Causerie à San Diego

Dimanche 5 Avril 1970

J'aimerais parler de tant de choses, car où que l'on aille – en Europe, en Inde, en Australie ou en Amérique, on trouve plus ou moins les mêmes problèmes humains. La plupart des êtres humains de ce monde sont si perturbés, et mènent une vie contradictoire; ils sont absolument malheureux, lamentables, et en proie à beaucoup de souffrance. Et la vie de chacun semble être un champ de bataille, de la naissance, à la mort. Dans le monde entier, on voit la division, des différences nationalistes, linguistiques, religieuses, une secte s'opposant à une autre, un modèle à un autre, chacun prétendant que le sien est le meilleur et le seul valable et ainsi de suite. Il y a division, conflit et guerre. La division règne dans le monde des affaires, dans le monde spirituel, le monde religieux, le monde scientifique, ou celui de l'éducation, des universités.

Au vu de toute cette division, de ce chaos absolu, et de toute cette misère, on se demande – et vous aussi, j'en suis sûr – ce qu'il faut faire, quel mode d'action il faut suivre, celui de gauche, du centre ou de droite, ou plutôt un mode d'action dicté par une certaine idéologie, une croyance, par un quelconque dictat autoritaire. Ou faut-il suivre un mode d'action qui ne dépende d'aucune autorité quelle qu'elle soit, ni de gauche, ni du centre, ni de droite, ni celle de quelque gourou, maître, ou prêtre que ce soit, ni suivre une religion organisée – catholique, protestante, comme vous voudrez, mais suivre sa propre inclination, sa propre tendance; ou suivre sa propre expérience et son savoir, auto-suffisant, confiant, et avisé.

Il y a tant de contradiction, non seulement extérieurement mais aussi intérieurement. Et que faut-il faire? Je suis sûr que vous vous êtes souvent posés cette question; plus on est sérieux, plus on est sincère, et n'étant pas en quête de divertissements, plus on est amené à se poser vraiment en profondeur cette question, face à un monde si chaotique, si contradictoire, si divisé, sachant très bien qu'on a perdu toute foi, qu'on n'a plus confiance en qui que ce soit, aucun maître, aucun professeur, aucun prêtre, aucune utopie autoritaire.

Si vous êtes tant soit peu sérieux, et j'espère que vous l'êtes, ne fut-ce que cet après-midi, vous devez non seulement vous être posés cette question, mais encore avoir trouvé une réponse plausible au défi suivant : que faut-il faire? Sans avoir de foi en quiconque, sans dépendre de quelque sauveur, de quelque maître, de quelque autorité que ce soit; dès lors, où faut-il chercher la lumière, chercher un entendement? Ce que nous cherchons à faire, c'est à découvrir pour soi-même, face à ce problème extraordinaire que comporte la vie, avec toutes ses contradictions et complexités, quel est le mode d'action qui ne sera pas contradictoire, qui sera entier, complet, qui ne produira pas plus d'angoisses, plus de nuissances, plus de confusion.

Et notre problème consiste à découvrir cela, et je pense que c'est le seul problème de la vie. Une action qui ne soit pas morcelée, qui ne soit pas contradictoire, qui soit continue, entière, complète et totale, pour ne pas engendrer davantage de souffrance, de confusion. Et si vous le voulez, nous allons pénétrer ensemble cette question, en gardant à l'esprit que l'orateur n'a la moindre autorité, car vous et moi allons ensemble examiner, observer, ce phénomène qu'on appelle la vie – vivre – et découvrir la vérité de la chose, s'il existe une action, une façon de vivre, – pas à des moments perdus, ou lors d'une grande crise, mais chaque jour, à chaque instant – une façon de vivre qui comporte la joie, sans violence, sans brutalité, sans contradiction, et évidemment sans imitation ni dépendance. Il s'agit de découvrir une telle façon de vivre, pas une idée abstraite, un concept philosophique, une théorie, mais plutôt une vraie façon de vivre, et découvrir s'il existe une action aussi complète, aussi totale, aussi totalement non contradictoire. Et je sens que c'est la seule façon religieuse de vivre qui soit, il n'y en a pas d'autre. Nous nous servons du mot « religion » non dans son sens habituel, qui est de croire en quelque chose – croire en Dieu ou ne pas y croire, ou croire en quelque idée conceptuelle – nous nous servons de ce mot dans le sens d'un mode de vie où toute action est globale, complète et pleine d'extase. Nous allons approfondir cela.

Tout d'abord, pour comprendre tout ceci, nous devons établir entre nous une relation juste – entre vous et l'orateur. Il n'est pas en train de vous dispenser un enseignement, dans le sens usuel de ce terme, en vous disant quoi faire. Le mot « enseigner » signifie dispenser de l'information, faire comprendre, indiquer, informer. On peut enseigner les mathématiques, dispenser de l'information scientifique. Mais ici, il n'y a pas d'enseignant, et nous l'entendons vraiment ainsi, car chacun de nous doit être son propre enseignant, et son propre disciple. Et c'est là un sujet très sérieux. De sorte que votre écoute découle d'une toute autre attitude, vous écoutez l'orateur, les mots dont il se sert, et comprenant ces mots, vous observez par ces mots toutes vos réactions, réponses et conditionnements, de sorte que vous apprenez par votre propre observation, l'orateur devenant ainsi un miroir dans lequel vous vous observez.

Donc la relation entre vous et l'orateur est celle d'une communication fondamentale, la communication étant partagée, la compréhension partagée, le travail partagé mutuellement – voilà ce que signifie ce mot « communication » : communier. Il s'agit donc de voir tout cela, non comme une théorie, non comme une chose qui vous est étrangère, mais effectivement, c'est votre vie, vos contradictions quotidiennes, votre lutte quotidienne, vos irritations, colères, haine, brutalité quotidiennes. Et il s'agit de voir si tout cela peut prendre fin, afin que nous puissions vivre une vie tout à fait différente, une vie libre, une vie où les actes n'engendrent pas le malheur, une vie vraiment, complètement, totalement pacifique. En observant tout cela, on se demande donc ce qu'il faut faire, sachant que vous êtes la société, et que la société est vous, vous êtes le monde et le monde est vous; ceci n'est pas une idée, mais un fait. Vous avez créé ce monde, par votre avidité, colère, ambition, compétition, violence, vous êtes cela intérieurement; et extérieurement, vous avez vos guerres, vous avez toutes ces divisions, le noir et le blanc, et le rose, et le bleu, et tout le reste : préjugés, antagonismes, brutalité. Nous savons cela. Soit vous le savez en tant qu'idée soit vous le savez effectivement. Vous le tenez d'une revue, d'un journal, ou quelqu'un vous l'a dit. Ou vous l'avez observé, en vous-même, vous l'avez vu en vous-même, complètement, et par conséquent il est inutile qu'un autre vous dise en quoi consiste le monde; il est inutile de lire le moindre journal, magazine, ou d'écouter la moindre conférence, si vous savez de vous-même ce que vous êtes.

Réalisant ce que vous êtes, la question est alors toute autre : « que faire? » Car on a pris conscience de ce qu'on est : on est confus, comme l'est le monde. On vit dans la contradiction, dans la division, comme l'est le monde. Et il s'agit de se comprendre soi-même, non seulement au niveau conscient, mais encore très à fond, très en profondeur. Cette compréhension a lieu non d'après tel psychanalyste – Freud, Jung ou votre propre psychanalyste fétiche – mais en vous comprenant tel que vous êtes. Et du fait de cette compréhension, la question concernant ce que vous devez faire devient toute autre, car pour l'instant vous posez la question par rapport au monde, comme si celui-ci se situait en dehors de vous – à quel parti politique il faut adhérer, à quel groupe – pacifistes, etc., à quel ensemble, à quelle section.

Vous situez donc le monde comme une chose en dehors de vous. Mais quand on réalise – pas verbalement ou comme une idée, mais effectivement – quand on se rend compte qu'on est le monde, et que la responsabilité qu'on a vis à vis du monde équivaut à la responsabilité qu'on a de se comprendre soi-même, complètement, la question « que faire » prend un tout autre sens.

La question est donc celle-ci : comment observer, comment s'observer soi-même, ce soi-même étant l'être humain dans sa totalité. Vous n'êtes pas un Américain, même si vous arborez l'étiquette d'Américain. Et un homme en provenance de l'Inde aurait beau se définir en tant qu'Indien, avec son étiquette particulière, ses propres superstitions et croyances, quand vous grattez ou écartez tout cela, c'est un être humain ordinaire comme vous et moi, comme des dizaines d'autres. La question est donc celle-ci : comment vous observez-vous? Car faute de vous connaître, vous qui êtes le monde et non un individu – le mot « individu » signifie une entité globale, indivisible. Individu signifie un être humain qui ne comporte ni contradiction, ni division, ni séparation, c'est une unité globale, une unité harmonieuse. Ce mot « individu » signifie cela, indivisible. Vous n'êtes donc pas des individus, vous êtes complètement fragmentés, contradictoires en vous-mêmes.

Alors comment faut-il se regarder? Veuillez bien écouter ceci, c'est très absorbant. Cela demande une bonne dose d'intelligence, c'est très amusant, bien plus amusant que n'importe quel livre, que n'importe quel divertissement religieux, que n'importe quelle philosophie. Comme nous sommes intérieurement des êtres humains fragmentés, pleins de désirs contradictoires, se sentant inférieurs ou supérieurs, ayant peur, dépouvus d'amour, se sentant seuls, fragmentés, pas seulement en surface, mais profondément – comment faut-il s'observer? Un fragment observant le reste des fragments? L'un devenant le censeur, l'examinateur, l'observateur, qui observe le reste des fragments? Et qu'est-ce qui lui confère l'autorité sur les autres fragments?

La question est donc celle-ci : qui est l'observateur et qui est le censeur qui dit « je ferai ceci, je ne ferai pas cela, ceci est juste et cela est faux, j'emprunterai cette voie-ci et n'aborderai pas celle-là, je serai un pacifiste à l'égard de cette guerre-ci mais je suis en faveur d'autres guerres, je suivrai tel leader et non tel autre, je crois en ceci et pas en cela, je m'en tiendrai à tel préjugé et rejetterai tel autre », sachant que, si vous vous êtes observé, vous êtes un être humain fragmenté. Et par conséquent, étant fragmenté, contradictoire, vivant continuellement dans le conflit, et connaissant ce conflit, l'un de ces très, très nombreux fragments prend l'initiative, devient l'autorité, le censeur, et inévitablement, son observation ne peut être que contradictoire. N'est-ce pas? J'espère que vous suivez tout ceci. Si un fragment, ou une partie de vous prend l'autorité de l'analyste pour l'imposer aux autres fragments, pourquoi a-t-il pris cette autorité? Et un fragment peut-il analyser les autres fragments? Vous suivez tout ceci?

Vous voyez comme tout cela est devenu terriblement complexe. Que vous soyez analysé par un professionnel ou par vous-même, il s'agit toujours du même schéma. Il est donc très important de découvrir comment observer toutes ces nombreuses contradictions qui constituent notre vie, comment observer l'ensemble de ces fragments sans qu'un autre fragment ne s'interpose. Il est très important de découvrir cela, car tant qu'il y a de la contradiction, de la division en soi, il y a inévitablement conflit, il y a inévitablement violence, qui s'exprime dans le monde extérieur, dans la société. Et tant qu'existe en soi cette fragmentation, il ne peut y avoir de paix. Et celui qui veut réellement, profondément comprendre et vivre une vie paisible, une vie d'amour, doit totalement comprendre cette question. C'est donc une affaire très sérieuse, qui exige plus qu'une simple écoute de quelques paroles; c'est de tout le problème de l'existence que nous nous occupons. Et seul un esprit capable d'y prêter une attention sérieuse, peut le résoudre. Il est donc très important, il est impératif de comprendre cette question.

Comment observez-vous? Vous observez-vous comme quelqu'un d'extérieur, comme un censeur, disant « ceci est juste, cela est faux », justifiant, condamnant, approuvant, cumulant? Si vous faites cela, il y a contradiction, d'où conflit, d'où violence.

Alors comment observez-vous? Observez-vous à travers une image? Quand vous observez un arbre, l'observez-vous avec le savoir que vous en avez, le savoir qui vous sépare de cet arbre, qui vous divise, qui crée un espace entre vous et l'arbre? Comment observez-vous? Comment observez-vous votre femme, votre mari, ou votre amie ou ami, comment les observez-vous? Observez-vous, Monsieur, faites-le, s'il vous plaît, pendant que nous parlons, ne prenez pas de notes, ne manipulez pas de magnétophone, mais observez la chose. Comment observez-vous un autre? Ne le regardez-vous pas à travers l'image que vous vous êtes faite de lui? – l'image que vous avez construite pendant de nombreuses années ou peut-être deux jours. Et l'image devient l'observateur. N'est-ce pas? Suivez-vous ceci? C'est donc à travers l'image que vous regardez. Ainsi le censeur, l'observateur, est l'un des fragments. Et ce censeur a une image de ce qui est juste et de ce qui est faux, de ce qui devrait être fait et ce qui ne devrait pas être fait, parce qu'il fonctionne toujours comme un fragment. De là émane la question de savoir si l'on peut observer sans aucun fragment, afin de se voir soi-même, de voir le monde sans la moindre fragmentation. Et qu'est-ce qui engendre la fragmentation? Pas seulement en soi, mais encore dans le monde dont on fait partie – qu'est-ce qui l'engendre, pourquoi est-on fragmenté? Pourquoi y a-t-il des désirs contradictoires? N'est-ce pas?

A présent Pourquoi est-on violent? – ce qui fait partie de la contradiction. Il y a bien des causes à la violence des êtres humains : le manque d'espace physique; les êtres humains ont évolué à partir de l'animal, et les animaux sont très agressifs; et les gens aiment être agressifs; se sentant inférieurs, ils veulent être supérieurs, et ainsi de suite. Les causes sont nombreuses. Et pour la plupart, nous passons notre temps à discuter des causes, à expliquer les causes; chaque professeur, chaque spécialiste, chaque auteur, se basant sur son conditionnement, explique les causes; des volumes traitent des raisons de la violence des êtres humains. Mais au bout du compte, les êtres humains demeurent violents.

Ainsi, la description n'est pas l'objet décrit, et elle ne vaut donc pas grand chose. Vous savez très bien pourquoi vous êtes violent, inutile donc de passer des années à essayer d'en découvrir la cause, c'est une telle perte de temps. Il faut observer la violence telle qu'elle est, sans le censeur, qui se sépare du fait qu'il est violent. Nous rencontrons-nous? Communiquons-nous ensemble? Je n'en suis pas certain.

Voyons Messieurs, il est vraiment très important de comprendre ceci. Alors, creusons encore un peu la chose. Supposons que je sois violent : colère, jalousie, brutalité, ambition dévorante engendrant la compétition. Et je me mesure tout le temps à quelqu'un d'autre. Et cette comparaison fait que je me sens inférieur à vous qui êtes supérieur. Il y a donc lutte, violence, je connais tout cela. Alors je me dis, il faut que je m'en débarrasse, je veux vivre en paix, bien qu'ayant vécu [ainsi] en tant qu'être humain, pendant des milliers et des milliers d'années, il faut que cela change, il faut un changement dans la société, si pourrie soit-elle, et elle l'est. Je me plonge alors dans le travail social et donc je m'oublie. Et le travail social, et la société sont moi. Donc je me fuis moi-même. Et prenant conscience des tours que l'esprit se joue à lui-même, je me regarde à présent : je suis violent.

Et comment me faut-il regarder cette violence? Comme le fait un censeur qui condamne la violence? Ou qui justifie la violence? Ou comme celui qui, incapable d'assumer cette violence, s'en échappe? Comment dois-je me regarder – dois-je regarder cette violence? Faites-le, je vous prie. La regardez-vous comme le fait un observateur distinct de la violence? L'observateur qui est séparé, qui condamne, justifie et dit : ceci est juste etc. L'observateur regarde la violence, s'en sépare et la condamne. Ou l'observateur est-il l'observé? Vous suivez? L'observateur reconnaît la violence et s'en sépare afin de faire quelque chose à son sujet. Mais la séparation est un des stratagèmes de la pensée. Donc l'observateur est l'observé, est la violence. Tant qu'il y a une division entre l'observateur et l'observé, il y a inévitablement violence. N'est-ce pas?

Ainsi, quand j'en prends conscience, – pas verbalement – quand je réalise cela avec mon coeur, mon esprit, tout mon être, que se passe-t-il alors? Vous comprenez ma question? Vous savez, quand on observe quoi que ce soit, il y a toujours non seulement séparation physique, distance, espace, mais encore désir de s'identifier à ce qui est beau, noble, et ne pas s'identifier à ce qui n'existe pas. Donc l'identification fait partie du stratagème d'un esprit qui s'est séparé en tant que censeur, et essaie désormais d'identifier. Tandis que quand l'observateur devient conscient de ce qu'il fait partie de l'observé, et c'est le cas, et qu'aucune image ne s'interpose donc entre l'observateur et l'observé, vous découvrirez alors que le conflit prend totalement fin.

C'est la vraie méditation, ce n'est pas un stratagème. Par conséquent, il est très important, il est impératif de se comprendre, profondément, de comprendre toutes les réactions, le conditionnement, les divers tempéraments, caractéristiques, tendances – d'observer simplement, sans l'observateur. Nous rencontrons-nous maintenant? Observer sans l'observateur. Et voilà ce qu'est l'acte d'apprentissage. Et voilà donc ce qu'est l'action.

Mais il y a là une difficulté. On s'observe. On veut apprendre sur soi : plus on découvre, plus on comprend, plus grande est la liberté. Pour l'instant, je me sers intentionnellement du mot « plus »; « le plus » est une évaluation comparative. Je veux me comprendre, apprendre sur moi. En m'observant – faites-le je vous prie, effectivement, pendant que l'orateur l'approfondit, ne l'emportez pas chez vous pour y penser, faites-le maintenant. Non, ceci n'est pas une thérapie de groupe, ni un confessionnal ou toute ces inepties, mais il s'agit de vous observer pendant que nous travaillons ensemble. Je veux apprendre sur moi-même. Et ce moi-même est un mouvement vivant, chaque désir se contredisant mutuellement, vivant, bougeant, plein de vitalité. Et j'observe et j'ai appris par cette observation. A l'instant même, je vais me servir de ce que j'ai appris pour regarder. N'est-ce pas? Vous suivez? Je vais regarder, observer avec le savoir que j'ai acquis au cours de précédentes observations. Dès lors, est-ce que j'apprends, est-ce un apprentissage? Car quand l'esprit observe à partir d'une accumulation de savoir tirée de son observation, ce savoir empêche la perception, ce savoir empêche la liberté de regarder. Voyez la difficulté.

L'esprit peut-il alors observer sans accumuler? Et l'accumulation est l'observateur, est le censeur, est l'entité conditionnée. Regardez donc sans accumuler, c'est-à-dire, Monsieur : quelqu'un vous flatte, vous dit comme vous êtes gentil, comme vous êtes beau, tellement intelligent, ou tellement stupide. Alors, pouvez-vous écouter ce qu'il dit – que vous êtes stupide ou très malin ou très ceci ou très cela – pouvez-vous écouter sans accumulation? C'est-à-dire sans accumuler l'insulte ou la flatterie, car si vous écoutez avec accumulation, cette personne devient alors votre ennemie, ou votre amie. Par conséquent, cette écoute ainsi que la façon dont vous écoutez crée l'image. N'est-ce pas? Et cette image sépare, et cette image est cause de conflit – l'image que vous avez du communiste et du bourgeois, l'image que vous avez du catholique, si vous êtes protestant, et l'image que le catholique a du protestant. L'image que vous avez de votre mari ou de votre femme ou de votre fils, de qui que ce soit. Vous croyez, et un autre ne croit pas, il y a donc contradiction.

Alors, pouvez-vous observer sans séparation? Pouvez-vous observer à l'instant où se manifeste la violence, à l'instant de votre colère, sans le censeur? Voyez comme cela devient difficile si vous n'êtes pas lucide à cet instant. Si vous n'êtes pas lucide à cet instant, vous avez déjà créé l'image.

Il s'agit donc d'observer le nuage, sa beauté, la lumière qui en émane, d'observer ces belles collines dans ce paysage, d'observer la lumière sur l'eau, seulement d'observer sans y mettre un nom, car le fait de nommer, le savoir, l'expérience empêche l'esprit d'observer de façon totale. Alors, quand l'esprit peut observer sans l'observateur, tous les fragments s'évanouissent – en soi-même. Et il est vraiment très important de saisir, de comprendre cela. Et cela ne peut être enseigné par un autre.

Première Causerie à San Diego

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