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Puis-je me dépêtrer de l'engrenage des mots?

Première Causerie à Brockwood Park

Samedi 26 Août 1978

Krishnamurti: Je vois que tous mes vieux amis sont ici!

S'il m'est permis de vous le demander, très poliment et respectueusement ne transformez pas ceci en festivité. Ce n'est pas un festival pop mais nous sommes plutôt un groupe sérieux peu porté à la frivolité mais plutôt, un groupe de personnes sincères, sérieuses qui veut, ou désire étudier l'ensemble des problèmes complexes de la vie. Et s'il nous est permis de le souligner à nouveau il n'y a pas d'orateur ici bien qu'il soit assis sur l'estrade mais en fait l'orateur n'existe pas car alors vous vous contenteriez d'écouter l'orateur sans chercher vraiment par vous-même. Donc, s'il m'est permis de proposer à nouveau très sérieusement il n'y a pas d'orateur, mais nous étudions ensemble explorons, approfondissons quelque chose c'est-à-dire, la vie avec tous ses problèmes complexes et variés. Ainsi, nous partageons ceci tous ensemble. L'orateur n'est pas ici. Et je veux que ce soit parfaitement clair. Ainsi, nous faisons ensemble un voyage en nous-mêmes exigeant le meilleur de nous-mêmes.

Nous ne nous sommes jamais lancé de défi psychologiquement peut-être sommes-nous mis au défi extérieurement nous pouvons extérieurement exiger de meilleurs matériaux de meilleures fabrications, de meilleures écoles une meilleure politique: le défi est pour le meilleur extérieurement, toujours. Mais apparemment, nous sommes très peu nombreux à chercher et à se lancer un défi visant la forme la plus élevée de l'action intellectuelle, éthique, morale, psychologiquement parlant. Et si possible, nous allons ensemble approfondir cette question c'est-à-dire, nous lancer un défi en profondeur exigeant de nous-mêmes la plus haute forme intellectuelle qui soit – j'évite d'employer le mot « émotionnel » qui a une connotation sentimentale – la forme la plus élevée d'affection la forme la plus élevée d'amour. Et pourquoi est-ce que les êtres humains qui existent depuis des millénaires vivent comme nous le faisons actuellement: confus, malheureux, misérables, incertains? Et à l'extérieur, dans le monde, comme on peut l'observer les choses deviennent de pire en pire. Plus nous produisons, plus nous utilisons les choses de la terre; nous détruisons la terre. Et intérieurement, spirituellement si je puis me servir de ce mot nous avons perdu tout sentiment d'excellence religieuse. J'emploie le mot « religieux » dans le sens non de croyance, de dogme, de rituels non de diverses formes d'assertions théologiques hiérarchiques mais dans celui de l'être religieux qui n'a pas du tout d'ego. Voilà ce qui me semble être la forme la plus élevée d'action religieuse dans laquelle le « moi », l'ego, la personne n'existe pas du tout. Et telle est la forme la plus élevée de l'intelligence et de l'excellence dans l'éthique et dans l'action.

Aussi, si vous le voulez bien, nous allons aborder ces problèmes. Vous n'êtes donc pas en train d'écouter un orateur mais êtes plutôt à l'écoute de vous-même et vous mettant au défi de ne rien accepter, sinon la forme la plus élevée de clarté la forme la plus élevée de comportement et donc l'excellence dans l'action. Voilà ce que nous allons approfondir ensemble. Aussi, je vous en prie, vous êtes à l'écoute de vous-même vous écoutez, pas en fonction de vos sympathies ou antipathies personnelles mais en écoutant effectivement ce qui a lieu et vous demandant pourquoi nous menons ce mode de vie actuel épouvantable, effrayant et destructeur. N'est-ce pas?

Je pense que c'est la question la plus sérieuse que nous devons nous poser. Quand au dehors tout se désintègre sans aucun doute le terrorisme, qui est la forme extrême de la guerre il y a les terroristes, les nations divisées tout ce qui se passe dans le monde 400 milliards de dollars par an dépensés en armements dans le monde entier. Nous sommes tous fous. Et au vu de tout ceci, chacun de nous doit trouver pour lui-même quelle est l'action juste au regard de tous ces événements extérieurs que faut-il faire, qui soit juste, précis, vrai. Et cela, nous ne pouvons le trouver par nous-mêmes qu'en mettant en question nos actes notre façon de vivre, c'est-à-dire nos emplois, nos occupations nos rapports mutuels et la totale absence de clarté dans la pensée la dépravation de notre mode de penser. Et vivre d'une façon totalement différente qui ne soit pas seulement fondée sur le plaisir, sur la peur, etc. Donc, ensemble, nous allons découvrir si nous le pouvons toutes les réponses à ces questions, par nous-mêmes. Si c'est clair entre vous et l'orateur et il n'y a pas d'orateur ici si nous sommes tout à fait au clair sur ce qui nous préoccupe nous avons alors établi une certaine forme de relation entre nous. Si nous nous préoccupons tous de la même chose non de nos opinions et jugements personnels de nos théories intellectuelles mais nous préoccupons ensemble, sérieusement – tout au moins aujourd'hui et ces quelques jours que vous passez ici – de découvrir une manière de vivre qui puisse faire naître un monde différent. N'est-ce pas?

Telle est donc notre question. S'il s'agit de chercher ensemble la première mesure est évidemment d'écarter tous nos préjugés personnels nos désirs personnels, nos petits problèmes du moment et ce, afin d'avoir la capacité de chercher librement et profondément. La capacité ne vient pas d'un entraînement continu psychologiquement parlant. Elle vient quand il y a un intérêt direct ainsi que le défi auquel il faut répondre au mieux de vos possibilités. Vous avez alors la capacité de chercher librement. Autrement, vous vous bornerez à jouer avec des mots. Les mots sont importants car ils véhiculent un certain sens. Mais si les mots nous mènent si les mots nous contraignent à certaines conclusions à certaines actions, alors le langage, les mots nous dominent, nous façonnent, nous contraignent. Là encore, c'est très clair, n'est pas?

Ou le langage se sert de nous, ou nous nous servons du langage. Mais, pour la plupart, nous sommes menés par le langage. Le mot communiste vous suggère toutes sortes d'idées effrayantes non que les communistes ne soient pas à craindre. Et si vous dites: « je suis un Anglais » cela suscite immédiatement certaines réactions. Donc les mots, le langage nous mènent, nous façonnent façonnent notre manière de penser, notre conduite, nos actes. En réalisant cela notre servitude au langage – mais si nous savons utiliser le langage le sens exact des mots le contenu et la signification profonde du mot nous employons alors le langage sans aucune émotion ni sentimentalité, sans s'identifier à un mot précis – nous pouvons alors communiquer ensemble directement et très simplement. Si je m'accroche au mot « Hindou » ou « Indien » et si ce mot façonne ma pensée, mes partis pris, toutes ces bêtises alors le mot « Indien » ou « Hindou » m'oblige à agir d'une certaine façon. Tandis que si je suis libéré de ce mot « Hindou » avec toute sa signification nationale, limitée, superstitieuse je suis alors libre de comprendre l'être humain qui est derrière le mot. N'est-ce pas? Nous rencontrons-nous? Du moins je l'espère.

Donc ici, c'est nous qui nous servons du langage et non le langage qui se sert de nous nous nous servons du langage sans émotion un langage souple correct, conforme au dictionnaire de sorte que nous pouvons tous deux communiquer ensemble très simplement et directement en employant le mot sans émotion le mot qui n'a pas derrière lui un redoutable contenu psychologique. Pouvons-nous faire cela? Pour la plupart d'entre nous c'est extraordinairement difficile car nous nous sommes identifiés au mot et le mot, c'est nous – je suis un Anglais, je suis un Hindou. Pouvons-nous nous défaire de ces liens du langage qui nous mènent, nous façonnent et employer sans émotion des mots simples, directs et donc un mot qui n'entraîne pas de réactions psychologiques? D'accord? Pouvons-nous faire cela avant toute chose? Si nous le pouvons, il est alors possible de chercher ensemble car nous sommes libérés du mot qui nous mène et nous servons directement du mot. J'espère que c'est clair. Suis-je clair? Du moins, je l'espère.

Dès lors, sachant le sens des mots, sans aucune émotion sans aucune réaction au mot nous pouvons alors nous pencher sur tout le problème de notre façon de vivre, pourquoi nous vivons ainsi pourquoi chaque jour de notre vie comporte-t-il conflit, violence égoïsme, étroitesse, limitation, anxiété, crainte, incertitude soit la confusion dans laquelle nous vivons? Nous nous mettons donc au défi de découvrir pourquoi nous vivons ainsi pourquoi nous sommes si mécanisés dans notre relation dans nos façons de penser pourquoi nous tolérons quelque forme de violence que ce soit tant en nous-mêmes qu'à l'extérieur pourquoi l'homme a vécu des milliers et des milliers d'années dans la souffrance, privé d'amour effrayé, malheureux, d'une façon totalement inintelligente.

Nous allons donc nous mettre à chercher ensemble en nous servant des mots sans émotion, sans aucune réaction à chercher pourquoi nous sommes devenus intellectuellement éthiquement si mécanisés. N'est-ce pas? Nous ne faisons que décliner des faits, non des conclusions. Dire que nous sommes mécanisés n'est pas une conclusion, nous le sommes nous sommes pris dans une routine, que ce soit au bureau ou une fois rentré à la maison, après le travail c'est exactement le même processus répétitif qui se poursuit sexuellement, éthiquement, moralement, dans nos actes quotidiens. Certains d'entre-nous s'en rendent compte et s'efforcent d'y échapper en devenant des révolutionnaires révolutionnaires physiques ou idéologiques. La révolution physique ne mène à rien. C'est évident, malgré les terroristes. Psychologiquement, intérieurement, au tréfond de nous-mêmes pourquoi sommes-nous devenus mécanisés? Par ce mot « mécanique », j'entends l'action fondée sur le plaisir l'action fondée sur la peur l'action fondée sur l'autorité l'action fondée sur un certain schéma de pensée l'action fondée sur l'évasion éviter, s'enfuir, ne confrontant jamais le fait de ce que nous sommes. Ce ne sont pas là des conclusions, mais des faits quotidiens évidents. Et à nouveau, je vous en prie, vous êtes à l'écoute de vous-même bien que l'orateur s'exprime par des mots l'orateur n'est pas ici présent vous êtes à l'écoute de vous-même et vous mettez au défi de découvrir la raison de cette existence mécanisée. Vous pouvez abandonner un ensemble d'idéologies chrétienne ou communiste et rejoindre un autre ensemble d'idéologies renoncer à être catholique pour devenir protestant ou hindou ou si vous êtes assez avancé, vous adonner au bouddhisme zen ou si vous êtes encore plus avancé vous adonner au truc de Krishnamurti! (Rires)

Tout cela – vous comprenez – sans jamais se demander quelle est l'action juste dépendant toujours de quelqu'un de gourous, de telle ou telle personne. Quelle est alors l'action juste dans un monde qui s'écroule qui devient chaque jour plus effrayant où il existe tant de divisions, de croyances de dogmes, de nationalités, etc., etc religieuses, toute les formes de division? Quelle est, pour chacun de nous, l'action juste dans notre vie quotidienne, avec nos occupations, etc quelle est l'action juste, quelle est la manière correcte de vivre? Si vous vous mettez au défi et j'espère que vous le faites maintenant que faut-il faire?

Nous devons donc chercher: qu'est-ce que l'action? N'est-ce pas? Que signifie ce mot « action »? Que vous soyez marié ou non que vous soyez employé de bureau, ou assez fortuné indépendant, etc., etc., etc quelle est la chose juste que j'ai à faire dans ma vie? Non selon un modèle, quel qu'il soit – là n'est évidemment pas l'action juste – non fondée sur certaines idéologies cela non plus n'est pas l'action juste car ces idéologies sont projetées par la pensée la pensée habile et rusée. Et l'action fondée sur une certaine autorité religieuse, politique ou fondée sur votre propre autorité fondée sur votre propre expérience et savoir cela non plus n'est pas l'action juste. Je vous en prie, comprenez tout ceci car si vous fondez votre action sur votre propre expérience votre expérience est alors très limitée et vous réclamez continuellement une expérience de plus en plus vaste qui n'est qu'une sensation de plus en plus vaste, pas de l'expérience. Le mot « expérience » signifie passer par, en finir avec quelque chose. Et une action fondée sur une conclusion passée si juste, si méritoire soit-elle, relève toujours du passé et par conséquent, elle est encore limitée en termes de temps. Ou si votre action repose sur une conclusion à venir ou sur une idéologie future, un idéal futur là encore, ce n'est pas une action juste parce que vous avez projeté l'idéal de ce que vous devriez être, ou de ce que votre pays devrait être ou de ce que votre groupe devrait être et agissez donc selon ce qui devrait être par conséquent, vous n'agissez pas du tout. L'action, c'est faire quelque chose maintenant indépendamment du passé et du futur.

Il est réellement fascinant et extrêmement intéressant – s'il m'est permis d'utiliser ces mots qui ne sont pas appropriés mais peu importe pour le moment – de découvrir par soi-même s'il existe une action totalement déconnectée du temps. Vous comprenez? Le temps étant le passé, avec tous mes souvenirs, mon savoir mon expérience, emmagasinés dans le cerveau en tant que mémoire et le fait d'agir d'après cette mémoire laquelle est le passé agissant dans le présent ou le passé, qui a eu tant d'expériences tant d'échecs, tant d'angoisses, de peurs, de souffrances projette dans le futur quelque chose d'idéologique – « ce qui devrait être, comme cela serait heureux » – et agit en conséquence, cela aussi est une non-action. N'est-ce pas? Tachons de nous rencontrer, au moins intellectuellement et alors, si c'est compris intellectuellement on peut alors l'approfondir encore davantage ou tout au moins se comprendre à ce niveau qui est très limité.

Alors, existe-t-il une action dans la vie quotidienne dans nos rapports quotidiens, les uns avec les autres intimes ou non, sexuels ou non existe-t-il une action holistique, entière ne dépendant ni du temps, ni de l'environnement, ni des circonstances? Nous nous lançons donc le défi suivant: une telle action existe-t-elle? Ou ne connaissons-nous que l'action fondée sur le passé ou le futur? Nous n'en connaissons aucune autre et nous acceptons une telle action: il est beaucoup plus commode, plus réconfortant plus facile d'accepter une telle action. Nous nous lançons donc mutuellement un défi pour découvrir s'il est possible de mener une vie [fondée sur] l'action juste qui ne dépende ni de l'environnement ni des circonstances, ni du passé ou du futur. Vous comprenez? C'est ce qu'il y a de plus difficile à découvrir. Quand vous voulez découvrir une telle action pour autant qu'elle existe la pensée se met aussitôt à agir. La pensée dit: « cette chose existe-t-elle? Je dois chercher ». La pensée est donc le passé – n'est-ce pas? La pensée est le fruit de la mémoire la pensée résulte de votre expérience de votre savoir accumulé, d'où surgit la mémoire et la mémoire réagit en donnant naissance à la pensée. C'est très simple, si vous voulez bien l'approfondir. Ce n'est pas compliqué. Ainsi, quand un tel défi est lancé comme suit: « existe-t-il une action qui ne dépende ni du passé ni du futur, ni de l'environnement ou des circonstances » la pensée commence alors à opérer. N'est-ce pas? Voilà ce que vous êtes en train de faire. Puis la pensée dit: « il faut que je découvre une telle action ». Comme la pensée ne peut découvrir une telle action, vous dites « c'est impossible ». Suivez-vous tout ceci? Sommes-nous ensemble ici, ou est-ce que je parle tout seul? Je peux faire cela dans ma chambre.

Encore que je ne le fasse pas. Ainsi, l'action fondée sur la pensée est limitée parce qu'en elle-même la pensée est morcelée, c'est un fragment limité, parce qu'elle repose sur le savoir et vous auriez beau accumuler du savoir vous auriez beau accumuler des faits développant toujours plus le savoir le développant continuellement, il n'en reste pas moins limité. Là encore, c'est évident. Peut-être pas pour ceux qui préconisent l'ascension de l'homme par le savoir parce que c'est là leur propre mode de conclusion. Mais quand on voit réellement, dans la vie quotidienne combien le savoir est extraordinairement limité – vous auriez beau avoir des connaissances techniques, et il en faut et on peut toujours accroître ce savoir on peut constamment l'élargir – existe-t-il une accumulation de savoir psychologique à partir de laquelle émane l'action? Vous comprenez? Très bien.

On a accumulé du savoir, psychologiquement. J'ai été blessé il y a de nombreuses années, quand j'étais petit. Et cette blessure est devenue mon savoir il est là, au fond de mon être. Et j'agis en fonction de ce savoir, c'est-à-dire que je résiste je m'isole afin de ne pas être encore plus blessé. D'où cette constante division entre moi et un autre pour m'éviter d'être à nouveau blessé. Ceci encore est un fait banal. J'agis donc en fonction de ce savoir. Je puis en voir le côté irrationnel. Je puis me rendre chez un psychologue. Je puis faire des tas de choses à cet égard mais la blessure est toujours là et cette blessure réagit sans cesse. Donc j'agis d'après un incident passé que cet incident passé soit heureux ou douloureux est hors de propos mais c'est l'événement passé qui constitue mon savoir. J'ai passé un merveilleux après-midi, cela devient mon savoir. Demain, je vais passer une journée merveilleuse et cela recommence, vous suivez? Tout ce mécanisme repose sur le processus cumulatif de l'expérience, du désir et du plaisir.

Alors, existe-t-il une action totalement indépendante de tout cela? Comprenez-vous ma question? Il faut, pour étudier cela, comprendre le fonctionnement de la pensée car vous ne pouvez cesser de penser. En se forçant, comme le font bien des gens par la méditation – qui n'est pas de la méditation – essayant de maîtriser la pensée de modeler la pensée, ils se sont alors scindés en penseur supérieur et pensée inférieure et donc le supérieur essaie de maîtriser l'inférieur. Vous connaîssez tout ceci. Alors, existe-t-il un moyen une action qui soit totalement déconnectée de tout ceci? Nous vous lançons un défi je vous lance un défi et vous me lancez un défi nous sommes ensemble en situation de défi.

Si celui-ci a été lancé avec assez de profondeur et de sérieux de tout votre être vous trouverez alors une réponse. Je pourrais vous la donner mais nous discutons de ceci ensemble nous partageons cela ensemble donc je ne vous la donne pas, et vous ne l'acceptez pas parce qu'alors, tout devient vain vous n'auriez alors plus qu'à consulter un gourou quelconque. Tandis que si vous pouvez découvrir tout ceci par vous-même vous êtes alors libre – vous comprenez? Vous avez compris l'action dans la plénitude de son sens dans sa profondeur, et sa beauté. Nous disons – l'orateur dit qu'il existe une telle action complètement exempte de passé et de futur de l'environnement, des circonstances. Cela consiste en un « insight » [une perception fulgurante et immédiate] au sein du mouvement entier de la pensée telle qu'il s'exprime dans l'environnement dans les circonstances dans le passé et le futur, à savoir un « insight » au sein de l'action. C'est-à-dire, l'insight n'est pas la réaction de la mémoire. N'est-ce pas? Ne vous est-il jamais arrivé de dire soudain « j'ai compris » – sans paroles, sans gestes, sans circonstances sans le passé – soudain vous dites « grands dieux, j'ai saisi ». Et cela, c'est irrévocable, c'est la vérité ultime. Vous ne pouvez dire « je l'ai eu » et le lendemain « je l'ai perdu ».

Nous allons donc découvrir ensemble le sens de ce mot « insight ». Un « insight » au sein de quelque chose n'est pas une affaire personnelle cela ne repose pas sur des conclusions idéologiques des mémoires, des souvenirs. Il faut être libéré de tout cela pour avoir un « insight ». Il faut être libéré du savoir pour avoir une perception immédiate. Ceci n'est pas une extravagance excentrique, ou émotionnelle mais une réalité. Si vous avez déjà eu cette sorte de compréhension immédiate d'où résulte l'action immédiate cette compréhension immédiate exige une action immédiate, hors du temps. N'est-ce jamais arrivé? Cela arrive, évidemment mais alors, la pensée dit: « j'ai eu cet insight j'ai eu cette étrange et profonde perception et il en découle évidemment une action immédiate mais je voudrais que cela continue tout le temps ». Vous comprenez? Je veux que cet « insight », que cette perception immédiate que cette compréhension immédiate continue. Quand vous dites qu'il faut que cela continue vous avez déjà mis en marche tout le mouvement de la pensée. Je me demande si vous le voyez? L'insight – la perception rapide de quelque chose – est instantané et s'arrête là. Vous ne pouvez le prolonger. Tandis que la pensée demande que cela se prolonge empêchant ainsi le prochain « insight ». Je me demande si vous saisissez tout ceci?

Avons-nous compris quelque chose de tout ceci parce que c'est très important car à partir de là nous pouvons approfondir davantage, ce qui demande un « insight » rapide de sorte que vous n'avez jamais à lutter, jamais à être en conflit. Car, lorsque vous agissez sur un « insight », c'est une vérité irrévocable. Ce n'est pas de l'intuition. Ne vous égarez pas. Il faut user de ce mot avec précaution. Les gens ont des intuitions, c'est-à-dire des désirs projetés et – vous savez – toutes ces vilaines choses. Ici, il s'agit d'insight. Perception et action rapide, ce n'est pas personnel c'est donc entier, c'est holistique. Et nos actes ne sont jamais entiers. Nous faisons quelque chose, nous le regrettons « je n'aurais pas dû faire cela » ou nous avons fait quelque chose qui nous a donné du plaisir et nous voulons la continuation de cet acte. Alors que l'insight est une chose très simple mais pour avoir un tel « insight » des choses il faut un esprit alerte, pas un esprit engourdi pas un esprit apeuré ou un esprit dont la pensée dit « si je fais cela, que va-t-il se passer? Je pourrais le regretter, ou cela pourrait échouer cela pourrait causer des souffrances aux autres et à moi-même » et ainsi l'action n'est jamais totale, complète, entière. Tandis que l'action née de l'insight la perception immédiate ne comporte aucun regret, car elle est vraie c'est la seule action qui soit

Alors, gardant cela à l'esprit ne fut-ce qu'intellectuellement avez-vous une perception rapide de toute la nature et la structure de l'autorité? L'autorité des livres, l'autorité des professeurs l'autorité des hommes de science, des prêtres religieux etc., etc ou de votre propre expérience, qui est devenue votre autorité. Il s'agit d'en avoir un « insight » immédiat vous êtes alors totalement libéré de toute autorité. Vous n'avez alors pas à lutter et à vous débattre pour dire: « j'accepte cette autorité-ci, je n'accepte pas celle-là. L'autorité de mon gourou est merveilleuse mais je rejette l'autorité du prêtre ». C'est exactement la même chose.

Alors, en discutant, en vous mettant mutuellement au défi, êtes-vous libéré de l'autorité? Il y a l'autorité de l'agent de police l'autorité de la loi l'autorité du chirurgien – qui ont peut-être leur raison d'être – mais existe-t-il l'autorité psychologique d'une croyance, d'un dogme d'une conclusion, d'une idéologie, communiste, socialiste religieuse ou quoi que ce soit, intérieurement? Si c'est le cas, alors vous ne trouverez jamais ce qu'est l'action juste c'est évident. N'est-ce pas?

Donc, en étudiant ceci, pas à pas, êtes-vous véritablement – je vous le demande respectueusement – êtes-vous libéré de l'autorité y compris celle de cette personne assise sur l'estrade en ce moment-même? Si vous ne l'êtes pas découvrez pourquoi vous acceptez l'autorité intérieurement. Objectivement, l'autorité est nécessaire. N'est-ce pas? Vous ne pouvez conduire à droite en Angleterre vous auriez des accidents. Si vous rejetez l'autorité de la loi d'un Etat vous serez puni, etc., etc. Là, l'autorité a sa juste place. Mais, intérieurement, profondément, il ne faut avoir aucune autorité.

Nous pouvons alors commencer à étudier pourquoi les êtres humains vivent continuellement dans un état de peur. N'est-ce pas? Allons-nous le faire? Pourquoi vous, en tant qu'être humain représentant toute l'humanité n'est-ce pas? – vous rendez-vous compte que l'être humain que vous êtes représente tout l'esprit humain car vous souffrez, vous êtes dans l'incertitude vous êtes pris dans certaines croyances ou vous êtes conditionné, vous êtes Anglais Français, Allemand, ceci ou cela et vous croyez en Jésus, ou en Christ ou quelqu'un d'autre n'y croit pas ou vous êtes Hindou, Musulman, suivez-vous? Alors, êtes-vous conscient que dans votre relation dans vos activités quotidiennes, il existe un sentiment de grande peur? N'est-ce pas? Dans l'affirmative, il s'agit alors de… voyons: si vous avez peur, la réaction naturelle – je ne dirai pas naturelle – la réaction irrationnelle est de cultiver le courage, – quoi que l'on entende par là ou de la fuir ou de la raisonner: « pourquoi n'aurais-je pas peur c'est naturel « , etc., etc. Ou vous vous identifiez à votre peur la peur et vous ne faites qu'un il n'y a pas de vous distinct de la peur de sorte que cette peur, qui est vous, s'identifie a quelque chose de supérieur et dit: « en m'abandonnant à cette chose supérieure, je n'ai plus peur ». Nous nous sommes tous livrés pendant des siècles à cette sorte de jeu. Et, après un million d'années, nous avons toujours peur chaque être humain de par le monde a une certaine peur.

Maintenant, il s'agit d'en avoir un rapide « insight » et, par conséquent, d'en être complètement libéré. Est-ce possible? Car la peur est la chose la plus terrible qui soit vous savez bien ce qu'il en est, ses conséquences névroses en tout genre fuite dans diverses formes de divertissement religieux et autres rationnaliser les peurs, et accepter la peur comme faisant partie de notre existence quotidienne. Nous demandons à présent: est-il possible d'avoir un « insight » dans toute la nature et la structure de la peur et d'en être libéré? Ne voulez-vous pas savoir si vous pouvez en être délivré? Ou bien, l'acceptez-vous, comme nous acceptons tant de choses comme faisant partie de la vie? Si vous ne l'acceptez pas comme faisant partie de la vie quelle est alors la nature de la peur? Quelle est la racine de la peur? Quelle est la substance, la structure, tout le mouvement de la peur? Non seulement la peur de sa femme, de son mari, de son amie – vous savez la peur dans sa totalité, pas un aspect particulier de la peur? Ne voulez-vous pas le découvrir? Autrement dit, ne voulez-vous pas employer votre esprit votre pensée, tout votre être, toute votre énergie, à découvrir s'il est possible d'éradiquer totalement la peur? La peur se présente sous de nombreuses formes l'un des principaux facteurs de la peur étant l'attachement attachement à une personne, attachement à un idéal à une croyance, attachement à un meuble vous savez ce qu'est l'attachement. Et là où il y a attachement il y a inévitablement peur de perdre. Est-il possible d'exister sans pour autant s'isoler, sans attachement? Comprenez-vous ma question? L'être humain qui a vécu dix mille années et davantage avec la peur faisant toujours partie de sa vie depuis l'homme des cavernes jusqu'à nos jours peut-il se déconditionner de la peur? Comme nous l'avons dit, un des facteurs de la peur est l'attachement. Il s'agit de découvrir si l'on est attaché, sans éviter la chose découvrir, voir si vous êtes attaché à quelque chose à votre gourou, à votre savoir, à vos meubles à votre ami, épouse, fille, fils, à quoi que ce soit attaché à votre pays. Là où il y a attachement, il y a jalousie il y a possessivité un sentiment de s'identifier à quelque chose d'autre. Et quand cet attachement, cette identification existent il y a toujours une incertitude. Ce sont là des faits, n'est-ce pas? Non?

Alors, pouvez-vous vous libérer de l'attachement pas demain, ni sur votre lit de mort – là, il est évidemment très simple d'être détaché! (Rires) Vous ne pouvez discuter avec la mort. Mais maintenant, tout en menant votre vie quotidienne être libre de toute forme d'attachement sans pour autant s'isoler, ce qui engendre de nouveau la peur. Je puis me détacher de ceci et de tout le reste, et soudain ressentir la solitude un sentiment de vide et, effrayé par ce vide recommencer à être attaché non à une personne, mais à quelque merveilleux idéal. Tout cela. Toute forme d'attachement, engendre la peur. Un homme ou une femme qui cherche vraiment, demande, se met au défi de savoir s'il est possible de se libérer à jamais de la peur doit alors avoir un rapide « insight » au sein de toute la nature de l'attachement. Pendant que nous parlons, que nous explorons ensemble avez-vous ce sentiment, cet « insight » cette perception immédiate de toute la nature de l'attachement et sa structure, avec toutes les complications qu'il entraîne, le voyez-vous instantanément? Et quand vous le voyez en totalité, c'est fini. Cela ne signifie pas pour autant que vous deveniez insensible. Cela ne signifie pas que vous vous isoliez. Au contraire, vous êtes alors un être humain libre qui n'est plus soumis à la peur. N'est-ce pas? Ce n'est là qu'une des expressions de la peur. Mais peut-être la manifestation la plus profonde de la peur [est] celle de perdre ce que vous avez. En réalité vous n'avez rien, mais ceci n'est pas notre objet.

Quelle est donc la racine de toute cette peur? Voyez-vous, la plupart d'entre nous a tendance à élaguer les branches de la peur. N'est-ce pas? J'ai peur de telle chose, alors aidez-moi à m'en débarrasser ou permettez que je me rende chez quelqu'un qui m'aidera à me débarrasser de la peur de cette manifestation particulière de la peur chez le psychologue, le prêtre, le psychanalyste les derniers gourous et toute cette affaire. Mais l'élagage de l'arbre de la peur ne nous intéresse pas il s'agit plutôt de découvrir la racine de la peur. de sorte que lorsque vous en voyez la racine et avez une profonde compréhension de la racine si vous avez une telle compréhension et c'est là un « insight », alors la peur disparaît complètement vous n'avez plus peur psychologiquement. Physiquement, c'est autre chose. Physiquement il faut être attentif il faut être rationnel, sensé – à moins d'être anormalement névrosé c'est alors une autre affaire. Mais physiquement, il faut prendre garde au danger tout comme vous prendriez garde à un précipice comme vous prendriez garde à un animal dangereux et peut-être les êtres humains deviennent-ils de plus en plus dangereux, plus que n'importe quel animal. Il faut donc se garder des êtres humains des terroristes, des politiciens… y a-t-il des politiciens ici? (Rires) Et faire très attention aux gourous (rires) etc., etc.

Ainsi, on comprend la vigilance, le danger – physique. Mais quelle est la racine de la peur psychologique? S'il vous plaît, lancez le défi, posez-vous la question. N'acceptez pas mon défi. Demandez-vous quelle est la racine de tout cela? Ne dites pas « je ne sais pas » pour laisser les choses en l'état ou pour tirer quelque conclusion. Si vous le faites, cela vous empêchera d'en trouver la racine. Si vous dites « je ne sais vraiment pas quelle est la racine de la peur », vous commencez alors avec humilité. Vous dites alors « je ne sais vraiment pas ce que je vais découvrir ». Mais si l'on commence avec arrogance, disant « je peux résoudre cela je sais, j'ai en main tous les faits concernant la peur » vous débutez alors par une conclusion avec un sentiment d'espoir – ce qui ne signifie pas qu'il faut être dans le désespoir pour le demander – mais si vous êtes vraiment, profondément intéressé par la nature, la structure du tréfond de la peur [vous demandez] quelle est la racine de la peur? Que ceux d'entre vous qui ont déjà lu ou entendu l'orateur ne disent pas « oui, je la connais ». C'est un peu facile. Parce que vous avez entendu quelqu'un vous le dire et peut-être est-ce la vérité, mais ce n'est pas la vôtre c'est la vérité de quelqu'un d'autre. Il n'y a pas votre vérité, ou ma vérité mais si vous admettez l'affirmation d'une personne comme celle-ci et dites « oui, j'ai déjà entendu cela mais cela ne m'a pas délivré de la peur » c'est que vous êtes mené par le langage. Vous comprenez? Le langage vous mène. Le langage se sert de vous. Mais si vous êtes libéré de ce que vous avez entendu auparavant et vous interrogez réellement, assis ici, pour découvrir l'essence, la racine, la base de toute peur alors, comme vous ne savez pas, vous l'abordez à neuf vous l'abordez avec un certain sentiment de curiosité, afin de trouver. Mais si vous l'abordez avec une conclusion quelconque il est impossible que vous en compreniez la racine.

Découvrons donc ensemble, à neuf la racine, toute la nature et la structure de la peur. Pour découvrir quelque chose, si vous avez un motif tel que « je dois m'affranchir de la peur » – c'est bien un motif ce motif donne alors une direction à votre recherche. Ce motif directif vous empêche donc de chercher. C'est simple, n'est-ce pas? Si j'approfondis la peur avec le motif de vouloir m'en débarrasser j'y ai alors déjà donné une direction. N'est-ce pas? Car mon désir est de m'en débarrasser et non de comprendre la nature la structure et la profondeur de la peur. Je veux me débarrasser du mot « peur ». Ainsi, le mot « peur » nous mène. Vous comprenez? Tandis que si vous le regardez si vous êtes libéré du mot et dites: « qu'est-ce que cette peur avec laquelle j'ai vécu si longtemps? » Qu'est-ce? Est-ce le temps? Le temps étant hier, aujourd'hui et demain le coucher, le lever du soleil. Ainsi, la peur est-elle le produit du temps? Il vous est arrivé quelque chose dont vous avez eu peur il y a un an, ou hier et la peur de cet incident persiste et le souvenir de cette chose s'appelle la peur. Vous suivez tout ceci? Le souvenir de cet incident qui a eu lieu il y a un an, ou hier a laissé un certain souvenir et ce souvenir révèle la peur. N'est-ce pas? Ainsi, le souvenir du mot peur nous fait dire: « c'est la peur ». Tandis qu'étant libéré du mot, nous essayons de découvrir l'essence de la chose. Suivez-vous tout ceci? Cela devient-il trop fatigant? Tant pis.

Quelle en est la racine? Etant quelqu'un de très sérieux et ayant plein l'énergie, je me dis: je dois la découvrir, car je ne veux pas vivre dans cette peur. C'est trop absurde, trop illogique, irrationnel. Quelle en est l'essence? Est-ce le temps? C'est en partie cela, le temps. Par ailleurs la pensée crée-t-elle la peur? Vous comprenez?

Voilà donc: le temps, la pensée. J'ai plus ou moins compris la nature du temps le temps extérieur, le temps intérieur, psychologiquement: je serai, je ne suis pas, je serai ou je devrais être, alors que je ne suis pas. Le « devrais être » est le mouvement du temps. N'est-ce pas? Je me demande C'est important, vous suivez tout ceci?

C'est une belle matinée, et j'espère que vous l'appréciez aussi. J'espère que cette recherche vous fait passer un moment agréable comme vous passeriez un moment agréable sur la pelouse à regarder les arbres, les nuages, et le chaud soleil.

Qu'est-ce alors que la pensée? J'ai compris la nature du temps. Je veux maintenant comprendre si la pensée est responsable de la peur. Je ne sais pas, mais je vais le découvrir. Si la pensée en est responsable je dois comprendre la nature de la pensée. Qu'est-ce que penser? Penser est l'écho de la mémoire. N'est-ce pas? C'est évident. Si vous n'aviez aucune mémoire, vous ne penseriez pas. Mais penser est devenu très important pour nous. Nous nous servons de la pensée pour chaque chose que nous faisons. L'amour est-il un souvenir, une pensée? Je ne parle pas de l'amour sexuel, des sensations, de l'amour sensuel. Je n'appellerais même pas cela de l'amour, c'est de la sensation. L'amour est-il sensation? L'amour est-il un souvenir? Et la pensée est-elle amour? Comprenez-vous? Je pose toutes ces questions. Et quelle est la nature de la pensée? Très simplement, elle se fonde sur l'accumulation du savoir récolté à travers l'expérience millénaire vécue tout cela étant emmagasiné dans le cerveau je ne suis pas un spécialiste du cerveau, vous pouvez vous-même observer votre cerveau et voir la mémoire répondre à un défi.

Alors, je me lance un défi: qu'est-ce que penser? Et la réponse est: « la mémoire, bien sûr ». Alors, la mémoire est-elle responsable de la peur? L'année dernière j'ai été blessé physiquement je m'en souviens, et j'ai peur que cela se reproduise la maladie, la douleur, ou quoi que ce soit. Ce qui veut dire: la pensée, basée sur une expérience de la douleur de l'année passée, ou d'hier s'en souvient et a peur que cela se reproduise à nouveau. Tous nos actes, toute notre existence reposent sur la pensée. Je ne sais si vous vous êtes rendu compte de ce fait extraordinaire: tout ce que nous faisons se base sur la pensée. Il n'y a aucune spontanéité être spontané, cela donne une toute autre existence. Pour avoir cette spontanéité il faut comprendre la nature de la pensée qui a conditionné notre cerveau toute notre perspective mentale, notre activité. Quand tout ceci est compris qu'un « insight » immédiat de la chose a eu lieu, il y a spontanéité il y a liberté. Mais ceci est tout autre chose.

Nous demandons donc: le temps, je le vois, est partiellement responsable. La pensée aussi est responsable. Le temps est-il pensée? Ou la pensée est-elle le temps? Vous comprenez? Il n'y a pas de temps et de pensée, séparément. Il n'y a que la pensée qui crée le temps psychologique. N'est-ce pas? Et par conséquent, ayant approfondi cela l'ayant compris, pas intellectuellement, verbalement mais ayant vraiment vu par soi-même la nature de la pensée on se rend alors compte que la pensée est fondamentalement responsable de la peur. On se dit alors: « dans ce cas, comment puis-je cesser de penser? » C'est la question la plus absurde qui soit. Voyez-vous, cela fait partie de l'astuce qu'ont apportée les gourous. C'est-à-dire méditer, essayer de maîtriser, d'arrêter la pensée. Avez-vous jamais essayé d'arrêter de penser? Si vous l'avez fait, vous découvrirez que la personne qui dit « je dois cesser de penser » l'entité qui dit cela fait aussi partie de la pensée. Elle se joue un tour à elle-même.

Donc, vous voyez que temps égale pensée, que temps égale mouvement mouvement d'hier à aujourd'hui, à demain. Et la pensée aussi est un mouvement un mouvement basé sur des souvenirs passés, des expériences passées du savoir passé – le savoir est toujours le passé. Donc, la pensée est fondamentalement responsable de la peur. Vous comprenez? Le mot « peur », la peur, vous comprenez? Le mot « peur », est-il réellement la peur? Ou le mot n'est pas cette chose. Etes-vous déjà trop fatigués? Vous comprenez ma question? Le mot est-il différent de la chose? Ou le mot crée-t-il cette chose, la peur? Alors, le mot vous mène et le mot crée la peur. Ou la peur est-elle indépendante du mot? C'est-à-dire, le mot n'est pas la chose. N'est-ce pas? Vous comprenez? Alors, avez-vous séparé le mot de la chose? Vous comprenez? La tente, la marquise, le mot n'est pas cette chose. N'est-ce pas? Ainsi, quand vous la regardez pouvez-vous séparer le mot de la chose? Comprenez-vous ma question? Alors, avez-vous séparé le mot de la réaction que vous appelez peur? Ce qui veut dire êtes-vous conscient d'être pris dans le réseau des mots? Et par conséquent, les mots vous mènent. Alors, pouvez-vous regarder la chose sans le mot? Ce qui veut dire, regarder la chose sans la nommer sans faire qu'elle devienne le mot. Je me demande si vous comprenez tout ceci! Voyez, ceci demande une grande vivacité une grande lucidité dans votre observation. Il ne s'agit pas seulement d'accepter: « oui, je puis séparer le mot ceci et cela » – en faire un jeu mais de voir effectivement que vous vous êtes fait prendre que votre observation a lieu à travers un mot et que le mot prend donc une importance primordiale. Alors, quand vous réalisez cela vous dites: « très bien je vais séparer le mot, l'écarter et regarder la chose elle-même sans que le mot n'empiète sur elle le mot avec toutes ses connotations, ses contenus. » Regardons la chose. Vous comprenez? Je dépense beaucoup d'énergie et j'espère que vous en faites autant.

Pouvez-vous donc regarder la peur la sensation elle- même, sans le mot? Ou le mot crée-t-il la sensation? Le mot peur la crée. Vous comprenez? Vous pouvez regarder la tente le mot et le fait, la tente, différemment vous pouvez les séparer et dire: « Oui, je peux la regarder sans le mot. Je peux en voir la silhouette, les piquets, sans le mot ». Mais pour faire cela psychologiquement il faut être extraordinairement éveillé. Etre profondément conscient, à la fois du sens, du mot et de la chose. Si vous l'êtes, alors la chose que vous observez sans le mot est-elle la peur? Comprenez-vous ce que j'essaie de dire? La réaction que vous avez nommée « la peur » si vous ne la nommez pas, est-ce la peur, y a-t-il de la peur? Vous ne pouvez arriver à cela qu'après avoir étudié compris le temps et la pensée. La pensée est le temps, car ils sont tous deux le mouvement. Le temps est mouvement. La pensée est mouvement. Ce ne sont donc pas deux choses distinctes. La pensée crée le temps psychologique.

La pensée a donc créé le mot. L'homme originel, le primate ou l'aborigène dit « j'ai peur », et la peur – vous suivez? est venue jusqu'à nous – vous suivez? Et nous proposons maintenant de séparer les deux éléments le mot et la sensation, la réaction, et de regarder celle-ci d'observer la réaction sans le mot. Alors, quand vous observez la réaction l'observateur est-il distinct de la réaction? Vous comprenez? Ou sont-ils identiques: l'observateur est l'observé la réaction est l'observateur? N'est-ce pas?

Je vois que vous ne me comprenez pas. Vous vous êtes mis en colère cette colère est-elle distincte de vous? Quand survient cette colère vous n'en êtes pas conscient… mais l'instant d'après, vous dites « je me suis mis en colère ». Vous vous êtes séparé de cette chose appelée colère et il y a donc une division. De même (rires) la réaction que vous appelez colère est-elle distincte de vous? Il n'en est rien, évidemment. Donc, vous et cette réaction êtes identiques. Quand vous réalisez cela, vous ne la combattez plus, vous êtes cela. N'est-ce pas? Je me demande si vous le voyez. Alors, une action totalement différente a lieu: avant, vous avez eu recours à une action positive vis-à-vis de la peur disant « je ne dois pas avoir peur, je vais nier cela je le contrôlerai, je ferai ceci ou cela à ce sujet comme me rendre chez le psychologue », et tout le reste. Désormais, quand vous réalisez – non quand le fait que vous êtes la réaction est établi il n'y a pas de « vous » distinct de cette réaction. Dès lors, vous ne pouvez rien faire, n'est-ce pas? Je me demande si vous vous en rendez compte, vous ne pouvez rien faire. Par conséquent, d'une négation d'une observation non positive découle la fin de la peur. N'est-ce pas?

Quelle heure est-il?

Questioneur: Une heure.

Krishnamurti: Excusez-moi d'avoir parlé 1h30, je ne m'en suis pas rendu compte. J'espère que vous ne vous êtes pas ennuyés et qu'être restés assis dans la même position ne vous a pas engourdi.

Questioneur: Ne vous inquiétez pas. Nous y avons pris du plaisir. (Rires)

Krishnamurti: Bien. Nous nous rencontrerons à nouveau demain.

Questioneur: Merci. (Applaudissements)

Krishnamurti: N'applaudissez pas s'il vous plaît. Cela n'en vaut pas la peine.

Première Causerie à Brockwood Park

Samedi 26 Août 1978

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