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Troisième Causerie à San Diego

Mardi 7 Avril 1970

S'il m'est permis, j'aimerais ce soir, parler des implications de la méditation et des conditions requises pour qu'un esprit soit capable d'une véritable méditation – quel est le premier pas, pour ainsi dire.

Avant tout, je pense qu'il faut comprendre la signification du mot « liberté ».

Pour la plupart d'entre nous, ce mot implique la liberté de s'exprimer, ou la liberté de faire ce qui nous plaît dans la société; ou la liberté de penser comme il nous plaît; ou la liberté à l'égard d'une certaine habitude fatigante, ou d'un particularisme quelconque, etc. Il faut comprendre ce qu'est la liberté, car cela me paraît une nécessité absolue pour un esprit qui se veut capable de méditer, sans la moindre déformation. Nous avons, pour la plupart, une exigence de liberté, politiquement ou religieusement, ou pour penser comme il nous plaît, et il y a la liberté de choix. La liberté politique ne pose pas de problème, elle est nécessaire, mais pour la plupart, nous n'exigeons jamais et ne cherchons jamais s'il est tant soit peu possible d'être libre intérieurement. Notre esprit est esclave de ses propres projections, de ses propres exigences, de ses propres désirs et accomplissements. L'esprit est esclave de ses soifs, de ses appétits. Et apparemment, nous ne nous demandons jamais s'il est tant soit peu possible d'être libre intérieurement. Mais nous voulons toujours la liberté extérieurement – celle de s'opposer à la société, à une certaine structure de la société. Et cette révolte contre la société, qui a lieu dans le monde entier, est une forme de violence qui indique que l'on se concentre sur un changement extérieur sans changement intérieur.

La violence joue donc un rôle extraordinaire dans notre vie. Nous ne nous demandons jamais si l'esprit peut être complètement et absolument libre de violence. Nous l'avons admise comme faisant partie de notre vie, de même que nous avons admis la guerre comme mode de vie. Et nous avons nos guerres favorites – vous pourriez ne pas aimer telle guerre, mais telle autre ne vous dérange pas. Et il y aura toujours des guerres : il y a eu cinq mille ans de guerres, car l'homme a admis la violence comme mode de vie. Et nous ne posons jamais la question de savoir si l'esprit peut être réellement, vraiment, profondément libre de violence. Et la société permissive dans laquelle nous vivons, la culture qui émerge progressivement de cette société, celle de faire ce qui nous plaît, ou de choisir ce qui nous plaît, est encore un signe de violence. Là où il y a choix, il n'y a pas liberté. Le choix implique la confusion, pas la clarté. Quand on voit très clairement quelque chose, il n'y a pas de choix, il n'y a que l'action. Seul un esprit confus choisit. Et le choix indique un manque de liberté, et le choix comporte donc résistance et conflit.

Ainsi, notre vie actuelle repose sur la violence. Notre vie est conditionnée par le verbe être. Je vous en prie, il est important de comprendre combien notre vie est orientée et conditionnée par le verbe être : on a été, on est, et on sera. L'idée que traduit ce verbe est : arriver, réussir, accomplir, devenir, parvenir graduellement à la paix, se débarrasser graduellement de ce qui nous gêne. Le verbe être est donc le conditionnement de l'esprit dans le temps. N'est-ce pas? Suivez ceci, je vous prie.

Car l'illumination ne relève nullement du temps. La compréhension n'est pas une affaire de sensibilité graduelle; ou l'on comprend immédiatement, ou pas du tout. Tant que l'esprit est conditionné par ce verbe, comme le sont la plupart des esprits, toute notre structure morale repose là-dessus : je vais être bon, je vais graduellement parvenir à un certain état d'esprit, etc. Il faut donc être conscient de ce mot dangereux, et découvrir si l'esprit peut être libre de ce mot, car le mot n'est jamais la chose, la description n'est jamais la chose décrite. Et pourtant nous nous satisfaisons de la description, des explications.

Donc, comme je l'ai dit, nous allons aborder le sujet de la nature de la méditation; je crois que c'est un mot nouveau, que vous avez appris dans ce pays, à sa venue d'orient, et l'on n'en connaît pas toute la signification. Mais avant de nous y pencher, disons que c'est une chose très complexe et d'une importance capitale, la méditation est ce qu'il y a de plus beau dans la vie, quand on connaît la signification de la méditation. Mais avant de pouvoir méditer, il faut comprendre ce qu'est vivre, ce qu'est l'amour et ce qu'est la mort. Faute de comprendre cela, votre méditation n'est qu'une fuite, n'est qu'une forme d'auto-hypnose. N'est-ce pas?

Il faut donc poser le fondement, pas graduellement. Il faut de l'ordre avant que l'esprit puisse pleinement saisir la signification de la méditation, il faut un ordre complet. Cela signifie la fin de tout conflit, de toute perturbation, de tout désordre en soi, faute de quoi, le fait de s'asseoir seul dans un coin dix minutes par jour et penser qu'on va méditer ou parvenir à l'illumination n'a aucun sens – si vous voulez bien m'excuser de dire cela.

Il faut donc comprendre ce qu'est vivre. Et on ne peut comprendre cela qu'en observant la réalité de la chose, non par opposition à un concept, à une formule, une idéologie, mais [en voyant] effectivement ce que c'est. Il faut donc être libre d'observer effectivement ce qu'est notre vie, pas ce qu'elle devrait être. Si vous pensez en termes de ce qu'elle devrait être, vous évitez alors totalement ce qu'est en réalité votre vie.

Qu'est-ce alors que cette vie que nous menons; cette vie, la vie réelle quotidienne est désordre, n'est-ce pas? Elle comporte le conflit, l'ambition dévorante, la lutte interne, des désirs et volontés contradictoires, des frustrations sans fin. Et cette frustration s'explique du fait que nous n'avons jamais compris ce qu'est l'accomplissement, et s'il existe une telle chose que l'accomplissement. Qu'y a-t-il à accomplir? Sa propre petite ambition personnelle, ses propres appétits, envies, ambitions d'être quelqu'un? Et qu'est-ce que ce centre qui demande tout cela? Ce centre n'est-il pas lui-même la cause du désordre? Et faute d'amener de l'ordre dans cette vie, un ordre mathématique total, la vie a bien peu de sens – se rendre tous les jours au bureau pendant les 60 ou 40 années à venir, vivant dans cette lutte continuelle entre « ce qui est » et « ce qui devrait être », entre les ambitions frustrées et la vie simple, claire, si belle; les images qu'on s'est faites de soi et des autres, l'activité égocentrique qui se poursuit sans cesse, qui isole tout un chacun, et qui par conséquent divise.

Et telle est notre vie, une vie de conflit, une vie qui n'a vraiment aucun sens telle qu'elle est, une vie qui est un champ de bataille, non seulement en soi-même, mais aussi dans sa relation, une vie de division, de contradiction, de routine, de monotonie. Et, quand vous la regardez très profondément, une vie totalement solitaire, dépourvue de toute beauté. Et telle est notre vie, sans exagération, si vous vous observez très attentivement, sans aucun préjugé, aucun parti pris, quand vous regardez chaque être humain, partout dans le monde, le saint, le prêtre, le spécialiste, le carriériste, l'homme du commun, tous sont pris dans cela.

Et nous voulons nous en échapper. Et l'on s'en échappe donc par le nationalisme, par les croyances, par les dogmes, par d'innombrables formes de divertissements, y compris le divertissement religieux. Telle est notre vie, nous nous comparons à ce qui devrait être, nous nous comparons au plus grand, au plus noble, au plus intelligent, au plus spirituel, etc., etc. Avec pour conséquences le conflit et la peur. Telle est notre vie, une lutte pour la sécurité, et cette quête même de sécurité, tant psychologique que physique, fait que nous amenons la destruction. Ce sont là des faits évidents.

Et nous voulons échapper à cela, car cela fait des milliers et des milliers d'années que l'homme vit ainsi, dans la souffrance, la confusion, dans un malheur et une méchanceté sans nom. Et à defaut de changer tout cela, complètement, radicalement, une simple révolution extérieure, le remplacement d'un système par un autre, ne peut résoudre cette douloureuse angoisse. Il n'y a qu'une révolution : la révolution intérieure.

Donc le fait de cracher sur la société, de faire grief à la société de votre condition, revient de toute évidence à désavouer une chose que vous avez créée : c'est votre société, vous l'avez bâtie, par votre avidité, votre envie, votre ambition, votre esprit de compétition, de comparaison, par vos haines, votre violence intérieure. Telle est donc notre vie, une vie vraiment tout à fait malsaine.

La question est désormais celle-ci : comment cette vie peut-elle être changée? Pas graduellement, mais immédiatement. Sinon vous semez les graines de la violence; tout en voulant la paix, vous semez en fait les graines de l'inimitié, du malheur.

Il s'agit donc voir tout cela non verbalement, non comme une explication, non comme une idée, mais le voir tel quel, le ressentir comme l'on ressent la faim, et par conséquent y être intimement relié. Et on ne peut être profondément, merveilleusement relié à cette existence qu'on appelle la vie, tant qu'on manifeste à son égard une forme quelconque de fuite, une déformation quelconque.

Ainsi, par une lucidité sans choix, il s'agit d'être conscient de tout ce phénomène de l'existence, pas de l'existence de quelqu'un d'autre, pas en étant conscient de notre vie selon quelqu'un – quelque philosophe, quelque gourou, quelque psychologue – mais d'en être effectivement conscient, parce que c'est vous-même qui le voyez. D'en être totalement conscient, et il le faut, car il n'est pas possible de vivre comme nous le faisons – intérieurement, psychologiquement parlant – une vie aussi déchirée. Et nous voulons l'ordre, et l'ordre est vertu, l'ordre requiert la discipline, c'est-à-dire apprendre, ne pas se conformer, ne pas imiter, mais apprendre. Et il s'agit d'apprendre au sujet du désordre dont est faite notre vie, de l'observer, d'apprendre, et de cette observation émane une discipline extraordinaire, non imposée par qui que ce soit, car l'observation elle-même a sa propre discipline. Vous apprenez de l'acte même d'observer, et par conséquent l'apprentissage est la discipline. Voyez cela je vous prie, car nous nous sommes imposés tant de disciplines : la discipline des affaires, la discipline religieuse, la discipline de la famille, la discipline militaire – évidemment la plus absurde de toutes.

Nous avons tant de disciplines : les « il faut » et « il ne faut pas », sans cesse se conformant, imitant, réprimant et étant réprimé, voulant accomplir, tout cela est du désordre. Ainsi, pour comprendre l'ordre, pour apprendre au sujet de l'ordre, non pas ce que l'ordre devrait être, mais apprendre à son sujet, il faut apprendre au sujet du désordre. N'est-ce pas? Nous suivons-nous, ou vous laissez-vous doucement hypnotiser par des mots? Eh bien, s'il en est ainsi, tant pis, c'est votre affaire.

Nous avons dit qu'il faut apprendre au sujet du désordre, c'est-à-dire, notre vie, notre esprit, notre coeur, le noyau même de notre être est désordre, car si vous dites qu'il y a une âme – l'atman selon les Hindous – et ainsi de suite, ce ne sont là que théories. La philosophie n'a rien à voir avec la vie, et nous essayons de comprendre ce qu'est vivre, nous voyons que ce « vivre » comporte le désordre absolu, lutte, malheur, confusion, angoisse, culpabilité, peur.

Il faut donc observer sans aucun choix ce désordre, qui est vous, qui est moi – l'observer, non pas ce que vous voulez qu'il soit, sinon vous créez le conflit entre « ce qui est » et « ce qui devrait être ». Et là il y a conflit, il y a désordre. Je vous en prie, comprenez bien cette chose si simple – une fois comprise, vous découvrirez qu'en observant le désordre en soi, sans aucune déformation, sans vouloir faire surgir l'ordre de ce désordre, sans essayer d'imposer ce que vous pensez être l'ordre sur le désordre, mais en l'observant sans aucun choix, sans aucune déformation, vous verrez que de cette observation naît l'ordre suprême, le bien suprême.

Et il y a là une révolution totale. Et de ce changement intérieur radical émane l'ordre extérieur, et non l'inverse. Nous voulons d'abord l'ordre extérieur, et cela n'a jamais été possible; toutes les révolution, y compris la révolution communiste, ont proclamé : « oublions l'ordre intérieur, instaurons l'ordre étatique ». Et vous savez ce qu'il en est advenu, chaque révolution a fait cela, s'efforçant d'amener l'ordre extérieur sans prêter la moindre attention à cet ordre psychologique, cet ordre suprême en soi.

Et l'ordre signifie non seulement la vertu, mais aussi l'amour. Et qu'est-ce que l'amour? Je me demande si vous vous êtes jamais posé cette question sur la nature de l'amour, vous l'êtes-vous posée? Qu'est-ce que l'amour, comment allez-vous le découvrir? Vous ne le découvrirez que par ce qu'il n'est pas, c'est par la négation que le positif émerge. Mais si vous poursuivez le positif, ce que vous poursuivez est alors une projection de l'esprit . Dès lors, en niant toutes les projections de l'esprit, c'est-à-dire, les écartant, les refusant, vous le découvrirez.

Voilà donc ce que nous allons faire : découvrir ce qu'il n'est pas, pour découvrir ce qu'il est. On continue? Bien. Qu'est-ce que l'amour, avons-nous dit. Vous savez, c'est là une des choses les plus importantes de la vie. S'il y a l'amour, quoi que l'on fasse, il n'y a alors aucun conflit, aucun mal, il y a une grande félicité, mais imaginer ce qu'est la félicité et se mettre à sa recherche n'est pas l'amour. Nous allons donc voir ce qu'il n'est pas, et, par conséquent, venir à la rencontre de ce qu'il est. Il n'est donc pas question de se mettre à la recherche de l'amour, ni de cultiver l'amour – comment peut-on cultiver l'amour? Toute recherche est le produit de l'esprit, le produit de la pensée; c'est comme un esprit qui recherche l'humilité, disant : je connais la vanité et je dois cultiver l'humilité. Et quand l'esprit, fier et vain, cultive l'humilité, il n'en reste pas moins toujours vain. C'est comme ces saints qui prétendent être humbles, parce qu'ils ont cultivé l'humilité.

Ce que nous allons donc faire, c'est découvrir ce qu'il n'est pas, non par mon entremise, d'aucune manière par l'orateur, mais par une écoute de vous-même, et ayant découvert ce qu'il n'est pas, balayer cela instantanément. Si vous ne le balayez pas, si cela ne disparaît pas, vous êtes alors captif du temps, vous êtes esclave du mot et du verbe « être ». Et par conséquent il n'y a pas d'amour.

Donc pour commencer nous demandons ce qu'il n'est pas. Il n'est évidemment pas la jalousie, il n'est pas l'envie, et votre amour est enclos, il est prisonnier de la jalousie, de l'envie. N'est-ce pas? Et quand vous voyez cela, à savoir que ce que vous appelez amour est empêtré dans l'affreuse brutalité de la jalousie, quand vous le voyez, l'observez effectivement, cette observation fait que la jalousie s'en va, et vous ne serez jamais plus jaloux, jamais plus envieux.

Faites cela, je vous prie, pendant que nous en parlons. L'envie ne vient que quand il y a comparaison. Et l'amour est-il comparaison? Donc là encore, vous écartez toute comparaison, c'est-à-dire toute envie. Ensuite, l'amour est-il plaisir? Ceci va être un peu plus difficile. Pour la plupart d'entre nous, amour égale plaisir : qu'il s'agisse de l'amour sexuel, de l'amour de Dieu ou de l'amour de Dieu sait quoi d'autre. Il est basé sur le plaisir. L'amour de la respectabilité est l'essence même de l'esprit bourgeois.

Alors, l'amour est-il plaisir? Observez-le bien, je vous prie. Hier soir, nous parlions ce qu'est le plaisir : le produit de la pensée; ayant éprouvé hier des plaisirs variés, vous y pensez, vous construisez image sur image et cela vous stimule et vous donne du plaisir, sexuel ou autre, et vous appelez cela l'amour. Et est-ce l'amour? Car dans le plaisir il y a de la frustration, de la douleur, de l'angoisse, de la dépendance. Ne dépendez-vous pas psychologiquement d'autrui? Et dans ce cas, quand vous dépendez de votre femme ou de votre mari, ou de qui que ce soit, et dites « je t'aime », est-ce là l'amour? Et cette dépendance n'inclut-elle pas la peur?

Vous êtes le produit de votre conditionnement, vous êtes le produit de votre société, vous êtes le produit de la propagande, religieuse et autre : cela fait 2.000 ans – 10.000 ou 5.000 ans en Inde – qu'on leur dit à quoi croire, à quoi penser. Vous répétez ce que d'autres ont dit. Toute votre éducation consiste en cela, la répétition de ce que vous avez appris dans un livre. Et vous êtes cela, vous êtes conditionnés, vous n'êtes pas libres, heureux, vivants, des êtres humains passionnés. Vous êtes des êtres humains apeurés et donc de seconde main, vous êtes emplis de l'autorité des autres, ou de votre propre petite autorité, de votre propre savoir : vous savez quelque chose sur tel sujet et devenez une autorité.

Vous n'êtes donc pas libres. Et intellectuellement – regardez bien – êtes-vous libres? Ne répétant ni ce que d'autres ont dit, ni ce que l'on vous a enseigné à l'université, ni ce que vous avez appris dans un livre. Et qu'avez-vous expérimenté? Penchez-vous là-dessus, vous verrez ce que vous avez expérimenté. Vous avez expérimenté quelque chose que vous reconnaîtrez toujours, autrement, ce n'est pas une expérience. Par conséquent votre expérience est toujours ancienne, de même que la pensée est toujours ancienne, elle n'est jamais neuve, car elle est la réponse de la mémoire.

Donc – pardonnez-moi de le répéter – vous êtes des êtres humains de seconde main, intellectuellement, émotionnellement. Vous allez dans des endroits pour apprendre à être sensibles. Quelle belle idée, n'est-ce pas? Apprendre d'un autre comment penser.

Donc moralement, intellectuellement, profondément, vous n'êtes pas libres, et par conséquent vous n'êtes libres que dans votre expression sexuelle. Et voilà pourquoi celle-ci a pris tant d'importance. Là, vous êtes totalement vous-mêmes, vous êtes libres, bien que cela comporte des problèmes spécifiques, des attitudes et actes névrotiques spécifiques. La sexualité devient donc importante quand tout le reste a perdu de son importance : quand la vie dans sa totalité, et non seulement la sexualité, quand la vie, qui inclut le vivant, qui inclut le sens de l'amour, qui inclut le sens de la mort, le mouvement tout entier du vivant, quand tout cela n'a plus de sens, alors un fragment appelé sexualité, prend une importance, une vitalité extraordinaire. Quand vous n'êtes pas passionnés de liberté, intérieurement, vous êtes alors sensuellement passionnés de sexualité, c'est tout. Et vous associez à cela l'amour, le plaisir. Et vous associez à cela la tendresse, la gentillesse, vous pouvez être sexuellement très tendre, très gentil, plein d'égards, mais extérieurement vous détruisez, vous tuez tout autour de vous, les animaux pour les manger, pour la chasse. Ainsi, votre amour repose sur le plaisir, et par conséquent est-ce de l'amour? L'amour n'est assurément rien de tout cela; la compassion signifie la passion pour tout le monde, pas pour votre propre petit désir.

Ainsi, quand vous comprenez ce qu'est le désordre par une observation très attentive, il en émane l'ordre. Et l'ordre comporte sa propre discipline, c'est-à-dire, sa propre vertu, par conséquent cet ordre est le bien suprême et donc l'amour, qui n'a rien à voir avec le plaisir, car le plaisir comporte la douleur. L'amour est un état de joie, l'amour est joie, et non la chose mesquine que l'homme en a faite. Et pour découvrir cela, ce qu'est l'amour, il faut aussi comprendre ce qu'est la mort. N'est-ce pas? Voulez-vous vraiment comprendre ce qu'est la mort? Oui? J'en doute énormément, parce que vous avez tous tellement peur de la mort, n'est-ce pas? Ou vous croyez en l'après-vie, et vous n'avez donc pas peur. Vous avez rationalisé votre vie, sachant qu'elle va prendre fin, la petite vie chétive et mesquine que l'on mène, et l'on a peur de la chose, donc on dit : « rationalisons la, pensons y, clarifions la » – vous savez et tout le reste.

Ou vous croyez en une après vie. Toute l'Asie croit en une après vie, des millions croient en la réincarnation. Mais ils ne se demandent jamais qu'est-ce qui s'incarne. Ils croient qu'il existe une entité permanente qui va s'incarner, etc., je ne vais pas aborder tout cela. Si vous croyez en la réincarnation, alors ce qui importe est comment vous vivez aujourd'hui, n'est-ce pas? Car vous allez le payer dans la prochaine vie. Comment vous vivez, ce que vous faites, ce que vous pensez, quelle est votre moralité. Alors, même si vous croyez en la réincarnation, ce qui importe, c'est comment vous vivez maintenant. Il vous faut donc confronter la mort, ne pas différer cela jusqu'à l'arrivée de la vieillesse, d'un accident, d'une maladie etc.; il faut la confronter, il faut la comprendre, ne pas en avoir peur. Nous disons qu'il faut comprendre la vie et éviter la mort. Mais si l'on voit la vie comme un tout comprenant la dynamique de vie, cette chose extraordinaire qu'on appelle l'amour, et la mort, comme un tout unitaire, et non comme trois éléments distincts, qu'est-ce alors que la mort? Par usure, par maladie, etc., l'organisme prend fin; ce processus s'accélère quand il y a conflit : toutes vos crises cardiaques, et toute cette affaire, résultent de ce mode de vie extraordinairement émotionnel, contradictoire. L'organisme prend fin. Et l'on peu soit dire : « c'est la fin, c'est terminé », soit – ce qu'on ne dit pas – « c'est la fin de toute la structure et de la nature du « moi » – le « moi » qui s'est divisé en tant que nous et eux, nous et les autres, nous et vous – ce « moi » est le centre du conflit.

Alors, ce « moi » peut-il mourir? Pas au bout du compte, mais tous les jours, et vous saurez alors ce qu'est la mort, car demain l'esprit sera toujours neuf, du fait que vous êtes mort au passé. Suivez-vous tout ceci? Non M., faites-le, ne le suivez pas. Mourez à votre plaisir, mourez à votre mobilier : c'est ce que vous êtes, votre mobilier, qu'il s'agisse de la chaise ou des meubles que vous avez accumulés dans votre esprit, que vous appelez le savoir. En sorte que vous mourez chaque jour à tout ce que vous avez accumulé. Et c'est ce qui va vous arriver de toute façon. C'est-à-dire, vider l'esprit de tout ce qui est connu, ce qui signifie que l'esprit devient absolument innocent. Et seul un tel esprit qui possède cette qualité religieuse extraordinaire de pureté peut venir à la rencontre de ce qu'on appelle l'illumination.

Troisième Causerie à San Diego

Mardi 7 Avril 1970

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