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Troisième Causeries à Eddington, Pennsylvanie

Mardi 16 Juin 1936

Je vais résumer ce que j'ai dit dans les Causeries et discussions que nous avons eues ici. Je n'ai pas besoin d'entrer dans des détails ni d'attirer l'attention sur tout ce qui est impliqué dans ce que nous avons dit, mais ces idées, lorsque vous y réfléchirez profondément, vous révéleront en détail leur signification.

Nous cherchons tous à vivre sans confusion ni douleur, et à nous libérer non seulement des luttes que nous soutenons contre nos voisins, notre famille et nos amis, mais surtout de la lutte contre nous-mêmes, avec nos conceptions du bien et du mal, du vrai et du faux, du juste et de l'injuste. Il n'y a pas seulement le conflit de nos rapports avec le milieu mais aussi le conflit en nous, qui se reflète inévitablement en morale sociale.

Naturellement, il y a des exceptions: les gens brutaux et stupides qui sont parfaitement à leur aise, ou ceux qui, craignant pour leur sécurité personnelle, vivent sans réfléchir et sans avoir de considération pour les autres. Leurs esprits sont si capitonnés, si invulnérables, qu'ils refusent d'être secoués par le doute ou l'investigation. Ils ne se permettent pas de penser, ou, s'il leur arrive de le faire, leurs pensées courent le long de voies traditionnelles. Ils ont leur propre récompense.

Mais les gens qui nous occupent sont ceux qui essaient sérieusement de comprendre la vie, avec ses misères et ses conflits apparemment sans fin. Ceux qui nous occupent sont ceux qui, profondément conscients de leur milieu, cherchent sa vraie signification et la cause de leur souffrance, de leurs joies fugitives. Dans leur recherche ils se sont embourbés, soit dans l'explication mécaniste de la vie, soit dans les explications, de la foi, de la croyance. L'esprit, dans ces explications opposées, s'est empêtré et enchaîné.

Le point de vue mécaniste de la vie, rejetant tout ce qui n'est pas perceptible aux sens, affirme que l'homme n'est que le produit de réactions ; que le mécanisme de son être est mû par une série de réactions, et non par une force ou énergie capable par elle-même d'engendrer l'action ; que son développement, ses désirs, ses conceptions et ses émotions ne sont que le résultat d'impacts extérieurs ; que la cause de chaque événement n'est simplement qu'une série d'événements antérieurs. Et de tout cela on conclut qu'en contrôlant les événements et les réactions des hommes à ces événements, par l'enrégimentation de leurs pensées et de leurs actions et par la propagande, ils seront rendus capables d'ajuster parfaitement leurs rapports avec leur milieu. En d'autres termes, l'enrégimentation et le contrôle de leurs différentes réactions engendreront des événements qui donneront aux hommes le bonheur.

En opposition à cela est la foi. Ce point de vue maintient que la cause de l'existence humaine est une force universelle, une force divine en elle-même, imperceptible aux sens. Cette force transcendante, cette superintelligence, guide et veille sans cesse, et décrète que rien ne se produira jamais sans qu'elle le sache. De cela, naturellement, découle l'idée de prédestination. S'il existe une intelligence suprême qui veille sur vous et qui vous guide dans vos actions, vous, l'individu, n'avez pas une grande responsabilité dans la vie. Votre destinée est prédéterminée, de sorte qu'il ne peut y avoir de libre arbitre. S'il n'y a pas de libre arbitre, l'idée de l'âme et de son immortalité n'a pas de sens. S'il en est ainsi, il n'y a pas de réalité, ni de Dieu, ni de force universelle. La foi détruit sa propre fin.

Entre ces deux opposés, le point de vue mécaniste de la vie et celui de la foi, nous oscillons selon nos inclinations personnelles du moment. Tour à tour la domination de la foi et de son opposé ont augmenté notre confusion et notre douleur.

Or je dis qu'il existe une autre façon de considérer notre existence et de vraiment la comprendre. L'actuel, ce que chacun éprouve et perçoit, n'a aucun rapport avec les opposés, avec le fait d'avoir la foi ou de rejeter tout ce qui n'est pas perceptible aux sens. Toute existence est un processus d'énergie qui à la fois est conditionné et conditionne. Cette énergie, dans son développement auto-agissant qui s'entretient de lui-même, crée sa propre substance-matière, la sensation, la perception, le choix de la conscience, d'où surgit l'individualité. Cette énergie est unique à chaque individu, en chaque processus qui n'a pas de commencement.

L'individualité, la conscience, est le résultat du processus de cette énergie unique. Avec la conscience sont amalgamées l'ignorance et l'avidité. Cette conscience s'entretient elle-même par ses propres activités volitives, nées de l'ignorance, des tendances, de l'avidité. Ce processus autoagissant, qui est unique, qui n'a pas de commencement, n'est pas stimulé, mû par une autre force ou énergie. C'est un processus qui est à tout instant autoactif au moyen de ses propres exigences, avidités et activités volitives.

Si vous pensez à cela soigneusement et profondément, vous verrez que ce point de vue a une signification qui diffère totalement du point de vue mécaniste ou de celui de la foi. Ces deux théories sont basées sur des oppositions, tandis que ce que j'ai expliqué n'est pas du domaine des opposés. Vous, en tant qu'individu, devez découvrir par vous-même quelle est la vraie cause de l'existence, de la souffrance et de son apparente continuité. Ainsi que je l'ai dit, l'actuel est ce que chacun perçoit et éprouve ; on ne peut pas vivre, en tant qu'expérience, une théorie, une explication. En permettant à l'esprit d'accepter une théorie, et d'être dressé conformément à cette conception, on peut avoir une série d'expériences, mais ce ne seront pas des expériences de l'actuel. La croyance et la foi ont dressé l'esprit d'une certaine façon, et les expériences basées sur cela n'appartiennent pas à l'actuel, car elles sont le produit de préjugés et de convictions. De telles expériences ne sont que le résultat d'accomplissements imaginaires.

Pour appréhender l'actuel, ou pour éprouver le contact du réel, il faut du discernement. Le discernement est un état où la pensée-émotion est intégrée, et où toute avidité, tout choix ont cessé ; ce n'est pas un état amené par la négation, la répression. Un manque, une soif intérieure – même celle de trouver la réalité – pervertissent le jugement. Le besoin intérieur conditionne la pensée-émotion et, de ce fait, la rend incapable de perception directe. Si l'esprit est faussé par une théorie ou une explication quelconques, ou s'il est pris dans une croyance quelconque, telle qu'une religion ou une philosophie, il est complètement incapable de discernement.

Donc, nous devons d'abord chercher à savoir ce que sont ces tendances et ces avidités qui maintiennent et qui perpétuent le processus du moi. Ce profond examen du processus du besoin et de ses conséquences, cette constante lucidité en action, libèrent l'esprit-cœur du besoin, de ces résistances autoprotectrices qu'il a érigées en sécurité et confort pour son propre usage. Car tout besoin agit comme un obstacle au discernement, toute avidité déforme la perception.

Toute avidité, et toute expérience qui en découle, contribuent à fabriquer le processus autoagissant du moi. Ce processus du moi, avec ses besoins et ses tendances, crée la peur, et de cela surgit l'acceptation du réconfort et de la sécurité qu'offre l'autorité. Il y a différentes espèces d'autorité. Il y a l'autorité extérieure, l'autorité d'un idéal, et l'autorité de l'expérience ou mémoire.

L'autorité extérieure est engendrée par la peur qui oblige l'esprit-cœur à accepter la contrainte de l'opinion, que ce soit celle du voisin ou celle du chef, et les assertions des croyances organisées, appelées religions, avec leurs systèmes et leurs dogmes. Ces assertions et croyances viennent à faire partie de votre être, et, consciemment ou non, vos pensées et actions se conforment au modèle établi par l'autorité.

Il y a ensuite l'autorité d'un idéal, et ceci vous empêche d'être votre propre maître, tandis que vous le seriez si vous compreniez l'actuel. Mais comme vous ne pouvez pas comprendre cette lutte et cette misère, vous demandez à un idéal, à un concept, de vous guider à travers cet océan de confusion et de souffrance. Si vous examinez soigneusement ce besoin, vous verrez qu'il n'est qu'une fuite de l'actuel, du conflit du présent. Pour échapper à la réalité, au maintenant, vous avez l'autorité d'un idéal, qui devient sacrée avec le temps et la tradition. L'autorité d'un idéal empêche la compréhension de l'action.

Ensuite, il y a l'autorité de l'expérience et de la mémoire. Nous ne sommes que le résultat du processus du temps. Chacun tire du passé son inspiration, son soutien, sa compréhension ; le passé agit comme un arrière-plan, il est l'entrepôt de l'expérience, dont les leçons trouvent en l'esprit un appareil enregistreur. Ces expériences, avec leurs leçons, sont devenues des mémoires, et ces mémoires sont devenues des avertissements en vue de vous protéger. Si vous examinez profondément les soi-disant leçons acquises par l'expérience, vous verrez qu'elles ne sont qu'un désir subtil d'autoprotection, qui vous guide dans le présent. Mais lorsque nous nous faisons guider par cette autoprotection, nous ne pouvons pas comprendre le présent. Ainsi l'expérience ajoute dans son entrepôt d'autres leçons, d'autres mémoires, et des connaissances qui nous servent à nous diriger habilement dans les périodes de malheur. Mais si vous examinez ces soi-disant connaissances, vous verrez qu'elles ne sont que des mémoires autoprotectrices, emmagasinées pour l'avenir, et qui deviennent l'autorité qui guide et dirige notre action.

Ainsi, par l'avidité, par le besoin, la peur se trouve engendrée, et de la peur naît la recherche du confort et de la sécurité que l'on trouve dans l'autorité extérieure, dans celle d'un idéal, ou dans celle de l'expérience. Cette autorité, dans ses différentes formes, entretient le processus du moi, qui est basé sur la peur. Considérez vos pensées, vos activités, votre comportement moral, et vous verrez qu'ils sont basés sur une peur autoprotectrice, avec ses autorités subtiles et réconfortantes. Ainsi, l'action engendrée par la peur ne fait que se limiter sans cesse elle-même, de sorte que le processus du moi s'entretient de lui-même par ses propres activités volitives.

Pour exprimer la même chose différemment, je dirai qu'il existe une volonté du désir, qui est effort, et une volonté de compréhension, qui est discernement. La volonté de l'avidité est toujours à la recherche d'une récompense, d'un bénéfice, et créé ainsi ses propres peurs. Sur cela est basée la morale sociale, et l'aspiration spirituelle n'est qu'une tentative d'établir de bonnes relations avec les personnes les plus haut placées. L'individu est l'expression de la volonté de l'avidité, et. dans le cours de son activité, ce besoin intérieur crée son propre conflit et sa douleur. De cela, l'individu cherche à s'évader dans l'idéalisme, dans des illusions, dans des explications, et maintient ainsi en existence le processus du moi. La volonté de compréhension vient en existence lorsqu'il y a cessation du besoin intérieur et de ses expériences sans cesse renouvelées.

Si l'on comprend bien le fait qu'il ne peut y avoir de vrai discernement tant que continue la volonté du désir, cette compréhension même conduira à sa fin le processus du moi. Il n'existe pas un autre moi, un moi supérieur, qui puisse amener ce processus du moi à une fin ; aucun milieu ni aucune divinité ne peuvent le faire cesser. Seule y parvient la perception même de ce processus, la compréhension même de sa folie, de sa nature éphémère.

Le processus du moi s'entretient de lui-même, il est autoactif par sa propre ignorance, par ses tendances, par sa soif intérieure. Il doit s'amener lui-même à sa fin, par la cessation de ses exigences volitives. Si vous comprenez profondément la signification de toute cette conception du moi, vous verrez que vous n'êtes pas simplement le milieu, les opinions ou le hasard, mais le créateur, l'instigateur de l'action. Vous créez votre propre prison de douleur et de conflit. Dans la cessation de vos propres activités volitives, se trouvent la réalité, le bonheur.

Question: Vous avez dit que, pour comprendre le processus du moi, il faut un très grand effort. Comment devons-nous comprendre votre assertion, souvent répétée, que l'effort met la lucidité en échec?

Krishnamurti: Où existe l'effort de l'avidité, il y a un choix, qui doit être basé sur des préjugés, des déformations. La lucidité n'est pas engendrée par le choix, elle surgit lorsque existe la perception du caractère éphémère de la volonté qui émane du choix, ou du besoin intérieur. Par une réflexion constante et un intérêt aigu, la volonté de l'avidité est comprise, et alors entre en existence la volonté de la compréhension. Où existe la volonté de l'avidité, 1'effort est nécessairement faux, c'est cet effort-là qui produit la confusion, la limitation, et qui multiplie la douleur. La lucidité est la perception constante de ce qui est vrai. La douleur et l'investigation de sa vraie cause (non pas l'investigation théorique, mais celle de l'expérimentation et de l'action) engendreront cette souplesse éveillée de l'esprit-cœur. Il n'y a personne qui ne souffre. Mais celui qui souffre fait un effort pour échapper à l'actuel, et cette évasion ne fait qu'augmenter la douleur. Si, patiemment, par une observation silencieuse, il discerne la vraie cause de la douleur, cette perception même la dissoudra.

Question: êtes-vous toujours aussi rigide dans votre attitude envers les cultes et la Société Théosophique?

Krishnamurti: Lorsque vous avez compris qu'une action est absurde, vous n'y revenez pas. Si vous percevez profondément, ainsi que je l'ai fait, la folie complète des cérémonies religieuses, elles ne peuvent jamais plus avoir d'empire sur vous. Aucune opinion, bien qu'elle puisse être très répandue, aucune autorité, bien qu'elle puisse émaner des traditions ou des circonstances, ne peuvent faire changer d'idée celui qui a compris leur manque de valeur. Mais tant que l'on n'a pas complètement compris la signification des cultes, on y revient. Il en est de même de la Société Théosophique. L'idée des croyances organisées, avec leurs autorités, avec leur propagande, avec son prosélytisme et son exploitation, est, pour moi, foncièrement inique.

Ce que je pense de la Société Théosophique n'est pas important. L'important c'est que vous découvriez par vous-même ce qui a de la valeur, ce qui est actuel, et non ce que vous voudriez que soit l'actuel. Et pour comprendre l'actuel, le réel, le vrai, sans qu'il subsiste de doute, vous devez y arriver complètement dénudé de toute avidité, de tout désir de sécurité ou de réconfort. Alors seulement y aura-t-il une possibilité de discerner ce qui est. Mais comme la plupart des personnes sont conditionnées par le besoin intérieur, par la soif d'une sécurité, par le désir d'un réconfort ici ou dans l'au-delà, elles sont totalement incapables de vraie perception.

Avant que vous ne puissiez discerner ce qui est vrai, soit dans les enseignements de la Société Théosophique, soit dans toute autre organisation, vous devez d'abord voir si vous êtes libre de tout besoin intérieur. Si vous ne l'êtes pas, ces organisations, avec leurs croyances, deviendront des moyens de vous exploiter. Si vous vous bornez à examiner leurs enseignements, vous vous perdrez en opinions, en explications. Donc, commencez par discerner en vous-même le processus de l'avidité qui déforme la perception, qui entretient le processus du moi et qui nourrit la peur. Alors ces systèmes, ces organisations, avec leurs croyances, leurs menaces et leurs rituels, n'auront plus aucun sens.

Malheureusement, nous ne commençons pas par la base. Nous pensons que des systèmes et des organisations nous aideront à nous débarrasser de nos préjugés, de nos souffrances et de nos conflits. Nous croyons qu'ils nous libéreront de nos limitations, et ainsi, nous espérons, à travers eux, comprendre la réalité. Ceci n'est jamais arrivé et n'arrivera jamais. Aucune croyance, aucune organisation, accompagnées de leurs peurs et de leurs agonies, ne peuvent jamais libérer l'homme de ses désirs.

Question: Selon vous, que devient l'âme après la mort du corps?

Krishnamurti: Si la personne qui a posé cette question examine le motif qui l'a poussée à le faire, elle verra que c'est la peur. Elle ne trouve ni épanouissement ni bonheur dans le présent, alors elle demande une vie future de bonheur et de bonnes occasions. En d'autres mots, le moi se demande à lui-même s'il continuera. Pour comprendre la signification de son désir de continuer, il vous faut comprendre ce qu'est le moi.

Ainsi que j'ai essayé de l'expliquer, la foi détruit sa propre idée de l'âme. La foi affirme qu'il y a une force universelle, une entité suprême extérieure à l'homme, qui guide, qui dirige son existence, et qui détermine son avenir. Cette conception, si vous l'examinez à fond, détruit l'idée même de l'âme. S'il n'y a pas d'âme, vous retournez au point de vue mécaniste de la vie, et vous êtes simplement pris dans l'opposé. La vérité n'existe pas dans des opposés. Si vous compreniez pleinement la signification des opposés, et tout ce qu'elle implique, vous discerneriez le vrai processus du moi. Alors vous verriez que c'est le processus du désir qui, dans sa peur, se perçoit et s'entretient ainsi de lui-même. Cette peur incite le moi à se demander s'il a une pérennité, s'il vivra après la mort du corps. La vraie question est donc: est-ce que cette limitation, le moi, l'ego, passant à travers de nombreuses expériences et recueillant leurs leçons, deviendra finalement parfait? Est-ce que l'égoïsme peut jamais devenir parfait, avec le temps et l'expérience? Le moi peut devenir plus grand, plus étendu, plus riche en égoïsme, en limitations, il peut ramener à soi d'autres unités de limitation et d'égoïsme, mais sûrement ce processus ne peut jamais être que le même processus du moi, malgré toute son expansion et sa glorification.

Il dépend de la compréhension de chaque individu que ce processus continue ou arrive à une fin. Lorsque vous voyez profondément que le processus du moi s'entretient lui-même par ses propres limitations, ses propres activités volitives d'avidité, alors votre activité, votre morale, toute votre attitude envers la vie, subit un changement fondamental. En cela est la réalité, la félicite.

Je peux donner des explications au sujet de la cause de l'existence et de la douleur. Mais un homme qui cherche une explication ne discernera pas la réalité. Les définitions et les explications agissent comme un nuage qui obscurcit la perception. Ce processus du moi dont j'ai parlé peut n'être pour vous qu'une théorie. Pour discerner ce qu'il a de réel, on doit en faire l'expérience. Ce n'est qu'en le comprenant avec intelligence qu'on engendre l'action juste.

Troisième Causeries à Eddington, Pennsylvanie

Mardi 16 Juin 1936

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